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Le garçon en talons hauts - 32

Publié le par Adrien Lacassaigne

Ces années-là, ma vie affective est réduite à néant. Depuis ma séparation avec Mister Paradise et ma désillusion amoureuse avec l’ingénieur en informatique, je ne voulais plus tomber amoureux. Il n’était même pas questions d’y penser. J’avais suffisamment de jeunes gens qui me tombaient dans les bras toutes les nuits, je n’allais pas m’encombrer d’une relation sérieuse. Et de toute manière, je savais que je ne pouvais pas m’abandonner aux charmes d’une personne qui idolâtrerait le pseudo artiste que j’étais. Pour me séduire, il fallait m’aimer moi et pas mes strass, mes perruques et mes talons aiguille !

Le garçon en talons hauts - 32

J’ai pourtant rencontré des spectateurs adorables qui ont retenu un instant mon attention, comme ce petit cuisinier de l’hôtel des Flots Bleus sur la plage de Saint Clair. Il s’appelait Joël. C’était un jeune garçon qui se croyait ordinaire. Il avait à peine 20 ans et ignorait totalement sa beauté. Il faut dire qu’il travaillait énormément, comme souvent les cuistots dans ces restaurants pour touristes en pleine saison. Il n’avait ni l’argent pour faire les boutiques à la mode, ni le temps pour se faire bronzer à la plage. Sortant de sa cuisine, il avait souvent les cheveux gras lorsqu’il débarquait au Flamenco, à 1h du matin pour voir le spectacle. Après le show, il m’offrait parfois un verre au bar. Il était un peu comme le vilain petit canard au milieu des jeunes ados branchés. Il n’avait pas grand-chose à me dire, il me regardait avec ses grands yeux brillants et un sourire innocent. Il était émouvant de naïveté dans cet univers chimérique. Un soir, où je devais avoir bu un peu plus que d’habitude, je l’ai laissé me faire de timides avances et il est arrivé ce qui devait arriver, il a passé la nuit à la maison. Le lendemain matin, il dormait encore quand j’ai ouvert les yeux. Dans pareil cas, il m’arrivait parfois de me dire : « c’est qui ça ? ». Il fallait alors que je trouve précipitamment une solution pour que mon coup du soir disparaisse au plus vite. Oui, je sais c’est moche !

Ou alors, je me souvenais très bien du garçon, mais je n’étais plus du tout dans l’ivresse de la nuit, je voulais qu’il parte juste après son petit café. C’était la majorité des cas.

Là, je ne sais pas pourquoi, j’ai savouré cet instant. La lumière était belle sans doute, je l’ai observé minutieusement. Rien ne pressait, je n’avais pas forcément envie qu’il s’en aille. Je suis sorti délicatement du lit. En buvant mon café dans la cuisine, je me suis dit : et si je lui préparais un petit déjeuner ! J’allais lui jouer une scène de film romantique comme l’aurait fait Hugh Grant pour Kristin Scott Thomas…Heureusement je n’en ai pas eu le temps. Je ne l’avais pas entendu arriver, mais au moment où je me suis retourné vers la porte pour lui apporter son plateau, il était là. Il m’a offert un des plus beau sourire que je n’ai jamais vu. Il a simplement dit « bonjour » et moi comme cette idiote de Bridget Jones j’ai souri sans rien dire mais en pensant très fort : Comment vont tes amours Adrien?

A Bormes avec mon chien Caïus.

A Bormes avec mon chien Caïus.

Les néons de la discothèque et l’alcool m’avaient jusqu’ici caché la véritable nature de Joël. Mon dieu que ce garçon était beau et charmant. Nous nous sommes beaucoup vus par la suite mais je ne voulais absolument pas d’une relation sérieuse, il n’en était plus question ! Je pensais comme un idiot écervelé : « non, je ne veux plus souffrir ! » Si je l’avais écouté, il se serait installé chez moi. J’ai préféré lui dire que ce n’était pas envisageable à cause de mes horaires impossibles. Une à deux fois par semaine, je lui permettais de me rejoindre, mais seulement quand moi je le décidais. Un soir, après le spectacle, vers 4h du matin alors que je rentrais chez moi, je l’ai trouvé en larme dans une petite ruelle qui longeait le Flamenco. Je lui ai dit :

-Mais que fais-tu là ? Pourquoi n’est tu pas venu voir le spectacle?

Il m’a répondu, les yeux noyés de larmes :

-Mon petit frère a eu un accident, il est mort. Je peux dormir chez toi ?

Je l’ai évidemment serré dans mes bras sans rien dire. Il est venu dormir à la maison et s’est abandonné cette nuit-là comme un animal blessé. Il avait le chagrin franc, noble, digne, cela m’a fendu le cœur.

Le lendemain matin, je l’ai conduit en voiture jusqu’à son travail. Avant qu’il ne referme la portière je lui ai dis :

-Tiens prend ça, si jamais… Tu viens quand tu veux.

Je venais de lui glisser le double des clefs de chez moi dans la main. Les semaines sont passées, il était charmant. Un soir je lui ai dit :

-Bon écoute, on va s’amuser un peu à changer ton look, ok ?

L’idée l’a amusée. Il s’est lavé les cheveux et je l’ai coiffé autrement qu’avec son éternelle raie sur le côté, les cheveux en bataille. Je lui ai passé quelques fringues branchées. Et comme touche finale, un peu de mon parfum de l’époque, une fragrance rare qui m’était livrée directement depuis le Japon : « Tactics » de SHISEIDO. Le garçon était métamorphosé. Mes amis ne l’ont pas reconnu lorsqu’il est arrivé avec moi le soir au cabaret.

En d’autres temps, d’autres lieux je me serais peut-être rendu compte que je tombais amoureux mais là, rien. Je ne pensais qu’à la fête et au spectacle. Avec son nouveau look, Joël a immédiatement eu beaucoup de succès. Un autre garçon lui a évidemment très vite offert ce que je me refusais à lui donner. Nous nous sommes éloignés l’un de l’autre, petit à petit. Je suis probablement passé à côté d’une belle histoire.

Le Lavandou 1989.

Le Lavandou 1989.

Quelques mois plus tard, un client de passage m’a invité à dîner dans un restaurant branché à Toulon. Il avait réservé une table en précisant bien qu’il serait accompagné d’un artiste du Flamenco ! Il devait penser que cela lui assurerait un service privilégié…Nous étions en effet très bien placés, au centre du restaurant, c’est à peine s’il n’a pas demandé aux clients médusés de m’applaudir lorsque je me suis assis ! Je me suis dit : - Je vais passer une soirée affreuse, car ce type me dégoûte et en plus je suis certain qu’il va me faire des avances ! Et comme souvent je pensais : -Mais pourquoi ai-je dit oui à cet individu ?

Heureusement, la réputation du chef de l’endroit était excellente, je devrais au moins me régaler. J’étais assis face à la porte d’entrée. L’apéritif était à peine servi lorsque je l’ai vu entrer. Plus magnifique que jamais, accompagné il faut bien le reconnaitre d’un jeune homme un peu plus âgé que lui mais aussi très séduisant. Ils formaient un joli couple. J’ai observé leur entrée. Ils se sont présentés simplement au maître d’hôtel, sans hâblerie. Exactement à l’inverse de ce que nous venions de faire, moi la pseudo star de nuit et mon empâté d’admirateur. Toutes sortes de sentiments me sont passés par la tête… Quitter la salle, me sentir mal, l’ignorer…J’étais blessé et fou de jalousie. Heureusement je n’avais pas encore atteint la dose d’alcool suffisante que pour me ridiculiser dans une scène théâtrale et pathétique dont j’avais le secret en de pareilles circonstances à l’époque !

J’ai décidé d’ignorer sa table du regard, évitant ainsi de plonger mes yeux dans les siens. A un moment je suis allé aux toilettes. Quand j’ai quitté ma place j’ai su qu’il m’avait vu, je l’ai senti me suivre du regard ! J’étais devant l’évier, occuper à me laver les mains lorsqu’il est entré. Je ne me suis pas retourné. Il m’a dit bonjour avec ce charme et cette douceur qui était sienne. J’ai marqué un temps avant de lui faire face. Je lui ai dis bonsoir, un peu comme si je m’adressais à une personne étrangère croisée par hasard. Pas méchant, pas joyeux, juste blasé, comme je sais si bien le faire. Je l’ai senti bouleversé, il m’a dit :

-Mais tu ne me reconnais pas ?

Et là, pour que ma perfidie soit parfaite j’ai joué les fausses notes !

-Mais si bien entendu… j’ai juste oublié ton prénom…

Au moment même où je prononçais ces mots, une petite voix dans ma tête me disait « Connard » ! C’est ce qu’il aurait été en droit de me dire lui aussi, mais au lieu de cela il m’a simplement répondu :

-Joël, je m’appelle Joël !

Je l’ai regardé fixement sans rien dire. Après quelques secondes, j’ai posé délicatement mes lèvres sur sa joue comme pour soigner la blessure que je venais de lui infliger. Exactement comme on le fait à un enfant qui pleure après une cabriole en lui disant « voilà maintenant tu n’as plus mal… ». Il m’a souri. M’étant approché de sa nuque j’avais reconnu son parfum, je lui ai dit :

-Toujours « Tactics » de SHISEIDO ?

Il m’a répondu :

-Oui, évidemment.

Il ne savait pas quoi dire, je le sentais mal à l’aise c’était de toute évidence à moi de trouver la chute de cette rencontre imprévue. Ma petite voix intérieure me disait « ne joue pas ! il n’y a pas de public, sois honnête ! »

Le temps passait, j’avais à peine quelques secondes devant moi. Les mots sont sortis les uns après les autres sans contrôle :

-Je n’avais pas oublié ton prénom, je te trouve magnifique, je suis troublé de te voir avec un autre garçon. Je te demande pardon…

Il n’a rien dit, je ne lui en ai pas laissé le temps. J’ai posé rapidement mes lèvres sur sa bouche en fermant les yeux et je suis sorti des toilettes. J’ai rejoins mon affreux compagnon et j’ai commencé à boire, à beaucoup boire. Pour supporter la nuit que j’allais probablement passer avec ce garçon prétentieux et surtout probablement pour oublier Joël, cet ange

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Le garçon en talons hauts - 31

Publié le par Adrien Lacassaigne

Cette année 1989 n’a pas dérogé à la règle, le show du Flamenco fut un énorme succès.

Tous les mercredis soirs après le spectacle, les artistes se réunissaient dans la loge. Chacun devait proposer des nouveaux numéros et ensemble nous définissions l’ordre de passage pour la semaine qui allait suivre. Il fallait ensuite qu’un volontaire aille proposer la nouvelle production à Jacky, le patron. En général, ce dernier se trouvait sur la terrasse du rez-de-chaussée de la boîte, face à la mer. Il faisait don de sa présence à la table de quelques clients ou amis privilégiés. Il fallait trouver le bon moment pour lui glisser « la liste ». Les anciens le connaissaient bien et savaient en l’observant depuis le bar, que parfois il valait mieux attendre un peu… Une fois qu’il avait la liste sous les yeux, Jacky là regardait sans parler, cela pouvait durer quelques minutes, des minutes qui dans ce cas précis pouvaient sembler très longues… Il prenait ensuite un stylo et très calmement mais fermement il barrait les noms de certains numéros. Ensuite, il tendait la liste à celui qui était venu là lui présenter sans parler, parfois même sans le regarder. Il était très rare que cette dernière soit validée entièrement du premier coup. Il ne fallait pas discuter, il n’y avait pas discussions. L’artiste qui s’était acquitté de cette mission redescendait dans la loge où les autres l’attendait et lui disaient :

-Alors, on fait quoi ?

-Toi, c’est bon. Toi il ne veut pas de ce numéro, tu dois changer. Ah et toi Adrien, il veut que tu gardes ton numéro « Je ne suis qu’une chanson » toute la saison.

Et voilà, la fascination de la chanson interprétée par Ginette Reno avait de nouveau opéré.

Le garçon en talons hauts - 31

Les jours, les semaines, les mois même qui ont suivi n’ont été rythmé que par les spectacles, les dîners et la plage. Une vie que je croyais magnifique et terrible ! Des années que j’ai traversées avec une insouciance totalement irresponsable, ne serais-ce que vis-à-vis de moi-même. Je ne me suis intéressé à rien, c’était le vide intellectuel absolu autour de moi. J’étais comme lobotomisé par le feu des projecteurs de la nuit et les rayons du soleil la journée. J’ouvrais les yeux vers midi et après avoir pris une douche et bu un petit café, je partais rejoindre des amis à la plage. Bien souvent il s’agissait du « Layet » un coin situé sur la route entre Le Lavandou et Le Canadel. A cet endroit, il y avait une plage bien entendu mais aussi un cabanon tenu par Jo et Mireille où l’on dégustait des langoustes incroyables.

Vers 14h les touristes commençaient à quitter leurs tables pour retrouver leurs serviettes de plage. Pour moi c’était l’heure du premier rosé avec mes « copines ».

Le "Layet" avec Eddy, Richard Flèche, Gilles (La Lune) et Danny.

Le "Layet" avec Eddy, Richard Flèche, Gilles (La Lune) et Danny.

Tout l’après-midi nous buvions, nous mangions, et nous faisions des galipettes dans les fourrés bondés de touristes en quête d’aventures. Je rentrais chez moi vers 19h me mettre au lit. Le réveil sonnait vers 22h et là il fallait se préparer sérieusement. La nuit, nous ouvrait les bras, les choses sérieuses allaient commencer. La tournée des bars, des restaurants, la loge et enfin vers 1h du matin, le spectacle.

Autours de moi, le mur de Berlin est tombé, le prix Nobel de la paix est attribué au Dalaï-lama, l'ouragan Hugo s'est abattu sur la Guadeloupe il y a eu 23 morts et Bernard-Marie Koltès est mort. Je ne sais rien de tout cela, je ne regarde pas la télévision, je n’écoute pas la radio, je ne lis pas les journaux. Je dors, je mange, je bois, je me travestis, je danse, je fais du play-back, je baise et c’est tout.

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Le garçon en talons hauts - 30

Publié le par Adrien Lacassaigne

Petit à petit, je découvre l’esprit si singulier du Flamenco. Je pourrai dire sans exagérer la « famille du Flamenco ». Il y avait officiellement deux patrons, Jacky Alibert et André Darouze, mais la personnalité de Jacky l’emportait sur celle de son associé, c’était lui « Le grand Manitou ». C’était un homme intimidant même si au premier abord il semblait un peu précieux, les restes peut-être d’une très courte carrière de coiffeur... Il affectionnait particulièrement les blousons de cuir « Jean-Claude Jitrois », nous aurions pu en déduire un peu hâtivement une certaine ambigüité. Qui plus est, il était le parrain d’un escadron de folles… Mais non, Jacky était un hétéro pur et dur. Il était toujours extrêmement joyeux et courtois, mais il savait en imposer quand il le fallait ! C’est lui qui décidait de tout, donc forcément du spectacle. Il était très exigeant mais nous savions une chose, il adorait ses artistes. Il n’était pas vraiment du genre démonstratif, mais si par hasard, un client, même un « très bon client », nous manquait de respect, il était reconduit à la sortie sans autre forme de procès !

Mai 1989, nous nous sommes rapidement mis au travail, nous avons tous ensemble imaginé le premier spectacle de cette nouvelle ère.  Cet événement marquait l’ouverture officielle de la saison touristique du Lavandou.  Tous les commerçants et les personnalités de la ville étaient présents.  C’était un soir important, il fallait frapper fort tout de suite.  Il y avait comme une superstition autour de cette soirée, c’était un peu comme si la réussite de la saison touristique de toute la station balnéaire dépendait du succès de celle-ci.  Cette année-là, bicentenaire de la révolution française oblige, nous avions choisi de proposer une ouverture sur ce thème évidemment, du bleu, du blanc et du rouge.

Le garçon en talons hauts - 30
Le garçon en talons hauts - 30
Le garçon en talons hauts - 30

Au Flamenco, pour composer un spectacle, il y avait bien entendu, les numéros solos proposés par les différents artistes engagés. En moyenne deux passages par soirée. Mais il y avait aussi les fameux « tableaux » tant appréciés par Jacky. Nous pouvions en créer de nouveaux mais il tenait à ses incontournables ! Un tableau sur « Les putes du bois de Boulogne », un autre sur « Les infirmières », un troisième qui mettait en scène les amours de ; « Sylvie Vartan, Johnny Halliday et Nathalie Baye », etc. Le patron aimait lorsqu’il y avait beaucoup de monde sur scène et surtout « un décor »!

Le garçon en talons hauts - 30
Le garçon en talons hauts - 30

L’ouverture était donc aux couleurs du drapeau national. Pour le final, nous n’avions pas d’idée et comme souvent dans ces cas là, nous avons choisi une couleur. Jean-Marie Rivière en son temps avait donné le ton, lui c’était souvent le blanc. Ce n’est probablement pas un hasard si je me risque à une comparaison entre les deux hommes. Jacky et Jean-Marie faisaient tous deux partie de la race des seigneurs de la nuit, une dynastie, je crois aujourd’hui disparue. Cette année-la donc au Flamenco, nous serions très « Stendhal » où « Jeanne Mas » selon les références de chacun ! Nous avons décidé de créer un final Rouge et Noir. C’est aussi un classique.

Le garçon en talons hauts - 30
Le garçon en talons hauts - 30

J’avais proposé à Jacky de faire mon éternel numéro : « Je ne suis qu’une chanson » après le final. J’étais le petit nouveau qui devait faire ses preuves, je savais qu’il fallait que je marque les esprits tout de suite.

Le garçon en talons hauts - 30

Nous avions trois semaines pour répéter et créer les décors. Des journées intenses, où tout le monde travaillait d’arrache-pied. Il y avait ce parfum de peinture fraîche dans l’atmosphère, le bar se remplissait d’alcools divers et variés, Léo créait la bande son, les nouveaux costumes arrivaient, nous répétions nos chorégraphies… Le Flamenco se transformait en véritable fourmilière jusqu’au grand soir.

Ce dernier arrivé, il flottait dans l’air comme une ambiance de gala. Tapis rouge et tenues de soirée, les notables étaient à la fête. Il était une tradition depuis 1972. A une heure du matin, Léo envoyait la chanson de Michel Fugain :

-Attention mesdames et messieurs dans un instant ça va commencer…

Le garçon en talons hauts - 30

Pendant ces trois minutes qui précédaient le spectacle, on s’agitait dans tous les sens en coulisses. Il fallait fermer les rideaux et placer les décors. Les serveurs n’avaient que ce temps très court pour se poudrer le nez et enfiler leurs costumes de scène.

Aujourd’hui encore, je ne peux entendre cette chanson sans me remémorer ces instants magnifiques. Et, je suis certains que beaucoup d’artistes ayant travaillé au Flamenco comme moi, pensent la même chose.

A cet instant, je réalise à quel point je suis fier de faire partie de cette équipe. Je songe à ceux qui avaient marqué l’endroit depuis dix sept ans. Ils avaient presque tous leur photo quelque part. Quand on était nouveau, comme moi, on ne pouvait ignorer que sur cette scène avaient triomphé des fortes personnalités. En 1972, il y eut d’abord Agath, Paola Romano et Rita Patchwork. Ensuite tous ceux qui ont fait de cet établissement ce qu’il est devenu. Adam, Alexandra de St Tropez, Ambre, Belinda Anderson, Brandy Alexander, Claudia Benz, Cungala, Dan Duchet, Danny, Deborah Corry, Dolly Doll, Dyona Loor, Euriale, France, Galia, Gil D’Argent, Joy, Lily Bartock, Lisa, Richard Flèche, Roro et Stella. En 1989, leur énergie, comme un tsunami, nous poussait vers le succès. J’étais fier de leur succéder. C’est à eux que j’ai pensés en débutant ma première saison au Flamenco. Il ne faut jamais oublier ceux qui nous ont ouvert la route.

A ce moment-là, je me suis rendu compte que j’avais intégré la délirante volière ! Je mène la même vie que ces artistes que j’observais en cachette lorsque j’étais adolescent, en vacances au Cap d’Agde, il n’y a pourtant pas si longtemps.

Je ne le sais évidemment pas à l’époque mais au Flamenco, je suis à l’apogée de ma carrière de transformiste professionnel. La dégringolade est amorcée.

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Le garçon en talons hauts - 29

Publié le par Adrien Lacassaigne

Avant de rejoindre le Var, je rentre en Belgique. Je le devais, je l’avais promis à Marraine Renée. Même si elle aurait préféré que je reste à ses côtés, elle se dit heureuse pour moi. Pour me le prouver, elle va même m’offrir une nouvelle voiture. Pour fêter ce contrat, je vais la choisir à l’image de cette nouvelle ère. Un 4x4 “Suzuki Samouraï”, rouge vif. L’hiver, je vais me régaler à la neige et l’été je vais crâner en décapotable sur la côte. A moi les aventures, le succès et la belle vie. Adieu les bonnes résolutions, les livres, le théâtre et le sport !

Le garçon en talons hauts - 29

Je suis super excité, comme un gosse. J’aime beaucoup l’idée de me retrouver dans une nouvelle équipe et de relever ce nouveau challenge.

Maxine, avec “Les Particules” tournera quelques mois, mais la sauce ne prendra pas. Je n’ai pas d’explication.

Il intègrera ensuite la troupe des « New Sensation » créée par Marisa Aleen. Le spectacle sera grandiose, ils auront un immense succès bien mérité.

Philippe s’associera lui à ma grande surprise aux «Aristomens». Je dis à ma grande surprise car nous avions croisé cette troupe à nos débuts à Aix-en Provence. Ils avaient pour particularité de « s’inspirer » fortement des autres artistes, dont nos numéros. Philippe leur en voulait beaucoup, au point de menacer de casser la figure du leader s’il le croisait. Eh bien me croirez-vous, comble des hasards de la vie, c’est cette même troupe qu’il a choisi d’intégrer. Et c’est avec ce leader qu’il vit depuis maintenant plus de vingt cinq ans !

C’est un choix que je n’ai jamais compris, dont nous n’avons jamais parlé. Une issue qui a sonné l’irrémédiable différend entre Philippe et moi.
1989, c’est donc l’année de ma première saison au “Flamenco”. C’est certainement la période la plus festive de ma carrière de transformiste. J’avais raté « Le Boa » parce que j’étais trop jeune. J’ai loupé « Michou » à cause d’un coup de tête. J’étais bien décidé à ne pas manquer cette étape.

Au terme d’un voyage d’environs douze heures, je passe enfin le panneau « Le Lavandou ». Je trouve très facilement l’immeuble, face à la mer.

La devanture du Flamenco avec la troupe "Les New Sensation" Jacky Alibert et Dolly Doll.

La devanture du Flamenco avec la troupe "Les New Sensation" Jacky Alibert et Dolly Doll.

Ce jour-là, le rendez-vous était fixé à 16h. J’arrive, toutes les portes étaient ouvertes, plusieurs personnes faisaient un grand ménage. J’ai descendu pour la première fois les marches qui menaient au cœur du Flamenco. C’est toujours très curieux une discothèque à la lumière du jour. Le personnel mettait tout en place pour l’ouverture de la saison prévue dans quinze jours. Mon arrivée avait été annoncée par Jacky, j’étais le petit nouveau de la saison. Je sentais le poids des regards qui se posaient sur moi. C’est donc lui le fameux « Bernard » ! (C’était encore mon prénom à l’époque).

C’est Léo qui m’a accueilli le premier. Ah « Léo », le DJ du Flam à l’hétérosexualité affirmée. Un beau gosse à l’accent chantant qui n’hésitait pas à jouer le jeu de l’ambigüité quand il le fallait. Il était la depuis très longtemps, il en avait vu passer des artistes. J’ai très vite compris qu’il serait un allié incontournable pour la saison que j’allais commencer. Léo dirigeait l’équipe des Bébé Boys ! Car au Flamenco, les serveurs venaient grossir la troupe des artistes le temps du spectacle. Cela en faisait un artiste à part entière.

Léo en compagnie de Michael Jones et moi.

Léo en compagnie de Michael Jones et moi.

J’ai timidement salué toutes les personnes présentes, ensuite je me suis rendu sur la piste de danse. Cet endroit qui devenait la scène à 1h du matin. J’ai savouré cet instant, comme aurait pu le faire un athlète au milieu du stade vide, avant la compétition.

Sur place, je retrouve Lisa avec qui je venais de travailler à Courchevel. Je suis rassuré de l’entendre me dire :

-Ma « Poupette » tu es la…

Nous allons partager le logement que le Flamenco met à disposition de ses artistes, une petite maison à Bormes-les-Mimosas. Lisa est gentille et ce n’est pas péjoratif. Tous les artistes qui ont croisé sa route vous le diront. Pour se fâcher avec, elle il faut vraiment le vouloir. Elle a de belles idées de créations et aussi des doigts en or pour réaliser ses costumes. C’est la colocataire idéale. Sauf peut-être quand elle invite une équipe entière de rugby à la maison. « LOL », diraient les jeunes d’aujourd’hui.

Lisa et moi.

Lisa et moi.

Je rencontre ensuite Joël Evans. C’est un ancien coiffeur reconverti dans le spectacle. Un garçon discret, extrêmement doué en maquillage. Il me fait une curieuse impression. Il n’a pas le physique de l’emploi. Il a plutôt le look d’un prof d’université. Je me suis demandé quel genre de numéro il pouvait bien faire.

Joel Evans et moi en compagnie d'un jeune client du Flamenco.

Joel Evans et moi en compagnie d'un jeune client du Flamenco.

Et, enfin Joy est arrivée. C’est l’une des deux « jumelles » Genevoises. J’en avais déjà entendu parler. Mireille Dumas dans une de ses émissions de télévision s’était intéressée à l’histoire de ces deux jeunes garçons « jumeaux » qui sont devenus tous les deux des transsexuels. Joy avait débuté le cabaret à 16 ans, sa beauté n’avait d’égal que son ambition, c’était une bête de scène.

Joy et moi.

Joy et moi.

Il ne manquait plus que la vedette, Agath. Il est arrivé très en retard en bougonnant. Il en était à sa dix-septième saison, ce rendez-vous ne l’impressionnait guère. Je m’attendais à rencontrer une star, une diva, une sorte de Zaza Nappoli ! Quelle ne fut pas ma surprise de voir arriver un monsieur tout simple, en short et avec des Tongs. Il était accompagné d’un vieux chien qui le suivait péniblement. C’était un cocker appelé Nava. A la main un sac en plastique avec à l’intérieur disait-il, un « nouveau costume » pour le spectacle ! Il m’a d’abord ignoré. Après quelques instants, Léo nous a présentés et il a dit :

-Ben je sais qui c’est hein ! Quand même…Pauvre Léo !

Il est alors venu m’embrasser comme si on se connaissait depuis des années. J’étais un peu désorienté. Il était loin de l’image terrifiante que l’on m’avait fait de lui. Un homme en réalité très ordinaire qui était juste un peu pénible lorsqu’il avait chargé en apéro. Il n’y avait dans ce cas que Jacky Alibert qui pouvait le contrôler.

-Oh « maman » tu arrêtes maintenant !

Disait-il, menaçant.

Agath avec Alexandre, le fils de Richard Flèche.

Agath avec Alexandre, le fils de Richard Flèche.

Quand il avait bu, Agath pouvait être d’une mauvaise foi incroyable. Je me souviens de ce jeune artiste qui est venu quelques semaines travailler au Flamenco. Son imitation de Mickael Jackson était absolument parfaite, rien à redire. Il avait beaucoup de succès, mais allez savoir pourquoi, il n’a pas vraiment réussi à s’intégrer dans l’équipe. Un soir, il était aux environs de minuit 45, le spectacle allait bientôt débuter. Mickael Jackson était prêt, maquillé, habillé, il était assis à côté de moi dans la loge. Dix minutes avant le spectacle, on voit notre Agath arriver bien chaud ! Il va directement s’assoir à sa place en ronchonnant comme très souvent. A un moment, on le voit se lever comme une furie et venir se planter derrière la chaise du« Roi de la Pop ». Il lui crie dans les oreilles :

-Mickael Jackson… Mickael Jackson… personne sait qui c’est Mickael Jackson… personne monsieur ! On me l’a dit dans les bars. C’est qui le nouveau là, c’est qui qu’il imite ? Personne le connait Mickael Jackson…

Et, il est retourné à sa place en ronchonnant de plus belle. Nous étions tous morts de rire. Sauf le principal intéressé évidemment !

Agath, il fallait le prendre comme il était, imprévisible et d’une mauvaise foi à toute épreuve. Mais la plupart du temps, il était absolument charmant. C’était le genre d’artiste qui n’était pas vraiment beau sur scène. Il s’en foutait bien d’ailleurs. Il n’avait pas de jolis costumes, c’était le moindre de ses soucis. Il n’avait pas non plus de « grands » numéros. Sa présentation du spectacle en direct était souvent très élémentaire. Mais alors pourquoi était-il là depuis le commencement me direz-vous et avec autant de succès ?

Joel Evans, Joy, Lisa, Agath et moi avec nos amis Chantal et Max Dandine et leur fils Mathias. (Restaurant l'Escoundudo)

Joel Evans, Joy, Lisa, Agath et moi avec nos amis Chantal et Max Dandine et leur fils Mathias. (Restaurant l'Escoundudo)

Son talent était ailleurs. Il avait créé « un personnage » et ça c’est fort. C’est d’autant plus difficile que lorsque l’on joue cette carte, il faut pratiquement la jouer 24h su 24 ! Pierre Karpof était « Agath »partout, tout le temps. Prisonnier de sa création, qu’il soit à la plage, dans la rue, dans les bars, au restaurant et tout naturellement sur scène, la nuit. J’ose à peine imaginer ce qu’a été sa vie privée. J’ai beaucoup aimé travailler avec Agath. J’ai beaucoup de respect pour lui.

Agath et moi.

Agath et moi.

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Le garçon en talons hauts - 28

Publié le par Adrien Lacassaigne

Et c’est justement là, à Courchevel, que je vais rencontrer Jacky Alibert, le dirigeant du cabaret « Le Flamenco » au Lavandou. Cet établissement était très connu dans le milieu des transformistes. Beaucoup de grands artistes y étaient passés. L’endroit est situé sur le front de mer, plus exactement avenue du Général Georges Bouvet. Il y a un piano-bar avec une grande terrasse « vue sur mer » au rez de chaussée. La discothèque se trouve au sous-sol. Le restaurant « Les Enfants Terribles » au premier étage.

La proximité avec Saint-Tropez en faisait un haut lieu des nuits festives de l’été sur la côte d’azur. La diversité de la clientèle rendait cet endroit unique et magique. Une nuit au Flamenco, c’était le souvenir assuré d’une fête accomplie.

Jacky Alibert et moi.

Jacky Alibert et moi.

Pour les artistes qui y étaient engagés, c’était un très bon contrat. La direction proposait cinq à six mois de travail l’été sur la côte d’Azur et trois à quatre mois de saison d’hiver à Megève.

Ne se produire que dans deux établissements sur l’année était un luxe. Cela voulait dire, pouvoir s’installer, avoir un appartement, un chez-soi. L’idée était séduisante.

En revanche, Jacky Alibert était très exigeant. Il fallait que le spectacle change tous les jeudis, soit environs 25 spectacles différents à présenter. C’était beaucoup de travail. Autre bémol, au « Flamenco », il y avait un présentateur qui sévissait depuis vingt ans et dont il fallait « se méfier » parait-il, un certain Agathe. Mais les présentateurs qu’il faut craindre, on m’avait déjà fait le coup à Genève avec Lou Scarol. Je ne suis plus un débutant, cela ne m’effraie absolument plus. J’ai moi-même parait-il à cette époque là une réputation singulière.

Jacky est venu voir le spectacle du Saint Nicolas et à l’issue de ce dernier, il m’a invité à prendre un verre.

-Ca te dirait de venir faire une saison au Flamenco ?

Je n’ai pas hésité longtemps. C’est une bonne maison, je le sais alors je suis heureux de répondre :

-Oui, évidemment.

-Alors je t’attends fin mai au Lavandou.

Nous n’avons pas parlé de prix, pas signé de contrat, la parole de Jacky était une garantie absolue. Il m’avouera un jour que ça faisait un moment qu’il pensait à m’engager, mais il ne pouvait pas prendre les autres Hirondelles. Il n’engageait pas de troupe. Il me voulait depuis qu’il m’avait vu dans ma parodie de “La Belle et la Bête”. Un numéro qui l’avait beaucoup fait rire. En matière de spectacle, Jacky était fan des tableaux et des montages.

La Belle et la bête.  Philippe et moi.

La Belle et la bête. Philippe et moi.

Grâce à une multitude d’extraits sonores, ce numéro tournait en dérision l’histoire de ces deux personnages. C’est cela qu’on appelait des « montages ». Cela voulait dire que l’on collait bout à bout des petits morceaux de bandes tous différents les uns des autres. C’était en général des bouts de chansons où de sketchs. J’ai passé des heures devant mon « Revox » à travailler sur ces créations, c’était laborieux. Un petit millimètre de bande mal coupé, c’était une gaffe irrémédiable. D’où mon état de colère contre ceux qui se contentaient de copier les montages des autres en récupérant de ci de là quelques cassettes oubliées, ou volées.
J’avais créé ce sketch au début de la tournée des « Hirondelles », ce numéro avait un certain succès. Jean Marais en personne en avait entendu parler. Il est venu nous applaudir à Cannes.

Ce qui me donne l’occasion de me la péter un peu en vous parlant de cet acteur. Il avait 75 ans lorsque nous l’avons rencontré mais il était encore très bel homme. Il avait énormément de classe et heureusement pour moi, il n’était pas dénué d’un profond sens de l’humour. Dans ce sketch, Philippe avait le rôle de la bête, moi celui de Josette Day. J’étais « La Belle », une maitresse femme qui humiliait la bête parce qu’elle n’avait pas mangé toute sa purée Mousseline ! Nous étions au « Club 7 » à Cannes, l’endroit étant petit, pendant mon numéro, j’entendais le rire si particulier de Jean Marais dans la salle. C’était un peu comme si ce dernier participait lui aussi à cette parodie, avec la bénédiction de son mentor. Il a eu une façon toute simple de me remercier pour ce clin d’œil au film de Cocteau. Pendant le spectacle il m’a dessiné et il est venu ensuite m’offrir le dessin dans les loges.

J’ai mon portrait signé Jean Marais. Ca le fait, non ?

A l'époque mon nom de scène était B'Verly! Oui, je sais c'est ballot!

A l'époque mon nom de scène était B'Verly! Oui, je sais c'est ballot!

Grâce à ce numéro, j’entrais donc dans l’équipe du « Flamenco ». Je mettrais un terme à ma carrière de transformiste un peu plus tard.

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Le garçon en talons hauts - 27

Publié le par Adrien Lacassaigne

Je suis arrivé à Courchevel le soir du dernier spectacle de mes anciens collègues au « Saint Nicolas ». C’était le nom de la discothèque. L’ambiance était étrange, lourde, quelque chose était brisé. Les retrouvailles sont courtoises, mais sans plus. Nous avons soigneusement évité de parler de choses qui fâchent.

Maxine, Patrick et Philippe ont assisté à mon premier spectacle.

Maxine, Patrick et Philippe ont assisté à mon premier spectacle.

Il était évident que je n’avais plus envie de les suivre, mais il était également certain qu'ils n'avaient plus envie de travailler avec moi. Je ressentais une étrange sensation, un peu comme celle que doit sentir un couple qui divorce.

Patrick et moi à Courchevel.

Patrick et moi à Courchevel.

J’ai donc enchaîné seul le mois de janvier. Pas seul sur scène évidemment, d’autres artistes avaient été engagés. Il y avait Lisa qui imitait Marie Laforêt comme personne, une artiste absolument délicieuse. Je retrouvais aussi Sabrina By Night qui était venue travailler un peu avec nous à Bruxelles autrefois. Et la « surprenante » Stéphanie Trottoir, un drôle de personnage.

Le garçon en talons hauts - 27

J’ai vraiment apprécié ce mois à la neige. Remarquez, il y a pire comme endroit en janvier que Courchevel 1850 ! Le travail était très différent de celui que je connaissais avec ma troupe. J’étais beaucoup moins stressé de ne pas avoir le poids de tout le spectacle sur le dos. Je n’étais responsable que de mes prestations. Je dois d’ailleurs avouer que notre show n’était pas mirobolant. Individuellement, les artistes avaient de bons numéros, mais le tout manquait à mon sens de cohérence. Mais ce n’était plus mon problème.

Sabrina, Lisa et moi. Ambiance décontractée dans les loges.

Sabrina, Lisa et moi. Ambiance décontractée dans les loges.

Marie Laforêt par Lisa.

Marie Laforêt par Lisa.

Lisa et moi.

Lisa et moi.

Au quotidien, je vivais une solitude sereine.

Le garçon en talons hauts - 27
Sabrina et Lisa sur la terrasse de notre appartement.

Sabrina et Lisa sur la terrasse de notre appartement.

J’ai évidemment fait mes premières glissades sur les pistes des trois vallées. Je n’avais jamais skié de ma vie, mais Pierre un magnifique jeune client de la discothèque s’est très vite proposé de m’initier.

Le garçon en talons hauts - 27
Le garçon en talons hauts - 27Le garçon en talons hauts - 27

J’ai découvert autre chose, mon statut privilégié d’artiste de cabaret !

« Le Saint Nicolas » était la seule boîte à proposer un spectacle transformiste. Il était par conséquent un lieu incontournable pour les noctambules de la station. Je vais pénétrer l’univers des touristes les plus fortunés. (A l’époque il ne fallait pas obligatoirement parler russe.) Ce genre de clientèle adorait nous apprivoiser. De ce fait, nous étions très régulièrement invités dans les plus grands restaurants et palaces de la station. Où alors, c’était les patrons d’établissements à la mode qui nous invitaient. Il était impératif pour eux que leurs affaires aient l’image d’endroits branchés. Et pour cela, rien de mieux qu’ils soient fréquentés par des artistes comme nous. Bien souvent les patrons de bars nous disaient :

-Vous passez prendre l’apéro ? Vous venez « en femmes » bien entendu, c’est plus délire !

Le garçon en talons hauts - 27

Mais évidemment, prend moi pour une conne !

Une « créature » rousse assise à un bar à 19h, cela crée de l’effervescence ! Il est évident que le commerçant s’offrait une belle animation au prix de quelques coupes de champagne. Mais comme nous n’avions rien de mieux à faire, nous participions à la mascarade ! Je me suis donc régulièrement retrouvé en début de soirée, en talons hauts, dans les rues enneigées de Courchevel.

Le garçon en talons hauts - 27
Le garçon en talons hauts - 27

Je croisais les derniers sportifs qui rentraient se changer à leurs hôtels pour entamer une nuit de folie. Ils me criaient :

-A tout à l’heure, on vient voir le spectacle, on boira un verre ensemble après…

En réalité, j’étais « homme sandwich » mais sans les pancartes et en talons hauts !

Un soir, il avait neigé plus que d’habitude, j’avais beaucoup de mal à traverser la rue avec mes escarpins. On aurait pu imaginer que j’étais totalement ivre. A un moment, je vois une camionnette de gendarmerie s’arrêter à ma hauteur. Je me suis dit « eh merde, ils vont me chercher de noises », en réalité ca c’est passé tout autrement. Les gendarmes sont sortis du véhicule et sont venus à ma rencontre :

-Voulez-vous que l’on vous aide ?

J’étais stupéfait !

Pour la saison d’hiver à Courchevel, des dizaines de gendarmes venaient renforcer le contingent habituel. Ils sont en général jeunes et passionnés par le ski. Bref, ils étaient absolument charmants. Les jours qui ont suivi, bien souvent lorsqu’ils me croisaient dans les rues, ils s’arrêtaient et me disaient :

-Adrien, monte, tu vas où ? Viens on t’emmène.

Parfois, il était très tard, ils me reconduisaient chez moi. « Le jeune gendarme en renfort pour la saison d’hiver n’est pas farouche » ! Oh je peux le dire maintenant, il y a prescription. Ils montaient prendre un dernier verre et allez savoir pourquoi, sur les photos qu’il me reste, ils sont tous en caleçons !

Le garçon en talons hauts - 27

Bref, vous l’aurez compris nous avions une vie effervescente en dehors du spectacle. Que cela soit les clients ou les patrons qui nous invitaient, nous vivions comme des « Princes ». Je ne sais à combien me serait revenues mes additions au Byblos, au Chabichou ou à La Bergerie pour ne citer que ces établissements, si j’avais du ouvrir mon portefeuille.

Et c’est sans parler des personnalités qu’il nous était possible de côtoyer de très près. Je me suis par exemple retrouvé un soir à la table de « Baby Doc ». J’ignorais absolument qui était ce monsieur. C’est un serveur du restaurant qui m’a dit discrètement :

-Tu sais qui c’est ?

-Non, c’est qui ?

-Un dictateur chéri ! (On dit beaucoup de « Chéri » dans ce milieu.) Il y a trois ans il était encore président de la République d'Haïti !

-Ah bon !

J’ai préféré quitter discrètement la table pour me joindre à celle de Gérard Majax. L’ambiance y était beaucoup plus festive !

Comment faire disparaître un verre de Get 27 avec Gérard ?

Comment faire disparaître un verre de Get 27 avec Gérard ?

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Le garçon en talons hauts - 26

Publié le par Adrien Lacassaigne

Je retrouve donc mes deux complices à Genève. Ils sont en contrat à « La Garçonnière » pour un mois. L’appartement qui est réservé aux artistes, avenue François Adolphe Grison à Chêne Bourg est suffisamment grand. Ils se proposent de m’héberger. Ils seront extrêmement discrets quand à l’échec amoureux que je venais de vivre. Dans les mois qui vont suivre, Philippe envisage de poursuivre sa route en solitaire. Maxime a dans la tête de créer sa propre troupe. Je comprends donc très vite que les « Hirondelles » ne renaîtront jamais. Je suis pris à mon propre jeu. Maxime donnera comme nom à sa nouvelle compagnie, « Les Particules ». Il sera rejoint par Patrick, alias Gloria Von Strass. Un garçon extrêmement doué avec qui nous avions déjà travaillé à Bruxelles. Son seul défaut était de ne pas être très sûr de lui alors qu’il avait un talent fou.

A son propos, je me souviens de cette anecdote à Bruxelles. J’avais parmi les artistes que je dirigeais au moins trois garçons capables d’imiter parfaitement Sylvie Vartan. C’est pourtant à Patrick que j’avais demandé d’interpréter ce rôle. Il était très doué en maquillage, la ressemblance serait parfaite. Seul petit souci, Patrick avait des rondeurs ! C’est justement cela que je trouvais intéressant. Je voulais proposer une Sylvie Vartan « décalée ». Il avait été étonné de mon choix mais avait accepté de se prêter au jeu. Toutefois, je sentais que malgré l’énorme succès qu’il remportait avec ce numéro, quelque chose le chagrinait. Je lui ai demandé pourquoi il semblait si malheureux d’imiter Vartan et il m’a répondu :

-J’aime bien ce numéro mais les gens rient de moi !

Je lui ai rétorqué immédiatement :

-Non Patrick, les gens rient grâce à toi ! C’est très différent.
Bref, le choix de Patrick pour constituer sa nouvelle troupe ne m’a pas surpris venant de Maxine.

Patrick et Maxine préparent les nouveaux costumes des "Particules" dans l'appartement des artistes à Chêne Bourg en Suisse.

Patrick et Maxine préparent les nouveaux costumes des "Particules" dans l'appartement des artistes à Chêne Bourg en Suisse.

En revanche j’étais plus circonspect quand à la troisième personne, un certain Marc Lorens, qui sortait de nulle part. Là, j’avoue n’avoir jamais compris.

Le soir de mon arrivée en Suisse, je suis évidemment allé les applaudir à « La Garçonnière ». Le patron, Frédéric Richner m’aperçoit au bar et il me dit :

-Mais qu’est-ce que tu fais là ? Pourquoi n’est tu pas sur scène avec tes partenaires ?

Je lui ai sommairement raconté mes mésaventures amoureuses. Frédéric m’a dit :

-Si tu veux travailler, tu commences dès demain.

Je suis donc remonté sur scène avec Maxine et Philippe pendant quelques jours.

A ce même moment, Jacques Villeret était en tournée avec la pièce « C'est encore mieux l'après-midi » de Ray Cooney, mise en scène de Pierre Mondy. Villeret et la troupe étaient installés pour plusieurs jours au Grand Théâtre de Genève. Un soir, un des serveurs de « La Garçonnière » nous dit que les comédiens du grand théâtre avaient prévu une sortie. Ils avaient réservé une table pour ce soir. Il y avait souvent des personnalités dans ce club, il en fallait plus pour nous impressionner.
Nous avons donc débuté notre spectacle comme d’habitude. Et là, sur scène j’ai eu un choc. Il était assis juste à côté de Jacques Villeret. Je venais de reconnaitre mon compagnon de cours de théâtre. Nous étions sortis ex aequo avec un premier accessit du cours Jacques Fontan à Paris, il y a dix ans. Jean-Pierre Rochette me regardait me déhancher en faisant du play-back ! Le sentiment de honte que j’ai vécu à ce moment-là est indescriptible. Je me suis à peine risqué à un petit clin d’œil pour lui signifier que je l’avais reconnu et surtout qu’en effet c’était bien moi !

Jean-Pierre Rochette

Jean-Pierre Rochette

Jean-Pierre est forcément venu me rejoindre en coulisses après le spectacle. J’ai eu droit à l’inévitable question :

-Mais qu’est-ce que tu fous là ?

Alors je lui ai dit :

-Je donne un coup de main à des amis à qui il manquait un artiste et je rentre préparer une nouvelle pièce à Bruxelles. Le gros mensonge ! Je sais c’est moche, très con et très lâche. ! J’ai vécu cet épisode comme une déchéance. Jean-Pierre, lui avait trouvé notre spectacle superbe. Jacques Villeret aussi, mais ce n’était pas un homme facile à aborder.

Une chose est certaine, je ne m’assume plus du tout. Rien ne va plus, ni dans ma vie privée, ni sur scène.

J’imite encore Mylène Farmer qui chante :

-Bulle de chagrin, boule d'incertitude. Tant de matins, que rien ne dissimule. Je veux mon hiver m'endormir loin de tes chimères. Je sais bien que je mens, je sais bien que j'ai froid dedans…

Les nouveaux partenaires de Maxine, eux arrivaient pour répéter avec lui. J’assistais à la naissance de leur troupe sans véritable émotion, ni joie, ni peine, ni colère ni regrets. A la fin du moi, Frédéric Richner, le patron de la Garçonnière m’a dit :

-Tiens, voici un contrat, il est signé de ma main, il ne manque que les dates. Tu es ici chez toi, tu viens quand tu veux ! Un seigneur Monsieur Richner, mais j’espérais bien ne jamais devoir me servir de ce cadeau.

J’ai toujours le contrat au fond de ma boîte à souvenirs...

A la fin du mois, je n’avais rien d’autre à faire que de rentrer en Belgique. Juste avant de reprendre la route, je me suis un peu promené dans Genève. J’adore cette ville et je me disais que je n’y reviendrais peut-être pas de si tôt. A un moment mon attention s’est portée sur un livre posé sur la plage arrière d’une voiture en stationnement. La couverture était orange et jaune. Il y avait le visage d’un homme, cheveux très court, portant des lunettes. Le titre c’était, « Au loin la liberté » le livre était signé du Dalaï Lama. Je me suis immédiatement rendu dans la librairie la plus proche pour me le procurer. C’est le premier bouquin que j’ai acheté. J’y ai probablement vu un heureux présage pour l’avenir.

A Charleroi en Belgique, je retrouve Jean-Michel Thibault, mon ami, metteur en scène et depuis peu propriétaire du théâtre du Vaudeville. Depuis l’époque de « La Comédie », il m’avait gardé en amitié. Je vais bien entendu lui raconter tous mes malheurs, sentimentaux et professionnels.
-Tu sais Jean-Michel, rien ne va comme je l’avais imaginé. Je rêvais avec Philippe d’avoir une vie de couple comme celle que tu vis avec Jean-Louis, et Philippe aujourd’hui ne fait plus partie de ma vie. Je voulais faire une carrière de comédien, et tu vois où j’en suis…

Jean-Michel m’a répondu :

-Tu sais bonhomme, je n’ai pas l’habitude d’étaler ma vie privée mais là, il le faut. Tu es quand même un peu naïf ! Depuis des années ma vie est un enfer. Jean-Louis est alcoolique ! Depuis vingt cinq ans j’ai tout essayé. Je n’en peux plus et je viens de prendre la décision de le quitter.

Je n’en revenais pas, un couple si parfait ! Et Jean-Michel ajouta :

-Et ta carrière !!! Mon dieu ta carrière… Tu as à peine 30 ans!

J’ai répondu :

-32 !

A cet âge-là, deux ans ça compte.

-J’ai peut-être une idée. Tu as envie de refaire du théâtre ?

-Oui, j’adorerais ça.

-Cela fait longtemps que j’ai envie de monter « Pauvre France » la pièce de Sam Bobrick et Ron Clark adaptée en français par Jean Cau. Tu serais parfait dans le rôle de José.

-Mais c’est une idée géniale.

-Nous pourrions même proposer le rôle du père à Gérard Gilles. Cela serait formidable de recréer votre duo de « La Comédie », non ?

-Et comment !

L’opportunité est trop belle, je n’hésite pas une seconde à dire oui. Dans l’élan, Jean-Michel va même me faire une proposition originale.

-Nous pourrions programmer la pièce tous les soirs à 20h. Après la représentation, il y aurait un entracte pour que les gens profitent du bar. Ensuite nous pourrions proposer un spectacle de transformistes ! Décidément pensais-je, on y revient toujours. Je n’ai pas caché mon hésitation à Jean-Michel. Il me dit :

-Ce soir, j’organise un petit diner à la maison avec quelques amis, viens nous en reparlerons.

Je suis arrivé vers 20h à la propriété de Jean-Michel et Jean-Louis à Marcinelle Bruyère. Il y avait là quelques messieurs forts sympathiques. A l’apéritif, l’un d’eux s’est approché de moi, sa coupe de champagne à la main. Il me dit :

-Alors, il parait que vous hésitez à nous monter votre revue au théâtre du Vaudeville ?

Pour savoir cela il devait être un intime de Jean-Michel. Et il continua :
-Je suis très déçu, moi qui croyais découvrir votre travail. Nous sommes tous les deux de Charleroi mon garçon, et l’on m’a rapporté que vous étiez « mon successeur ». On a du se tromper, moi j’aurais dit oui immédiatement ! Au fait excusez-moi, je ne me suis pas présenté, je m’appelle Guy. Mais on m’appelle plus souvent « Zoa ».

Oh mon dieu !

-Vous êtes « la » ZOA ?

-Oui, il parait. Ferme la bouche mon garçon !

La Grand Zoa, le Roi des nuits Bruxelloises des années "70".

La Grand Zoa, le Roi des nuits Bruxelloises des années "70".

Jean-Michel nous observait de loin, il est venu nous rejoindre.

-Je vois que les présentations sont faites. Alors, cette revue avec les Hirondelles, on la présente oui ou non ?

C’est Zoa qui a répondu pour moi.

-Mais évidemment, ce n’est pas quatre « travelottes » qui vont nous emmerder ! Va on trinque ! A ton succès ma grande !

Et il a ajouté :

-J’ai beaucoup entendu parler de toi. Tu es un emmerdeur il parait, mais ton travail est excellent. Il fallait que la relève vienne de Charleroi. Bravo ma fille !

Pour tenir de tels propos, je suppose que Zoa n’était pas à sa première coupe de champagne, mais comment voulez-vous après ça que je refuse de jouer avec les Hirondelles au Vaudeville ?

J’ai trinqué avec lui, fier comme Artaban.
Après réflexion, c’était pour moi une belle occasion de réunir une dernière fois les « Hirondelles » au grand complet. La pièce étant un vaudeville sur fond d’homosexualité, un spectacle de transformistes n’était pas totalement déplacé.

Marché conclu avec le directeur du théâtre, il ne me reste plus qu’à convaincre Maxine, Philippe et Pinky. Ces trois-là ne vont pas se faire prier et, il a été convenu que nous présenterions la revue des « Hirondelles » pour la dernière fois en novembre 1988 à Charleroi en Belgique. La boucle était bouclée.

Il fallait que je sois en bonne condition physique car après avoir joué la pièce, je n’avais que trente minutes d’entracte avant d’enchainer avec la revue des Hirondelles. Et dans les deux cas, mon rôle n’était pas des moindres.

Mon prénom n'avait pas encore été changé.

Mon prénom n'avait pas encore été changé.

J’ai eu énormément de plaisir à me remettre au théâtre. Le duo que je formais avec Gérard Gilles fonctionnait de nouveau à merveille. Il faut dire que le rôle de José c’était du « sur mesure » pour moi. C’est une grande gueule efféminée… Les critiques étaient encourageantes :

-Adrien Lacassaigne est une réelle personnalité théâtrale. Très présent et professionnel dans le rôle du petit ami José, Adrien Lacassaigne est surtout brillant dans son remarquable « duo », tour à tour tendre et rosse avec Gérard Gilles au début du deuxième acte, où règne une chaleureuse complicité d’acteurs. Michel N’Diay

-Adrien Lacassaigne a toute l’exubérance envahissante qui convient pour donner son relief au personnage délicieux de José. Claude Destabel.

Gérad Gilles et moi dans Pauvre France.
Gérad Gilles et moi dans Pauvre France.
Gérad Gilles et moi dans Pauvre France.

Gérad Gilles et moi dans Pauvre France.

Emmanuelle Peppe et moi dans Pauvre France.
Emmanuelle Peppe et moi dans Pauvre France.

Emmanuelle Peppe et moi dans Pauvre France.

Pauvre France , Gérard Gilles, Roland Michaux et moi.

Pauvre France , Gérard Gilles, Roland Michaux et moi.

Je règle les éclairages du théâtre du Vaudeville, juste avant la revue.

Je règle les éclairages du théâtre du Vaudeville, juste avant la revue.

Sur la scène du Vaudeville avec E.T.

Sur la scène du Vaudeville avec E.T.

Cette période a donc été une formidable transition. Après ce spectacle, mes trois collègues ont repris la route. Moi, je suis resté dans ma ville natale. J’ai posé mes valises chez ma tante, que tout le monde autour de moi appelait « Marraine Renée ». La sœur de papa était veuve depuis quelques années. Ils n’avaient pas eu d’enfant, de ce fait, Marraine Renée nous avait toujours considéré mon frère et moi comme telle. Elle souhaitait que j’arrête de bouger, que je trouve un bon travail et que je m’installe à Charleroi. Son mari ayant été président du parti socialiste de Charleroi, elle avait encore quelques relations. Elle se proposait de m’aider à trouver un poste d’employé à « La Mutualité » ! Elle me dit en plus :

-Et quand je ne serai plus là, tu hériteras de cette maison, tu habiteras Gozée ! Rien ne t’empêche de faire un peu de théâtre de temps en temps pour t’amuser…

J’adorais ma tante mais sa vision de mon avenir m’a effrayé. Pas question pour moi de me retrouver derrière un bureau. Je me suis dis : bon, je fais quoi ?

Marraine Renée.

Marraine Renée.

Hélas, très vite je vais me rendre compte que sur le plan professionnel, personne ne m’attend. Je ne trouve pas de travail. Je ne suis plus du tout capable de danser, ce n’est même pas la peine d’envisager un retour au Palais des Beaux arts. De toutes manières je n’y connais plus personne. La télévision belge me propose de temps en temps un petit tournage, sans plus. J’ai bien fait quelques auditions pour jouer au théâtre à Bruxelles mais sans succès. Le pire, il faut bien l’avouer, c’était de vivre en Belgique. Je n’avais plus ma place à Bruxelles. Charleroi me semblait triste à mourir. C’était difficile après avoir vécu à Paris, Marseille, Cannes, Aix-en Provence, Toulouse, Genève…
D’autant que la capitale du pays noir n’avait vraiment rien de sexy ! Je suis perdu, je suis libre mais je ne sais pas quoi faire de cette liberté.

Pendant ce temps-là, Maxine, Philippe et Patrick assurent les tous derniers engagements qui avaient été signés il y a plus d’un an sous le nom des “Hirondelles”. Ils arrivent à Courchevel mais là, le patron de l’établissement leur fait une grosse colère. Il ne me voit pas au programme et menace de rompre le contrat si je ne viens pas immédiatement les rejoindre.

Maxine me téléphone pour m’exposer la situation. Je décide de mon côté d’appeler le propriétaire de la discothèque en question et je lui propose un marché. Il garde Maxine, Philippe et Patrick pour décembre et moi je viendrais en janvier. Le marché est conclu.

Je suis satisfait de cet arrangement même si il m’oblige à rechausser mes talons hauts. De toute manière, je n’ai pas vraiment d’économies, l’argent se fait rare il fallait que je trouve du travail, et vite. Un constat s’impose, la seule chose que je sache faire vraiment et pas trop mal dans l’immédiat c’est le transformiste. Je me suis dit, tu n’as pas vraiment le choix !

A mon départ, marraine Renée me confiera que si elle souhaitait que je reste ce n’était pas vraiment pour que je trouve un bon travail. Elle me dira :

-Je t’ai vu sur scène, tu es bien. Tu trouveras toujours du travail. Mais… Je me sens si seule. Je n’avais pas d’autres choix que de lui répondre :

-Ecoutes, je vais un mois à Courchevel, je reviens et on en parle, OK ?

-“Take it easy boy”…

M’a-t-elle répondu.

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Le garçon en talons hauts - 25

Publié le par Adrien Lacassaigne

En octobre 1988, Pascal et moi nous sommes donc installés dans un studio au 37, rue Condorcet dans le 9ème arrondissement de Paris.

Le garçon en talons hauts - 25

Ses importantes qualifications lui avaient permis de trouver rapidement un emploi. Moi, je n’ai même pas songé un seul moment à chercher du travail. Je jouais un nouveau rôle, « épouse modèle ». J’ai décoré l’appartement. Je préparais les repas pour que tout soit prêt lorsqu’il rentre. Le soir, il se mettait au piano pour me jouer quelques morceaux classiques qu’il affectionnait particulièrement. Nous étions en plein cliché, une romance de série « B ». Parfois, je luis proposais d’aller voir un spectacle mais le soir, il était fatigué par sa journée de travail. Il me disait :

-Vas-y toi, tu n’as pas besoin de moi…

C’est comme cela que j’ai découvert au Théâtre de Paris « Starmania », tout seul. J’ai adoré la création de Michel Berger et Luc Plamondon, cela m’a même un peu donné l’envie de remonter sur scène. Il y avait dans la distribution une chanteuse belge époustouflante, Maurane.

Mon amoureux s’était totalement investi dans sa nouvelle entreprise, moi je commençais à trouver le temps long. J’ai un moment imaginé retourner chez Michou, mais je me disais que le mari d’un ingénieur ne pouvait pas être transformiste ! Pauvre dinde !

Avec mon chien Caiüs dans notre studio de la rue Condorcet. Heureusement, il était à mes côtés.

Avec mon chien Caiüs dans notre studio de la rue Condorcet. Heureusement, il était à mes côtés.

Très vite Pascal s’est absenté les week-ends. Il me disait qu’il retournait chez ses parents à Neuilly. Il n’avait jamais été question de me présenter à la famille qui ignorait tout des préférences du fils parfait. La réalité était tout autre.
Mes dernières semaines de contrat avec « Les Hirondelles », j’étais au « Club 7 » à Cannes, je vous l’ai dit. Ce que j’ignorais c’est que pendant que j’étais sur scène, Pascal se faisait outrageusement draguer par les gigolos de la maison. Et apparemment, il a adoré ça. Il rattrapait le temps perdu par sa jeunesse extrêmement studieuse. Je n’ai rien vu venir.

Donc, en réalité mon bel amant prenait l’avion tous les week-ends pour aller retrouver son nouvel amoureux à Cannes !

J'ai aussi trouvé cette photo d'un garçon dans notre salle de bain. Plus de doute !

J'ai aussi trouvé cette photo d'un garçon dans notre salle de bain. Plus de doute !

Un jour, je suis rentré à notre studio, il y avait un mot à mon attention :

-Courage, la vie n’est pas finie. Tu peux aller plus loin dans ta carrière. Ta famille t’aime. Tes amis sont fidèles…et je ne suis pas très loin. Garde confiance en toi. J’ai honte. Pascal.

C’était clair, la romance était finie pour moi. J’ai pleuré des jours entiers. En même temps, je me disais, je le savais, c’était trop beau pour être vrai.

J’ai rassemblé mes affaires et suis parti retrouver mes frères de spectacle, Maxime et Philippe qui étaient en contrat à Genève. Au passage, en partant j’ai arraché les rideaux de la baie vitrée de notre salon. J’en ai fait une robe longue absolument divine. D’où cette réputation que j’avais de faires mes costumes dans de vieux rideaux !

Je n’ai plus jamais eu de nouvelles de Pascal jusqu’à ce jour de 1993. Je me changeais dans les vestiaires du « Gymnase Club Nation » à Paris, après ma séance de sport. Je sentais dans mon dos le regard appuyé d’un garçon. Je me suis retourné, c’était lui, c’était Pascal.
Nous avons échangé quelques banalités. Je le sentais un peu gêné, je n’ai pas insisté. Je l’ai observé quitter le club, il avait sur le dos un vieux loden vert. Je l’ai regardé partir sans broncher, il sortait définitivement de ma vie. Je vous avoue pourtant avoir fait une recherche sur Facebook pour essayer de le retrouver. Non pas pour entrer en relation avec lui et le mettre mal à l’aise. Je voulais simplement savoir ce qu’il était devenu. Il est probablement marié et père de famille. Ma recherche est restée veine. Mais si il devait tomber sur ces quelques pages qui lui son consacrées, je voudrais qu’il sache qu’il m’a rendu très heureux. Je lui dis merci. Vous connaissez la phrase un peu « cliché » du philosophe allemand Friedrich Nietzsche, «Tout ce qui ne tue pas rend plus fort». Ce fut le cas mon cher Pascal.

Aujourd’hui, je suis même capable de dire que cette phrase est extraite de l’essai « Le crépuscule des idoles » publié en 1888. Ca en jette, non ?

La romance avec Pascal n’a pas duré certes mais elle fut un élément déclencheur incontestable pour la suite de ma vie. A partir de ce moment-là, je vais m’intéresser à d’autres choses qu’à mon métier de transformiste.

Un gagne-pain que j’ai envie d’arrêter, ça c’est certain. Ceci dit, je gagne très bien ma vie en me déguisant en fille. Le job est confortable, sans peine, mon salaire équivaut à celui d’un jeune médecin ! Ca ne va pas faciliter ma décision.

Nous sommes, je vous le rappelle en 1988, mes adieux ont donc duré 25 ans ! Plus longtemps que ceux de Marcel Merkes et Paulette Merval ! (les plus jeunes iront sur Wikipédia pour découvrir qui ils sont !)

Serais-je un peu cabotin en plus ?

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Le garçon en talons hauts - 24

Publié le par Adrien Lacassaigne

Les heures, les jours, les semaines se sont soudainement mises à passer très vite. « Le Piano Blanc » allait enfin ouvrir ses portes. Diner de gala en grande pompe avec pour invitée d’honneur Mademoiselle Jane Russell.

Jane Russell avec nous sur la scène du Piano Blanc.
Jane Russell avec nous sur la scène du Piano Blanc.

Jane Russell avec nous sur la scène du Piano Blanc.

« Les Hirondelles » ne seraient pas seules en scène. Le propriétaire nous avait annoncé la venue de trois autres artistes. C’est Maxime qui m’a révélé la nouvelle :

-Tu sais nous allons travailler avec Gribouille et Audrey Carelle.

Très bien, je connaissais le travail de ces deux-là, c’était d’excellent professionnels. Parfait !

-Et qui est le troisième ?

Demandais-je à Maxime. Il y eu comme un malaise…

Mon partenaire connaissait ma période « Michou » et toutes les anecdotes qui s’y rapportaient. Parmi elles, mon supposé flirt avec le compagnon de la star de la maison en tournée au Japon. Ce dernier, ayant appris la nouvelle à son retour, avait décidé de me faire la peau !

-C’est Richard Flèche, le troisième ! Tu vois qui c’est ?

Me dit maxime.

Je crois avoir changé de couleur ! Comment oublier celui-là même qui m’avait donné envie de faire ce métier. J’espérais juste qu’il avait oublié cette histoire de flirt avec son « boy-friend » et cette furieuse envie de me casser la figure.

Nous avions rendez-vous au « Piano Blanc » un après-midi pour la mise en place de l’ordre de passage du spectacle. En arrivant sur le parking, j’ai aperçu par les fenêtres, les artistes assis autours d’une table, ils nous attendaient. Maxime et Philippe sont arrivés les premiers. J’ai prétexté un truc bidon pour arriver bon dernier, retardant ainsi le plus tard possible ma rencontre avec Richard Flèche. Je n’en menais pas large, je peux vous l’assurer. Arrivé près de l’endroit où les artistes étaient installés, j’ai fait un tour de table pour les saluer. C’est le patron de l’endroit qui faisait les présentations. Arrivé à la hauteur de Richard, je lui ai tendu la main. Le patron lui dit :

-Richard vous connaissez bien entendu le créateur de la troupe des Hirondelles ?

Richard flèche m’a regardé fixement avant de répondre sur un ton qui n’appartient qu’à lui :

-Je sais très bien qui il est !

Il m’a tendu la main et nous nous sommes salués cordialement. Ouf, le poing dans la figure ce n’est pas pour tout de suite, pensais-je.

Richard Flèche en coulisses

Richard Flèche en coulisses

Richard Flèche

Richard Flèche

Dans la loge, je m’étais installé pas très loin de lui pour l’observer discrètement. Cet artiste me fascinait, il était à la fois, arrogant et éclatant. J’adorais aller en coulisses l’observer pendant ses numéros. Pour moi, il était une légende, je n’en revenais pas de travailler sur la même scène que lui. L’ambiance était décontractée alors un soir, nous avons fini par mettre sur le tapis la fameuse histoire du flirt avec son compagnon. J’avais l’impression qu’en réalité cela l’amusait plus qu’autre chose.
Richard entretenait volontiers sa réputation diabolique, mais il n’en était pas moins un être délicieux. Il suffisait de se donner la peine de le découvrir.

Je lui ai dit :

-Nous n’allons quand même pas nous battre pour si peu ! Qui plus est, tu viens de subir une intervention chirurgicale importante aux mâchoires. Ca serait ballot de se prendre un coup de poing, non ?

« Balle au centre » !

Mon maître venait de comprendre que j’avais tout appris de lui.

Richard et Danny vivent aujourd’hui des jours paisibles à Bormes les Mimosas. Ils sont grands-pères. Parfois dans ma campagne tourangelle, lorsque j’ai le blues de ces années là, je me verrais bien me prendre une bonne cuite au champagne avec Richard. Nous dirions des horreurs sur le monde qui nous entoure comme nous savions si bien le faire en ce temps là.

Les artistes du Piano Blanc.

Les artistes du Piano Blanc.

L’été 1988 se termine, mon ingénieur en informatique doit trouver du travail. Pascal projette de rentrer sur Paris. Pour lui c’était évident, j’allais le suivre. J’en avais très envie mais, il y avait un « Mais ». A chaque fois qu’il parlait de notre installation je lui disais que j’allais y réfléchir.

Fin d’été, « Les Hirondelles » sont au « club 7 » à Cannes. Nous nous y produisons souvent depuis le début de notre tournée, c’est un endroit fort sympathique.

Sur la scène du "7" à Cannes.

Sur la scène du "7" à Cannes.

Un soir, je suis arrivé dans la loge pour me préparer. Maxime et Philippe était déjà là, ils se maquillaient en silence. J’ai immédiatement senti qu’il se passait quelque chose, mais quoi ?

-Tout va bien ?

Leur demandais-je. Pas de réponse !

Après un moment, n’y tenant plus, Maxine se retourne vers moi, me regarde fixement et me dit :

-Tu aurais quand même pu nous l’annoncer toi-même !

Dit-il glacial. Je lui ai répondu :

-Vous annoncer quoi ?

Maxime :

-Que tu nous quittais pour monter vivre à Paris avec Pascal !

Eh merde ! Pascal sans le vouloir avait parlé de notre future installation à Paris. Un peu lâchement cela m’arrangeait. Il avait pris la décision que je n’arrivais pas à prendre. Il avait annoncé la chose aux Hirondelles ce qui m’aurait été extrêmement douloureux. Philippe n’a rien dit comme d’habitude. Maxime, lui était extrêmement déçu, je le sais. Il ne pensait pas au spectacle, un artiste comme lui retrouverait du travail immédiatement, c’est certain. Il a vécu cet épisode comme une trahison amicale. Il avait raison, j’ai été nul sur ce coup-là.

Maxime était furieux mais en réalité il me comprenait. Il y a quelques temps, il était tombé fou amoureux lui aussi. C’était d’un jeune chef de cuisine à Aix-en Provence. Il s’appelait aussi Olivier, nous l’avions surnommé « Toto ». Le jeune homme était hétérosexuel mais il fréquentait le club dans lequel nous nous produisions, ça n’avait rien d’exceptionnel. Un soir il a demandé à me parler.

-J’ai besoin de tes conseils. Je ne sais pas comment m’y prendre, je ne suis jamais sorti avec un garçon. Comment faire pour plaire à Maxine ?

Je lui ai répondu :

-Ne fait rien, tu lui plais déjà.

Quelques jours plus tard, Maxime est venu me voir pour me dire :

-Ecoute, j’ai envie de passer du temps avec Olivier, rien que lui et moi. Nous allons partir deux mois en Thaïlande. Tu vas pouvoir te débrouiller pour le spectacle ?

Evidemment que nous allions nous débrouiller. Comme lui refuser cela ? Je ne l’avais jamais vu aussi heureux.

A leur retour de Bangkok, Maxine n’a pas eu besoin de mettre un terme à sa carrière, lui. Les parents de son amoureux ont exercé une telle pression sur leur fils que ce dernier a disparu sans un mot, sans une explication. Maxime en a beaucoup souffert et en souvenir de cette événement, il m’a dit :

-Si tu es certain que cette histoire avec Pascal en vaut la peine, vas-y fonce. Philippe et moi on va se débrouiller.

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Le garçon en talons hauts - 23

Publié le par Adrien Lacassaigne

Immédiatement après l’enterrement de papa, « Les Hirondelles » ont pris la direction de Villeneuve Loubet dans les Alpes Maritimes pour faire l’ouverture d’un nouveau dîner spectacle, “Le Piano Blanc”.

Arrivés sur place, quelle ne fut pas ma surprise de voir un immeuble en construction, bien loin d’être achevé.

Le garçon en talons hauts - 23

Le propriétaire voulait absolument notre troupe pour son ouverture. Il a donc décidé de nous garder sur place. En attendant qu’il puisse ouvrir son lieu, il nous payait comme si nous avions travaillé tous les soirs ! Nous sommes donc rémunérés pour aller à la plage, et on ne va pas s’en priver. Ca tombe bien, j’avais vraiment besoin de me reposer. Des tas de questions me passent par la tête, la plus importante : qu’est-ce que j’ai envie de devenir ? J’ai déjà 32 ans. Inutile de vous dire que mon moral est au plus bas. Il va à ce moment précis, m’arriver un truc improbable. Juste au moment où je m’y attendais le moins, je n’y pensais pas, je n’en avais même pas envie, ça n’était pas le moment. Pourtant, je vais tomber amoureux !

Nous allions tous les jours prendre le soleil sur les bords de la Méditerranée. Pour ne pas nous mélanger aux touristes nous avions choisi la plage de la « batterie ». Elle était située le long de la ligne de chemin de fer qui longe la route du bord de mer. C’était un peu dangereux d’accès car il fallait traverser les voies mais l’endroit était connu pour son charme et sa discrétion si vous aviez envie de faire des rencontres coquines ! Tous les après-midis, nous étendions nos serviettes sur ces grands rochers posés là comme de multiples terrasses individuelles. Ce 7 juillet, j’avais emporté à la plage un sac de cerises. Un kilo de fruits rouges qui allait être déterminant pour le reste de ma vie. J’étais allongé, pensif, probablement un peu ailleurs, le casque de mon walkman sur les oreilles.
Je plongeais machinalement la main dans le pochon, je portais le fruit à ma bouche et je me débarrassais des noyaux en les balançant négligemment à la mer. J’ai fait ça tout l’après-midi. En voilà un événement palpitant, vous ne trouvez pas ?

Vers 17h, comme tous les jours, Maxime et Philippe qui n’étaient pas très loin de moi me criaient qu’il était temps de rentrer pour nous préparer. Nous prenions tous les soirs l’apéritif à Nice où à Cannes avant d’aller dîner et de sortir en boîte de nuit. Je me suis lentement levé de ma serviette et à ce moment là, j’ai constaté qu’un jeune homme était venu s’installer sur le rocher juste en dessous du mien. Assis en tailleur sur son drap de bain, il était totalement encerclé par mes noyaux de cerise, ceux-là même que je croyais jeter à la mer !

Le garçon en talons hauts - 23

Il m’a regardé avec un grand sourire avant de me dire :

-J’espère que demain, vous ne viendrez pas avec des pêches !

Je me suis littéralement décomposé avant de me répandre en excuses toutes les plus idiotes les unes que les autres.

J’étais abasourdi mais pas au point de ne pas remarquer la beauté saisissante du garçon.

L’histoire a beaucoup fait rire Maxine.

Le lendemain même heure, nous prenions la même destination. Arrivé au même endroit, je suis retourné sur mon rocher et là j’ai découvert que ma place était prise par le bel inconnu de la veille. Je ne me suis pas démonté, je suis allé le rejoindre et je lui ai dit :

-J’ai des pêches ! Il vaudrait peut-être mieux que je m’installe à vos côtés plutôt qu’en hauteur, non ?

Le garçon en talons hauts - 23

Il a ri. Il s’est un peu poussé pour me laisser une place pour étendre ma serviette de plage.

Il s’est présenté :

-Je m’appelle Pascal, et toi ?

D’autres questions ont suivi.

-Tu es en vacances ? Tu fais quoi dans la vie ?

J’ai bien évidemment répondu à toutes ses interrogations mais celle sur mon travail m’embarrassait énormément. Lui, il venait tout juste de terminer aux Etats Unis des études d’ingénieur en informatique, vous me voyez lui répondre :

-Je suis travesti !

Je n’avais pourtant pas d’autre choix, j’ai répondu un peu dans le vague :

-Je suis artiste…

Ses yeux se sont éclairés, je me suis dit, c’est toujours ça. Je donnerai les détails plus tard ! Cet après-midi là tout a été très vite, nous avons partagé un vrai coup de foudre et sommes tombés dans les bras l’un de l’autre avant notre départ de la plage. J’étais aux anges, je ne voulais plus le quitter.

-Tu fais quoi ce soir ?

A cette minute, Pascal a fait partie intégrante de ma vie.
Il ignorait tout du monde de la nuit, du milieu gay et encore plus de l’univers des transformistes. Il avait 26 ans et avait consacré toute sa jeunesse à ses études. Avec moi, il s’enivrait de tous nos instants. Il était bien décidé à rattraper le temps perdu pendant cet été 88.

En attendant que « Le Piano Blanc » ouvre ses portes, nous faisions quelques galas. Nous nous produisions par exemple à Nice dans une discothèque gay « Le Blue Boy ». Pascal ne me lâchait plus, il était à mes côtés jours et nuits. Il a découvert très vite quel était le genre artistique que je pratiquais sans en être effrayé. Lorsque je me préparais pour notre spectacle, il restait à côté de moi dans la loge, s’émerveillant de la facilité que j’avais à maquiller mon visage. Comme tous les touristes de passage dans notre univers, il a même essayé toutes les perruques que nous avions. A ma grande surprise apparemment mon travail ne le gênait pas, je dis bien apparemment.

Pascal me suivait dans la loge, il prend ces photos.
Pascal me suivait dans la loge, il prend ces photos.

Pascal me suivait dans la loge, il prend ces photos.

Nous étions fous amoureux. Maxime voyait les choses d’un bon œil se disant probablement que c’était ce qui pouvait m’arriver de mieux après la tragique disparition de mon père. Il me voyait reprendre goût à la vie et au spectacle. Sur scène en effet, je faisais tout pour séduire mon nouvel amant, pour qu’il soit fier de moi. Philippe, lui de son côté avait rencontré Stéphane, un jeune coiffeur breton. Il ne manifestait plus aucune émotion à mon égard, il était totalement indifférent à ce que je vivais. J’en ai souffert, j’aurais tant voulu garder l’amitié de Philippe. Nous étions devenus de simples collègues et par la suite je crois même qu’il s’est mis à me détester.

Evidemment, Pascal était très beau mais ce qui me séduisait surtout chez lui s’était son instruction. Même si son niveau d’étude ne faisait que mettre en évidence mes lacunes. Je me disais, comment un garçon aussi brillant peut-il tomber amoureux d’un type comme moi ?
Vous pensez que j’exagère ? Sachez qu’en 1988, je n’avais lu aucun livre, j’étais d’une ignorance absolue dans tous les domaines. Excepté peut-être dans la couture des paillettes, l’enfilé de bas résilles et le collage des faux cils !

Autre exemple, nous étions venus travailler à Tours. Le patron de l’établissement nous avait trouvé un logement rue Racine à Amboise, à deux pas du château. Pensez-vous qu’il me soit venu à l’idée de visiter ce dernier ? Non, pas du tout, j’ignorais même l’existence du Clos Lucé, la dernière résidence de Léonard de Vinci. Et des exemples comme ceux-là j’en ai des tonnes. Je vivais totalement fermé sur le monde qui m’entourait, je ne pensais qu’au spectacle, à rien d’autre. Pascal va m’ouvrir les yeux et l’esprit. Il va me sortir. Puisque nous sommes dans le sud, il me propose de visiter le mont Boron à Nice, Saint Paul de Vence, Antibes, l’île Sainte Marguerite en face de Cannes, etc. Les soirs où je ne travail pas, il m’invite aux concerts. Celui de Charles Aznavour ou encore celui de Barbara. Evidemment, je connaissais l’interprète de « l’Aigle Noir » mais j’étais loin d’imaginer le choc que j’allais ressentir en vivant le concert de « Madame ». Je m’étais déjà essayé à cette imitation dans mon spectacle mais en découvrant l’original, je me suis dit : mon pauvre garçon tu n’as rien compris au personnage ! Il ne suffit pas d’un costume noir, d’un faux nez, d’une paire de lunette et d’un « Rocking Chair » pour lui ressembler. J’ai pris une fameuse claque !

J'ai toujours adoré imiter Barbara.

J'ai toujours adoré imiter Barbara.

A travers tous ce que je découvrais avec Pascal, je prenais conscience de ma propre médiocrité. Il ne se passait pas une journée sans que j’apprenne quelque chose. C’est parfois douloureux de se réveiller, mais en même temps je me disais que tout était peut-être encore possible.
Bien qu’il soit instruit, Pascal n’a jamais été méprisant envers moi. Il me disait toujours :

-Tu vas apprendre, ne t’en fais pas. Tu es intelligent.

Et ces mots m’ont permis de prendre confiance en moi.

Tout ça grâce à un kilo de cerises !

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