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Le garçon en talons hauts - 51

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

Mon égo va pourtant être mis à rude épreuve. Je n’ai pas vraiment conscience à cette époque-là d’être « égocentré » c’est un travail sur moi que je ne ferais que plus tard. 

 

Pour compenser le manque de louanges de l’équipe de production, je me réfugie dans la lecture de très bons articles de journaux qui paraissent sur moi.  Celui du journal “Le Monde” m’a particulièrement ému.  Je suis fier.  Il y a une nouvelle chaîne de Télévision qui naît, elle est présidée par Jean-Marie Cavada et moi maintenant je suis présentateur télé, comme Jean-Marie Cavada ! Bien évidemment !

Le garçon en talons hauts - 51

Je vais croiser lors d’une soirée organisée par le président dans les locaux privatisé du musée des arts forain, Elise Lucet. Elle vient à ma rencontre son verre à la main.

- Trinquons, j’aime beaucoup ce que vous faites dans l’œuf de Colomb !

- Merci c’est très gentil.

- De quelle école de journalisme sortez-vous ?

- Je ne suis pas journaliste.

- Oh !

Elle me dévisage un moment avec sourire…

- En tous cas vous êtes crédible !

Je suis crédible ! C’est évidemment pour elle un compliment, enfin je crois, mais cette réflexion me laisse pourtant un goût amer. Je suis « crédible » c’est un peu comme si elle voulait dire dans votre « déguisement » de journaliste on y croit !
Je suis évidemment un peu trop grisé par une pseudo célébrité naissante.  Très vite ma vie a beaucoup changé. Un chauffeur de la production venait me chercher à mon domicile pour m’emmener aux studios d’enregistrement. J’avais un agenda chargé de rendez-vous « shooting » pour les magazines, interview, manucure, essayages…

Le garçon en talons hauts - 51

Je suis arrivé par hasard un jour au BHV, au rayon des téléviseurs.  Sur tous les écrans en démonstration il y avait ma tête ! Un choc saisissant. J’ai très vite spontanément fait demi-tour pour que personne ne me remarque.

 

Un soir j’étais dans une pizzeria avec celui qui deviendra mon mari vingt ans plus tard, nous étions naturellement attablés en train de déguster une « Régina » lorsqu’un individu passa à côté de notre table pour se rendre aux toilettes. L’homme s’arrête à ma hauteur et me dit

- Salut, tu vas bien ?  

Moi, quelque peu étonné, je lui réponds un peu embarrassé

- Très bien merci…

Devant mon peu d’enthousiasme le garçon se vexe et me dit

- Ben quoi, on s’connait, non ?

- Je ne sais pas, peut-être, je ne me souviens pas très bien…

-Mais si j’te connais…

Je me risque à lui dire, pour en finir et éviter de manger une pizza froide

- Vous m’avez peut-être vu à la télévision…

Et lui

- C’est ça connard t’es Michel Drucker, pauvre con !

La patronne du restaurant est arrivée au bon moment pour demander à l’individu de ma laisser tranquille !  Je n’avais qu’une envie rentrer chez moi et me mettre à l’abris des regards.

Le garçon en talons hauts - 51

En voyage au Sénégal à peine arrivé à Dakar, un français en vacances s’est jeté sur moi pour critiquer fermement le contenu scientifique de mes émissions ! Un comble pour moi qui ne faisais que lire un prompteur !

 

Il y a eu des situations plus agréables comme ce 24 décembre à 19h. Je fais quelques courses de dernier moment pour fêter Noël. Je suis au Monoprix à Nation au rayon traiteur, il y a une file de 25 personnes devant moi. Quelle ne fut pas mon étonnement de voire une vendeuse quitter le comptoir et venir vers moi.

- J’aime beaucoup votre émission, dite-moi ce que vous voulez je vais vous servir tout de suite !

Un peu gêné, j’ai quand même accepté sa proposition ! Oui, je sais ce n’est pas bien…

 

Le garçon en talons hauts - 51

En 1995, je viens d’entrer dans ce petit cercle très fermé des présentateurs de la télévision, du moins je le crois. A cette époque il n’y avait pas toutes les chaînes de la TNT, cela voulait encore dire quelque chose, les places étaient rares.

 

Je recevais du courrier d’admirateurs.  Pratiquement que des garçons, cela m’inquiétait, avais-je une image de présentateur gay ?  Les Laurent Ruquier, Alex Taylor, Marc-Olivier Fogiel, Olivier Minne, Frédéric Lopez où Christophe Beaugrand n’avaient pas encore ouvert la route de la visibilité.  Je faisais assez attention en public à bien me comporter. 
Je n’étais pas intime avec la productrice vous l’avez compris, mais un jour je me suis quand même risqué à lui demander si ça se voyait à la télé, que j’étais…enfin vous voyez ce que je veux dire.  Et elle m’a répondu :

- Mais bien sûr, on t’a engagé avec tes qualités mais aussi avec tes petites particularités ! Ne change surtout rien, reste comme tu es. 

J’étais rassuré, je n’avais plus à composer, je pouvais un peu me laisser aller.  Tout est formidable. Je vais faire une belle carrière à la télévision pensais-je.

 

Un dimanche, je reçois même un coup de téléphone de Jean-Luc Delarue qui désire me rencontrer ! Consécration !

 

Dans le métro, dans la rue, partout les gens se retournaient sur mon passage pour me dévisager.  Je voulais donner une belle image de moi. En réalité cette image n’était pas naturelle, c’était une image travestie ! Décidément je tourne en rond. 

 

Curieusement, je touche du doigt cette « célébrité » tant convoitée secrètement par tellement de gens. Je croyais que tous les artistes voulaient cela, pourtant je suis souvent mal à l’aise, je ne sais quoi répondre aux personnes qui très affectueusement me marquent leur attention, la sensation est étrange.

 

A l’heure où j’écris ces lignes, des jeunes gens n’ont que cela pour ambition.  Les producteurs l’ont bien compris, ils leur offrent des émissions plus débiles les unes que les autres. Eux s’enrichissent et les jeunes écervelés croient devenir des stars. C’est pathétique, les exemples ne manquent pas…

 

En tous cas, moi, je ne suis pas à l’aise avec cela.  Je peux même vous dire que le côté « être reconnu dans la rue », je n’aime pas ça.  Les gens vous défigurent, vous ne savez pas ce qu’ils imaginent, c’est très désagréable.

Vous pensez-peut-être que si je pense cela de la célébrité, c’est parce que je suis frustré voire aigri de ne pas avoir réussi à rester « connu » très longtemps. Vous avez peut-être raison, où pas.  Mon mari, qui était déjà à mes côtés à cette époque, et qui n’est absolument pas quelqu’un de sensible à la notoriété, vous le confirmera, non je n’ai pas du tout aimé cette facette du métier.

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Le garçon en talons hauts - 50

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

Premier jour de production, il est 7h 30 du matin quand je débarque au studio pour me faire maquiller.  Tournage prévu à 9h.  Une heure trente pour me passer un peu de poudre sur le visage je trouve cela excessif, moi qui avait l’habitude il n’y a pas si longtemps de me transformer totalement en vingt minutes ! Soit, je ne pose pas de question.  Les émissions ont pour thèmes, la bicyclette et la machine à laver.  La production m’avait fait parvenir les textes peu de temps avant le tournage, en me précisant que ces derniers pouvaient changer à tout moment ! J’étais vraiment dans mes petits souliers bien moins à l’aise que sur mes talons hauts ! Je n’avais pas de prompteur, je craignais à tout moment d’avoir des trous de mémoire. J’avais un trac fou.  Je n’étais pas habitué à cet environnement, j’avais peur de tout.

Le réalisateur s’est montré remarquable, il savait que c’était mon premier tournage télé et pour ne pas me déstabiliser, il a tourné toutes les séquences dans l’ordre.

Normalement on respecte une chronologie pratique, c’était bien plus difficile pour lui et pour son équipe technique de faire ainsi, mais il l’a fait.  Il y avait de grandes tensions dans le studio.  Les gens de “La Cinquième” en visite sur le plateau découvraient ce nouveau concept et ce nouveau présentateur.  Ils portaient un regard sur mon travail, je le sentais à chaque seconde, j’avais tellement peur de ne pas être à la hauteur.  J’étais prévenu, la production modifiait parfois les textes au dernier moment, par téléphone.  Nous avons terminé à quatre heures du matin ! Jusqu’au bout je suis resté concentré, essayant de faire de mon mieux.

Cela m’a valu la considération de l’équipe qui voyait en moi un gentil garçon plutôt doué pour l’exercice.

Le garçon en talons hauts - 50

J’espérais que ce succès attirerait vers moi l’amitié de la productrice exécutive, Nicole P.  C’était une grande femme assez élégante, cheveux courts, une intellectuelle à l’aspect très sévère.  Elle et le réalisateur, étaient les deux éléments moteurs et fondamentaux de cette émission.  Je n’étais à l’aise ni avec l’un ni avec l’autre parce qu’ils étaient si différents des gens avec qui j’avais eu l’habitude de travailler antérieurement.

J’avais grand besoin de leur estime, je ne l’ai jamais eue.

 

Leurs méthodes et agissements allaient à l’opposé de ce que j’aime comme ambiance de travail.  Pourtant cela ne nous a pas empêché de tourner quatre-vingts émissions, alors qu’il en était prévu quinze.  Ces deux personnes ne m’ont pas traité comme la petite vedette que j’espérais devenir.  Ils me considéraient parfois avec moins d’égards qu’ils n’en avaient pour un sixième assistant.  Ils me faisaient comprendre que le pouvoir c’était eux.  La productrice m’a dit un jour :

            - Quand on est une vitrine, on se comporte en vitrine !

Mon égo en à pris un coup ce jours-là.

 

Eh bien malgré tout je leur suis infiniment reconnaissant de ces deux années de télévision.  Ils m’ont offert tant de belles sensations.

 

Je sortais de ces journées de tournage épuisé mais tellement heureux.  Seul dans la rue en rentrant chez moi je regardais les étoiles, les yeux mouillés.  Papa se cache derrière l’une d’elle, me vois-tu ? Es-tu enfin fier de moi ?  J’ai toujours pensé que je n’étais certainement pas le fils dont on aime vanter les mérites et les actions.  Nous avions si peu de points communs papa et moi par rapport à mon frère qui adore les voitures, les courses, la mécanique.

Qui aurait eu envie d’un fils transformiste ?

Mais là je ne l’étais plus, j'étais présentateur à la télévision.

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Le garçon en talons hauts - 49

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

À peine deux jours après la dernière représentation des pièces de Pirandello, en novembre, exactement le jour de l’arrivée du Beaujolais nouveau, mon agent, Bernard Borie m’envoi sur un casting.  On recherche un présentateur pour une émission de télévision destinée à être diffusée sur une nouvelle chaîne dite du savoir et de la connaissance : “La Cinquième”.

Le garçon en talons hauts - 49

J’ai appris bien plus tard qu’en réalité je me suis retrouvé à ce casting par hasard.  La productrice s’était trompée de numéro de téléphone dans son répertoire des “agents artistiques”.  Elle avait appelé le mien en sautant une ligne.  Un peu confuse, elle lui avait parlé de ce casting.        

-Ecoutes, si tu as dans ton agence un comédien qui pourrait correspondre à ce que nous cherchons, tu me l’envoie.

Sans cette erreur je n’aurais probablement eu aucune chance de figurer parmi les candidats.  Sont en lisse, des présentateurs confirmés déjà connus, et même le concepteur du projet.  C’est pour vous dire si j’y suis allé sans y croire.  Mais comme tous les artistes, même dans la pire situation, il y a toujours une petite partie de nous qui nous souffle : On ne sait jamais...

Je me retrouve donc vers 10h30 le matin sur les Champs Elysées avec un trac fou.  Mon agent m’a recommandé de m’habiller de façon originale.  J’avais mis une chemise très colorée, vert, bleu, rouge et en plus je porte des bretelles, un clown !  Ce jour là, le beaujolais nouveau est arrivé ! Je n’y tiens plus, pour me donner du courage j’entre dans le premier bistrot que je croise et je descends à toute vitesse deux verres de rouge.

11 h, me voici au siège de “Télé Images” grande maison de production célèbre pour ses feuilletons “MAGUY”, “MARC et SOPHIE” etc.

Je suis reçu par une assistante agréable qui me prie de m’asseoir et d’attendre.  J’essaie d’avoir l’air le plus détaché possible et surtout de faire oublier mon haleine « gros rouge ».  Défile alors devant moi, un grand nombre de personnes et à chaque fois je me demande qui sont ces gens ? Ils me dévisagent en silence, je le sens bien.

Je devrai partir, ma place n’est pas ici, ils se sont trompés en m’appelant, je me suis trompé en venant pensais-je.  Trop tard, comme chez le dentiste, au moment où vous avez envie de partir parce que vous n’avez plus mal, une assistante vous prie d’entrer.  Je me retrouve dans une petite pièce éclairée par une banale lampe halogène.  Il y a pour tout matériel un petit caméscope sur un pied.  Je suis très déçu, pour une si grande maison de production je m’attendais à mieux.  Arrive alors le réalisateur de l’émission, Philippe Briday, un sphinx, cigare aux lèvres un homme difficile à cerner.

J’avais dû préparer mon intervention.  Il fallait que je parle pendant quatorze minutes de « l’ampoule électrique ».

On me donne quelques indications et on me prie de m’exécuter.

Et me voilà assis derrière un petit bureau :

            - Mesdames, messieurs, bonjour je vais vous parler aujourd’hui de L’Ampoule Électrique...

 

Et je suis parti.

 

Je m’étais acheté pour faire un petit effet chez un marchand de farces et attrapes une ampoule qui s’allume toute seule dans la main.  Très mauvaise idée, je tremblais tellement que cela soulignait encore d’avantage mon trac.

 

J’ai fait des jeux de mots redoutables, du genre :

            - Mais je n’en suis pas une..., une lumière !

Le garçon en talons hauts - 49

Je leur ai parlé de tout, de la fameuse panne d’électricité de New York qui fit tant de bébés.  De Marlène Dietrich qui réglait-elle même ses projecteurs.  Du petit halo de lumière qui habillait Edith Piaf à l’Olympia.  Et Les Champs Elysées à l’approche de Noël, que serait la plus belle avenue du monde sans toutes ces petites ampoules ? Pour parler, j’ai parlé mais ils n’ont rien appris sur l’ampoule électrique.  A chaque fois que j’abordais un problème technique je disais :

            - ça sera le sujet d’une prochaine émission. 

Eh bien me croirez-vous, c’est ainsi que j’ai été choisi. 

Il parait même qu’après mon passage, la productrice exécutive de l’émission aurait dit :

            - C’est lui et personne d’autre sinon je ne produis pas l’émission.  

Après le casting il y a l’attente du verdict.

            - Il en reste trois et vous êtes dans les trois.

            - Il en reste deux et vous êtes dans les deux...

Et le…

            - Normalement c’est toi !

 

Il a fallu que Jean-Marie Cavada, le président et fondateur de cette nouvelle chaine de télévision accepte ma candidature.  

Il m’a fallu aussi rencontrer la redoutable PDG de “Télé Images” Simone Harari.  Il m’avait été dit que, de toutes manières, toute personne n’étant pas « Énarque » n’avait aucun crédit à ses yeux.  Vous savez maintenant d’où je viens, avouez qu’il y avait de quoi être terrorisé.

L'équipe de production de l'émission L'Oeuf de Colomb et moi.

L'équipe de production de l'émission L'Oeuf de Colomb et moi.

Eh bien absolument pas, je l’ai rencontrée deux fois, deux fois elle fut absolument adorable.  Il est certain que cette femme est une tornade parfois difficile à suivre mais jamais avec moi elle n’a été blessante.  Elle m’a posé quelques questions sur mes motivations, je lui ai répondu franchement et après quelques temps elle m’a dit :

            - Bienvenu dans la maison.

Plus tard elle m’a régulièrement envoyé de très gentils petits mots me félicitant pour mon travail, je les ai gardés.

 

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Le garçon en talons hauts - 48

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

En 1994, on me propose de jouer dans deux pièces en un acte de Luigi Pirandello : Cédrats de Sicile et l’Etau si ma mémoire est bonne. C’est Christophe Donné, un jeune metteur en scène qui a cette idée. Ce n’est pas mon répertoire habituel, j’aurais dû refuser, mais le metteur en scène est très joli garçon, je me dis pourquoi pas… Je me lance dans l’aventure aux côtés de Sotira Dhima, Martine Delachaume et Geneviève Brasset.

Il fallait absolument jouer tout en sobriété, pas vraiment mon habitude ! J’étais comment dire… « désolant » dans cette interprétation.

C’est une de mes particularités, quand je suis mauvais, je le sais.

Malheureusement, je ne pouvais rien y faire, je n’arrivais pas à corriger mon jeu. De soir en soir, je me trouvais de plus en plus lamentable.

J’étais à cette époque « volontaire » de l’association « AIDE / Paris îles de France ». Quelle idée ai-je eu d’inviter Pierre Lascoumes qui en était le président d’assister à une représentation. Je trouvais cet homme admirable et brillant, je n’avais qu’une envie devenir son ami. Il était passionné de théâtre et voilà qu’il allait assister au massacre de l’œuvre d’un prix Nobel de littérature. J’ai cru mourir de honte quand j’ai su qu’il était dans la salle. Nous avons soupé tous les deux après le spectacle, il a eu la courtoisie de parler de toute autre chose, et cela ne nous a pas empêché de devenir des amis.

Pierre Lascoumes et moi.

Pierre Lascoumes et moi.

Au lendemain de la dernière représentation, je me suis rasé la tête histoire de tourner la page. Tondu !

J’ai beaucoup de mal à supporter l’échec, c’était un peu comme m’infliger une punition.

Christophe Donné, le metteur en scène doit avoir regretté longtemps de m’avoir choisi. Je n’étais vraiment pas à la hauteur de ses espoirs, mais il a eu la délicatesse de ne jamais m’en parler.

Je tire de nouveau un rapide constat. Je ne suis bon que dans l’excès, la démesure et la caricature.

Et s’il en était de même pour le théâtre que pour le cinéma ? Je suis probablement un mauvais comédien.

Si en réalité je n’avais de compétence que sur des hauts-talons ?

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Le garçon en talons hauts - 47

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

Dans une revue professionnelle destinée aux gens de spectacle, j’ai trouvé l’annonce d’un stage organisé par “France 3” pour sensibiliser les comédiens de théâtre aux techniques du cinéma et de la télévision. Le nombre de places pour cette formation était limité à 10 prétendants. Après avoir harcelé pendant des semaines la personne qui sélectionnait les candidats, je suis retenu pour la session : "Comédiens et Caméras".

Du 7 au 18 juin 1993, nous allons travailler avec le réalisateur, Charles Dubois. Je suis littéralement tombé sous le charme de cet homme étonnant. Il était d’une beauté saisissante, sa voix était douce et chaleureuse, son regard malicieux. Charles ne vivait que pour le cinéma, tout en lui respirait l’art et l’intelligence. Il avait à mes yeux toutes les qualités. Je devais bien entendu en tomber amoureux sans jamais lui en souffler mot !

Etait-il gay ou pas ? De toute manière, draguer et mettre dans mon lit un hétéro ne m’a jamais pausé de problème. Toutes mes années de cabaret m’avaient permis d’acquérir une technique bien rodée. Je ne voulais toutefois pas passer aux yeux de Charles pour le « PD » de base en chasse du premier beau mâle venu. La dignité s’impose davantage le jour que la nuit.

Charles ne s’est jamais livré sur sa vie privée ce qui ne m’a pas empêché d’entretenir avec lui une relation de confiance et de qualité.

En écrivant ces lignes, j’ai fait une petite recherche sur « Google » pour voir ce qu’il était devenu. Je suis tombé sur un article de presse disant qu’il s’était installé avec sa femme en Normandie ! Oups !

Charles Dubois

Charles Dubois

Durant cette période, je vais réellement apprendre énormément de choses. Rigueur, technique et professionnalisme sont au menu de cette semaine de travail, tout ce qui me manquait cruellement.

Si tous les réalisateurs avaient été comme Charles Dubois, ma « carrière » aurait certainement été très différente. Il fait partie de ces hommes pour qui l’on a envie de donner le meilleur de soi.

J’aurais même pu m’installer en Normandie !

J’ai en cette année 1993 un peu la sensation d’avoir pris le virage qui me semblait nécessaire à ma survie.

Parmi les autres stagiaires présents, il y a un garçon charmant qui m’intrigue, un peu sans que je comprenne vraiment pourquoi. Nos univers semblent à l’opposé l’un de l’autre, il s’appelle Vincent Ecrepont.

Vincent Ecrepont dans les années 90

Vincent Ecrepont dans les années 90

Il est sérieux, attentif, appliqué. C’est un comédien déterminé à approfondir son art. Il a du talent, c’est peut-être aussi pour cela que je l’ai tout de suite aimé.

Je n’ai jamais su résister aux charmes de ceux et celles que je trouve brillants. C’est un de mes gros défauts, je le sais. En revanche, il m’a toujours été impossible de me lier d’amitié avec un être que je trouve médiocre dans le domaine qu’il s’est choisi. Parfois je me dis : bon ok, il est nul, mais il est gentil, fais un effort Adrien !

Non, impossible, je n’ai jamais réussi à m’attacher à un individu qui ne m’épate pas, c’est encore le cas aujourd’hui. Dans ma vie, je respecte tout le monde sans distinction. Je peux aider, tendre la main et avoir de la compassion pour mes semblables, mais être « ami », pour moi reste un grand mystère. Je suis un handicapé de ce côté-là!

Vincent Ecrepont 2016 - Copyright : Joseph CAPRIO

Vincent Ecrepont 2016 - Copyright : Joseph CAPRIO

Pour en revenir à Vincent Ecrepont, nous allons nourrir une grande affection l’un pour l’autre. Vincent travaille, le texte, le mot, l’émotion, le silence… Aujourd’hui, nous nous sommes un peu perdus de vue, mais je le suis discrètement sur Facebook. Il fait un travail magnifique au sein de sa compagnie « A Vrai Dire », je suis admiratif.

Même si je ne comprends pas tout, il faut bien l’avouer !

Je me souviens d’un soir à Beauvais. Vincent m’avait invité à la première d’une de ces créations au théâtre municipal de la ville. Après la représentation, il y eut un petit souper organisé par les élus pour l’équipe de la pièce. Je me suis retrouvé assis à côté du directeur du théâtre qui me dit pour engager poliment la conversation :

-Comment avez-vous trouvé le spectacle ?

Je devais m’être désaltéré avec quelques coupes de champagne en attendant le repas et je lui réponds tout net :

-C’est magnifique, c’est très bien évidemment, mais tout cela manque cruellement de danseuses, de plumes de paillettes !

Cet « intellectuel de gauche », qui n’avait probablement jamais vu une revue de sa vie, m’a regardé médusé ne sachant que répondre ! Vincent qui était assis en face de nous, c'est empressé d’intervenir :

-Adrien a une vision « panoramique » du théâtre !

Prétextant une urgence, le directeur a changé de place. Vincent a beaucoup ri, preuve indéniable de son intelligence. Mais je n’ai plus jamais été invité à une première.

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Le garçon en talons hauts - 46

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

J’ai un petit don pour le spectacle, c’est incontestable, en témoigne mon succès d’antan sur mes talons hauts. Je ne voulais pourtant absolument pas passer le reste de ma vie en bas résilles ! Envisager un autre métier, il n’en était pas question, je ne sais rien faire. Le cinéma, on oublie, pensais-je, revenons aux fondamentaux, le théâtre.

Comme j’ai toujours eu beaucoup de chance, il faut bien l’avouer, je me suis très vite retrouvé sur les planches.

On m’a proposé de remplacer un des rôles principaux dans une pièce de théâtre au titre improbable : “Tu es gentil, tu laisses Marie-Madeleine en dehors de tout ça!” d'Olivier. Yeni et David Basant.

Le garçon en talons hauts - 46

Ces deux hommes d’affaires étaient amis dans la vie et avaient pour point commun l’amour du théâtre. Ils s’étaient donc écrit une pièce rien que pour eux et avaient loué le Grand Théâtre d'Edgar pour la jouer ! (Quand on dit que l’argent ne fait pas tout, il aide quand même un peu). Après quelques semaines de représentation, ils devaient retourner à leurs affaires et voulaient passer la main.

Mon ami Jean-Pierre Rochette (encore lui) était sur le coup. Il m’appelle un matin et me dit :

-Ma poule, amène-toi vite au Grand Théâtre d’Edgar, on fait une lecture…

Une heure plus tard j’étais sur la scène, texte à la main !

À la première répétition le directeur Alain Mallet est intervenu très rapidement. Il me trouve trop… comment dire : « typé » ! C’était une façon polie évidemment de dire qu’il me trouvait trop « délicat » pour le rôle. Il fallait bien que cela arrive un jour.

Il me remercie évidemment d’être venu si vite, mais m’oriente sans réserve vers la porte de sortie. Très déçu, troublé et humilié j’enfile mon blouson sans broncher. Je laisse tomber sans discuter, comme je l’avais déjà fait, il y a quelques années devant Robert Hossein pour Notre Dame de Paris.

C’était sans compter la détermination de mon ami Jean-Pierre Rochette. Il s’adresse à Alain Mallet sans détour.

-Non, attendez !

Adrien est un super comédien, je le connais depuis longtemps. Il suffit de lui indiquer ce que vous voulez, je suis certain qu’il va y arriver. Je l’ai vu jouer quantité de choses très différentes !

Je suis déjà devant la porte de sortie. Il est de ces instants suspendus où votre destin se joue sans comprendre ni maîtriser ce qui se passe. Jean-Pierre me dit :

-Adrien, reviens !

Alain Mallet ne dit plus rien. Jean-Pierre a une autorité naturelle qui m’épate, un culot qui m’éblouit. Je reviens sur mes pas. Le directeur du théâtre consent à une seconde lecture. Je sais ce qu’il me reste à faire… « Gabin qui descend de sa locomotive dans LA BETE HUMAINE… » dixit Albin dans « La Cage Aux Folles !

Jean-Pierre me souffle à l’oreille :

-Je sais que tu vas y arriver, on reprend !

Nous avons joué toute la scène sans être interrompu. À la fin, Alain Mallet nous a demandés à le rejoindre dans son bureau. Il voulait fixer le montant de nos cachets et la durée des représentations. Pas un commentaire sur ma façon de jouer le personnage !

Je sentais bien que je n’étais pas sa tasse de thé. Il devait se dire que de toute manière les auteurs ayant déjà payé la réservation de la salle, que cette dernière soit pleine où vide, lui, ne perdrait pas d’argent. Alors engager un comédien qui ne lui plaisait pas ne lui posait pas trop de problèmes. Il avait probablement mieux à faire de sa journée que de me trouver un remplaçant. En sortant de son bureau Alain Mallet m’a quand même dit sur le ton de la plaisanterie « bien entendu » : à la moindre « folie, je te remplace.

J’ai eu quatre jours pour apprendre le texte. On m’avait remis une cassette vidéo de la pièce filmée pour assimiler la mise en scène. Un marathon, mais mon premier rôle dans un grand théâtre parisien, était à la clef. J’étais comme un enfant le premier mercredi où j’ai trouvé mon nom dans le “Pariscope”, le journal des spectacles parisiens.

De gauche à droite :Isabelle Charraix, moi, Martha Nil et Jean-Pierre Rochette.

De gauche à droite :Isabelle Charraix, moi, Martha Nil et Jean-Pierre Rochette.

Les débuts furent laborieux, je ne savais jamais si j’allais garder le rôle ou être remplacé. Finalement, après une semaine de représentations, j’ai reçu un bouquet de fleurs d’Alain Mallet pour me remercier et me féliciter pour le résultat.

Je m’étais approprié le personnage, je n’étais pas vraiment celui qu’avaient imaginé les auteurs, mais ils m’ont laissé faire. Le public riait, c’était l’essentiel.

Tout dans la sobriété !

Tout dans la sobriété !

J’en faisais beaucoup une fois encore, ce qui avait poussé un comédien de la Comédie Française qui était venu assister à une représentation, à dire de moi :

- Ce type joue à dix centimètres au-dessus du sol !

J’ai pris cela pour une impitoyable analyse. Le hasard a voulu que je sois assis à sa table lors du souper après le spectacle dans la brasserie qui faisait face au théâtre. Je ne me suis pas démonté et je lui ai dit :

-J’ai entendu ce que vous disiez tout à l’heure. Je joue si mal que cela ?

- Mais pas du tout jouer au-dessus du sol pour moi c’est merveilleux. Vous me faite penser à Robert Hirsh, qui lui, entre nous, joue à deux mètres au-dessus du sol !

Nous avons trinqué et bu à la santé du « Théâtre » !

Jean-Pierre Rochette mon partenaire était aux anges, moi aussi.

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Le garçon en talons hauts - 45

Publié le par Adrien Lacassaigne

Je me suis retrouvé plus tard dans la série télévisée « Fortitude » réalisée par Waris Hussein avec Michael York et Richard Anconina, une grosse production. Là encore, officiellement je suis engagé comme figurant, mais avec « supplément de texte » !

Le garçon en talons hauts - 45

Je viens de comprendre la combine des producteurs. Il revient moins cher de payer un figurant et de lui donner un petit supplément pour le texte, plutôt que d’engager un comédien ! Ben voyons, vous connaissez mon discours sur les salaires, vous imaginez bien que je devais être fumasse ! Et en plus, dans ce cas de figure, vous n’apparaissez pas au générique. Je ne garde pas un bon souvenir de cette fiction. Le réalisateur était nerveux, capricieux et prétentieux, une caricature de cinéma justement !

Avec la star, Michael York il y allait de « mon cher Michael » par-ci, « mon cher Michael » par-là évidemment.

Avec Richard Anconina il baissait déjà d’un ton, c’était : Richard s’il te plait ceci, Richard cela…

Alors vous imaginez avec moi !

Michael York

Michael York

Je jouais le rôle d’un officier nazi. J’avais une scène avec Messieurs York et Anconina, une scène courte mais où il y avait beaucoup de tension, une scène décisive où tout se jouait sur les regards. Nous avons, comme très souvent au cinéma, refait beaucoup de prises. Le metteur en scène était de plus en plus nerveux. A chaque fois que nous reprenions il s’adressait à moi avec un dédain inimaginable, genre : « toi là-bas »…

Après plusieurs reprises Richard Anconina vient vers moi et me demande discrètement quel est mon prénom. Nous n’avions pas été présentés.

17ème prise, le metteur en scène toujours de plus en plus arrogant me crie :

- Toi là-bas, en place !

Et là, Richard Anconina s’est adressé à lui en lui disant :

- Waris, ce comédien s’appelle Adrien !

Il y eut un long silence.

Et Michael York d’enchérir en venant me saluer :

- Oh quel joli prénom vous avez !

Histoire de détendre l’atmosphère, le réalisateur dit :

Très bien, si Messieurs Mickael, Richard et Adrien veulent bien se mettre en place, nous allons pouvoir reprendre…

Mickael m’a regardé en souriant et Richard m’a fait un clin d’œil…

A ce moment précis, je me foutais bien de la mauvaise humeur de Waris. Je savourais l’instant présent. Mickael York, le partenaire de Lisa Minnelli dans Cabaret, me faisait un sourire, à moi tout seul ! Je suis Sally Bowles ! Petit bonheur…

Le garçon en talons hauts - 45

Ce tournage fut un véritable supplice, est-ce pour cela que ce fut pratiquement mon dernier ? Je ne voulais plus subir ce genre d’humiliation. L’arrogance des responsables de castings m’étaient insupportables. Je ne me suis plus jamais présenté à un seul rendez-vous. Adieu ma carrière, pourtant j’aurais adoré ça, mais il semblait évident que je n’avais pas les qualités nécessaires, il fallait me faire une raison.

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Le garçon en talons hauts - 44

Publié le par Adrien Lacassaigne

Et je vais ainsi pendant des mois enchainer les figurations et les petits rôles. Avec Claude Zidi et Patrick Bruel, avec Roman Polanski et Sigourney Weaver et avec Roger Vadim.

Il faut que je vous raconte ça, « ma » rencontre avec Vadim !

Je me présentais avec mes photos en fin de matinée au domicile d’une « casting directrice ». Cette dernière n’était pas de très bonne humeur. (Ces dames ne sont jamais de bonne humeur). Elle préparait une distribution pour le prochain film de Roger Vadim avec Marie-Christine Barrault bien entendu et le magnifique acteur Italien Andréa Occhipinti.

Pendant mon entretien, elle eut plusieurs fois Roger au téléphone. Elle devait lui faire parvenir des photos d’acteurs avant midi, car ce dernier s’envolait début d’après-midi pour New York.

Elle n’avait pas le temps et ne savait comment s’y prendre. (Ces dames n’ont jamais le temps). C’est alors que j’ai osé un coup de poker.

-Ecoutez, j’ai entendu votre conversation, mon scooter est en bas, je n’ai rien à faire. Si vous voulez je peux apporter votre enveloppe de photos à monsieur Vadim.

Elle m’a regardé sans rien dire. Elle a rappelé immédiatement Vadim pour lui dire :

-Roger, j’ai la solution, mon ami …

Elle jette un œil sur mon CV pour lire mon prénom…

-Adrien va t’apporter les photos dans la demi-heure !

Elle me donne une adresse, me voilà parti. Le cœur battant sur mon scooter, je me rends aux abords des jardins des Tuileries, à la résidence privée de Roger Vadim. Ce dernier me reçoit en robe de chambre, très, très aimable, s’excusant même de me recevoir dans cette tenue. Je lui apporte les photos attendues et lui glisse discrètement que moi aussi je suis comédien.

-Cela vous ennuie si j’ajoute ma photo à celles que vous propose votre directrice de casting ?

-Non, bien entendu, donnez-là moi.

Il me regarde, hésite un moment et me dit :

- Vous verrez ce n’est pas un grand rôle mais nous tournons dans mon chalet, aux Arcs, l’endroit est merveilleux. Marie-Christine Barrault nous rejoint, elle aussi en tenue décontractée. Très aimable elle me propose un petit café et me demande :

Roger Vadim devant son chalet avec Andrea Occhipinti et Laetitla Legrix.

Roger Vadim devant son chalet avec Andrea Occhipinti et Laetitla Legrix.

-Vous aimez la montagne ?

-Oui, bien entendu.

J’aurais de toute manière répondu « oui » à n’importe quoi. Avec Marie-Christine Barrault j’étais prêt à aimer les volcans, la forêt vierge et le désert s’il l’avait fallu. Je venais de décrocher un rôle dans le prochain téléfilm de Roger Vadim de la façon la plus audacieuse et incroyable qui soit. En sortant de chez lui j’étais fou de joie.

Je m’imaginais être la nouvelle Bardot! Toujours si simple... Roger Vadim était un homme exceptionnel. Mon ami Jean-Pierre Rochette a lui aussi été engagé et nous avons tourné ce film : « Amour Fou ».

Dans Amour Fou.

Dans Amour Fou.

Le garçon en talons hauts - 44

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Le garçon en talons hauts - 43

Publié le par Adrien Lacassaigne

Depuis que je suis revenu à Paris, j’ai la sensation de vivre comme une fille de mauvaise vie qui postule sur un emploi de nurse dans une grande famille bourgeoise ! Au quotidien, je cache mon passé de transformiste à mon entourage. Comme si mon histoire d’antan représentait un danger. Allez savoir pourquoi ?

Comme tous les comédiens inconnus, je cours les castings à la recherche d’un petit rôle, voire d’un grand, on ne sait jamais! Au cinéma, mon premier tournage fut avec Nicole Garcia. Je n’étais que figurant mais j’avais trouvé le moyen d’attirer son attention et cela me permettait de passer des petits moments privilégiés avec elle dans sa loge.

Ensuite j’ai été engagé dans une série policière “Le Juge Rive”. Je joue le rôle d’un CRS qui se fait abattre à bout portant par des terroristes. La personne qui m’engage me précise qu’il y aura un peu de texte et une cascade. De quoi me paralyser ! Olivier, mon ami coiffeur me fait une fois encore la tête de l’emploi. J’ai bien le look « CRS », mais j’ai peur que des gestes ambigus me trahissent. Peur de n’être pas crédible et que le réalisateur se dise : -Qu’est ce que c’est que cette folle ?

Le jour du tournage, je suis dans le décor, assis à une table. Monsieur Julienne, le cascadeur, m’a installé le détonateur qui déclenche le coup de feu que je vais recevoir. Je suis prêt, concentré, mort de trac en attendant le mot “Action”.

C’est à cet instant que l’assistant du réalisateur fonce sur moi et me dit finement à l’oreille:

-Alors tu n’imites pas Mylène Farmer aujourd’hui ?

J'ai commencé à imiter Mylène Farmer en 1986.

J'ai commencé à imiter Mylène Farmer en 1986.

J’ai cru mourir de honte.

Qu’est-ce qui m’avait trahi ? Comment pouvait-il savoir ? Impossible de lui poser la question, la caméra tourne.

A la fin de la prise je suis immédiatement allé le voir.

-Pourquoi m’avez-vous parlé de Mylène Farmer tout à l’heure ?

-Parce que j’adore quand tu imites Mylène !

-Mais… Je ne comprends pas !

-Je n’étais pas certain, mais quand tu as fais des essais de micro tout à l’heure, j’ai reconnu ta voix !

-Comment ?

-Je viens tous les étés en vacances au Lavandou, et je passe mes soirées au Flamenco. J’adore cet endroit.

J’étais démasqué mais en même temps heureux d’avoir un allié dans ce monde qui m’était alors totalement étranger.

Et ce ne fut pas le seul complice...

Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir parmi les autres « CRS » un « collègue transformiste » lui aussi en pleine reconversion. Le monde est petit !

Du coup, les jours suivants de tournage ont été beaucoup plus décontractés, voire franchement délirants. Je me souviens que pendant les pauses (et elles sont longues au cinéma) nous restions, mon nouveau copain et moi, tous les deux en uniformes. On s’éloignaient légèrement du lieu de tournage pour se raconter nos histoires de talons aiguilles.
Nous nous sommes très vite rendus compte de l’effet que pouvait avoir l’uniforme sur notre entourage, hors caméra ! Certains automobilistes nous regardaient inquiets, mais nous avions aussi noté que certains garçons nous considéraient ostensiblement pour d’autres raisons !

Nous restions impassibles, l’air patibulaire. Nous fixions ces petits insolents et sans un sourire, nous portions notre main à la hauteur de notre braguette pour nous tâter le paquet !

Si vous aviez vu leurs têtes ! Ils n’en revenaient pas de se faire entreprendre par deux « CRS ». A un moment, un responsable de la production s’étant rendu compte de notre petit manège, nous a demandé de rester dans le « camion-loge » pendant les pauses.

Mylène "Désenchantée" au Flamenco

Mylène "Désenchantée" au Flamenco

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Le garçon en talons hauts - 42

Publié le par Adrien Lacassaigne

À Paris, je retrouve Olivier, un ami coiffeur croisé à Courchevel et au Lavandou. C’est lui qui va décider de ma nouvelle coupe de cheveux. Je les avais toujours portés très longs parce que j’étais complexé par mes grandes oreilles. Je me souviens de Patrick Juvet avec qui je dinais un soir à Genève. (J’avais la même coupe de cheveux que lui). A un moment, un peu fatigué peut-être, je me suis passé les mains dans les cheveux pour les tirer vers l’arrière. Il m’a regardé et n’a pu s’empêcher de s’écrier :

-Whaow tes oreilles !

Il fallait changer de tête, au diable les complexes, j’aurais une coupe à la brosse. Etrangement depuis ce jours-là plus personne ne m’a parlé de mes grandes oreilles. Je n’ai plus jamais dîné avec Patrick Juvet !

Fini les cheveux longs.

Fini les cheveux longs.

Je m’installe dans un tout petit studio que j’ai acheté au 7 de la place de la nation dans le 11ème arrondissement. Je suis certes propriétaire mais je n’ai pas vraiment beaucoup d’économies. La vie à Paris est chère, il va vite falloir que je gagne de l’argent.

Le garçon en talons hauts - 42

J’avais envie de reprendre des cours d’art dramatique, histoire de voir où j’en étais après toutes ces années à chanter en play-back. Je voulais aussi m’inscrire au « Gymnase Club » pour enfin prendre soin de moi et faire du sport.

Alors, je me suis dit, je fais comment ?

Un choix s’est imposé rapidement. Je vais retourner les week-ends au Flamenco, me donner en spectacle histoire de gagner ma vie et vivre la semaine à Paris.
Nous sommes en 1992, j’ai hâte de reprendre contact avec mes amis de la promotion “78”, du cours de théâtre Jacques Fontan. Je retrouve avec joie Juliette Degenne, ma copine du stage de danse d’Aix-en-Provence (chapitre 9). Elle a le rôle principal d’une pièce qui se joue au Théâtre Michel, “Darling Chérie”. Je vais aller l’embrasser à l’issue d’une représentation, elle semble heureuse de me revoir mais n’a pas beaucoup de temps à me consacrer, elle travaille beaucoup.

Changement de look!

Changement de look!

J’ai aussi retrouvé mon ami Jean-Pierre Rochette. Il m’invite à la première d’un spectacle qu’il s’apprête à jouer à Torcy, une pièce sur Jean Cocteau. Après la représentation, il y a eu un petit cocktail dans le hall du théâtre. Jean-Pierre et moi échangions nos impressions sur la pièce, un verre de champagne à la main, lorsque le metteur en scène, Jean-Paul Quéret nous a rejoint. Jean-Pierre lui dit :

-Je te présente Adrien, il est comédien, nous étions ensemble au cours « Fontan ».

J’étais si heureux d’entendre enfin quelqu’un me présenter comme « comédien ».

Jean-Paul Quéret m’a dévisagé avec un simple sourire. Que s’est-il passé à ce moment là ? Il m’a regardé dans les yeux et me dit :

-Ecoute, je vais monter très vite « Le Malade Imaginaire » il me faut un assistant à la mise en scène, cela te dirait de travailler avec moi ? Tu pourrais peut-être aussi jouer le petit rôle de monsieur Purgon !

-Oui, bien entendu!

Incroyable, quelle chance, je ne suis à Paris que depuis quelques jours. Et voilà, je vais rejouer, enfin ! Jean-Pierre Rochette fera lui aussi partie de cette distribution.

Vous devez vous dire que c’est curieux. Vous pensez que j’ai probablement oublié de vous dire deux où trois choses des plus croustillantes !

Je suis depuis très peu de temps à Paris et on me propose déjà du travail !

Le metteur en scène avait peut-être une petite idée derrière la tête, j’avais deviné qu’il était gay même si il ne l’assumait pas vraiment. Je vais être très clair, je n’ai pas couché avec Jean-Paul Quéret. Ca c’est dit.

C’est flagrant, j’ai eu beaucoup de chance, c’est tout.

Et à propos de ma vie amoureuse, où devrais-je dire « sexuelle », je vais vite me rendre compte que s’il était facile de me faire un petit coup presque tous les soirs quand j’étais transformiste, il n’en sera plus de même à partir d’aujourd’hui. L’ambiguité fascine, pas le théâtre apparemment.

Ma grande angoisse était : suis-je encore capable de mémoriser un texte ? Celui de Monsieur Purgon n’est pas très long mais les mots sont particuliers, tous ceux qui ont joué ce rôle vous le diront :

-Et je veux qu'avant qu'il soit quatre jours vous deveniez dans un état incurable. Que vous tombiez dans la bradypepsie. De la bradypepsie dans la dyspepsie. De la dyspepsie dans l'apepsie. De l'apepsie dans la lienterie. De la lienterie dans la dysenterie. De la dysenterie dans l'hydropisie. Et de l'hydropisie dans la privation de la vie, où vous aura conduit votre folie !

Le metteur en scène m’avait dit :

-Après ta grande tirade, à ta sortie de scène, si tu as été bon, le public doit applaudir.
Ce fut le cas à chacune des représentations. Je vais avoir énormément de plaisir à interpréter monsieur Purgon.

Dans Géronte, ici avec Frédéric Jacquot et le comédien qui jouait Scapin.

Dans Géronte, ici avec Frédéric Jacquot et le comédien qui jouait Scapin.

Ce fut le cas à chacune des représentations. Je vais avoir énormément de plaisir à interpréter monsieur Purgon.

A peine un mois après mon départ du Flamenco, j’avais rejoins « La Compagnie Française » la troupe créée par Jean-Paul Quéret. Je m’y sentais bien et cela m’a poussé à travailler davantage. J’adore l’atmosphère des théâtres, le parfum des théâtres ! J’ai repris peu à peu confiance en moi.

Je me suis inscrit au cours d’art dramatique « Raymond Girard » rue Vavin dans le sixième arrondissement de Paris. Une école qui vit passer tant de grands acteurs; de Jean-Paul Belmondo à Christophe Malavoy. L’ambiance y est plus guindée, plus bourgeoise qu’en 1978 chez Jacques Fontan, mais l’enseignement est de grande qualité. Bien qu’étant beaucoup plus âgé que les autres élèves, je n’échappe pas à la règle de l’audition. Je vais choisir une fable de la Fontaine, Le Corbeau et le Renard. C’est très traditionnel mais je ne voulais pas prendre de risques. En revanche, je suis épaté par le talent et l’audace d’un jeune garçon qui se présente presque en même temps que moi. Il avait choisi, lui le texte d’une chanson de Renaud, pas vraiment académique pour l’endroit. Sébastien Bihi, un comédien remarquable, faisait ses débuts dans un métier qu’il ne quittera plus.

J’ai surtout besoin de pratiquer, de jouer et c’est ce que va me proposer un des professeurs du cours, Frédéric Jacquot. Il va monter “Les Fourberies de Scapin” et me proposer le rôle de Géronte.

Ce n’est pas de mon âge, mais les compositions me vont bien, il s’en est rendu compte. Avec d’autres élèves, dont Lina aujourd’hui son épouse, nous partirons en tournée.
C’était fantastique, je mettais en application mes années d’apprentissage du maquillage au cabaret, je me faisais « une tête ». J’essayais de jouer plus sobrement, mais parfois lorsque le public était apathique, Frédéric me disait :

-Vas-y, fais-toi plaisir, lâche-toi !

C’était pour moi comme un défit. Au diable Stanivlasky, vive Robert Hirsch ! J’en faisais des tonnes mais le succès était assuré.

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