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7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 09:47

J’étais installé depuis quelques mois dans le village lorsqu’une jeune femme, en passant par l’intermédiaire de mon amie Chantal, a demandé à me rencontrer.

-Ecoute, me dit Chantal, elle veut juste te parler quelques instants, dis-moi quand je peux te la présenter.

-Chantal, je connais ces filles qui viennent me voir en spectacle. Elles s’amourachent des personnages que j’interprète et elles s’imaginent tomber amoureuse…

-Non ce n’est pas cela, elle sait que tu préfères les garçons.

-Mais souvent ce genre de filles s’imagine que leur amour sera plus fort et qu’elles me feront changer, que jusqu’à présent je n’ai pas rencontré la fille qu’il me fallait…

-Fais-moi confiance, elle n’est pas comme les autres. Elle a un truc à te dire, c’est important.

-Eh bien qu’elle vienne un soir au Flamenco et nous prendrons un verre après le spectacle.

-Non, elle doit te rencontrer en privé.

-Chantal, arrête tu me fous la trouille là. C’est quoi ce plan ?

-Bon écoute, ici tout le monde la connait. Elle est « spéciale ».

-Quoi spéciale, cela devrait me rassurer ?

-Elle fait de l’écriture automatique !

-Qu’est-ce que c’est que ce truc ?

-Elle est médium si tu préfères, elle communique avec les défunts !

Je ne suis pas porté sur ces choses-là, mais Chantal fut suffisamment convaincante, j’ai accepté de rencontrer Claire.
C’était un après-midi, elle est arrivée vers 15 heures. Je m’attendais à me retrouver face à une sorcière mystique. Je fus déstabilisé par la fraîcheur et la jeunesse de cette jeune femme. Je n’étais pas très à l’aise il faut bien le dire. Elle m’a expliqué qu’elle avait un don. Qu’elle ne l’avait pas souhaité, que cela lui était tombé dessus quand elle était petite. Elle avait eu des flashs et un jour sa main s’est mise à écrire des choses qu’elle ne contrôlait pas ! Elle m’a aussi rassuré cela ne me couterait pas un centime, elle ne monnayait pas ses services.

-Je devais vous rencontrer car « on » me l’a demandé.

Me dit-elle.

-Mais qui vous a demandé cela ?

J’avais beau être plus que septique ma curiosité était piquée au vif. C’est qui « on » ?

-Je ne sais pas, nous verrons bien.

Après avoir bu un café, Claire a sorti un bloc de papier de son sac. Elle a pris un stylo et m’a dit qu’elle allait se concentrer pour recevoir mon message.

-Ne soyez pas surpris de ce que vous allez voir. Ma main ne va pas quitter la feuille, les lettres et les mots seront tous collés. Ma main est en quelque sorte à la disposition de celui qui veut communiquer avec vous, moi je ne contrôle rien.

Je me suis tu et nous avons attendu.

Il ne s’est pas passé cinq minutes avant que la main de Claire se mette à écrire. Quand je dis « écrire » j’exagère, je devrais plutôt dire « griffonner ».

C’était vraiment très impressionnant, j’ai même ressenti comme un frisson qui me parcourait le corps. Mais que disaient ces mots, quel était le message ?

Claire a ouvert les yeux et s’est mise à vouloir déchiffrer son texte. On aurait dit un gribouillage d’un enfant qui a de sérieux problèmes.

-C’est votre écriture, lui demandais-je ?

Pour me répondre elle prit une autre feuille et écrit d’une plume impeccable « Non, ceci est mon écriture ! »

Elle s’est penchée sur la feuille et manifestement elle avait beaucoup de mal à déchiffrer le message.

-On dirait que tous les mots ne sont pas en français, où alors peut-être en vieux français. Regardez.

Me dit-elle

Moi je n’ai pas été long à deviner.

-C’est du wallon !

-Du quoi ?

-Le wallon, c’est un dialecte belge. Chez moi, à Charleroi on parle le wallon.

C’est donc moi qui ai déchiffré le message. Il se résumait ainsi : il faut que je me débarrasse tout de suite de ce que j’ai dans la penderie de ma chambre !

-Drôle de message !

Me dit Claire. Je devinais la déception dans sa voix.

-Tout cela pour vous demander de renouveler votre garde-robe ! Ils prennent soin de votre look là-haut !

Contrairement à elle, ce message m’avait bouleversé et j’avais apparemment du mal à le cacher.

-Ca va ? Vous savez il y a pire comme message, parfois, j’ai du annoncer des choses beaucoup plus graves.

-Mais qui vous a dit cela pour moi ?

-Je ne sais pas mais nous pouvons essayer de demander.

Claire repris le stylo, reposa sa main sur la feuille et se mit de nouveau à la disposition du messager. La réponse fut presque immédiate : « Monette » !

Monette

Monette

-Vous connaissez, une « Monette » ?

-Non cela ne me dit rien.

-Ce n’est pas très important, cette Monette est peut-être tout simplement une personne qui vous veut du bien.

-Et vous croyez que l’on a autre chose à me dire ?

-Je ne sais pas, je vais voir…

Elle reprit le stylo. Mais là rien, plus rien.

-Non, je crois que l’on a plus rien à vous dire, c’est fini. Je suis désolée d’avoir insisté ainsi pour vous rencontrer, je pensais que le message serait plus important que cela. La dernière fois que j’ai pratiqué l’écriture c’était pour empêcher un pyromane de mettre le feu à la montagne !

-Je comprends, mais vous savez pour moi ce que vous venez de me dire est très important.

-Vraiment ?

J’ai deviné évidemment qu’elle se moquait de moi.

-Bon, je vais vous laisser. Au fait, bravo pour vos spectacles, j’aime beaucoup ce que vous faites.

-Merci, c’est gentil

-Eh bien, il ne vous reste plus qu’à faire les boutiques pour remplir votre placard de nouvelles tenues!

Claire m’embrassa et me laissa.

J’étais véritablement bouleversé par ce qu’elle venait de me dire. Je me demandais qui était cette Monette ? Je pris la décision d’appeler ma mère en Belgique. Maman est assez portée sur la chose, je n’aurais aucun mal à lui raconter ce que je venais de vivre.

-Maman, je viens de croiser une médium qui m’a parlé d’une Monette, tu connais ce prénom ?

Ma mère a hésité avant de me répondre.

-Tu as dis « Monette » ?

-Oui c’est cela, mais on ne connait personne de ce nom-là dans la famille.

-Si.

Me dit ma mère.

-Mais qui ?

-Ma maman ! Je ne l’ai pas connue, tu le sais elle est morte en me mettant au monde, mais je sais que tout le monde l’appelait « Monette »

-Merde alors !

-Et que t’as dit cette femme médium à propos de Monette ?

-Rien de spécial, juste que tout allait bien…

Je ne voulais pas parler de ce que contenait le message à ma mère.

-Eh bien quelle émotion, cela faisait si longtemps que je n’avais pas entendu ce petit nom de « Monette »

-Il faut que je te laisse, maman. J’ai une répétition dans peu de temps, je t’embrasse.

Cela faisait beaucoup de bouleversements en si peu de temps !

Je suis allé dans ma chambre en pensant très fort à Monette ma grand-mère. J’avais vu quelques photos d’elle, elle était très jolie. Petit garçon, je me souviens de ce portrait d’elle avec son mari et sa fille ainée, ma tante Olga. Elle avait l’air d’une Reine. Pourquoi elle ?

Ma grand-mère "Monette" avec mon grand-père et ma tante Olga.

Ma grand-mère "Monette" avec mon grand-père et ma tante Olga.

J’ai ouvert ma penderie, j’ai poussé les vêtements pour atteindre le fond. J’étais le seul à savoir ce qui s’y cachait.

J’ai empoigné la crosse du fusil de mon père, celui-là même qui lui avait ôté la vie.

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1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 16:42

Fin de l’hiver à Courchevel, Jacky Alibert me propose une seconde saison au Lavandou. Ca se passe très simplement : il me dit :

- tu t’es plus avec nous l’an dernier ? Tu as envie de revenir ?

-Oui, bien entendu.

Pas de contrat à signer, rien, juste une parole. C’était comme cela à l’époque avec ces gens-là.

Mai 1990, une nouvelle saison d’été se prépare au Lavandou avec quelques nouveaux venus. Bien qu’ayant apprécié l’expérience de la vie façon « Auberge Espagnole », je suis profondément un solitaire. J’ai envie d’un petit « chez moi » et quitter la villa réservée aux artistes. Ce n’est pas un caprice, enfin je ne crois pas. Mon amie Chantal de Bormes-les-Mimosas va me trouver une magnifique petite maison dans le village, montée Charles Cazin, un petit nid parfait.

Ma petite maison, montée Charles Cazin.

Ma petite maison, montée Charles Cazin.

Cette année encore « Le Flamenco » va multiplier les succès. Durant les six mois de contrat, tous les soirs, le spectacle se termine par mon numéro : “Je ne suis qu’une chanson” ! Elle m’en a fait gagner des sous « La Ginette » !

Jacky Alibert décide de quelques changements très importants. A la surprise générale, Agath qui présentait le spectacle depuis vingt ans, ne fera pas partie de la distribution cette année. C’est à moi qu’il va confier l’animation du spectacle en direct tous les soirs. La responsabilité est grande, Agath était un personnage incontournable du Flamenco, irremplaçable diront certain ! Il va falloir m’imposer face à ce public qui depuis tant d’années venait entre autre pour lui et ses extravagances. J’ai pu compter sur mes collègues, cette saison encore nous allons créer de nouveaux tableaux. Surprendre, épater et gagner.

Au Flamenco, Agath dans la salle et moi au micro. J'ai connu plus simple...

Au Flamenco, Agath dans la salle et moi au micro. J'ai connu plus simple...

Ma vie dans le midi de la France est en opposition totale avec mes racines houillères mais je me suis acclimaté.

Par exemple, à Charleroi, en Février lorsque le mimosa arrivait sur les étalages des fleuristes du marché de la ville haute, c’était un événement. On ne savait quoi inventer pour que ces petites perles jaunes durent le plus longtemps possible. Certain disaient, il faut le mettre dans de l’eau chaude ! D’autres prétendaient qu’il ne fallait pas mettre d’eau du tout dans le vase… et je ne sais quelle autre recette de bonnes femmes.

Maintenant que j’habite à Bormes j’ai un jardin rempli de ces arbres à la fragrance si particulière, la question de la conservation ne se pose plus. Je regarde mes arbres fleuris avec l’œil émerveillé d’une enfance retrouvée.

Les plages du Var, hors saison sont féeriques. J’aimais faire de longues balades solitaires en décembre là où en juillet et en août les touristes se disputaient le plus petit mètre carré. Apprécier la couleur exceptionnelle de Saint-Tropez fin Janvier, c’est ça le vrai luxe.

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5 avril 2015 7 05 /04 /avril /2015 08:56

Nous pourrions nous poser la question suivante : pourquoi suis-je resté si longtemps transformiste alors que manifestement cette condition ne me semblait pas satisfaisante ? La réponse est évidemment liée à la vie facile que je menais. Au delà d’une fainéantise flagrante, il ne faut pas oublier de parler d’argent. Je gagnais vraiment très bien ma vie. Cela me permettait, entre autre de visiter de très beaux hôtels et de dîner dans de très grands restaurants. J’affectionnais particulièrement l’atmosphère secrète des endroits d’exception comme le “Byblos” ou le “Bateau Ivre”, deux palaces de Courchevel. Je dansais dans les boîtes branchées de St Tropez ou de Megève…Notre statut d’oiseau de nuit extravagant nous ouvrait grand les portes de ces lieux privilégiés. Je vivais grand train, bien au dessus de mes moyens. Je ne m’habillais qu’avec des vêtements de marques. A Courchevel, je m’étais par exemple offert un blouson en cuir DIOR, doublé d’astrakan. Stéphanie de Monaco avait le même. Il était noir avec « JULES » écrit en cuir rouge dans le dos.

Le garçon en talons hauts - 36

Cela ne me posait aucun problème de dépenser 5000€ pour un blouson. Je vivais très souvent entouré de gens très riches, cela a dû certainement altérer mon sens des valeurs.

La façon dont nous étions rémunérés ne m’incitait pas à faire des économies. J’étais payé tous les soirs en espèces. Je ne me souciais guerre du lendemain. Je vais bien m’amuser lorsque sonnera l’heure de mon bilan de retraite ! Les cachets étaient très variables. Les transformistes professionnels de ces années 80/90 gagnaient, il me semble entre 90€ et 150€ par soir si l’établissement leur proposait de travailler minimum 5 jours par semaine. Pour un gala exceptionnel mon cachet pouvait avoisiner les 300€.
Moi qui n’avais jamais un jour de congé, faites le calcul, je gagnais pratiquement 4000€ par mois, non déclarés donc sans impôts. Tout cela pour remuer les lèvres sur une chanson en play-back, chaussé de mes hauts talons ! Je me souviens un soir avoir discuté avec un tout jeune médecin. La conversation s’était orientée vers nos salaires, j’avais été troublé d’apprendre que je gagnais plus que lui qui avait fait une dizaine d’années d’études.

Aujourd’hui, il n’y a plus beaucoup d’endroits où les transformistes peuvent travailler tous les soirs. Il me semble aussi que les cachets ont considérablement baissé.

Pourquoi les salaires ont-ils baissé ? Ce n’est pas à cause de « La Crise », j’ai cette explication, qui vaut ce qu’elle vaut…A un moment donné, les patrons d’établissements qui proposaient des spectacles transformistes ont voulu réduire leurs frais. Et plutôt que d’engager des professionnels, ils ont choisi des garçons de leur région qui s’habillaient en filles et faisaient n’importe quoi pour trois francs six sous. Le public ne s’y est pas trompé. En quelques années, les spectacles de transformistes sont souvent devenus vulgaires et ringards !

Depuis mes débuts, vous le savez maintenant j’ai toujours été très attentif à mes cachets. J’ai toujours systématiquement refusé toutes les propositions qui ne me semblaient pas correctes. Dieu merci ! je n’ai jamais manqué de contrats. Je n’avais en revanche pas un centime d’économie.
Alors est-ce grave ? Me suis-je trompé ?

J’ai envie de vous répondre oui et non.

Est-ce grave d’avoir profité des divines soirées russes de « La Bergerie » où la vodka coulait à flot ? Est-ce grave d’avoir succomber à la cuisine de Laurent Tarridec, Guy Gedda et Max Dandine ? Non évidemment non. J’aurais été bien bête de ne pas en profiter.

Est-ce grave d’avoir vécu comme une vraie cigale de Provence ? Me suis-je trompé ?

Je devrais répondre oui. J’aurais pu mettre de l’argent de côté, me cultiver, m’instruire, oui en effet.

Et pourtant j’ai envie de répondre non. J’ai vécu des choses étranges que l’on n’apprend pas dans les livres. Grace à cela je sais aujourd’hui où est ma place. Je sais précisément ce qui me rend heureux. Toutes ces expériences de la vie m’ont tellement appris sur moi et mes semblables. J’aime les jolies choses certes, mais du « bling bling », je n’en veux pas. Je suis un homme très ordinaire qui fait ses confitures, cultive ses tomates et sort sa carte de fidélité à la caisse de chez Super U !

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29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 14:51

Me revoici à Courchevel, une station que je connais bien et que j’affectionne particulièrement. Cinq autres artistes m’accompagnent. C’est presque des vacances car la saison d’hiver est beaucoup moins dense en créations artistiques. Nous montons à la neige avec les numéros que nous avons créés l’été au Lavandou. La clientèle était totalement différente. Je vais vivre les quatre mois qui vont suivre comme une douce convalescence, sans que personne ne sache ce qu’il venait de se passer à l’hôpital d’Hyères. J’ai traversé une nouvelle période d’insouciance frivole. Les bonnes résolutions que j’avais prises de me cultiver un peu sont tombées à l’eau. Je me grise de nouveau !

L’ambiance à Courchevel est aussi chaleureuse qu’au Lavandou, nous vivions un peu comme une grande famille. Je me produis de nouveau au « Saint Nicolas », c’est le seul établissement dans le genre de la station. La direction sera assurée cette année par Joseph Gueenen, un vrai personnage de la nuit.

Agath, Lisa, Gungala, Joseph et moi.

Agath, Lisa, Gungala, Joseph et moi.

Il est Hollandais, beau gosse et sagittaire comme moi. Même si nos caractères nous opposent parfois je l’apprécie bien, nous allons faire du bon travail. Il fait partie de ces patrons qui aiment les artistes transformistes, s’essayant même parfois à faire le show lui-même.

Joseph & moi.

Joseph & moi.

Nous sommes logés dans un appartement à l’entrée du bourg, c’était l’auberge Espagnole. Je pourrais vous parler de nos spectacles, mais franchement il n’y a rien de bien extraordinaire à raconter. Pour nous c’était la routine. Levés vers 13h où 14h, ski, restaurants et vers minuit nous arrivions dans la loge pour nous maquiller. Nous présentions notre show pendant une heure trente et c’est après que les choses sérieuses commençaient ! Les aventures extra-spectacle étaient encore plus nombreuses et insolites l’hiver que l’été.
La station de Courchevel est petite et isolée. C’est un village, tout se sait, nous sommes connus partout, ça nous valait des péripéties peu communes. Et me voilà reparti avec mes histoires coquines. J’avais décidé, je sais de ne vous parler que de spectacle et non de mes frasques amoureuses, mais c’est aussi ça le job de transformiste, tu vis parfois des trucs de dingue ! Et puis l’hiver, à la neige, à 1850 mètres d’altitude, il n’y a pas grand-chose à faire. Je ne suis pas un bon skieur…

Pierre a pourtant tout essayé pour me faire faire des progrès, mais nous étions plus souvent à "La Bergerie" que sur les pistes !Pierre a pourtant tout essayé pour me faire faire des progrès, mais nous étions plus souvent à "La Bergerie" que sur les pistes !
Pierre a pourtant tout essayé pour me faire faire des progrès, mais nous étions plus souvent à "La Bergerie" que sur les pistes !

Pierre a pourtant tout essayé pour me faire faire des progrès, mais nous étions plus souvent à "La Bergerie" que sur les pistes !

Ce jeune parisien par exemple était très riche, propriétaire d’une grosse boîte de nuit. Ce garçon donc était en vacances avec sa petite amie et sa mère. Le soir, les dames fatiguées par leur journée de ski restaient à l’hôtel pendant que lui faisait la fête avec un copain. Quand il arrivait au “St Nicolas” il commandait tous les soirs plusieurs bouteilles d’alcool, à la grande joie bien entendu de Joseph le directeur. Ce client fantasmait sur moi quand j’imitais Mylène Farmer. Oui, en 1990 j’imitais encore Mylène Farmer !

Le garçon en talons hauts - 35
Le garçon en talons hauts - 35

Cela me valait d’avoir tous les soirs mon couvert à ses côtés au restaurant de nuit, sous la boîte. Il y avait quand même une condition, il fallait que je sois en « Mylène Farmer » ! Heureusement le roux me va bien !

Lorsque le jeune homme en question avait un peu bu, il me serrait contre lui, et se permettait même une proximité plus qu’ambigüe. Cette dernière ne me dérangeait absolument pas, au contraire… Il était le genre d’homme qui plait beaucoup aux femmes. Beau gosse, grand, baraqué, champion de France de boxe française, pas « une soyeuse » quoi!
Remarquant notre manège, une fille d’une autre table, jalouse peut-être, dit assez fort à son copain:

- Tu vois bien qu’il est pédé, il est avec un travelo !

Qu’est-ce qu’elle n’avait pas dit! L’alcool aidant la réflexion fut suivie d’une bagarre générale digne des plus grands westerns américains.

-Quoi, répète ce que tu as dis connasse…

-Je t’emmerde « PD », va te faire sucer par ton travelo…

En boîte à Courchevel, en maillot! L'extravagance, j'ai donné !

En boîte à Courchevel, en maillot! L'extravagance, j'ai donné !

Je vous passe les détails et autres expressions fleuries. Les petits amis des filles s’en sont mêlés, d’autres clients se sont levés, bref ce fut un carnage ! La direction, les serveurs et le videur sont évidemment intervenus pour calmer tout ce petit monde. Ils m’ont formellement ordonné de dégager au plus vite puisque j’étais l’objet du conflit. Je me suis donc réfugié avec mon boxeur dans ma loge. Il saignait du nez, je l’ai soigné comme je pouvais avec mes cotons de maquillage. Un instant, j’ai cru être la môme Piaf avec son Cerdan.

L’autre rencontre troublante était photographe. Le jeune homme passait tous les soirs faire des photos souvenirs des clients de la boite. Cela se fait souvent en station. Il était très joli garçon avec un charme redoutable. Il avait une petite amie, une très grande fille, très belle dont le prénom m’échappe bien entendu.

Au départ nos rapports étaient cordiaux, sans plus. Il passait souvent nous faire un petit coucou dans les loges avant de tirer le portrait des touristes en goguette. De temps en temps, il faisait quelques photos du spectacle et nous les offrait volontiers. Un type très sympa. Un soir il est venu me rejoindre alors que j’étais au bar.

-Puis-je t’offrir un verre ?

Je ne dis jamais non !

Au bar du St Nicolas.

Au bar du St Nicolas.

Et là, il me dit qu’il aime beaucoup mon travail, que j’étais formidable… et patati et patata

Je connais le refrain par cœur, ceci dit, je suis plutôt flatté. Je prie quand même intérieurement pour qu’il ne me demande pas : « Cela fait combien de temps que tu fais du spectacle ? Comment as-tu débuté ? Etc. »…Toujours les mêmes questions auxquelles je n’ai plus envie de répondre. Au lieu de cela il me dit :

-Je fête mon anniversaire la semaine prochaine, tu accepterais une invitation ?

Je suis étonné, je me méfie. Il fait peut-être partie de ces gens qui t’invitent juste pour faire bien dans le décor. Mais il est tellement craquant que je dis oui. De toute manière pensais-je dans deux jours il aura oublié sa proposition!

Nous nous sommes revus presque tous les soirs de la semaine, il me faisait juste un petit signe de la main en croisant mon regard ! C’est bon pensais-je l’anniversaire est oublié !

Le vendredi suivant, il est 20h, je suis seul dans ma chambre on frappe à la porte. Je vais ouvrir, c’est lui.

-Bonsoir, je viens te chercher…tu te souviens…ma soirée d’anniversaire !

-Oh, oui bien sur, euh…écoute je ne suis pas certain que cela soit une bonne idée, je n’ai pas très envie de sortir.

-Mais si tu ne viens pas, la fête est foutue !

-Tu exagère un peu là, non ?

-Je me faisais une joie de passer ma soirée d’anniversaire en ta compagnie.

J’étais réellement ennuyé.

-Ecoute, je ne suis même pas douché ! Je pensais que tu avais dis cela comme ça…Je ne vais pas venir, va retrouver tes amis ils doivent s’impatienter !

-Il n’y a pas d’amis.

-Comment cela ?

-J’ai réservé une table juste pour toi et moi.

-Ah bon ?! Et ta copine ?

-Nous nous sommes un peu disputés, elle est partie quelques jours à Genève. S’il te plait, viens avec moi.

Dans ces conditions vous comprendrez que je n’avais pas le choix.

-Bon, OK. Je passe sous la douche et j’arrive.

-Rejoins-moi à « La Pomme de Pin », je commande l’apéritif.

J’étais complètement bouleversé par la situation. Je vais dîner en tête à tête avec ce garçon magnifique dans un superbe restaurant. Quelle aventure.

La soirée fut véritablement délicieuse. Ce garçon avait un charisme fou, un savoir-vivre et une élégance rare. Sa conversation était agréable, brillante, séduisante. Hélas, telle la « Cendrillon » moyenne, à minuit il a fallu que je le quitte pour rejoindre ma loge et me transformer en créature pour le spectacle.

-Merci pour cette soirée, j’ai passé un moment formidable.

Me dit-il !

Je n’en revenais pas, j’étais vraiment très heureux de la soirée que je venais de passer. Il n’y avait aucune ambiguïté dans le comportement du jeune homme. Pas une allusion, pas un geste déplacé. Juste un jeune hétéro bien dans sa tête qui avait eu envie de partager cette soirée avec moi.

Vers 3h du matin, à la fin de mon spectacle, je l’ai retrouvé au bar, il était entouré de quelques amis qui lui faisaient la fête. Quand il m’a aperçu, il a levé son verre dans ma direction en me faisant discrètement un petit clin d’œil.

Comme tous les soirs j’ai passé une partie de la nuit à discuter de table en table avec des clients si fiers de s’afficher un instant à mes côtés.

Vers 5h du matin, je m’apprêtais à rentrer lorsque le beau photographe s’est approché.

-Tu pourrais me raccompagner chez moi ?

-Oui bien entendu, allons-y.

Je n’ai rien d’autre à faire, c’est sur ma route. Arrivé chez lui il me propose de monter prendre un dernier verre, classique. Je trouve cela normal et sympa.

Arrivé dans son studio il ouvre une bouteille de champagne et verse deux coupes. Ensuite, il s’éclipse

-Tu m’excuse un instant…

Il a pris la direction de la salle de bain ! Après un moment il me rejoint. Il s’est déshabillé, il semble avoir pris une douche. Il a juste une serviette blanche autour de la taille. Oh mon dieu quel spectacle pensais-je. Il était absolument parfait. S’en suit un vaudeville que même les scénaristes de « Plus Belle La Vie » n’auraient pas osé imaginer.

Il s’allonge sur le lit et m’invite à l’y rejoindre.

-Viens, à quoi allons-nous porter un toast ?

Je m’approche avec ma coupe telle l’ingénue moyenne qui n’a pas tout compris. Je n’ai pas le temps de répondre, il m’enlève mon verre. Il m’attrape par la main et m’attire vers lui. Me regarde droit dans les yeux et sans rien dire pose ses lèvres sur les miennes. S’en suit un baiser ardent que je ne suis pas prêt d’oublier! Je ne comprends plus rien, je n’avais rien vu venir. Pendant plusieurs années nous nous sommes régulièrement revus, à Courchevel, au Lavandou, loin d'ici.

Le garçon en talons hauts - 35
Le garçon en talons hauts - 35

Il m’appelait et me disait, tu es libre, on dîne ensemble ce soir ? Je n’ai jamais refusé. Nous aimions faire des très bons restaurants, et toujours le repas se terminait par un baiser tendre et fougueux. Entre temps, il retrouvait ses nombreuses conquêtes féminines. Il me gardait je pense une petite place dans sa vie et cela me suffisait. Ah, mes hétéros ! J’ai toujours su que je n’avais rien à attendre de ces aventures masculines qui avaient un petit faible pour moi de temps en temps. Cela m’est arrivé si souvent, je repense à eux en souriant, je pourrais écrire un livre entier sur le sujet « Les hétéros avec qui j’ai couché ! » Aujourd’hui, souvent ils m’évitent, évidemment. Nous avons vieilli, nos folles soirées se sont évaporées et ont laissé place à des vies souvent très ordinaires. Ils sont papa, parfois même grand-père. Même sur Facebook, ils sont frileux à mon égard. Vous imaginez leurs épouses tombant sur mon profil.

-Qui est ce monsieur, tu ne m’en as jamais parlé ?

Et eux de répondre :

-Ah lui, c’est Adrien un type avec qui j’ai couché de temps en temps quand j’étais jeune !

C’est aussi cela le métier de transformiste, affronter l’ambigüité des regards et des sentiments au quotidien.

Je crois qu’un homme qui vous aime lorsque vous êtes déguisé en femme ne sera pas forcément le compagnon idéal. Et celui qui vous aime en garçon ne verra pas toujours d’un bon œil que vous vous chaussiez vos talons hauts le soir pour travailler. Il va craindre pour sa réputation, sa virilité. Il y a aussi ceux qui sortent avec vous et qui rêvent secrètement d’être à votre place. Petit à petit ils se transforment, c’est étrange. Ce n’est vraiment pas évident de vivre une relation équilibrée dans cette situation. Mes anciens collègues vous le confirmeront je crois.

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21 mars 2015 6 21 /03 /mars /2015 15:55

Au début des années « 90 », je suis donc installé confortablement à Bormes-les-Mimosas. Au Flamenco, où je travaille, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Je me laisse porter par le flux de la vie avec toutefois, il faut bien le dire, un goût d’insatisfaction. J’ai de temps à autres des flashs de lucidité où là, j’ai comme la sensation de me noyer petit à petit. A l’issue d’une soirée trop arrosée à Saint-Tropez, je vais prendre une décision.

Final Flamenco - 1989

Final Flamenco - 1989

Nous sommes fin octobre, je suis en virée avec des amis, nous faisons la fête au « Papagayo ». A un moment très avancé de la nuit, je vais être submergé par une singulière émotion. J’en ai marre de danser, marre de boire, marre de tout. Je me dirige vers la sortie pour prendre un peu l’air. J’ai envie de marcher. Vers la droite, c’est le quai Gabriel Péri, il y a des fêtards en goguette devant chez Sénéquier, je vais prendre à gauche. Je me dirige vers les parkings qui sont à l’entrée de la commune. L’endroit est désert à cette heure et surtout en cette période de l’année. J’avance sans but, je m’éloigne de la fête. Je me retourne un instant, personne ne me suit. Mes amis ne se sont pas aperçus de ma disparition. La route est libre. Inconscient des 35 Km qui me séparent de chez moi, je rentre à pied à Bormes-les-Mimosas. Me voilà sur la route de Cogolin, les jambes comme téléguidée et la tête en vrac. Je suis perdu dans un tourbillon de pensées négatives, une sinistre randonnée.

Le garçon en talons hauts - 34

Je ne sais pas quelle heure il est quand j’ouvre les yeux. Je ne reconnais rien autour de moi. Je suis complètement dans les vapes, j’ai à peine la force de me poser la question, où suis-je ? La réponse ne va pas tarder. Une infirmière entre dans la chambre et me dit sans ménagement :

-Ah, vous êtes réveillé !
Je suis sans voix, qui est-elle et qu’est-ce que je fais ici ? C’est le trou noir total. L’infirmière me demande :

-Comment allez-vous ?

Je lui réponds difficilement :

-J’ai mal à la gorge et là…

Je lui montre ma poitrine.

-C’est normal, c’est le lavage d’estomac.

Elle me regarde avec un petit sourire et me lance avec malice :

-Vous faites moins « le malin » que lorsque vous êtes sur scène hein ! Reposez, vous.

L’infirmière sort de ma chambre, je cherche à me souvenir mais rien ne vient. Un lavage d’estomac pour quelques whiskys de trop, je me dis qu’ils y vont fort ! Après m’être endormi de nouveau quelques heures, je retrouve l’infirmière à mes côtés. Elle me regarde avec compassion et me dit :

-Ce n’est pas bien de faire cela vous savez, vous nous avez fait peur.

-Je suis désolé, je ne me souviens pas. Où suis-je ? Que s’est-il passé ?

- Vous êtes à l’hôpital d’Hyères. Vous avez fait une bêtise. Les pompiers vous ont trouvé chez vous dans un coma très avancé.

"Désanchantée", au Flamenco !

"Désanchantée", au Flamenco !

Je suis totalement bouleversé par ce qu’elle me dit, je ne trouve pas les mots.

-Il ne faudra pas recommencer, j’aime bien venir vous voir au Flamenco !

Me lance la dame en blanc. Je lui réponds :

-Je sais, j’ai beaucoup trop bu…

-Vous avez surtout absorbé une dose déraisonnable et dangereuse de benzodiazépines!

Merde alors ! Emporté par le tourbillon de la déprime, pour la seconde fois, j’avais essayé d’en finir. J’avais vidé mon tube de Rohypnol !

Petit à petit les images reviennent, Saint-Tropez, la route…Et puis plus rien, le désert.

Que s’est-il passé entre ma sortie de la discothèque Tropézienne et cette chambre de l’hôpital d’Hyères ? Il faudra écouter les uns et les autres pour essayer de reconstruire le puzzle de la soirée. Mes amis me diront qu’ils ne m’ont pas vu partir. Un autre me dira qu’il m’a trouvé sur la route. J’errais comme une âme en peine. Avec sa voiture, il m’aurait déposé chez moi. Un ami me dira que je lui ai téléphoné dans la nuit, mes propos étaient incohérents, inquiet, il a prévenu une amie. Elle, elle a alerté les pompiers. Cela s’est probablement passé de cette façon. Dans tous les cas, je suis vivant, dans un état pitoyable, mais vivant. Le contraste est saisissant entre l’artiste arrogant qui brille tous les soirs sur scène et ce pauvre type si seul, si lâche et si fatigué. Où sont passés mes rêves de Comédie Française ?

Le garçon en talons hauts - 34

Il va falloir sortir de l’hôpital très vite. La « TS » d’un travelo alcoolique n’intéresse pas grand monde. Je ne verrai ni médecin, ni psychologue. On me fait comprendre que l’on a besoin du lit pour un vrai malade !

Je n’ai pas voulu prévenir ma famille en Belgique et encore moins mes collègues artistes. Dans mon esprit l’incident est clos.

J’ai eu de la chance. Des gens que je ne connaissais pas il y a un an, se sont occupés de moi comme si j’étais un membre de leur famille. Chantal et Jean-Paul, pour ne citer qu’eux, ont tout fait pour me redonné goût à la vie. Ils ont joué les psys à leurs façons. Quoi de mieux pour remettre un vieux cabot comme moi sur les railles que de lui dire sans cesse qu’il est un artiste extraordinaire ? Je n’avais pas d’autre alternative que de les croire !

Je n’ai pas pris au sérieux cet épisode dramatique, j’ai mis cela sur le dos de l’alcool. J’ai très vite oublié cet incident pour me remettre au travail.

De toutes manières, il fallait que je me prépare pour la saison d’hiver.

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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 11:19

Evidemment en me souvenant de cet épisode et en le couchant sur le papier vingt cinq ans plus tard, l’incident me semble terrible. Mais à l’époque je ne me rendais absolument pas compte, j’étais comme anesthésié par la vie que je menais. J’étais incapable d’éprouver un sentiment amoureux réel. A l’exception de l’euphorie hystérique que je perpétrais le soir sur scène, dans la vie je n’éprouvais ni grande joie ni immense peine.

Par la suite, un autre petit jeune homme m’a fait un brin de cour. Il était serveur saisonnier à l’hôtel de « La Calanque » au Lavandou. Vous noterez que j’ai beaucoup donné de ma personne pour détendre le personnel hôtelier après leurs longues journées de travail !

Quand je dis qu’il me faisait un brin de cour, il serait plus juste de dire qu’il se cherchait !

Stéphane venait d’avoir 18 ans…

Si j’en parle c’est pour vous raconter cette indiscrétion rigolote. Un soir, il me dit :

-Je vais me coucher, quand tu auras fini le spectacle si tu veux venir me voir, n’hésite pas, je laisse la fenêtre de ma chambre ouverte, c’est la quatrième en partant de la gauche.

Le personnel de cet hôtel était logé à un entre sol. Ils étaient deux par chambres. Les petites fenêtres de leurs pièces donnaient directement sur les jardins de l’établissement, au niveau des parterres de fleurs.

Vers quatre heures du matin, après avoir réduit copieusement les réserves du bar du Flamenco, je me suis dis, pourquoi ne pas rejoindre mon mignon avant d’aller me coucher ?
Je me suis dirigé vers l’hôtel. Je suis entré par les jardins qui étaient encore plongés dans l’obscurité. J’ai trouvé les fameuses fenêtres, je les ai comptées jusqu’au moment où je suis tombé sur la quatrième qui était en effet entre-ouverte ! Je me suis infiltré à l’intérieur de la pièce avant de me glisser dans le noir, sous les draps du petit gars qui semblait m’attendre ! S’en est suivi un gros câlin, quoi qu’un peu rapide vu mon état ! Je m’apprêtais à me rhabiller et à rentrer chez moi. Tout semblait normal si ce n’est le regard soudain du garçon avec qui je venais de m’étreindre. Il me dit discrètement :

-Tu venais voir Stéphane ? C’est le lit d’à côté, il dort !

OUPS !

Le garçon en talons hauts - 33

Ces histoires m’amènent à me poser de nouveaux les deux questions essentielles de ce livre. Me suis-je trompé ? Etait-ce si grave que cela ?

De coucher avec un garçon différent tous les soirs…vous trouvez cela grave ? Pas moi et franchement si c’était à refaire, je n’hésiterais pas une seconde. Jeune, j’en ai vécu de superbes parties de jambes en l’air et je ne regrette absolument rien n’en déplaise aux béni-oui-oui coincés d’où vous savez.

En revanche, en dehors de l’aspect sexuel, me suis-je trompé en vivant de la sorte ? La réponse me semble : Oui.
Il m’a fallu du temps pour comprendre ce qui n’allait pas chez moi. Je me risque à une analyse qui vaut ce qu’elle vaut.

Tous les soirs, je prenais le micro pour faire ce que l’on appelle dans notre jargon de métier « le direct ». Dans un spectacle transformiste, très souvent après une ouverture collégiale, il y a généralement un artiste qui prend le micro pour discuter un peu avec le public. C’est un exercice périlleux, souvent un bras de fer avec les spectateurs qui ne souffrent pas la moindre faiblesse de la part de celui qui est en charge de cette performance.

Lorsque j’ai débuté la tournée avec les Hirondelles, je me souviens de notre premier soir dans une discothèque gay. Un des serveurs m’avait dit :

-Ils adoraient l’ancien présentateur, tu vas morfler ma grande !

Lorsque j’ai empoigné mon micro après l’ouverture, je me suis adressé sans détours au public en leur disant :

-Bien, il parait que mon prédécesseur était formidable… Je vais donc forcément être très mauvais, alors je vous propose que l’on ne perde pas de temps. Allez-y insultez-moi tout de suite ! Lâchez-vous dès les premières minutes, cela va vous faire du bien…Vous pouvez crier: « A poils travelot » etc.! Je vous écoute…

Je me suis tu et j’ai attendu. Inutile de vous dire que je n’en menais pas large. Rien, rien n’est venu à l’exception de quelques rires. Certains ont même applaudi ! Je me suis dit, c’est gagné. Maintenant il fallait que je leur en donne pour leur argent. Ma « réputation » était en marche.
Ce que le public voulait c’était que je sois percutant, incisif, et même avouons-le un peu méchant avec celui que je désignerai comme ma tête de turc ! J’avais il faut bien le dire certaines facilités dans le domaine. Tous les soirs, les spectateurs attendaient de moi que je dise des horreurs. Le texte n’étais pas écrit, c’était de l’improvisation totale. Je prenais la première personne qui attirait mon attention et je lui disais les pires choses, ensuite je passais au suivant. Abrité derrière mon micro, la nuit, la méchanceté était devenue une seconde nature. Le public riait aux éclats de cette pauvre fille à qui je faisais remarquer devant tout le monde qu’elle avait les cheveux très gras…La perfidie au micro était ma spécialité, je suis même devenu un expert en la matière. C’est d’autant plus moche qu’il ne faut aucun talent pour cela, c’est donné à tous le monde d’observer et de commenter sans tabou ce que l’on voit. « Tu es mal habillée ! C’est quoi ces fringues ? Des vieux rideaux ? », « Tu sens mauvais de la bouche coco ! », « C’est une fille où un garçon ça ? » Je me demande encore aujourd’hui comment je ne me suis jamais pris une gifle ou un coup de poing dans la gueule en direct ?

Il faut dire que le micro est une arme redoutable !

Le garçon en talons hauts - 33

Alors après quelques années, je n’ai plus fait la différence entre la nuit et le jour. J’étais tous le temps à l’affut du bon mot, de la réplique qui tue. Je donnais mon avis sur tout et sur tout le monde, peu importe que j’ai tort ou raison, peu importe que cela blesse gratuitement mon sujet. Plus ça faisait mal plus j’étais fier de ma réplique ! Le personnage sordide que j’étais devenu, était aussi mon fond de commerce. Je n’avais même pas conscience de faire du mal, c’était mon travail, et j’étais très bien payé pour cela. J’aurai trouvé ma place dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale !

Comme le disait Martin Luther King ; « Pour se faire des ennemis, pas la peine de déclarer la guerre, il suffit juste de dire ce que l’on pense… »

Des « ennemis », j’en ai eus plus que de raison

Très jeune, j’étais un garçon réservé, très timide. Les transformistes de grand talent que j’ai rencontrés m’ont appris l’audace, l’insolence et l’évasion. C’est à eux que je dois ma liberté d’esprit.

Je dis toujours ce que je pense, mais aujourd’hui seulement si on me demande mon avis et toujours en respectant mon interlocuteur.

Ce n’est pas facile tous les jours, les gens ont tellement envie d’entendre ce qu’ils veulent entendre. Tenez par exemple, je déteste qu’un artiste me demande à l’issue d’un spectacle :

-Alors, tu as aimé ?

Si c’est oui pas de problème, et en général il n’a même pas le temps de me le demander. Mais si je n’ai pas aimé, il ne m’est pas possible de mentir, je dois m’en sortir avec une pirouette qui ne le blesse pas. De grâce amis artistes, ne demandez-jamais après un spectacle, à qui que ce soit si votre prestation a plu. Laissez venir à vous les louanges sans prendre vos spectateurs en otage !

Etre honnête et ne pas être méchant c’est devenu une équation quotidienne, presque un réflexe chez moi aujourd’hui. Le monde n’a pas besoin de fourberies gratuites en plus de son lot d’horreurs quotidiennes qu’il nous livre.
Je n’ai de leçon a donner à personne. Les gens s’en fouttent de ce que je pense et ils ont bien raison. Pourquoi vouloir à tous prix dire à cette amie qui semble si heureuse de poster sur Facebook des photos d’elle si jeune et si épanouie… Ma chérie, tu devrais arrêter la chirurgie esthétique. Je le pense bien entendu, mais si elle se trouve belle comme cela, qui suis-je pour donner mon avis. Elle ne m’a rien demandé !

Ce n’est pas à moi à rappeler à cet homme qui se répand en déclarations enflammées envers son épouse via Facebook, qu’il la trompe à tout vas avec des hommes très jeunes ! Je ferme ma gueule !

Bien entendu, cela m’agace toujours un peu quand les gens trichent, trompent et mentent autours de moi, mais je me calme très vite. Ce que font les autres de leurs vies ne me regarde pas. En revanche, si vous me demandez mon avis dans l’intimité, je refuse depuis des années de jouer au jeu de l’hypocrisie, vous êtes prévenus.

Improvisation au micro avec Maxine de Villeneuve.

Improvisation au micro avec Maxine de Villeneuve.

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12 mars 2015 4 12 /03 /mars /2015 15:27

Je voudrais quand même dire à Pascale Clark, qu’entre le métier de journaliste qu’elle ne semble plus exercer et celui de « DJ » qu’elle a choisi, il existe le métier « d’animateur radio » ! N’en déplaise à cette dame nous sommes très nombreux à exercer ce métier à Radio France. Parfois même dans des conditions bien plus délicates et avec autant d’efficacité ! Nous ne pleurnichons pas pour autant après une « carte de presse ».

Pauvre Pascale...
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26 février 2015 4 26 /02 /février /2015 17:17

Ces années-là, ma vie affective est réduite à néant. Depuis ma séparation avec Mister Paradise et ma désillusion amoureuse avec l’ingénieur en informatique, je ne voulais plus tomber amoureux. Il n’était même pas questions d’y penser. J’avais suffisamment de jeunes gens qui me tombaient dans les bras toutes les nuits, je n’allais pas m’encombrer d’une relation sérieuse. Et de toute manière, je savais que je ne pouvais pas m’abandonner aux charmes d’une personne qui idolâtrerait le pseudo artiste que j’étais. Pour me séduire, il fallait m’aimer moi et pas mes strass, mes perruques et mes talons aiguille !

Le garçon en talons hauts - 32

J’ai pourtant rencontré des spectateurs adorables qui ont retenu un instant mon attention, comme ce petit cuisinier de l’hôtel des Flots Bleus sur la plage de Saint Clair. Il s’appelait Joël. C’était un jeune garçon qui se croyait ordinaire. Il avait à peine 20 ans et ignorait totalement sa beauté. Il faut dire qu’il travaillait énormément, comme souvent les cuistots dans ces restaurants pour touristes en pleine saison. Il n’avait ni l’argent pour faire les boutiques à la mode, ni le temps pour se faire bronzer à la plage. Sortant de sa cuisine, il avait souvent les cheveux gras lorsqu’il débarquait au Flamenco, à 1h du matin pour voir le spectacle. Après le show, il m’offrait parfois un verre au bar. Il était un peu comme le vilain petit canard au milieu des jeunes ados branchés. Il n’avait pas grand-chose à me dire, il me regardait avec ses grands yeux brillants et un sourire innocent. Il était émouvant de naïveté dans cet univers chimérique. Un soir, où je devais avoir bu un peu plus que d’habitude, je l’ai laissé me faire de timides avances et il est arrivé ce qui devait arriver, il a passé la nuit à la maison. Le lendemain matin, il dormait encore quand j’ai ouvert les yeux. Dans pareil cas, il m’arrivait parfois de me dire : « c’est qui ça ? ». Il fallait alors que je trouve précipitamment une solution pour que mon coup du soir disparaisse au plus vite. Oui, je sais c’est moche !

Ou alors, je me souvenais très bien du garçon, mais je n’étais plus du tout dans l’ivresse de la nuit, je voulais qu’il parte juste après son petit café. C’était la majorité des cas.

Là, je ne sais pas pourquoi, j’ai savouré cet instant. La lumière était belle sans doute, je l’ai observé minutieusement. Rien ne pressait, je n’avais pas forcément envie qu’il s’en aille. Je suis sorti délicatement du lit. En buvant mon café dans la cuisine, je me suis dit : et si je lui préparais un petit déjeuner ! J’allais lui jouer une scène de film romantique comme l’aurait fait Hugh Grant pour Kristin Scott Thomas…Heureusement je n’en ai pas eu le temps. Je ne l’avais pas entendu arriver, mais au moment où je me suis retourné vers la porte pour lui apporter son plateau, il était là. Il m’a offert un des plus beau sourire que je n’ai jamais vu. Il a simplement dit « bonjour » et moi comme cette idiote de Bridget Jones j’ai souri sans rien dire mais en pensant très fort : Comment vont tes amours Adrien?

A Bormes avec mon chien Caïus.

A Bormes avec mon chien Caïus.

Les néons de la discothèque et l’alcool m’avaient jusqu’ici caché la véritable nature de Joël. Mon dieu que ce garçon était beau et charmant. Nous nous sommes beaucoup vus par la suite mais je ne voulais absolument pas d’une relation sérieuse, il n’en était plus question ! Je pensais comme un idiot écervelé : « non, je ne veux plus souffrir ! » Si je l’avais écouté, il se serait installé chez moi. J’ai préféré lui dire que ce n’était pas envisageable à cause de mes horaires impossibles. Une à deux fois par semaine, je lui permettais de me rejoindre, mais seulement quand moi je le décidais. Un soir, après le spectacle, vers 4h du matin alors que je rentrais chez moi, je l’ai trouvé en larme dans une petite ruelle qui longeait le Flamenco. Je lui ai dit :

-Mais que fais-tu là ? Pourquoi n’est tu pas venu voir le spectacle?

Il m’a répondu, les yeux noyés de larmes :

-Mon petit frère a eu un accident, il est mort. Je peux dormir chez toi ?

Je l’ai évidemment serré dans mes bras sans rien dire. Il est venu dormir à la maison et s’est abandonné cette nuit-là comme un animal blessé. Il avait le chagrin franc, noble, digne, cela m’a fendu le cœur.

Le lendemain matin, je l’ai conduit en voiture jusqu’à son travail. Avant qu’il ne referme la portière je lui ai dis :

-Tiens prend ça, si jamais… Tu viens quand tu veux.

Je venais de lui glisser le double des clefs de chez moi dans la main. Les semaines sont passées, il était charmant. Un soir je lui ai dit :

-Bon écoute, on va s’amuser un peu à changer ton look, ok ?

L’idée l’a amusée. Il s’est lavé les cheveux et je l’ai coiffé autrement qu’avec son éternelle raie sur le côté, les cheveux en bataille. Je lui ai passé quelques fringues branchées. Et comme touche finale, un peu de mon parfum de l’époque, une fragrance rare qui m’était livrée directement depuis le Japon : « Tactics » de SHISEIDO. Le garçon était métamorphosé. Mes amis ne l’ont pas reconnu lorsqu’il est arrivé avec moi le soir au cabaret.

En d’autres temps, d’autres lieux je me serais peut-être rendu compte que je tombais amoureux mais là, rien. Je ne pensais qu’à la fête et au spectacle. Avec son nouveau look, Joël a immédiatement eu beaucoup de succès. Un autre garçon lui a évidemment très vite offert ce que je me refusais à lui donner. Nous nous sommes éloignés l’un de l’autre, petit à petit. Je suis probablement passé à côté d’une belle histoire.

Le Lavandou 1989.

Le Lavandou 1989.

Quelques mois plus tard, un client de passage m’a invité à dîner dans un restaurant branché à Toulon. Il avait réservé une table en précisant bien qu’il serait accompagné d’un artiste du Flamenco ! Il devait penser que cela lui assurerait un service privilégié…Nous étions en effet très bien placés, au centre du restaurant, c’est à peine s’il n’a pas demandé aux clients médusés de m’applaudir lorsque je me suis assis ! Je me suis dit : - Je vais passer une soirée affreuse, car ce type me dégoûte et en plus je suis certain qu’il va me faire des avances ! Et comme souvent je pensais : -Mais pourquoi ai-je dit oui à cet individu ?

Heureusement, la réputation du chef de l’endroit était excellente, je devrais au moins me régaler. J’étais assis face à la porte d’entrée. L’apéritif était à peine servi lorsque je l’ai vu entrer. Plus magnifique que jamais, accompagné il faut bien le reconnaitre d’un jeune homme un peu plus âgé que lui mais aussi très séduisant. Ils formaient un joli couple. J’ai observé leur entrée. Ils se sont présentés simplement au maître d’hôtel, sans hâblerie. Exactement à l’inverse de ce que nous venions de faire, moi la pseudo star de nuit et mon empâté d’admirateur. Toutes sortes de sentiments me sont passés par la tête… Quitter la salle, me sentir mal, l’ignorer…J’étais blessé et fou de jalousie. Heureusement je n’avais pas encore atteint la dose d’alcool suffisante que pour me ridiculiser dans une scène théâtrale et pathétique dont j’avais le secret en de pareilles circonstances à l’époque !

J’ai décidé d’ignorer sa table du regard, évitant ainsi de plonger mes yeux dans les siens. A un moment je suis allé aux toilettes. Quand j’ai quitté ma place j’ai su qu’il m’avait vu, je l’ai senti me suivre du regard ! J’étais devant l’évier, occuper à me laver les mains lorsqu’il est entré. Je ne me suis pas retourné. Il m’a dit bonjour avec ce charme et cette douceur qui était sienne. J’ai marqué un temps avant de lui faire face. Je lui ai dis bonsoir, un peu comme si je m’adressais à une personne étrangère croisée par hasard. Pas méchant, pas joyeux, juste blasé, comme je sais si bien le faire. Je l’ai senti bouleversé, il m’a dit :

-Mais tu ne me reconnais pas ?

Et là, pour que ma perfidie soit parfaite j’ai joué les fausses notes !

-Mais si bien entendu… j’ai juste oublié ton prénom…

Au moment même où je prononçais ces mots, une petite voix dans ma tête me disait « Connard » ! C’est ce qu’il aurait été en droit de me dire lui aussi, mais au lieu de cela il m’a simplement répondu :

-Joël, je m’appelle Joël !

Je l’ai regardé fixement sans rien dire. Après quelques secondes, j’ai posé délicatement mes lèvres sur sa joue comme pour soigner la blessure que je venais de lui infliger. Exactement comme on le fait à un enfant qui pleure après une cabriole en lui disant « voilà maintenant tu n’as plus mal… ». Il m’a souri. M’étant approché de sa nuque j’avais reconnu son parfum, je lui ai dit :

-Toujours « Tactics » de SHISEIDO ?

Il m’a répondu :

-Oui, évidemment.

Il ne savait pas quoi dire, je le sentais mal à l’aise c’était de toute évidence à moi de trouver la chute de cette rencontre imprévue. Ma petite voix intérieure me disait « ne joue pas ! il n’y a pas de public, sois honnête ! »

Le temps passait, j’avais à peine quelques secondes devant moi. Les mots sont sortis les uns après les autres sans contrôle :

-Je n’avais pas oublié ton prénom, je te trouve magnifique, je suis troublé de te voir avec un autre garçon. Je te demande pardon…

Il n’a rien dit, je ne lui en ai pas laissé le temps. J’ai posé rapidement mes lèvres sur sa bouche en fermant les yeux et je suis sorti des toilettes. J’ai rejoins mon affreux compagnon et j’ai commencé à boire, à beaucoup boire. Pour supporter la nuit que j’allais probablement passer avec ce garçon prétentieux et surtout probablement pour oublier Joël, cet ange

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21 février 2015 6 21 /02 /février /2015 09:36

Cette année 1989 n’a pas dérogé à la règle, le show du Flamenco fut un énorme succès.

Tous les mercredis soirs après le spectacle, les artistes se réunissaient dans la loge. Chacun devait proposer des nouveaux numéros et ensemble nous définissions l’ordre de passage pour la semaine qui allait suivre. Il fallait ensuite qu’un volontaire aille proposer la nouvelle production à Jacky, le patron. En général, ce dernier se trouvait sur la terrasse du rez-de-chaussée de la boîte, face à la mer. Il faisait don de sa présence à la table de quelques clients ou amis privilégiés. Il fallait trouver le bon moment pour lui glisser « la liste ». Les anciens le connaissaient bien et savaient en l’observant depuis le bar, que parfois il valait mieux attendre un peu… Une fois qu’il avait la liste sous les yeux, Jacky là regardait sans parler, cela pouvait durer quelques minutes, des minutes qui dans ce cas précis pouvaient sembler très longues… Il prenait ensuite un stylo et très calmement mais fermement il barrait les noms de certains numéros. Ensuite, il tendait la liste à celui qui était venu là lui présenter sans parler, parfois même sans le regarder. Il était très rare que cette dernière soit validée entièrement du premier coup. Il ne fallait pas discuter, il n’y avait pas discussions. L’artiste qui s’était acquitté de cette mission redescendait dans la loge où les autres l’attendait et lui disaient :

-Alors, on fait quoi ?

-Toi, c’est bon. Toi il ne veut pas de ce numéro, tu dois changer. Ah et toi Adrien, il veut que tu gardes ton numéro « Je ne suis qu’une chanson » toute la saison.

Et voilà, la fascination de la chanson interprétée par Ginette Reno avait de nouveau opéré.

Le garçon en talons hauts - 31

Les jours, les semaines, les mois même qui ont suivi n’ont été rythmé que par les spectacles, les dîners et la plage. Une vie que je croyais magnifique et terrible ! Des années que j’ai traversées avec une insouciance totalement irresponsable, ne serais-ce que vis-à-vis de moi-même. Je ne me suis intéressé à rien, c’était le vide intellectuel absolu autour de moi. J’étais comme lobotomisé par le feu des projecteurs de la nuit et les rayons du soleil la journée. J’ouvrais les yeux vers midi et après avoir pris une douche et bu un petit café, je partais rejoindre des amis à la plage. Bien souvent il s’agissait du « Layet » un coin situé sur la route entre Le Lavandou et Le Canadel. A cet endroit, il y avait une plage bien entendu mais aussi un cabanon tenu par Jo et Mireille où l’on dégustait des langoustes incroyables.

Vers 14h les touristes commençaient à quitter leurs tables pour retrouver leurs serviettes de plage. Pour moi c’était l’heure du premier rosé avec mes « copines ».

Le "Layet" avec Eddy, Richard Flèche, Gilles (La Lune) et Danny.

Le "Layet" avec Eddy, Richard Flèche, Gilles (La Lune) et Danny.

Tout l’après-midi nous buvions, nous mangions, et nous faisions des galipettes dans les fourrés bondés de touristes en quête d’aventures. Je rentrais chez moi vers 19h me mettre au lit. Le réveil sonnait vers 22h et là il fallait se préparer sérieusement. La nuit, nous ouvrait les bras, les choses sérieuses allaient commencer. La tournée des bars, des restaurants, la loge et enfin vers 1h du matin, le spectacle.

Autours de moi, le mur de Berlin est tombé, le prix Nobel de la paix est attribué au Dalaï-lama, l'ouragan Hugo s'est abattu sur la Guadeloupe il y a eu 23 morts et Bernard-Marie Koltès est mort. Je ne sais rien de tout cela, je ne regarde pas la télévision, je n’écoute pas la radio, je ne lis pas les journaux. Je dors, je mange, je bois, je me travestis, je danse, je fais du play-back, je baise et c’est tout.

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16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 16:13

Petit à petit, je découvre l’esprit si singulier du Flamenco. Je pourrai dire sans exagérer la « famille du Flamenco ». Il y avait officiellement deux patrons, Jacky Alibert et André Darouze, mais la personnalité de Jacky l’emportait sur celle de son associé, c’était lui « Le grand Manitou ». C’était un homme intimidant même si au premier abord il semblait un peu précieux, les restes peut-être d’une très courte carrière de coiffeur... Il affectionnait particulièrement les blousons de cuir « Jean-Claude Jitrois », nous aurions pu en déduire un peu hâtivement une certaine ambigüité. Qui plus est, il était le parrain d’un escadron de folles… Mais non, Jacky était un hétéro pur et dur. Il était toujours extrêmement joyeux et courtois, mais il savait en imposer quand il le fallait ! C’est lui qui décidait de tout, donc forcément du spectacle. Il était très exigeant mais nous savions une chose, il adorait ses artistes. Il n’était pas vraiment du genre démonstratif, mais si par hasard, un client, même un « très bon client », nous manquait de respect, il était reconduit à la sortie sans autre forme de procès !

Mai 1989, nous nous sommes rapidement mis au travail, nous avons tous ensemble imaginé le premier spectacle de cette nouvelle ère.  Cet événement marquait l’ouverture officielle de la saison touristique du Lavandou.  Tous les commerçants et les personnalités de la ville étaient présents.  C’était un soir important, il fallait frapper fort tout de suite.  Il y avait comme une superstition autour de cette soirée, c’était un peu comme si la réussite de la saison touristique de toute la station balnéaire dépendait du succès de celle-ci.  Cette année-là, bicentenaire de la révolution française oblige, nous avions choisi de proposer une ouverture sur ce thème évidemment, du bleu, du blanc et du rouge.

Le garçon en talons hauts - 30
Le garçon en talons hauts - 30
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Au Flamenco, pour composer un spectacle, il y avait bien entendu, les numéros solos proposés par les différents artistes engagés. En moyenne deux passages par soirée. Mais il y avait aussi les fameux « tableaux » tant appréciés par Jacky. Nous pouvions en créer de nouveaux mais il tenait à ses incontournables ! Un tableau sur « Les putes du bois de Boulogne », un autre sur « Les infirmières », un troisième qui mettait en scène les amours de ; « Sylvie Vartan, Johnny Halliday et Nathalie Baye », etc. Le patron aimait lorsqu’il y avait beaucoup de monde sur scène et surtout « un décor »!

Le garçon en talons hauts - 30
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L’ouverture était donc aux couleurs du drapeau national. Pour le final, nous n’avions pas d’idée et comme souvent dans ces cas là, nous avons choisi une couleur. Jean-Marie Rivière en son temps avait donné le ton, lui c’était souvent le blanc. Ce n’est probablement pas un hasard si je me risque à une comparaison entre les deux hommes. Jacky et Jean-Marie faisaient tous deux partie de la race des seigneurs de la nuit, une dynastie, je crois aujourd’hui disparue. Cette année-la donc au Flamenco, nous serions très « Stendhal » où « Jeanne Mas » selon les références de chacun ! Nous avons décidé de créer un final Rouge et Noir. C’est aussi un classique.

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J’avais proposé à Jacky de faire mon éternel numéro : « Je ne suis qu’une chanson » après le final. J’étais le petit nouveau qui devait faire ses preuves, je savais qu’il fallait que je marque les esprits tout de suite.

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Nous avions trois semaines pour répéter et créer les décors. Des journées intenses, où tout le monde travaillait d’arrache-pied. Il y avait ce parfum de peinture fraîche dans l’atmosphère, le bar se remplissait d’alcools divers et variés, Léo créait la bande son, les nouveaux costumes arrivaient, nous répétions nos chorégraphies… Le Flamenco se transformait en véritable fourmilière jusqu’au grand soir.

Ce dernier arrivé, il flottait dans l’air comme une ambiance de gala. Tapis rouge et tenues de soirée, les notables étaient à la fête. Il était une tradition depuis 1972. A une heure du matin, Léo envoyait la chanson de Michel Fugain :

-Attention mesdames et messieurs dans un instant ça va commencer…

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Pendant ces trois minutes qui précédaient le spectacle, on s’agitait dans tous les sens en coulisses. Il fallait fermer les rideaux et placer les décors. Les serveurs n’avaient que ce temps très court pour se poudrer le nez et enfiler leurs costumes de scène.

Aujourd’hui encore, je ne peux entendre cette chanson sans me remémorer ces instants magnifiques. Et, je suis certains que beaucoup d’artistes ayant travaillé au Flamenco comme moi, pensent la même chose.

A cet instant, je réalise à quel point je suis fier de faire partie de cette équipe. Je songe à ceux qui avaient marqué l’endroit depuis dix sept ans. Ils avaient presque tous leur photo quelque part. Quand on était nouveau, comme moi, on ne pouvait ignorer que sur cette scène avaient triomphé des fortes personnalités. En 1972, il y eut d’abord Agath, Paola Romano et Rita Patchwork. Ensuite tous ceux qui ont fait de cet établissement ce qu’il est devenu. Adam, Alexandra de St Tropez, Ambre, Belinda Anderson, Brandy Alexander, Claudia Benz, Cungala, Dan Duchet, Danny, Deborah Corry, Dolly Doll, Dyona Loor, Euriale, France, Galia, Gil D’Argent, Joy, Lily Bartock, Lisa, Richard Flèche, Roro et Stella. En 1989, leur énergie, comme un tsunami, nous poussait vers le succès. J’étais fier de leur succéder. C’est à eux que j’ai pensés en débutant ma première saison au Flamenco. Il ne faut jamais oublier ceux qui nous ont ouvert la route.

A ce moment-là, je me suis rendu compte que j’avais intégré la délirante volière ! Je mène la même vie que ces artistes que j’observais en cachette lorsque j’étais adolescent, en vacances au Cap d’Agde, il n’y a pourtant pas si longtemps.

Je ne le sais évidemment pas à l’époque mais au Flamenco, je suis à l’apogée de ma carrière de transformiste professionnel. La dégringolade est amorcée.

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Published by Adrien Lacassaigne
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