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Bigoudis, biceps & Cie 5

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

Je me suis donc naïvement lancé dans l’écriture. Je n’avais pas imaginé l’effet que cela allait avoir sur moi. Raconter sa vie c’est indubitablement regarder dans le rétroviseur et entrevoir un épilogue, ça fait mal.  Je me suis demandé, mais qu’est-ce que je vais laisser ? Le constat a été vite fait, pas grand-chose. 

L’image qui m’est venue est celle de ce petit matin d’hiver. Il est quatre heures sur le pont Mirabeau à Tours.  Je suis dans ma voiture, je roule vers la radio où je vais animer la matinale de France Bleu Touraine dans deux heures. Soudain, au milieu du pont j’aperçois un homme qui commence à enjamber le garde-corps en fixant la Loire. Il n’y a que cette personne et moi sur le pont. Je réalise en une fraction de seconde l'horreur de la situation. Je stop net ma voiture sans même prendre la précaution de mettre les « warnings ». J’avance vers l’individu qui semble bien décidé à en finir avec la vie. Je décide de lui parler calmement en m’approchant tout doucement, il faut gagner du temps. Mais que dire à un homme qui semble désespéré ? Je suis allé chercher les mots au fond de moi, sans réfléchir, spontanément. Je savais que sa chute serait aussi la mienne. Je ne sais pas combien de temps à duré notre échange, il parlait très peu. Une seconde voiture est passée, deux jeunes gens qui allaient au travail se sont arrêtés eux aussi. Ils ne m’ont pas rejoint peur d’effrayer le malheureux, ils m’observaient à dix mètres. J’ai eu l’idée de leur faire signe discrètement d’appeler les secours, ce qu’ils ont fait. J’ai continué à lui parler, à gagner du temps et j’ai réussi à le faire revenir de l’autre côté de la rambarde. Les secours sont arrivés et ils ont pris le relais, moi je suis remonté dans ma voiture j’avais une émission de radio à animer une heure plus tard. Au volant je me suis effondré, je n’ai pu retenir mes larmes, tellement bouleversé par ce qui venait de se passer. Le lendemain j’ai pris des nouvelles de ce monsieur, il était hospitalisé et entre bonnes mains.

Qu’est-ce que je vais laisser derrière moi, disais-je.

Cette histoire m’est venue à l’esprit comme le seule chose « utile » que j’aurais fait de ma vie. Bien évidemment j’ai dû divertir quelques spectateurs venus assister à mes spectacles.  J’ai dû faire plaisir à quelques auditeurs de France Bleu qui m’ont si souvent témoigné leur affection, mais ce n’est pas bien sérieux tout ça. Je me console en me disant que l’on ne peut pas tous être des prix Nobel !

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Bigoudis, biceps & Cie 4

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

Comme un gentil sorcier je vais convoquer les réminiscences d’une vie tellement fourmillante d’anecdotes incroyables que cela devrait me plaire.  Je réfute le terme d’autobiographie, c’est beaucoup trop prétentieux.  Je ne suis ni célèbre, ni méritant, ni même "particulier" au point de consacrer un récit sur ma vie, ça je le sais.  Pourtant me voilà devant mon ordinateur. Je n’ai jamais été à un paradoxe prêt !

J’écris sans méthode, spontanément, naturellement. Les mots s’échappent, comme pour libérer un peu de places dans ma tête. J’éprouve beaucoup de plaisir à mettre noir sur blanc les images du passé. Je me relis, je change un adjectif qui me semble trop ordinaire, je modifie la ponctuation, je précise une idée trop vague… J’imagine volontiers la jouissance que dois éprouver un véritable écrivain lorsqu’il invente une histoire, lorsqu’il a le droit de vie ou de mort sur ses personnages. Il est dieu !  Vais-je tout dire, même les choses les plus sombres et inavouables ? Je ne sais pas encore.

Évidemment, une petite voix dans ma tête me dit que cela ne va intéresser personne. Si j’avais un éditeur à mes côtés il me dirait : ça ne « marchera » pas, laissez tomber, ne perdez pas votre temps ! 

Peu importe, faut-il vraiment être certain que les choses « marchent » pour les entreprendre ? 

Je me suis posé une seule question : Ais-je envie de raconter ce que j’ai vécu ?

Oui, je le crois.  Alors, je me lance.

 

 

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Bigoudis, biceps & Cie 3

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

Pourquoi coucher mes souvenirs sur le papier ?  Deux choses m’y ont poussé. 

Premièrement, au moment de la retraite il y a une période que j’ai trouvé particulièrement pénible, c’est la constitution du « dossier ». Il faut réunir un maximum de feuilles de paie qui justifient les fameux « trimestres » cotisés. Quand, comme moi on a travaillé dans plusieurs pays différents, avec un nombre important d’employeurs dont la moitié avaient « oublié » de nous déclarer, c’est un peu comme si je participai à Koh-Lanta. Une corvée qui m’a pris des semaines, mais qui en fin de compte m’a permis de retrouver de ci de là pas mal de documents. Quelle ne fut pas ma surprise de me dire devant certains contrats : j’avais totalement oublié que j’avais fait cela ! C’est effrayant !

Deuxième chose, je m’étais promis que lorsque j’aurais du temps, ce qui est maintenant le cas, je numériserais les centaines de photos qui traînent dans des cartons ou des albums. Même constat, je me suis souvent exclamé devant un cliché : j’avais totalement oublié cela ! Pire : qui est cette personne avec moi sur la photo !!!

Il était grand temps de mettre un peu d’ordre dans les boîtes et dans ma tête.

 

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Bigoudis, biceps & Cie 2

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

Je suis donc encore sur les planches deux ou trois fois par an en Touraine, pas d’avantage, et c’est très bien ainsi.  En revanche, mes scènes d’aujourd’hui sont aussi « Facebookiennes », « Instagrameuses », « Tiktokeuse » …

Nous vivons dans un univers où beaucoup de gens s’exhibent allègrement sur les réseaux sociaux. C’est bien souvent épatant, de temps en temps cocasse, parfois consternant mais quelle belle ouverture sur les talents à travers le monde ! Des tutos de maquillages époustouflants, des Facebook live dans les coulisses d’un grand music-hall thaïlandais, un Tik Tok de Trevor Ashley en direct des loges d’un cabaret australien, des artistes dans leurs intimités sur Instagram. Andy avait raison : « A l’avenir, chacun aura son quart d’heure de célébrité ». Tout est possible, le pire comme le meilleur. Dans les années 80 j’aurais certainement adoré partager sur les réseaux les répétitions des spectacles de ma troupe, « Les Hirondelles », la fabrication de nos costumes, nos voyages, nos galères, nos amours…

Depuis peu je suis devenu un adepte de « Tik Tok », j’ai publié quelques photos de mes anciens spectacles et je l’avoue, j’ai été déconcerté par le succès qu’elles ont rencontrés. Certains « tiktokeurs » m’ont même reconnu quarante ans après m’avoir vu sur scène lors de mon passage dans une discothèque de leur ville. J’ai reçu des messages très émouvants et souvent on m’encourage à écrire mes souvenirs, c’est peut-être bonne idée.

 

 

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Bigoudis, biceps & Cie 1

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

Regardez-moi en talons hauts, le rouge aux lèvres, fille ou garçon je vis mes rêves.

Regardez-moi, pour exister, me faire aimer je suis prêt à tous les excès.

Regardez-moi, pour ressembler à mes étoiles, c’est toute mon âme que je dévoile.

Regardez-moi, à force de n’être qu’une chanson j’en avais perdu la raison.

 

Ce soir je veux être ma vie, rire et pleurer comme j’ai envie, ne pas avoir à me cacher derrière des yeux trop maquillés.

Ce soir je veux être ma vie, rien qu’un instant, rien qu’une nuit, ne plus jouer la comédie, me faire aimer tel que je suis.

 

Regardez-moi, en talons hauts le rouge aux lèvres, sans m’épargner je vis mes rêves.

Regardez-moi, pour un sourire ou une larme, sans hésiter j’offre mes charmes.

Regardez-moi, faire la chanteuse, triste ou frivole pour faire revivre mes idoles.

Regardez-moi, à trop jouer à faire semblant j’en oublie qui je suis vraiment.

 

Ce soir je veux être ma vie, rire et pleurer comme j’ai envie, ne pas avoir à me cacher derrière des yeux trop maquillés.

Ce soir je veux être ma vie, être accepté tel que je suis,

Et sans regret je vous le dis je suis un garçon travesti.

 

Voilà, tout est dit !

Cela mérite quand même quelques explications…

 

Je suis un homme ordinaire, je m’appelle Adrien Lacassaigne-Vivier, j’étais jusqu’à la fin de l’année 2020 animateur de radio. Mon nom était connu des auditeurs de France Bleu Touraine, mais dans les années « 80 », lorsque je portais des talons aiguilles on m’appelait Bernard : « Bernard des Hirondelles ».  J’étais un artiste à l’ambigüité adroitement apprivoisée… Comprenez un travesti, une drag-queen, un artiste transformiste, selon l’époque, comme vous voudrez… En tous cas j’étais un garçon qui s’habillait en fille pour gagner sa vie.

 

Aujourd’hui je suis à la retraite mais j’enfile encore quelquefois une paire d’escarpins le temps de raconter quelques « carabistouilles » avec des amis de mon village en Touraine. Mais attention, même si c’est épisodique, j’apporte toujours beaucoup de soin au choix de mes souliers, il faut qu’ils soient parfaitement assortis à ma tenue, parce que franchement une vielle folle mal chaussée, il n’y a rien de plus pathétique ! 

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