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Le garçon en talons hauts - Chapitre 7

Publié le par Adrien Lacassaigne

En 1974, j’ai l’âge de toutes les espérances, tous les désirs, toutes les fausses évidences aussi.

 

Vous l’aurez noté, je n’ai toujours pas enfilé une robe.

 

Ah si, je vous l’ai dit, petit, très petit vers les quatre ou cinq ans je me déguisais avec tous les bouts de tissus qui trainaient.  Une nappe devenait automatiquement autour de ma taille une robe espagnole et une serviette de table se changeait vite en turban sur ma tête, façon « Garbo », c’était plus fort que moi.  Mais ces jeux d’enfants, qui n’inquiétaient du reste personne, ont cessé vers mes huit ou neuf ans.  Dans le Nord de la France et en Belgique, les hommes se déguisent facilement en femmes pour « Mardi Gras », je ne faisais pas exception à la règle.  Vers quinze ans, j’avais enfilé une robe de nuit pour le carnaval et coiffé de la perruque de ma mère, j’avais remporté le premier prix du concours de déguisement !  (Oui, en 1970 ma mère avait une perruque ! C’était la mode parait-il !). 

Beaucoup de garçons changeaient de sexe le temps de la cavalcade, il n’y avait donc rien d’exceptionnel à cela, du moins rien qui puisse éveiller des soupçons d’ambigüité !  Je ne connaissais rien de l’univers des transformistes de spectacle, personne autour de moi n’y connaissait rien.  Même le mot m’était étranger.  Pourtant dans la capitale belge, depuis 1969, rue des Princes, sur le coté du Théâtre de la Monnaie, un certain Guy Finnet, lui aussi originaire de Charleroi sévissait déjà avec grand talent sous le pseudonyme de la « Grande Zoa ».


Lorsque j’étais étudiant à Bruxelles, l’important c’était de danser et de flirter dans les boîtes disco à la mode, d’écouter Gloria Gaynor, Donna Summer, Barry White...  Quelqu’un m’aurait proposé une soirée dans un « Cabaret », j’aurais certainement trouvé ça totalement désuet.  Je découvrais la vie la nuit, l’alcool et le sexe ! 

Je passais mon temps à tester mes pouvoirs de séduction, à charmer un maximum de monde.  C’était mon divertissement quotidien, je partais à la chasse aux histoires.  La rue était devenue ma nouvelle scène.  Je vivais chaque aventure comme une expérience théâtrale ou cinématographique.  Je ne m’intéressais pas aux garçons ordinaires de mon âge, non, il me fallait des scénarios extraordinaires.

 

Comme cette liaison avec ce jeune réalisateur de cinéma déjà très en vogue.  Vous vous imaginez peut-être qu’un rôle à la clef d’une de ses productions devait me séduire, eh bien pas du tout.  Jamais je n’y ai pensé.  Ce qui me plaisait c’est qu’il était marié à une actrice magnifique.  Je vivais en plein « Feydeau ».

 

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 Photo : Celle-ci fut prise par lequel réalisateur.

 

 

Ou encore ce séduisant inspecteur de police judiciaire, j’adorais passer mes bras autours de sa taille et sentir son arme de service dissimulée sous son blouson.  Je vivais en plein « James Bond ».

 

Plus tard avec monsieur le Ministre, je m’imaginais plutôt dans la distribution du film : « Des Hommes d’Influence ».

 

Jamais je ne tombais amoureux, ce sentiment n’étais pas au programme, j’entrais dans la peau de divers personnages, je vivais des situations insolites, je traversais des univers improbables. 
Me suis-je trompé ?

On pourrait penser que oui, il n’en est rien.

 

Cette période de ma vie m’en a tant appris sur la nature humaine que ce fut une précieuse leçon.  Je me perdais peut-être dans des vies imaginaires mais je découvrais de quoi les hommes étaient capables.  J’apprenais certains codes, ceux du pouvoir, du mensonge et de la frustration.  Rien ne m’intéressait d’avantage que de vivre une autre vie que la mienne.  C’est à ce moment que j’aurais pu prendre conscience que cet attirance pour les métamorphoses me menait droit vers l’hôpital psychiatrique ou vers une carrière d’acteur.  Hélas, je ne pensais pas une seconde à l’avenir, mais qui y pense à dix-huit ans ? 

 

Je mettais toute mon énergie à vivre des situations loufoques et parfois même dangereuses.  Décider par exemple de passer la nuit sur un banc public dans un square et me réveiller au petit matin dans le lit d’un étudiant en médecine…

 

Je m’éloigne de tout ce qui est banal.  Sensation de vide, d’ennuie, d’incompréhension.  Mes prestations sur scène se sont estompées petit à petit évidemment. 
Mon père me présente un jour une amie à lui, elle est comédienne.  Pour notre petite ville de Charleroi, c’est une excentrique.  Cette femme, Monique Daubresse, elle s’intéresse à moi.  Elle me trouve original et surtout elle a une idée derrière la tête.  Sa troupe de théâtre manque cruellement de jeunes recrues, elle me propose de les rejoindre. 

 

Mes études d’architecte ne m’intéressent pas du tout et mon copain de classe, le beau Christian roucoule dans les bras d’une jolie luxembourgeoise.  Monique va réussir à me convaincre.  Je quitte Bruxelles à regrets mais c’est pour retrouver l’odeur des planches et cette fois sans être obligé de me farcir des heures de « plié - tendu » à la barre des studios de danse.

 

Je vous dois la vérité, à cette époque-là, ce n’était ni une révélation, ni une vocation pour moi, le théâtre.  J’aimais le lieu, la scène, les coulisses, les loges mais je me souciais peu de l’art.  Vous m’auriez fait jouer n’importe quoi tant que j’étais sur scène.

 

Dans mon esprit je deviens comédien!  Pardonnez-moi Jean-Baptiste !

 

Me suis-je trompé ?  Peut-être pas.

Je dois donc mes premières belles émotions de théâtre à Monique et à la troupe des « Comédiens du Rail », (la troupe du chemin de fer Belge !).  Mon premier rôle fut celui du fils dans « Le Don D’Adèle », la pièce de Barillet et Grédy.  Je n’avais jamais suivi de cours d’art dramatique mais je ne ratais jamais les représentations des pièces à succès lors des tournées « Karsenty ».  Les plus grands comédiens du moment débarquaient à Charleroi au théâtre de L’Eldorado, le temps d’une soirée.  Par chance mes parents avaient un abonnement et ils m’emmenaient avec eux.  J’adorais ces soirées, les femmes s’habillaient en robes longues comme pour une première à l’Opéra.  Le spectacle était dans la salle et sur scène où nous applaudissions les dernières créations parisiennes.  J’y ai vu Claude Riche, Jean Le Poulain, Marthe Mercadier, Jacques Charon, Robert Manuel, Maria Pacôme, Jean Piat et Robert Hirsch bien entendu.  Sans le savoir ils étaient mes premiers professeurs, je ne ratais rien de leur jeu, j’enregistrais leurs moindres gestes.  Et c’est tout naturellement que je reproduisais cela dans « Le Don d’Adèle ».

 

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 Photo : Les comédiens du Rail - Le Don d'Adèle. Mise en scène André Ackerman. Chantal Barbier (en noir sur la photo jouait Adèle) je suis au centre, à mes côtés Monique Daubresse (en rouge).

 

 

Une chose m’empêche quand même de garder un bon souvenir de cette période et de Monique.  Elle était la maîtresse de mon père et je les rendais tous les deux responsables de l’effondrement de ma cellule familiale.  Et si elle s’était servie de moi pour se rapprocher encore d’avantage de lui ?  Cette question m’a longtemps troublé.

 

Me suis-je trompé ?

 

Je crois que oui, il ne faut pas mélanger les affaires de cœur de mes parents et mes propres émotions.  J’aime profondément ma mère et j’ai du respect pour la mémoire de mon père mais Monique Daubresse a été une personne marquante pour moi, le nier serait injuste.
Dans mon esprit, je le sais maintenant ma vie est sur scène.  Je vais enchainer les pièces de théâtre et je vais même continuer à danser un peu.  Je ne collabore évidemment plus avec le ballet Royal de Wallonie.  J’ai quitté les cours de danse et je suis techniquement d’un niveau beaucoup trop faible.  Mais je suis toujours danseur au Palais des Beaux-arts.  Il y avait une autre compagnie, les artistes qui se produisaient dans les opérettes, je vais les rejoindre. 

 

operette.jpgPhoto : Dans le foyer du Palais des Beaux-Arts de Charleroi

 

Je monte également des tas de spectacles avec des amis, dans le cadre par exemple d’une maison des jeunes et de la culture, la « M.J.T ». 

 

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 Photo : A la M.J.T avec Françoise Vigneron et Enrico Césari (de dos malheureusement)

 

Eden-avant-centre-culturel-regional.jpgPhoto : Salle de l'Eden (avant qu'elle ne devienne Centre Culturel de Charleroi). Avec Dominique Courbot.

 

J’avais de toute évidence des facilités, un certain don pour le spectacle, mais j’étais d’une insouciance rare.  Je passai d’un projet à un autre sans jamais prendre le temps de parfaire ma technique, de peaufiner mes interprétations. 

Je suis persuadé que mon heure de gloire sonnera forcément un jour, c’est indiscutable !  Et voilà de nouveau la question récurrente : me suis- trompé ?

 

Oh que oui, je n’ai absolument pas pris conscience qu’il fallait travailler beaucoup pour servir son art, quel qu’il soit.  Je n’ai pas été suffisamment entier, honnête et travailleur et je n’ai malheureusement croisé personne sur ma route pour me le faire remarquer !  Ces années-là, j’ai gaspillé mes dons futilement et irréversiblement.

 

Je crois que si aujourd’hui je croisais le garçon que j’étais à l’époque, je n’aurais pas vraiment de sympathie pour lui.

 

Je ne suis toujours pas transformiste.

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Le garçon en talons hauts - Chapitre 6

Publié le par Adrien Lacassaigne

Je devais avoir environ 14 ans lorsque je me suis inscrit au Conservatoire Royal de danse classique de Charleroi en Belgique.  Durant des semaines je suis passé et repassé devant cet austère bâtiment situé juste derrière le Palais de justice de la ville.  Un jour, j’ai pris mon courage à deux mains et, j’ai franchi les portes de l’école.  Les couloirs étaient remplis de gamines en « justeaucorps » roses qui me dévisageaient avec dédain, comme si je m’étais introduit dans le vestiaire réservé aux filles.  J’ai bien failli m’enfuir en courant, ces petits monstres me faisaient peur.  C’est à ce moment qu’une femme d’un certain âge m’a demandé très aimablement ce que je voulais.  J’ai bien entendu bredouillé quelques banalités avant de lui demander si le conservatoire était aussi ouvert aux garçons.  Si vous aviez vu le sourire de la dame !

Il y avait si peu d’adolescents mâles intéressés par cet art que m’on intégration fut presque immédiate.  Je me suis donc retrouvé deux à trois fois par semaine en cours de danse classique.  Au début je trouvais ça ennuyeux et humiliant car j’étais entouré de fillettes entre 6 et 8 ans.  J’ai pas mal bossé et très vite rattrapé mon retard.  Après une année, j’étais avec les filles de mon âge.  Etre élève-danseur au conservatoire avait pour avantage de participer aux spectacles du Palais des Beaux arts.  C’était un magnifique théâtre, siège du Ballet Royal de Wallonie, une grande compagnie dirigée par Anna Vos, une maîtresse femme.

Je ferai ma première apparition sur une grande scène dans le tableau dit « la chasse » du célèbre ballet « Gisèle » d’Adolphe Adam.  Les danseurs étoiles sont Ménia Martinez et Paolo Bortoluzi, moi je suis figurant, je ne l’oublierai jamais.
C’est incroyable de se retrouver sur cette immense scène, je suis oppressé, angoissé, un truc bizarre s’empare de moi, je ne sais pas encore que c’est le trac.  Je sens bien que ma place est là sur ces deux cents mètres carrés de planches, face à ces mille huit cents fauteuils rouges.  Je sens que ma vie est ici, au théâtre, c’est une évidence.

 

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Photo : La salle du Palais des Beaux Arts de Charleroi.

 

Les immenses coulisses grouillent de danseuses, de danseurs, de musiciens, d’habilleuses…

Les tutus, les guêtres de laine multicolores, les chaussons traînent partout.  Les gens de ma génération peuvent imaginer le feuilleton télévisé d’Odette Joyeux « L’Age heureux » qui faisait découvrir aux téléspectateurs les coulisses et l’ambiance de l'Opéra de Paris avec ses petits rats si particuliers.

Eh bien c’était tout à fait la même chose sans la vue sur les toits de Paris

 

Je suis chez moi lorsque je suis dans un théâtre. 

 

Toutefois, quelques temps après mes premiers pas sur scène, j’estime que les salaires des figurants sont trop minces.  Je vais le faire remarquer à la directrice et refuser de participer au spectacle à ce tarif-là.

Vous vous rendez compte, j’ai à peine 15 ans.  Si vous aviez vu sa tête !  Eh bien c’est incroyable mais j’ai obtenu une augmentation pour tous les figurants! Je ne suis pourtant devenu syndicaliste qu’à 50 ans !

 

Je le confesse, j'ai toujours été très pointilleux sur mes cachets d’artistes.  Jusqu’à mon dernier gala j’ai toujours refusé d’être mal payé.  Ou alors je me produis gratuitement pour faire plaisir à des amis ou soutenir une cause, là oui.
Je pense qu’en 1970, j’avais déjà compris certaines choses importantes du métier.  Tous mes sens sont en émoi lorsque je suis sur scène mais être danseur classique signifie, je le sais, une vie de sacrifices pour un salaire de misère, à moins d’être soliste ou étoile, et je sais déjà que je n’ai ni les qualités ni la volonté pour cela.  Ce sont des choses que l’on sent.

 

Je continue à suivre les cours de danse du conservatoire parce que cela me permet de rester dans la compagnie et de participer aux représentations, mais je sais déjà que je ne serai jamais un grand danseur.

En revanche, j’ai remarqué que mes yeux canailles et mes longs cheveux blonds plaisent beaucoup.  Dans les années qui suivront, mon aisance et mon grand sourire me permettront d’être constamment distribué dans des rôles de premier plan.  Le public ne regarde pas mes pieds mais ma tête, c’était important de comprendre ça.

 

Je pense avoir senti très jeune comment captiver un public.

 

En fin d’année scolaire du Conservatoire Royal de danse, il fallait se présenter à un concours et je détestais cela.  Pour moi ce n’était pas du spectacle mais de la compétition et je savais que je n’étais pas bon.  J’avais beau faire un grand sourire au jury, une pirouette ratée reste une pirouette ratée !  Le jour de l’examen, il a fallu qu’un de mes professeurs vienne me chercher à la maison pour être certain que je me présente à l’épreuve.  Pour une fois qu’ils avaient un garçon à présenter ils n’allaient pas risquer de le perdre.

 

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 Photo : Défilé de fin d'année du Conservatoire sur la scène du Palais Des Beaux-Arts de Charleroi. Je suis le seul garçon au centre!

 

 

 

Parallèlement à la danse classique, je continue des études traditionnelles mais sans éclat et sans passion.  Je suis élève à l’Athénée Royale de Charleroi.

 

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Photo : En 1972 à l'Athénée Royale de Charleroi. Je suis l'avant dernier à droite sur la photo. Amusant, à côté de moi se trouve mon ami d'enfance, Pierre Bolle. Il est aujourd'hui directeur du Palais des Beaux-Arts de Charleroi !

 


Je repense aux deux questions essentielles de ce livre.  Etait-ce si grave de vivre ces années d’études traditionnelles sans passion ? Me suis-je trompé ?

 

La réponse est oui.

 

On devrait mettre de la passion dans tout.  Je faisais un peu d’étude, un peu de danse, un peu de spectacle…

Je crois qu’il aurait été préférable de canaliser mon énergie sur un seul projet.  Me concentrer et me donner les moyens de progresser dans un domaine ou dans un autre plutôt que de rester moyen en tout. 

 

Sans vouloir rendre responsable qui que ce soit de mes échecs, j’ai peut-être manqué dans ces années-là d’un bon coach.  Une personne pour me dire :

            -C’est bien, fonce, vas-y, bosse mon garçon, crois-en toi !

 

Un autre défi me passe par la tête, je vais me présenter à l’examen d’entrée de l’Académie Royale des Beaux-arts de Bruxelles.

 

Une folie, car franchement je ne suis pas plus doué qu’un autre en dessin.  Je suis un jeune homme rêveur et un peu fantasque et j’imagine que je vais suivre le même chemin que le peintre René Magritte.  Il a étudié à l’Athénée de Charleroi comme moi.  En 1916 il intègre l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles, s’en suivra le succès !

 

L’épreuve d’admission dans cette école est assez compliquée.  Après avoir envoyé une lettre de motivation, si vous êtes présélectionné, vous êtes convoqué pour des tests artistiques.  Il faut alors réaliser deux dessins, une nature morte imposée et un dessin libre.
Les locaux de cette institution prestigieuse sont étonnants, de grandes salles poussiéreuses pleines de chevalets et de statues en tous genres qui servent de modèles aux dessinateurs en herbe ou qui auraient pu servir de décors au tournage du film de Ron Howard, le « Da Vinci Code ».  Je suis vraiment très intimidé. 

 

Sur des centaines de postulants, une vingtaine seront retenus.  Incroyable, je suis admis en section architecture ! En toute modestie je pense que le nouveau « Magritte » c’est moi.  L’art me va bien pensais-je, mais Bruxelles la capitale aussi !

 

Je serai pendant deux ans un élève de l’Académie Royale des Beaux-Arts médiocre, il faut bien le reconnaitre.  Je n’ai absolument pas conscience de la chance que j’ai d’être dans cette école et pire, je n’ai absolument pas envie de devenir architecte !

 

Me suis-je trompé ? : oui, et sans commentaire.

 

Je fais tous les jours la navette en train entre Charleroi et Bruxelles, je sens que ma vie change.  Je me suis éloigné de ma famille, des cours de danse et de la scène.  Pour me consacrer à mes études ?  Absolument pas, elles ne m’intéressent pas.  Je suis en pleine mutation : « ADOLESCENT » quelle période affreuse !

 

1972-je-pense.jpg

 

Je sens bien que je suis différent des autres, mais pourquoi, comment ?  Je me cherche, vous l’aurez compris.  En 1972 très franchement « le spectacle » est devenu la dernière de mes préoccupations.  Ce qui m’intéresse c’est ce sentiment étrange qui nait en moi.  Pourquoi suis-je si troublé par exemple lorsque je regarde Christian A, mon camarade de classe ?  Il était d’une beauté sauvage incroyable, l’archétype de l’artiste.  Il ressemblait à Julien Clerc dans « Hair ».
Et lui que pense-t-il de moi ?

 

Ce n’est plus l’odeur du théâtre qui m’attire mais l’appel de la chair !

Un jour, Christian me propose de venir passer la soirée chez lui et d’y rester pour la nuit !  Imaginez tout ce qui a pu se passer dans la tête de l’ado que j’étais !

 

Je voulais absolument passer du temps avec lui.  J’ai dû ruser auprès de mes parents pour qu’ils me laissent découcher.  J’ai inventé que j’allais assister à un concert et qu’il n’y avait plus de train entre Bruxelles et Charleroi après minuit pour rentrer.  Un copain de classe se propose de m’héberger, le tour était joué…

 

J’avais, comment dire, vraiment « mal au ventre » lorsque je regardais Christian.  L’expression est idiote, je sais, mais c’était vraiment ça.  Alors imaginer mon état, en me retrouvant au lit à ses côtés !

 

Ce fut effrayant et céleste. 

 

Je viens de découvrir l’amour, celui qui bouleverse, qui illumine et qui fait mal.  Et maintenant je suis fixé, je suis différent !

 

Me suis-je trompé en passant la nuit avec Christian ?

Oh que non !

 

Etais-ce si grave de mentir à mes parents ?

Mais non, il faut mentir à ses parents pour grandir, pour apprendre et se tromper.

 

En 1972, Véronique Sanson chante « Amoureuse », moi aussi.

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Le garçon en talons hauts - Chapitre 5

Publié le par Adrien Lacassaigne

Ma sortie de scène, voilà c’est fait, mais il y a bien eu une entrée me direz-vous ?

Je n’ai évidemment pas la date précise de mon premier numéro de transformiste, ce n’est pas le genre de chose que l’on note dans un agenda.  Et puis comment savoir à quel moment je suis devenu transformiste ?

 

A 4 ans peut-être, alors que je métamorphosais instinctivement la nappe de la salle à manger de la maison familiale en somptueuse robe de princesse ?

 

Ou alors à 14 ans lorsque je participe à un concours de déguisement pour le carnaval et que je remporte le premier prix déguisé en fille ?

 

A moins que ça ne soit en 1978 lorsque j’imite Liza Minnelli pour des amis dans mon studio parisien le soir?

 

Je ne sais pas.

 

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Photo : En 1978 "Liza" pour les copains à Paris.  Je vais probablement regretter d'avoir publié cette photo !

 

Chacun, à sa guise en lisant ce qui va suivre définira à quel moment tout a basculé !

 

C’est très souvent que des jeunes gens plein d’ardeur et empressés de brûler les planches m’ont demandé comment devenir transformiste?  Il ne m’a jamais été possible de leur répondre.  Tous les professionnels que j’ai croisés se sont révélés dans ce métier de façons très différentes les unes des autres.  Je peux juste vous raconter la manière dont moi j’en suis arrivé là.  Comment, d’un garçon timide et réservé, on devient cette « créature parfois forte en gueule ».
C’est un métier que j’ai exercé pendant près de 35 ans.  J’ai bien dit « métier » car s’en fut un à part entière pour moi.  Nous ne sommes pas très nombreux à avoir embrassé cette carrière de façon professionnelle.  En France, chaque génération doit compter sur une centaine d’artistes, pas plus.  L’avantage c’est qu’en règle générale tous le monde se connait.  J’ai bien dit par « génération » car ayant quitté ce milieu depuis bien longtemps, il me serait impossible de vous dire qui sont les étoiles du moment.  J’ai bien lu quelques nom sur le web comme : Loona Joans ou Meryl J Ryse mais je ne les connais que par  photos.  Ils sont magnifiques d’ailleurs et osent des choses qui ne me seraient jamais passées par la tête.

 

Ceci-dit pendant « mes années » j’ai croisé suffisamment de beaux artistes que pour vous les présenter aussi, mes « collègues » :  Ceux qui m’ont marqués, ceux que j’ai admirés, ceux qui ne sont hélas plus là.

 

Un vrai métier, je l’admets, dont j’ai parfois eu honte aussi, mais un métier qui m’a nourri, je lui dois bien un petit livre.

 


Alors un transformiste, c’est quoi au juste ?

 

Imaginez-vous répondre à un officier d’état civil qui vous demande:

 

- Quel est votre métier?

 

Et vous de répondre:

 

- Transformiste.

 

Oups ! Vous comprendrez très vite qu’à ses yeux, ça ne veut absolument rien dire.  Il vaut encore mieux dire « intermittent du spectacle », vous éviterez les explications laborieuses, et pourtant dieu sait si je déteste cette appellation « d’intermittent du spectacle »!

 

Si vous êtes face à un fonctionnaire un peu urbain, vous risquez dans le meilleur des cas que l’on vous dise :

- Ah oui, transformiste comme Arturo Braghetti !

 

Vous me direz, il y a pire comme comparaison.  Arthuro est exceptionnel, c’est une vedette.  Il a utilisé l’art du travestissement et de la magie pour créer un spectacle unique au monde.  Ce n’est pas mon cas, mais bon, on peut dire :

 

- Oui, c’est ça comme Arthuro Braghetti !

 

On vous regarde curieusement mais au moins vous avez la paix.
Tenez par exemple, lorsque j’étais professionnel et que je me retrouvais dans une soirée où personne ne savait ce que je faisais, pour éviter les explications laborieuses aux curieux qui me posait la question, très souvent je répondais :

 

            - Je suis ingénieur en agronomie tropicale !

 

J’avais lu ça à la fin d’un article dans un journal scientifique posé sur la table de la salle d’attente d’un médecin, ça calme !

 

Et si vraiment, ils voulaient des détails, je répondais :

 

            - Je m’occupe des plantations de kiwis dans le Var !

 

Le job était tellement improbable que l’on passait systématiquement à un autre sujet de conversation.

 

Si parfois je répondais la vérité, alors là je passais à coup sur pour l’attraction de service et j’avais inévitablement droit à un truc du genre :

 

            - Fais-nous une imitation !

 

Ou alors, il y avait toujours une femme un peu enivrée pour me dire :

 

            - Tu devrais maquiller mon mari « en femme ».

 

Elle se retournait vers le pauvre bougre :

 

            -Hein mon chéri, il pourrait te maquiller un soir…


Pauvre sotte.  L’homme me souriait timidement, cela voulait tout dire, et le mari en question finirait à coup sur dans mon lit !  Car oui, le sexe est indissociable de ce métier « fantasme » !  Vous ne pouvez vous imaginer l’attraction que nous avons sur les garçons lorsque nous sommes, nous les transformistes, en tenues de travail !

Et je ne vous parle pas des gays, oh que non !  Si je devais comptabiliser et vous raconter mes flirts durant mes années « cabaret », il me faudrait écrire un autre livre!  Je devrais en plus dépenser toutes mes économies en frais d’avocat tant j’aurais de procès sur les bras !

 

Revenons au spectacle, comment devient-on transformiste ?  Franchement, je n’en sais rien !  Mais alors comment avez-vous appris ce métier me direz-vous ?  Je pense qu’il ne s’apprend pas.  Il se transmet des uns aux autres, comme un métier artisanal, c’est aussi pour cela que j’ai eu envie de partager mes petites histoires avec vous, pour rendre hommage aux anciens qui m’ont inspiré et pour que les jeunes se souviennent.

 

Et j’en ai croisé du monde en plus de 35 ans de cabaret.  C’est vrai que dans le tas, il y a eu beaucoup de garçons qui s’habillaient en filles pour « faire du spectacle » comme ils disaient.  Ceux-là j’ai oublié leurs noms.  Mais, il y a aussi ces vrais artistes épatants, ceux qui ont une âme de créateur et qui m’ont fait vibrer et dont personne ne parle jamais.  Sauf Mireille Dumas de temps en temps.

Alors si le métier ne s’apprend pas comment me suis-je retrouvé sur la scène de chez « Michou » ?

 

Numeriser0003.jpgPhoto : En 1985, "Sue Ellen" chez Michou.

 

Avant d'exécuter mon premier playback avec un costume de scène digne de ce nom, il a bien fallu prendre son envol!
Rien ne me prédisposait à une carrière d’artiste car il n’y en avait pas dans la famille.  Et encore moins de transformiste, vous pensez !  Mes premiers pas sur scène remontent à l’enfance, je devais avoir une dizaine d’année.  Je faisais mes études à Thuin en Belgique.  J’étais interne à « L’Institut Notre Dame » !  Oh mon Dieu, je n’y avais pas pensé, voilà le premier signe !

 

Comme dans toutes institutions de ce genre il y avait un « spectacle de fin d’année » avec les élèves.  L’organisation de l’événement était confiée aux plus grands de l’atelier Théâtre, dont certains avaient remarqué que lorsque je répétais avec les garçons de ma classe, rien ne me faisait peur, j’étais sur scène comme un poisson dans l’eau.  Du coup ils m’ont confié d’autres rôles, j’étais de toutes les distributions !  Avec les petits, j’interprétais Nicolas et Pimprenelle de la série “Bonne nuit les petits” j’étais Nicolas, pas question de me mettre une robe !   Avec les grands, j’incarnais Sherlock Holmes, coiffé de la « Deerstalker », cette typique casquette de chasse à double visière, la loupe à l’œil et la pipe au bec !

Mon rôle consistait à traverser lentement et silencieusement la scène comme si je cherchais l’indice qui permettrait de résoudre l’énigme policière de la pièce !

Pendant mon passage, le public riait beaucoup de voir ce détective privé “bonzaï”, mais moi qui m’investissais à fond dans mon personnage et qui pensais lui ressembler formidablement, j’étais terrifié par ces rires que je ne comprenais pas !  Après le spectacle, j’avais disparu, on me chercha longtemps.  J’avais trouvé refuge sous la scène, caché dans le noir, où je pleurais honteux d’avoir fait rire.  Je n’avais pas compris que ce qui venait de m’arriver deviendrait plus tard une de mes plus grandes joies d’adulte, amuser un public.

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Le garçon en talons hauts - Chapitre 4

Publié le par Adrien Lacassaigne

Je vais vous expliquer comment cette idée de me démaquiller en scène sur la chanson de Ginette Reno m’est venue.  Pour cela, il nous faut retourner dans les années « 80 ».  Les flamboyantes années « 80 »

 

Nous sommes en Belgique, à Bruxelles.  La troupe d’artistes qui se produisait avec moi dans ces années-là, « Les Hirondelles » rivalisait de popularité avec une autre troupe bruxelloise, « Les Black Follies ».  Cette dernière venait de créer une toute nouvelle revue avec un grand final « blanc » absolument magnifique.  Strass, plumes, paillettes, tout était au rendez-vous.  Il y avait de l’argent sur scène !

 

Nous étions mes complices et moi pratiquement des débutants, il nous était impossible de rivaliser financièrement avec cette création.  Me voilà abattu et me demandant comment nous allions bien pouvoir nous mesurer à nos concurrents.

 

C’est précisément à ce moment-là que j’ai découvert la chanson de Ginette Reno. 

 

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C’était lors d’un gala d’artistes transformistes amateurs.  Tous les garçons de la capitale belge qui avaient envie de faire du spectacle, mais dont ce n’était pas le métier, se donnaient rendez-vous sur scène une fois par an.  Un truc de fou, le gala du « Claridge ».

 

Imaginez une salle des fêtes totalement désuète remplie de folles de tous les âges, de toutes conditions, toutes plus démentes les unes que les autres.  Une ambiance incroyable de basse-cour en plein carnaval.
Pour ce spectacle, la pression montait déjà quelques mois avant la représentation.  En règle générale toutes ces « stars » se fournissaient chez « Hair Club » la seule boutique dédiée à l’époque entièrement au monde du music-hall.  Il était fréquent d’entendre un acteur de l’événement demander à Magda la patronne du magasin :

            -Dis-moi Magda, « un tel » combien de boas a-t-il commandé ?

 

Si Magda répondait :

            -Dix boas.

 

La starlette répondait systématiquement :

            -Eh bien je vais en prendre vingt !

 

Garçon de café, facteur, employé de banque, ambulancier, garagiste, ils étaient tous plus folles que nous les professionnels !  Certains dépensaient une fortune en costume, maquillage et perruques rien que pour une soirée.

Le jour « J » ils venaient avec leur « fan club » et ça faisait des tablées saisissantes qui hurlaient à leurs passages.

 

On buvait de la bière, on mangeait des sandwiches au filet américain, le spectacle pouvait durer six heures !  C’était du délire.

 

Et c’est à cette occasion que j’ai vu un coiffeur interpréter « Je ne suis qu’une Chanson ».  Sans se démaquiller et sans se déshabiller évidemment, il fallait rester « jolie ».

 

J’ai immédiatement été séduit par la mélodie et par la voix de l’interprète.  A l’issue de la représentation, j’ai rencontré le jeune homme et je lui ai demandé qui était cette chanteuse ?
Il m’a répondu :

 

- C’est Diana Ross qui chante en français lors d’un gala à Amsterdam !

 

Mais bien sûr, prend-moi pour un con, pensais-je !

Le garçon n’était pas partageur…

 

Mais il en fallait d’avantage pour me décourager, j’ai très vite trouvé chez un disquaire spécialiste des imports étrangers, le 33 tours de cette chanteuse canadienne, Ginette Reno : « Je ne suis qu’une chanson »

 

Ne pouvant donc rivaliser d’éclats et d’artifices avec « Les Black Follies », nos rivaux, c’est à ce moment que m’est venue l’idée de jouer exactement la carte inverse.  Sur cette chanson que je venais de trouver, je vais me démaquiller et me changer en tenue de ville sur scène, devant le publique.  A la fin du morceau, comme il y a une grande reprise musicale, tous les artistes du spectacle me rejoindraient en peignoirs.  Voilà ce n’est pas plus compliqué que cela, ce numéro est né pour palier à un manque d’argent, il n’y a aucun trait de génie là-dedans.

 

C’était en 1980, alors vous comprendrez qu’aujourd’hui quand je vois des artistes faire exactement la même chose, les mêmes gestes en revendiquant l’idée, je souris discrètement. 

 

On m’a même accusé d’avoir copié ce numéro de Ginette Reno !  C’est amusant.


Il y a dans l’univers des spectacles transformistes professionnels des tas de numéros qui se ressemblent, des centaines de « Sylvie Vartan », « Mylène Farmer », « Lady Gaga », mais tous apportent une touche personnelle à leur interprétation et c’est parfait.

 

Des milliers de comédiens ont interprété du Molière, mais comme le disait parait-il Sacha Guitry :

            -Le texte est de Molière, les silences sont de moi !

 

Je n’ai jamais copié un autre artiste, je pense même n’en avoir jamais eu l’idée.  Combien se sont ridiculisés en voulant plagier par exemple, Duduche de chez Michou et sa prodigieuse « Folle de Chaillot » ?

 

405756_10151401378229174_312283569_n.jpgPhoto : Duduche de chez Michou.

 

Un soir, lorsque j’étais en tournée, à l’issue d’une représentation des « Hirondelles » un jeune homme, qui avait manifestement envie d’être un artiste, est venu me voir pour me dire qu’il avait adoré notre final « démaquillé ».  Il a ensuite ajouté qu’il avait lui aussi une troupe et qu’avec ses complices ils allaient faire la même chose.  Voyant que je changeais de tête, il a tenu à me rassurer :

            -Mais tu sais, nous allons changer la couleur des peignoirs, comme ça on ne pourra pas dire que nous avons copié !

 

Epatant, non ?

 

Je pense que les vrais artistes ne copient pas. 
Je me souviens par exemple très bien du moment où Richard Flèche, une des étoiles de chez Michou dans les années 70, m’a téléphoné un soir pour me demander si ça ne me dérangeait pas qu’il fasse « Je ne suis qu’une chanson » !

Ce garçon avait un succès considérable avec son interprétation de la chanson de Charles Aznavour, « Comme ils disent » mais il avait je crois envie de changement.

 

Comment refuser à « La Flèche »?

 

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Photo : Richard Flèche de chez Michou

 

Et puis refuser quoi ?  Cette chanson n’est pas à moi.  Cet artiste avait eu la courtoisie de m’en parler avant d’interpréter le même numéro que moi.  Basta, rien à dire, c’est la classe !  Venant de lui j’étais même honoré.

Qui plus est, il a exécuté ce numéro à sa façon

 

Ou encore la délicatesse de Jean-Louis, cet artiste marseillais remarquable qui interprète sur scène le personnage de « Zize ».  Je suis allé récemment l’applaudir au théâtre, à Paris.  Quelle belle performance et quelle surprise de le voir lui aussi se démaquiller à la fin de son One Man Show !  Cela m’a rappelé des bons souvenirs…

 

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Le garçon en talons hauts - Chapitre 4

Je ne le connaissais pas mais à l’issue de la représentation j’ai eu envie d’aller le saluer et lui dire combien ce que je venais de voir m’avait ému, troublé et plu évidemment. Quelle ne fut pas ma surprise lorsqu’il m’a confié qu’il était venu assister à mon spectacle quand il était plus jeune et que c’est justement des numéros comme « Je ne suis qu’une chanson » interprété par moi qui lui avait donné envie de monter sur scène.

Eh bien tant mieux, il a tant de succès aujourd’hui.

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Le garçon en talons hauts - Chapitre 3

Publié le par Adrien Lacassaigne

Je vais commencer par vous expliquer pourquoi j’ai débuté ce livre par un texte signé Dominique Philippeau.

« Regardez-moi », c’est le titre d’une chanson qui clôturait le spectacle auquel je participais lors de mes dernières apparitions sur scène. Je considère cette création de Dominique comme un véritable cadeau de fin de carrière car vous devez savoir que depuis 1980, à chaque fin de mes spectacles je quittais mon habit de lumière et je me démaquillais sur scène, devant le public.

Je ne sais combien de centaines de fois j’ai exécuté systématiquement cette pirouette, comme un retour à la réalité. Pendant trente ans, j’ai utilisé pour cela la chanson interprétée par Ginette Reno : « Je ne suis qu’une chanson ».

Un texte et une mélodie magnifique servie par une interprétation magistrale. Pour ceux qui ne connaissent pas, prenez immédiatement la direction de Deezer où Youtube !

Cette chanson de Ginette Reno composée par Diane Juster, il faut quand-même le dire, m’a collé à la peau pendant toute ma carrière. Pendant plus de trente ans elle a été ma signature, mais aussi magnifique soit-elle, mes dernières années de spectacle, je ne pouvais plus l’entendre. Je ne supportais plus d’interpréter ce numéro !

Depuis bien longtemps déjà j’essayais d’éviter ce final mais on me le réclamait, voir me l'imposait, toujours et toujours. Chaque année nouvelle je disais à mes collaborateurs : - Bon cette fois je ne fais plus « Je ne suis qu’une chanson » ! Mais tous les ans je remettais ça, un peu lâchement j’en conviens car je savais que le succès était à la clef. Je pensais pourtant avoir des arguments, la chanson a vieilli, je n’arrive plus à être sincère tous les soirs. Aujourd’hui tout le monde fait ce numéro de « Chez Michou » aux plus petites fêtes de village… ce n’est même plus original !

Rien n’y faisait.

Et c’est en 2011 que le compositeur Vendômois, Dominique Philippeau m’a proposé « Regardez-moi » pour remplacer « Je ne suis qu’une chanson ». Dominique est venu un après-midi chez moi avec la maquette de sa composition. J’ai inséré le CD dans le lecteur du salon et après 30 secondes d’audition, je savais qu’il venait de m’offrir une perle. Dominique avait écrit « Regardez-moi » en s’inspirant de ce qu’il avait vu et ressenti en m’observant sur scène. Il avait su capter mes moindres émotions, mes inconsciences, mes envies. Il a su écrire exactement ce que j’avais envie de dire. Quel merveilleux cadeau.

 

 

 

 

 

J’avais décidé qu’après cette année 2011 je raccrocherai définitivement les talons aiguilles, je ne pouvais trouver plus belle sortie. Merci à toi Dominique pour ton talent et ta sensibilité, merci à Nathalie Lacour pour son interprétation éclatante et merci à Laurent Boiset le réalisateur du projet d’avoir rendu tout cela possible.

Cette chanson a sonné ma sortie du monde des transformistes.

 

 

 

Mon dernier spectacle.

Mon dernier spectacle.

Je n’ai évidemment nullement la prétention d’avoir inventé cette fantaisie de fin de show.

Se démaquiller devant les spectateurs d’autres artistes l’avaient déjà fait avant moi, mais pas sur la chanson de Ginette. Bien des professionnels de mon époque vous le confirmeront je crois. C’est donc un petit numéro que je déclare volontiers comme étant une création personnelle.

Je sais, il y a parfois polémique pour certains!

Et c’est ici que je me pose pour la première fois une des deux questions récurrentes de ce livre : « Est-ce que c’est grave ? » Est-ce que c'est grave que beaucoup d'artistes encore aujourd'hui exécutent ce numéro en revendiquant l'originalité de leur prestation ?

Il faut que je sois honnête avec vous, aujourd’hui la réponse est évidemment, non ce n’est pas grave. Pourtant lorsque j’étais jeune et professionnel et qu’un autre artiste copiait mon numéro, j’étais fou de rage. J’étais blessé et j’avais toujours envie de rétablir « ma » vérité, parfois même violemment. Ce qui m’enrageait s’était qu’un autre utilise mes idées.

J’ai si souvent croisé des garçons qui n’avaient aucun sens de la création et qui se contentaient de copier ce que d’autres créaient. Ça m'a valu bien des prises de bec et une réputation sulfurique.

Bien entendu « l’imitation » est à la base de ce métier de transformiste, soyons clair.

Lorsqu’un jeune homme imite une actrice ou une chanteuse cela ne veut pas dire qu’il n’est pas un créateur. De mon temps (oh mon dieu j’ai dis ça !) des Bob Lockwood en Allemagne, ou un Alain du « Coucou bar »à Bruxelles, étaient des experts.

Il en est de même pour la génération qui a suivi avec des artistes comme Bruno Perard ou Candy William’s pour ne citer qu’eux. Ces garçons sont passés maîtres dans l’art du transformisme, je les considère comme des merveilleux créateurs évidemment.

« La création », voilà, c’est probablement cela, qui fait la différence entre un artiste et un garçon qui se déguise en fille pour remuer les lèvres sur une chanson à la mode.

Alors, me suis-je trompé en ayant eu si peu de considération pour les contrefaçons ?

Non, sur ce point, je n’ai aucun regret.

J’aime cette pensée de Monsieur Sergio le plus légendaire des « Monsieur Loyal » :

-Artiste : Quelqu'un qui entre en scène, ou en piste, et avant qu'il ne fasse ou dise quelque chose....il se passe quelque chose....!

Ça c'est dit!

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Le garçon en talons hauts - chapitre 2

Publié le par Adrien Lacassaigne

A l’heure où j’écris ces quelques pages, je suis encore animateur radio à « Radio France » j’adore dire ça, « A Radio Fraaannnce » c’est d’un chic !

 

Plus simplement j’anime les petits matins de France Bleu Touraine.  Je suis un animateur « local », certes pas une star des médias mais j’exerce quand même un métier dont je suis fier et que bien des gens m’envient, j’y reviendrais.

 

Je me lève tous les matins à 3 heures pour aller travailler.  A  « 3h ! » oui, c’est pour vous dire si j’ai hâte de voire arriver la retraite.  Car même s’il n’est pas politiquement correct de le dire, je suis dans la dernière ligne droite de ma vie professionnelle.  Toute évolution étant devenue impossible à cause, entre autre, de mon âge.  Officiellement, personne ne vous le dira jamais, on vous fera même croire que « l’âge », au contraire peut être un atout d’expérience ! Mais force de constater que le poste que vous briguiez et pour lequel vous aviez toutes les qualités vient d’être attribué à un jeune homme de vingt ans de moins que vous et qui n’avait aucune pratique !

 

Ceux qui me diront que c’est bien de vieillir sont des menteurs.  Je n’ai pas de problème avec mon âge, mais comme dit ma chère mère :

            -On ne peut pas être et avoir été !

 

Il faut être lucide et ça passe forcément par quelques désillusions.  Le Général de Gaulle était honnête et avait tout compris: « La vieillesse est un naufrage ».

 

Mais avant que le bateau ne s’échoue ou soit mis en cale sèche, il y a quelques belles croisières à raconter! Et c’est ce voyage que je vous propose de faire avec moi.  La « Croisière s’amuse » à côté de mon petit chemin, c’est une balade en pédalo sur le lac Léman !

 

Commençons par ce qui vous intrigue le plus, ce métier de transformiste que j’ai exercé pendant près de 35 ans. 

 IMG 7721

A part quelques initiés qui visualisent tout de suite le personnage coloré que j’ai pu incarner, les autres doivent se demander ce que cela peut bien vouloir dire exactement : transformiste ?

 

Vous pourriez imaginer bien des choses curieuses.  Tous les mots se terminant en « iste » de nos jours étant souvent synonyme de coquin, voire de luxure : Echangiste, Nudiste, Sexiste, Fétichiste, Sarkoziste…

J’aurais bien aimé ! Mais ce n’était que mon métier, celui qui m’a fait vivre et avec qui j’ai traversé les années 70, 80, 90, 2000 et même un peu de 2010 !

 

On m’a toujours posé beaucoup de questions sur ce job pas banal, je vais donc prendre le temps d’y répondre, du moins d’essayer. 

 

Aujourd’hui je coule des jours heureux dans le jardin de la France où je me suis retiré fuyant tous contacts avec ce monde stupéfiant de la nuit que j’ai pourtant tellement aimé.  Je fais mon pain, j’entretiens mon jardin, je fais des confitures.  Je promène mon chien sur les bords de Loire.  Je câline mon chat devant des séries télé qui ne me font pas mal à la tête.  Je suis un homme très ordinaire qui a pourtant porté très longtemps de très jolis talons hauts.

 

Nous parlerons de mes années « spectacle ».  Je dis ce mot « spectacle », mot que j’aime passionnément et qui me correspond peut-être.  J’ai testé tant de disciplines : animateur de radio, comédien, artiste de cirque, acteur, chanteur, magicien, peintre, animateur à la télévision, danseur, metteur en scène, brodeur, chorégraphe, transformiste…

 

 

Je pense avoir toujours été un petit garçon « spectacle ».

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Le garçon en talons hauts - chapitre 1

Publié le par Adrien Lacassaigne

Regardez-moi, en talons hauts le rouge aux lèvres, fille où garçon je vis mes rêves.

Regardez-moi, pour exister, me faire aimer je suis prêt à tous les excès.

Regardez-moi, pour ressembler à mes étoiles, c’est toute mon âme que je dévoile.

Regardez-moi, à force de n’être qu’une chanson j’en avais perdu la raison.

Ce soir je veux être ma vie, rire et pleurer comme j’ai envie, ne pas avoir à me cacher derrière des yeux trop maquillés.

Ce soir je veux être ma vie, rien qu’un instant, rien qu’une nuit, ne plus jouer la comédie, me faire aimer tel que je suis. Regardez-moi, en talons hauts le rouge aux lèvres, sans m’épargner je vis mes rêves.

Regardez-moi, pour un sourire ou une larme, sans hésiter j’offre mes charmes.

Regardez-moi, faire la chanteuse, triste ou frivole pour faire revivre mes idoles.

Regardez-moi, à trop jouer à faire semblant j’en oublie qui je suis vraiment.

Ce soir je veux être ma vie, rire et pleurer comme j’ai envie, ne pas avoir à me cacher derrière des yeux trop maquillés.

Ce soir je veux être ma vie, être accepté tel que je suis, Et sans regret je vous le dis je suis un garçon travesti.

 

Voilà, tout est dit !

Cela mérite quand même quelques explications…

Je suis un homme ordinaire, je m’appelle Adrien Lacassaigne, c’est mon vrai nom, mais dans les années « 80 », lorsque je portais des talons aiguilles on m’appelait : « Bernard l’Hirondelles ». J’étais un artiste à l’ambigüité adroitement apprivoisée, un travesti, une drag queen, un artiste transformiste.

 

Aujourd’hui j’ai presque 60 ans, ça fait bien longtemps que j'ai chaussé une paire d’escarpins, heureusement pour moi, parce que franchement une vielle folle mal chaussée, il n’y a rien de plus pathétique ! Il suffit pour s’en rendre compte de trainer sur les réseaux sociaux. Le web regorge de créatures époustouflantes. Tout le monde aujourd’hui s’exhibe allègrement parfois sans se rendre compte du ridicule, moi y compris. Combien de fois ne me suis-je exclamer devant une photo publiée par des artistes croisés autrefois : - Oh mon dieu, comment il est devenu, c'est affreux !

 

Un cri spontané incontrôlable.

 

Je sais ce n’est pas sympa, mais ils en font probablement autant à mon sujet. Et puis vous découvrirez très vite en lisant ce qui va suivre que le qualificatif "sympa" n'est pas celui qui vient spontanément à l'esprit quand on parle de moi!

 

Tout cela pour revenir à mes « presque » 60 ans.

 

Cela fait bien longtemps que je pensais écrire mes souvenirs d’une vie passée, d’une vie tellement riche d’anecdotes incroyables.  Je dis « souvenirs » car le terme d’autobiographie me semble trop prétentieux.  Je ne suis en effet ni célèbre, ni méritant,  ni même "particulier" au point de consacrer un récit de ma vie qui pourrait intéresser qui que ce soit !

 

Lorsque l’idée et l'envie d’écrire me venait, je me disais : ça ne va intéresser personne et ça ne « marchera » pas ! 

Et voilà justement ce qui m’a décidé à publier ce livre. 

 

Faut-il vraiment que ça « marche » ?

 

Je me suis posé ces deux questions :

 

As-tu été un artiste ?

Je crois que oui.

 

As-tu envie de raconter ce que tu as vécu ?

Oui, je crois en avoir envié.

 

Je suis un artiste qui s’est beaucoup trompé, qui n’a pas toujours été très travailleur, qui a fait des mauvais choix, qui n'a véritablement rien créé d'exceptionnel, qui n'a jamais connu le succès et surtout qui n'a pas toujours été très "sympa".  En revanche s’il est bien un mot pour désigner ce que fut ma vie je pense que c’est bien celui d’artiste.

 

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Alors, je me fou que ce livre « marche » ou pas.  Car justement parmi les erreurs à éviter, l’artiste ne doit pas faire les choses « pour que ça marche » !

 

Il faut évidemment travailler de son mieux, donner le maximum et être honnête dans son art, mais celui qui calcul son investissement artistique en fonction d’une réussite évidente se trompe de combat. 

 

Et ce qui a fini par me décider d’écrire c’est cette réflexion sur : « Les erreurs à éviter ».

 

Mais rassurez-vous, je n’ai aucunement l’intention de donner des leçons comme le font si souvent aujourd'hui des vieux artistes qui s’accrochent à leur gloire passée.  Je déteste entendre à la radio où à la télévision ces vieux chanteurs où vieux journalistes qui ont l’impression d’avoir tout vu, tout connu et qui donnent des leçons de vie à chaque interview qu’on veut bien encore leur consacrer.

 

J’ai simplement envie de faire part de mes expériences, de mes rencontres, de mes doutes avec juste ce constat de temps en temps : « Ici je me suis trompé » où juste cette question de temps en temps : « Etais-ce si grave que ça ? »

 

Pourquoi ne devrait-il y avoir que les récits de vies des célébrités du monde des arts, de la politique où autres intellectuels qui soient intéressantes ?

 

 

Arrivé à un certain âge, tout le monde devrait se retourner sur son passé en se disant peut-être tiens là je me suis trompé, j’ai fais une erreur, j’ai mal choisi…Et de cette façon peut-être éclairer les autres. 

 

A mon sens, toutes les vies sont riches, et les récits de biens des inconnus pourraient être utiles à d’autres.  Il y a des enseignements à tirer de la vie d’une caissière de super marché, d'un facteur, d’un garagiste et pourquoi pas d’un artiste transformiste ?

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Yves Saint Laurent

Publié le par Adrien Lacassaigne

J’ai donc vu le film de Jalil Lespert, « Yves Saint Laurent » hier soir.

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Que dire d’un film où le talent est partout !

La réalisation élégante de Jalil Lespert. L’interprétation irréprochable de Pierre Niney et Guillaume Gallienne, les dignes petits-enfants de Robert Hirsch au Français.  Le Génie d’Yves Saint Laurent.  La force de Pierre Bergé.  La beauté de Paris et Marrakech

Tant d’excellence me donne envie de réécouter l’album d’Alain Chamfort « Une vie Saint Laurent » qui n’a pas eu le succès qu’il méritait.

 

 

C’est grand, c’est beau, c’est parfait.

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Guillaume Gallienne

Publié le par Adrien Lacassaigne

J’ai donc vu le film de Guillaume Gallienne, « Les Garçons et Guillaume à table ». J’ai passé un bon moment, certes mais à mon sens ce n’est quand même pas  « le film » de l’année.

Malheureusement une fois encore tous les effets sont dans la bande annonce ! 

C’est un bon film mais je préfère Guillaume Gallienne dans le rôle de comédien plutôt que celui de réalisateur. 

Quelle perfection il atteint  dans son jeu d’acteur, il est juste en tout.

Ce garçon est un « Stradivarius » du théâtre.  Quelle chance il a de pouvoir ainsi jouer les femmes sans l’ombre d’une ambigüité dans la critique !

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De mon temps (je hais cette expression) ce n’étais pas possible, hélas pour moi.

Lorsque j’ai débuté au théâtre mes maîtres Robert Hirsch, Jean Le Poulain et  Jacques Charon ne se travestissaient que pour le gala de l’union des artistes ou dans des soirées privées.

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Jamais ils ne leur seraient venu à l’idée de jouer « Lucrèce Borgia » comme va le faire Guillaume au Français !

En 1978, je pense avoir été le premier au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris  à proposer « La » scène de la biscotte extraite de la cage aux folles !

J’ai cru que des professeurs comme Pierre Debauche ou Antoine Vitez allaient s’étrangler ! Ils n’étaient pas homophobes mais il n’y avait pas de place pour ce genre de délires.

Merci, les temps ont changé et aujourd’hui Guillaume Gallienne, Michel Fau ou encore Olivier Py s’en donnent à cœur joie au plus grand bonheur des spectateurs. 

Dans les années « 80 » il n’y a eu que sur les scènes des cabarets que j’ai pu donner libre cours à mes extravagances. 

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Mais je n’ai pas dit mon dernier mot, les temps ont changés, pas mes envies de jouer des personnages « décalés »

 

 

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Robert Hirsch dans "Le Père"

Publié le par Adrien Lacassaigne

La nouvelle pièce de Florian Zeller, « Le Père », est époustouflante et Robert Hirsch est grandiose et bouleversant.

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Tout n'est pas expliqué, mais la trame est évidente. Le vieil André, personnage avec lequel Robert Hirsch fait un retour étourdissant, est devenu trop fragile et incohérent pour rester seul chez lui. Le spectateur entre immédiatement dans le désarroi de cet homme, dans ses vérités qui partent en morceaux grâce à l’écriture de Florian Zeller qui s'avère d'un éclat surprenant et d'une profonde humanité.

 

Ladislas Chollat, signe une mise en scène juste et brillante dans un très beau décor d'Emmanuelle Roy

On n'en apprécie également les partenaires de Robert Hirsch.

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D'abord Isabelle Gélinas, d'une magnifique présence et Patrick Catalifo, Élise Diamant, Sophie Bouilloux et Éric Boucher, ils sont tous très bien.

 

Robert Hirsch confirme ici, encore une fois, à 87 ans qu’il est le plus grand comédien français.

 

 Au Théâtre Hébertot à Paris.

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