Les coulisses de ma tête - 1

Publié le par Adrien Lacassaigne

Regardez-moi, en talons hauts le rouge aux lèvres, fille où garçon je vis mes rêves.

Regardez-moi, pour exister, me faire aimer je suis prêt à tous les excès.

Regardez-moi, pour ressembler à mes étoiles, c’est toute mon âme que je dévoile.

Regardez-moi, à force de n’être qu’une chanson j’en avais perdu la raison.

Ce soir je veux être ma vie, rire et pleurer comme j’ai envie, ne pas avoir à me cacher derrière des yeux trop maquillés.

Ce soir je veux être ma vie, rien qu’un instant, rien qu’une nuit, ne plus jouer la comédie, me faire aimer tel que je suis. Regardez-moi, en talons hauts le rouge aux lèvres, sans m’épargner je vis mes rêves.

Regardez-moi, pour un sourire ou une larme, sans hésiter j’offre mes charmes.

Regardez-moi, faire la chanteuse, triste ou frivole pour faire revivre mes idoles.

Regardez-moi, à trop jouer à faire semblant j’en oublie qui je suis vraiment.

Ce soir je veux être ma vie, rire et pleurer comme j’ai envie, ne pas avoir à me cacher derrière des yeux trop maquillés.

Ce soir je veux être ma vie, être accepté tel que je suis, Et sans regret je vous le dis je suis un garçon travesti.

Cela mérite quand même quelques explications, vous les aurez si vous tenez bon encore quelques pages.

Je suis un homme ordinaire, je m’appelle Adrien Lacassaigne-Vivier, c’est mon vrai nom, mais dans les années « 80 », lorsque je portais des talons aiguilles on m’appelait : « Bernard des Hirondelles ». J’étais un artiste à l’ambigüité adroitement apprivoisée, un travesti, une drag-queen, un artiste transformiste, comme vous voudrez…

Aujourd’hui je suis à la retraite, j’enfile encore de temps en temps une paire d’escarpins pour m’amuser avec des amis en proposant des spectacles de Music-hall dans les salles des fêtes de petits villages tourangeaux, mais très rarement. Un peu comme un vieux joueur de foot qui taperait la balle avec son petit-fils l’été sur la plage.  Mais attention, j’apporte toujours quand même beaucoup de soin au choix de mes souliers, il faut qu’ils soient assortis à ma tenue, parce que franchement une vielle folle mal chaussée, il n’y a rien de plus pathétique ! 

En vérité, je ne me montre plus en talons hauts qu’en photo, sur les réseaux sociaux. J’adore ça, le web regorge de créatures désopilantes. Mes scènes d’aujourd’hui sont Facebookiennes, Instagrameuses…

Nous vivons dans un monde où tout le monde s’exhibe allègrement parfois sans se rendre compte du ridicule de la situation, moi y compris.  Combien de fois ne me suis-je exclamé devant une photo publiée : Oh mon dieu, c’est affreux, c'est cruel ! Un cri spontané incontrôlable.  Je sais ce n’est pas sympa, mais vous découvrirez très vite en lisant ce qui va suivre que le qualificatif "sympa" n'est pas celui qui vient spontanément à l'esprit quand on parle de moi !

Tout cela pour revenir à la décision de coucher mes souvenirs sur le papier.  Deux choses m’y ont poussé.  La première, au moment de la retraite il y a un temps pénible, la constitution du « dossier ». Il faut réunir un maximum de feuilles de paie qui justifient les fameux « trimestres » cotisés. Une corvée qui m’a pris des semaines, mais qui en fin de compte m’a permis de retrouver pas mal de documents. Quelle ne fut pas ma surprise de me dire devant certains contrats : j’avais totalement oublié que j’avais fait cela ! C’est effrayant !

Seconde chose, je m’étais promis que lorsque j’aurais du temps, ce qui est maintenant le cas, je numériserais les centaines de photos qui traînent dans des cartons ou des albums défraîchis. Même constat, je me suis souvent exclamé devant un cliché, j’avais totalement oublié cela ! Pire, c’est qui cette personne avec moi sur la photo !!!

Les coulisses de ma tête - 1

Il était donc grand temps de mettre un peu d’ordre dans ma mémoire, je me suis dit je vais écrire !  Ecrire les souvenirs d’une vie passée, d’une vie relativement riche d’anecdotes incroyables.  Je dis « souvenirs » car le terme d’autobiographie est trop prétentieux, je le laisse aux « stars ».  Vous me direz, je ne suis ni célèbre, ni méritant, ni même "particulier" au point de consacrer un récit sur ma vie, je le sais, et pourtant me voilà devant mon ordinateur.

J’écris, matin, midi et soir. Les mots s’échappent, comme pour libérer un peu de places dans ma tête. J’éprouve du plaisir inouï à mettre noir sur blanc les images du passé. Vais-je tout dire, même les choses les plus sombres et inavouables ? Je ne sais pas.

Evidemment je me dis que cela ne va intéresser personne. Si j’avais un éditeur à mes côtés il me dirait : ça ne « marchera » pas !  Eh bien je m’en fou.  Faut-il vraiment être certain que les choses « marchent » pour les entreprendre ?  Je me suis posé une question : As-tu envie de raconter ce que tu as vécu ? La réponse est oui.  Alors, je me moque que ce livre « marche » ou pas.  Toute ma vie j’ai vécu comme un artiste, je crois sans me tromper que c’est dans cette catégorie que l’on va me ranger. Un artiste qui s’est beaucoup trompé, qui n’a pas toujours été très travailleur, qui a fait des mauvais choix.  Mais aussi un artiste qui a créé des petites choses, qui a connu un tout petit succès, qui vit confortablement, bref qui ne s’est pas trop mal débrouillé.  C’est certain s’il est bien un mot pour désigner ce que fut ma vie je pense que c’est bien celui d’artiste. Un artiste qui s’est laissé porter par la vie, qui a travaillé de son mieux, qui a souvent donné le maximum mais qui n’a jamais fait les choses « pour que ça marche » alors je ne vais pas commencer aujourd’hui. Celui qui calcule son investissement artistique en fonction d’une réussite évidente se trompe de combat. 

Houlala, ça sent la réflexion du vieux con, ça ! 

Rassurez-vous, je n’ai aucunement l’intention de donner des leçons comme le font si souvent aujourd'hui des vieux baladins qui s’accrochent à leur gloire passée.  Je déteste entendre à la radio ou à la télévision ces vieux chanteurs, acteurs où journalistes qui ont l’impression d’avoir tout vu, tout connu et qui donnent des leçons de vie à chaque interview qu’on veut bien encore leur consacrer.

J’ai simplement envie de faire part de mes expériences, de mes rencontres, de mes doutes avec juste ce constat de temps en temps : « Ici je me suis trompé » ou juste cette question de temps en temps : « Etais-ce si grave que cela ? »

Pourquoi ne devrait-il y avoir que les récits de vies des célébrités du monde des arts, du sport, de la politique ou autres intellectuels qui soient intéressants ?  Arrivé à un certain âge, tout le monde devrait se retourner sur son passé en se disant peut-être, tiens là je me suis trompé, j’ai fait une erreur, j’ai mal choisi…Et de cette façon peut-être éclairer les autres.  A mon sens, toutes les vies sont riches, et les récits de biens des inconnus pourraient être utiles à d’autres.  Il y a des enseignements à tirer de la vie d’une caissière de supermarché, du facteur, d’un garagiste et pourquoi pas d’un ancien artiste transformiste ?

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article