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Bigoudis, Biceps et Cie 2

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

Donc si je fais le bilan de ma vie professionnelle, je suis sur scène à partir de 15 ans. Je touche un peu à tout, à la danse, à la comédie mais jusqu’au début des années 80 nous allons considérer cela comme de l’apprentissage. Vers 20 ans j’entre dans la vie active. Je travaille surtout comme transformiste. Cela va durer jusqu’à environs mes 40 ans. Il y a ensuite un peu de télévision et les vingt dernières années, j’ai animé des émissions de radio sur France Bleu. Une demi-vie de paillettes, je suis belge et je me prénomme Bernard et une demi-vie de micro, je suis français et je me prénomme Adrien. Quels sont les signes de la schizophrénie déjà ?

Commençons donc par ce métier de transformiste.  A part quelques initiés qui visualisent tout de suite le personnage coloré que j’ai pu incarner, les autres doivent se demander ce que cela peut bien vouloir dire exactement : transformiste.  Vous pourriez imaginer bien des choses curieuses.  Tous les mots se terminant en « iste » de nos jours étant souvent synonyme de coquin, voire de luxure : Echangiste, Nudiste, Sexiste, Fétichiste, Macroniste… J’aurais bien aimé ! Mais ce n’était que mon métier. Après avoir traîné dans les couloirs des conservatoires et rêvé de la « Comédie Française », comment me suis-je retrouvé à travailler en talons hauts pendant tellement d’année ?  Je n’ai évidemment pas la date précise de mon premier numéro de travesti, ce n’est pas le genre de chose que l’on note dans un agenda : « aujourd’hui 10 novembre je me suis déguisé en fille ! » alors, savoir à quel moment je suis véritablement devenu transformiste, c’est impossible. A 4 ans peut-être, j’ai une petite photo en noir et blanc où l’on me voit jouer avec la nappe de la salle à manger pour en faire une somptueuse robe de princesse.

Bigoudis, Biceps et Cie 2

Ou alors à 14 ans lorsque je participe à un concours de déguisement pour le carnaval de Marchienne-au-Pont en Belgique et que je remporte le premier prix déguisé en fille (très vulgaire, j’ai aussi la photo).

Bigoudis, Biceps et Cie 2

A moins que cela ne soit en 1978 dans mon studio parisien de la rue Pierre Semard, un soir j’imite Liza Minnelli pour amuser mes amis.  Je ne sais pas. Chacun, à sa guise en lisant ce qui va suivre définira à quel moment tout a basculé.

Bigoudis, Biceps et Cie 2

C’est très souvent que des jeunes gens pleins d’ardeur et empressés de brûler les planches m’ont demandé comment devenir transformiste ?  Il ne m’a jamais été possible de leur répondre.  Tous les professionnels que j’ai croisés se sont révélés dans ce métier de façons très différentes les unes des autres. Il n’y a ni règles, ni écoles.  Je peux juste raconter comment cela s’est passé pour moi, comment d’un garçon timide et réservé, je suis devenu cette « créature » forte en gueule. 

Nous ne sommes pas très nombreux à avoir embrassé une carrière de transformiste « professionnelle ».  Chaque décennie doit compter une centaine d’artistes du genre, pas plus je crois. Les lignes qui vont suivre s’imposent à moi, c’est mon « inventaire à la Prévert ». Vous ne connaissez probablement aucun des artistes de que je vais citer, vous pouvez toujours lire leurs noms comme une élégante poésie. 

Les années 60 ont vu arriver Michou, Coccinelle, Bambi, Kiki Moustique et Sabrina de « l’Alcazar ».

Les années 70 les plus célèbres Michettes comme Hortensia, Duduche, Richard Flèche, Lulu, Tita, Charnas et Pompon… Mais aussi hors de l’exagone Ronnie Royce, Bob Lockwood, Greg Russel, Dame Edna, Leslie Day, Marceline Monsieur, Capucine et évidemment, La Grande Zoa à Bruxelles.

Les années 80, sont celles où j’ai croisé le plus de monde, ce sont mes années, entouré d’Alain du « Coucou Bar », Baby Diamond, Bécassine, Dan Duchet, Dany Play, Diona Lord, Dolly-Doll, France Stratton, Fred, Guy-Guy, Greta, Irène Sue, Joël Evans, Julio, Lady Karigan, Lady lune, Les Incroyables, Les jumelles Joy & Nadia, Lisa, Lou Scarol, Mandarine, Marisa Aleen, Maxine de Villeneuve, Michel d’Orléac, Michel Rossi, Mister Paradise, Pauline, Pascale Paradise, Patrick Lucas, Patrick Debreuck, Pistache, Pinky Andersen, Raphaël, Sabrina By-Night, Thierry Martina, Les Zygfield, et j’en oublie certainement, qu’ils me pardonnent. Tous ces artistes étaient mes vedettes, je les garde encore aujourd’hui comme mes stupéfiantes étoiles.

En 2022, ayant quitté ce milieu depuis si longtemps, il me serait impossible de vous dire qui sont les stars d’aujourd’hui.  J’ai bien lu quelques noms et vu quelques vidéos sur le web : Aharôn Van Eylen, l’époustouflante Barbra Streisand et Johnny Hallyday de chez Micou. Comme moi il vient de Charleroi en Belgique, comme quoi…Loona Joans, Meryl J Ryse ou encore Trevor Ashley en Australie mais je ne les connais que grâce à Facebook où Tik Tok.  Que dire de la réusitte époustouflante de Zize du Panier, il fait la carrière que nous aurions tous aimé faire. Ils sont tous magnifiques, ils osent des choses qui ne me seraient jamais passées par la tête. Des regrets ? Oh que non, enfin je ne crois pas. J’entends une petite voix dans ma tête me dire : MENTEUSE !

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Bigoudis, Biceps & Cie 1

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

Regardez-moi en talons hauts, le rouge aux lèvres, fille ou garçon je vis mes rêves.

Regardez-moi, pour exister, me faire aimer je suis prêt à tous les excès.

Regardez-moi, pour ressembler à mes étoiles, c’est toute mon âme que je dévoile.

Regardez-moi, à force de n’être qu’une chanson j’en avais perdu la raison.

Ce soir je veux être ma vie, rire et pleurer comme j’ai envie, ne pas avoir à me cacher derrière des yeux trop maquillés.

Ce soir je veux être ma vie, rien qu’un instant, rien qu’une nuit, ne plus jouer la comédie, me faire aimer tel que je suis.

Regardez-moi, en talons hauts le rouge aux lèvres, sans m’épargner je vis mes rêves.

Regardez-moi, pour un sourire ou une larme, sans hésiter j’offre mes charmes.

Regardez-moi, faire la chanteuse, triste ou frivole pour faire revivre mes idoles.

Regardez-moi, à trop jouer à faire semblant j’en oublie qui je suis vraiment.

Ce soir je veux être ma vie, rire et pleurer comme j’ai envie, ne pas avoir à me cacher derrière des yeux trop maquillés.

Ce soir je veux être ma vie, être accepté tel que je suis,

Et sans regret je vous le dis je suis un garçon travesti.

Voilà, tout est dit ! Cela mérite quand même quelques explications…

Je suis un homme ordinaire, je m’appelle Adrien Lacassaigne-Vivier, c’est mon vrai nom, mais dans les années « 80 », lorsque je portais des talons aiguilles on m’appelait : « Bernard des Hirondelles ». J’étais un artiste à l’ambigüité adroitement apprivoisée, un travesti, une drag-queen, un artiste transformiste, comme vous voudrez… Aujourd’hui je suis à la retraite, j’enfile encore de temps en temps une paire d’escarpins pour m’amuser avec des amis, mais très rarement. Un peu comme un vieux champion de tennis qui taperait la balle avec son petit-fils. Mais attention, j’apporte toujours quand même beaucoup de soin au choix de mes souliers, il faut qu’ils soient assortis à ma tenue, parce que franchement une vielle folle mal chaussée, il n’y a rien de plus pathétique !  En vérité, je me montre encore en talons hauts mais juste en photo et seulement sur les réseaux sociaux. J’exhibe allègrement des vieux souvenirs incroyables aux côtés de vieilles copines désopilantes.  Le web regorge de créatures inénarrables et il faut bien l’avouer j’adore ça. Mes scènes d’aujourd’hui sont « Facebookiennes, Instagrameuse, Tiktokeuse…Ne vivons-nous pas dans un monde où bien des gens s’exhibe allègrement parfois même, devrais-je dire « souvent même » sans se rendre compte du ridicule de la situation, moi y compris.  Combien de fois ne me suis-je exclamé devant une photo publiée par des artistes croisés autrefois : - Oh mon dieu, il où elle a changé !!! Un cri spontané incontrôlable une lamentation cruelle ! Je sais ce n’est pas sympa. Je me console en me disant qu’ils en font probablement autant à mon sujet.  Et puis vous découvrirez très vite en lisant ce qui va suivre que le qualificatif "sympa" n'est pas celui qui vient spontanément à l'esprit de mes collègues d’autrefois quand ils parlent de moi ! Revenons à la décision de coucher mes souvenirs sur le papier.  Deux choses m’y ont poussé.  La première c’est un constat. Au moment de prendre ma retraite j’ai traversé des moments laborieux, la constitution du « dossier -retraite ». Il m’a fallu réunir un maximum de feuilles de paie qui justifient les fameux « trimestres cotisés ». Une corvée qui m’a pris sans exagérer des semaines, mais qui en fin de compte m’a permis de retrouver de ci de là pas mal de documents. Quelle ne fut pas ma surprise devant certains contrats, de me dire : j’avais totalement oublié que j’avais fait cela ! C’est effrayant ! Seconde chose, je m’étais promis que lorsque j’aurais du temps, ce qui est maintenant le cas, je numériserais les centaines de photos qui traînent dans des cartons ou des albums défraîchis. Même constat, je me suis souvent exclamé devant un cliché : j’avais totalement oublié cela ! Pire : qui est cette personne avec moi sur la photo ??? Il était donc grand temps de mettre un peu d’ordre dans les cartons et dans ma tête, je me suis dit je vais écrire !  Écrire les souvenirs d’une vie tellement riche d’anecdotes incroyables.  Je dis « souvenirs » car le terme d’autobiographie est beaucoup trop prétentieux, je le laisse aux « stars ».  Je ne suis ni célèbre, ni méritant, ni même "particulier" au point de consacrer un récit sur ma vie, je le sais, et pourtant me voilà devant mon ordinateur. J’assume mes contradictions. Je n’ai jamais été attiré par la littérature, je crois avoir lu mon premier livre vers 30 ans. J’éprouve cependant un certain plaisir à cet exercice d’écriture. Les mots s’échappent, comme pour libérer un peu de places dans ma tête, comme pour marquer à jamais les images du passé. Vais-je tout dire, même les choses les plus sombres et inavouables ? Je ne sais pas, je vais me laisser porter par le mouvement. Évidemment une petite voix dans ma tête me dit que cela ne va intéresser personne. Si j’avais un éditeur à mes côtés il me dirait : ça ne « marchera » pas laisse tomber !  Faut-il être vraiment certain du succès d’une entreprise pour s’aventurer vers elle ? Je me suis posé une question : As-tu envie de raconter ce que tu as vécu ? Oui, je crois en avoir envie. Alors, fais-le. Toute ma vie j’ai vécu comme ça, suivant mes inclinaisons sans me poser d’autres questions. C’est peut-être cela un artiste. Nous y voilà, je crois que c’est dans cette catégorie que l’on va me ranger le jour du grand départ. « C’était un artiste ». Cela veut dire bien des choses, souvent farfelues, de temps à autre admiratives, parfois méprisantes…Artiste, c’est mon métier mais aussi une nature profonde, un état d’esprit chez moi. J’ai exercé ce travail sans toutefois avoir réussi à sortir du lot. Je ne suis jamais devenu populaire. Est-ce un regret ? Peut-être… Quel danseur, quel comédien, quel musicien n’a jamais eu envie de la reconnaissance de ses pères ? Devenir étoile, sociétaire de la maison de Molière, soliste virtuose. N'allez pas imaginer que je me lamente, que je souffre d’aigreurs chroniques provoquées par une carrière ratée, non. Je suis conscient et responsable. Je n’ai probablement pas toujours été suffisamment travailleur. J’ai parfois fait des mauvais choix, en revanche j’ai la conviction d’avoir toujours exercé ce métier avec passion et certainement pas « pour que ça marche » alors je ne vais pas commencer aujourd’hui. Houlala, ça sent la réflexion du vieux con, ça !  

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