Le garçon en talons hauts - Chapitre 3

Publié le par Adrien Lacassaigne

Je vais commencer par vous expliquer pourquoi j’ai débuté ce livre par un texte signé Dominique Philippeau.

« Regardez-moi », c’est le titre d’une chanson qui clôturait le spectacle auquel je participais lors de mes dernières apparitions sur scène. Je considère cette création de Dominique comme un véritable cadeau de fin de carrière car vous devez savoir que depuis 1980, à chaque fin de mes spectacles je quittais mon habit de lumière et je me démaquillais sur scène, devant le public.

Je ne sais combien de centaines de fois j’ai exécuté systématiquement cette pirouette, comme un retour à la réalité. Pendant trente ans, j’ai utilisé pour cela la chanson interprétée par Ginette Reno : « Je ne suis qu’une chanson ».

Un texte et une mélodie magnifique servie par une interprétation magistrale. Pour ceux qui ne connaissent pas, prenez immédiatement la direction de Deezer où Youtube !

Cette chanson de Ginette Reno composée par Diane Juster, il faut quand-même le dire, m’a collé à la peau pendant toute ma carrière. Pendant plus de trente ans elle a été ma signature, mais aussi magnifique soit-elle, mes dernières années de spectacle, je ne pouvais plus l’entendre. Je ne supportais plus d’interpréter ce numéro !

Depuis bien longtemps déjà j’essayais d’éviter ce final mais on me le réclamait, voir me l'imposait, toujours et toujours. Chaque année nouvelle je disais à mes collaborateurs : - Bon cette fois je ne fais plus « Je ne suis qu’une chanson » ! Mais tous les ans je remettais ça, un peu lâchement j’en conviens car je savais que le succès était à la clef. Je pensais pourtant avoir des arguments, la chanson a vieilli, je n’arrive plus à être sincère tous les soirs. Aujourd’hui tout le monde fait ce numéro de « Chez Michou » aux plus petites fêtes de village… ce n’est même plus original !

Rien n’y faisait.

Et c’est en 2011 que le compositeur Vendômois, Dominique Philippeau m’a proposé « Regardez-moi » pour remplacer « Je ne suis qu’une chanson ». Dominique est venu un après-midi chez moi avec la maquette de sa composition. J’ai inséré le CD dans le lecteur du salon et après 30 secondes d’audition, je savais qu’il venait de m’offrir une perle. Dominique avait écrit « Regardez-moi » en s’inspirant de ce qu’il avait vu et ressenti en m’observant sur scène. Il avait su capter mes moindres émotions, mes inconsciences, mes envies. Il a su écrire exactement ce que j’avais envie de dire. Quel merveilleux cadeau.

 

 

 

 

 

J’avais décidé qu’après cette année 2011 je raccrocherai définitivement les talons aiguilles, je ne pouvais trouver plus belle sortie. Merci à toi Dominique pour ton talent et ta sensibilité, merci à Nathalie Lacour pour son interprétation éclatante et merci à Laurent Boiset le réalisateur du projet d’avoir rendu tout cela possible.

Cette chanson a sonné ma sortie du monde des transformistes.

 

 

 

Mon dernier spectacle.

Mon dernier spectacle.

Je n’ai évidemment nullement la prétention d’avoir inventé cette fantaisie de fin de show.

Se démaquiller devant les spectateurs d’autres artistes l’avaient déjà fait avant moi, mais pas sur la chanson de Ginette. Bien des professionnels de mon époque vous le confirmeront je crois. C’est donc un petit numéro que je déclare volontiers comme étant une création personnelle.

Je sais, il y a parfois polémique pour certains!

Et c’est ici que je me pose pour la première fois une des deux questions récurrentes de ce livre : « Est-ce que c’est grave ? » Est-ce que c'est grave que beaucoup d'artistes encore aujourd'hui exécutent ce numéro en revendiquant l'originalité de leur prestation ?

Il faut que je sois honnête avec vous, aujourd’hui la réponse est évidemment, non ce n’est pas grave. Pourtant lorsque j’étais jeune et professionnel et qu’un autre artiste copiait mon numéro, j’étais fou de rage. J’étais blessé et j’avais toujours envie de rétablir « ma » vérité, parfois même violemment. Ce qui m’enrageait s’était qu’un autre utilise mes idées.

J’ai si souvent croisé des garçons qui n’avaient aucun sens de la création et qui se contentaient de copier ce que d’autres créaient. Ça m'a valu bien des prises de bec et une réputation sulfurique.

Bien entendu « l’imitation » est à la base de ce métier de transformiste, soyons clair.

Lorsqu’un jeune homme imite une actrice ou une chanteuse cela ne veut pas dire qu’il n’est pas un créateur. De mon temps (oh mon dieu j’ai dis ça !) des Bob Lockwood en Allemagne, ou un Alain du « Coucou bar »à Bruxelles, étaient des experts.

Il en est de même pour la génération qui a suivi avec des artistes comme Bruno Perard ou Candy William’s pour ne citer qu’eux. Ces garçons sont passés maîtres dans l’art du transformisme, je les considère comme des merveilleux créateurs évidemment.

« La création », voilà, c’est probablement cela, qui fait la différence entre un artiste et un garçon qui se déguise en fille pour remuer les lèvres sur une chanson à la mode.

Alors, me suis-je trompé en ayant eu si peu de considération pour les contrefaçons ?

Non, sur ce point, je n’ai aucun regret.

J’aime cette pensée de Monsieur Sergio le plus légendaire des « Monsieur Loyal » :

-Artiste : Quelqu'un qui entre en scène, ou en piste, et avant qu'il ne fasse ou dise quelque chose....il se passe quelque chose....!

Ça c'est dit!

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