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Le garçon en talons hauts - 48

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

En 1994, on me propose de jouer dans deux pièces en un acte de Luigi Pirandello : Cédrats de Sicile et l’Etau si ma mémoire est bonne. C’est Christophe Donné, un jeune metteur en scène qui a cette idée. Ce n’est pas mon répertoire habituel, j’aurais dû refuser, mais le metteur en scène est très joli garçon, je me dis pourquoi pas… Je me lance dans l’aventure aux côtés de Sotira Dhima, Martine Delachaume et Geneviève Brasset.

Il fallait absolument jouer tout en sobriété, pas vraiment mon habitude ! J’étais comment dire… « désolant » dans cette interprétation.

C’est une de mes particularités, quand je suis mauvais, je le sais.

Malheureusement, je ne pouvais rien y faire, je n’arrivais pas à corriger mon jeu. De soir en soir, je me trouvais de plus en plus lamentable.

J’étais à cette époque « volontaire » de l’association « AIDE / Paris îles de France ». Quelle idée ai-je eu d’inviter Pierre Lascoumes qui en était le président d’assister à une représentation. Je trouvais cet homme admirable et brillant, je n’avais qu’une envie devenir son ami. Il était passionné de théâtre et voilà qu’il allait assister au massacre de l’œuvre d’un prix Nobel de littérature. J’ai cru mourir de honte quand j’ai su qu’il était dans la salle. Nous avons soupé tous les deux après le spectacle, il a eu la courtoisie de parler de toute autre chose, et cela ne nous a pas empêché de devenir des amis.

Pierre Lascoumes et moi.

Pierre Lascoumes et moi.

Au lendemain de la dernière représentation, je me suis rasé la tête histoire de tourner la page. Tondu !

J’ai beaucoup de mal à supporter l’échec, c’était un peu comme m’infliger une punition.

Christophe Donné, le metteur en scène doit avoir regretté longtemps de m’avoir choisi. Je n’étais vraiment pas à la hauteur de ses espoirs, mais il a eu la délicatesse de ne jamais m’en parler.

Je tire de nouveau un rapide constat. Je ne suis bon que dans l’excès, la démesure et la caricature.

Et s’il en était de même pour le théâtre que pour le cinéma ? Je suis probablement un mauvais comédien.

Si en réalité je n’avais de compétence que sur des hauts-talons ?

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Le garçon en talons hauts - 47

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

Dans une revue professionnelle destinée aux gens de spectacle, j’ai trouvé l’annonce d’un stage organisé par “France 3” pour sensibiliser les comédiens de théâtre aux techniques du cinéma et de la télévision. Le nombre de places pour cette formation était limité à 10 prétendants. Après avoir harcelé pendant des semaines la personne qui sélectionnait les candidats, je suis retenu pour la session : "Comédiens et Caméras".

Du 7 au 18 juin 1993, nous allons travailler avec le réalisateur, Charles Dubois. Je suis littéralement tombé sous le charme de cet homme étonnant. Il était d’une beauté saisissante, sa voix était douce et chaleureuse, son regard malicieux. Charles ne vivait que pour le cinéma, tout en lui respirait l’art et l’intelligence. Il avait à mes yeux toutes les qualités. Je devais bien entendu en tomber amoureux sans jamais lui en souffler mot !

Etait-il gay ou pas ? De toute manière, draguer et mettre dans mon lit un hétéro ne m’a jamais pausé de problème. Toutes mes années de cabaret m’avaient permis d’acquérir une technique bien rodée. Je ne voulais toutefois pas passer aux yeux de Charles pour le « PD » de base en chasse du premier beau mâle venu. La dignité s’impose davantage le jour que la nuit.

Charles ne s’est jamais livré sur sa vie privée ce qui ne m’a pas empêché d’entretenir avec lui une relation de confiance et de qualité.

En écrivant ces lignes, j’ai fait une petite recherche sur « Google » pour voir ce qu’il était devenu. Je suis tombé sur un article de presse disant qu’il s’était installé avec sa femme en Normandie ! Oups !

Charles Dubois

Charles Dubois

Durant cette période, je vais réellement apprendre énormément de choses. Rigueur, technique et professionnalisme sont au menu de cette semaine de travail, tout ce qui me manquait cruellement.

Si tous les réalisateurs avaient été comme Charles Dubois, ma « carrière » aurait certainement été très différente. Il fait partie de ces hommes pour qui l’on a envie de donner le meilleur de soi.

J’aurais même pu m’installer en Normandie !

J’ai en cette année 1993 un peu la sensation d’avoir pris le virage qui me semblait nécessaire à ma survie.

Parmi les autres stagiaires présents, il y a un garçon charmant qui m’intrigue, un peu sans que je comprenne vraiment pourquoi. Nos univers semblent à l’opposé l’un de l’autre, il s’appelle Vincent Ecrepont.

Vincent Ecrepont dans les années 90

Vincent Ecrepont dans les années 90

Il est sérieux, attentif, appliqué. C’est un comédien déterminé à approfondir son art. Il a du talent, c’est peut-être aussi pour cela que je l’ai tout de suite aimé.

Je n’ai jamais su résister aux charmes de ceux et celles que je trouve brillants. C’est un de mes gros défauts, je le sais. En revanche, il m’a toujours été impossible de me lier d’amitié avec un être que je trouve médiocre dans le domaine qu’il s’est choisi. Parfois je me dis : bon ok, il est nul, mais il est gentil, fais un effort Adrien !

Non, impossible, je n’ai jamais réussi à m’attacher à un individu qui ne m’épate pas, c’est encore le cas aujourd’hui. Dans ma vie, je respecte tout le monde sans distinction. Je peux aider, tendre la main et avoir de la compassion pour mes semblables, mais être « ami », pour moi reste un grand mystère. Je suis un handicapé de ce côté-là!

Vincent Ecrepont 2016 - Copyright : Joseph CAPRIO

Vincent Ecrepont 2016 - Copyright : Joseph CAPRIO

Pour en revenir à Vincent Ecrepont, nous allons nourrir une grande affection l’un pour l’autre. Vincent travaille, le texte, le mot, l’émotion, le silence… Aujourd’hui, nous nous sommes un peu perdus de vue, mais je le suis discrètement sur Facebook. Il fait un travail magnifique au sein de sa compagnie « A Vrai Dire », je suis admiratif.

Même si je ne comprends pas tout, il faut bien l’avouer !

Je me souviens d’un soir à Beauvais. Vincent m’avait invité à la première d’une de ces créations au théâtre municipal de la ville. Après la représentation, il y eut un petit souper organisé par les élus pour l’équipe de la pièce. Je me suis retrouvé assis à côté du directeur du théâtre qui me dit pour engager poliment la conversation :

-Comment avez-vous trouvé le spectacle ?

Je devais m’être désaltéré avec quelques coupes de champagne en attendant le repas et je lui réponds tout net :

-C’est magnifique, c’est très bien évidemment, mais tout cela manque cruellement de danseuses, de plumes de paillettes !

Cet « intellectuel de gauche », qui n’avait probablement jamais vu une revue de sa vie, m’a regardé médusé ne sachant que répondre ! Vincent qui était assis en face de nous, c'est empressé d’intervenir :

-Adrien a une vision « panoramique » du théâtre !

Prétextant une urgence, le directeur a changé de place. Vincent a beaucoup ri, preuve indéniable de son intelligence. Mais je n’ai plus jamais été invité à une première.

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Le garçon en talons hauts - 46

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

J’ai un petit don pour le spectacle, c’est incontestable, en témoigne mon succès d’antan sur mes talons hauts. Je ne voulais pourtant absolument pas passer le reste de ma vie en bas résilles ! Envisager un autre métier, il n’en était pas question, je ne sais rien faire. Le cinéma, on oublie, pensais-je, revenons aux fondamentaux, le théâtre.

Comme j’ai toujours eu beaucoup de chance, il faut bien l’avouer, je me suis très vite retrouvé sur les planches.

On m’a proposé de remplacer un des rôles principaux dans une pièce de théâtre au titre improbable : “Tu es gentil, tu laisses Marie-Madeleine en dehors de tout ça!” d'Olivier. Yeni et David Basant.

Le garçon en talons hauts - 46

Ces deux hommes d’affaires étaient amis dans la vie et avaient pour point commun l’amour du théâtre. Ils s’étaient donc écrit une pièce rien que pour eux et avaient loué le Grand Théâtre d'Edgar pour la jouer ! (Quand on dit que l’argent ne fait pas tout, il aide quand même un peu). Après quelques semaines de représentation, ils devaient retourner à leurs affaires et voulaient passer la main.

Mon ami Jean-Pierre Rochette (encore lui) était sur le coup. Il m’appelle un matin et me dit :

-Ma poule, amène-toi vite au Grand Théâtre d’Edgar, on fait une lecture…

Une heure plus tard j’étais sur la scène, texte à la main !

À la première répétition le directeur Alain Mallet est intervenu très rapidement. Il me trouve trop… comment dire : « typé » ! C’était une façon polie évidemment de dire qu’il me trouvait trop « délicat » pour le rôle. Il fallait bien que cela arrive un jour.

Il me remercie évidemment d’être venu si vite, mais m’oriente sans réserve vers la porte de sortie. Très déçu, troublé et humilié j’enfile mon blouson sans broncher. Je laisse tomber sans discuter, comme je l’avais déjà fait, il y a quelques années devant Robert Hossein pour Notre Dame de Paris.

C’était sans compter la détermination de mon ami Jean-Pierre Rochette. Il s’adresse à Alain Mallet sans détour.

-Non, attendez !

Adrien est un super comédien, je le connais depuis longtemps. Il suffit de lui indiquer ce que vous voulez, je suis certain qu’il va y arriver. Je l’ai vu jouer quantité de choses très différentes !

Je suis déjà devant la porte de sortie. Il est de ces instants suspendus où votre destin se joue sans comprendre ni maîtriser ce qui se passe. Jean-Pierre me dit :

-Adrien, reviens !

Alain Mallet ne dit plus rien. Jean-Pierre a une autorité naturelle qui m’épate, un culot qui m’éblouit. Je reviens sur mes pas. Le directeur du théâtre consent à une seconde lecture. Je sais ce qu’il me reste à faire… « Gabin qui descend de sa locomotive dans LA BETE HUMAINE… » dixit Albin dans « La Cage Aux Folles !

Jean-Pierre me souffle à l’oreille :

-Je sais que tu vas y arriver, on reprend !

Nous avons joué toute la scène sans être interrompu. À la fin, Alain Mallet nous a demandés à le rejoindre dans son bureau. Il voulait fixer le montant de nos cachets et la durée des représentations. Pas un commentaire sur ma façon de jouer le personnage !

Je sentais bien que je n’étais pas sa tasse de thé. Il devait se dire que de toute manière les auteurs ayant déjà payé la réservation de la salle, que cette dernière soit pleine où vide, lui, ne perdrait pas d’argent. Alors engager un comédien qui ne lui plaisait pas ne lui posait pas trop de problèmes. Il avait probablement mieux à faire de sa journée que de me trouver un remplaçant. En sortant de son bureau Alain Mallet m’a quand même dit sur le ton de la plaisanterie « bien entendu » : à la moindre « folie, je te remplace.

J’ai eu quatre jours pour apprendre le texte. On m’avait remis une cassette vidéo de la pièce filmée pour assimiler la mise en scène. Un marathon, mais mon premier rôle dans un grand théâtre parisien, était à la clef. J’étais comme un enfant le premier mercredi où j’ai trouvé mon nom dans le “Pariscope”, le journal des spectacles parisiens.

De gauche à droite :Isabelle Charraix, moi, Martha Nil et Jean-Pierre Rochette.

De gauche à droite :Isabelle Charraix, moi, Martha Nil et Jean-Pierre Rochette.

Les débuts furent laborieux, je ne savais jamais si j’allais garder le rôle ou être remplacé. Finalement, après une semaine de représentations, j’ai reçu un bouquet de fleurs d’Alain Mallet pour me remercier et me féliciter pour le résultat.

Je m’étais approprié le personnage, je n’étais pas vraiment celui qu’avaient imaginé les auteurs, mais ils m’ont laissé faire. Le public riait, c’était l’essentiel.

Tout dans la sobriété !

Tout dans la sobriété !

J’en faisais beaucoup une fois encore, ce qui avait poussé un comédien de la Comédie Française qui était venu assister à une représentation, à dire de moi :

- Ce type joue à dix centimètres au-dessus du sol !

J’ai pris cela pour une impitoyable analyse. Le hasard a voulu que je sois assis à sa table lors du souper après le spectacle dans la brasserie qui faisait face au théâtre. Je ne me suis pas démonté et je lui ai dit :

-J’ai entendu ce que vous disiez tout à l’heure. Je joue si mal que cela ?

- Mais pas du tout jouer au-dessus du sol pour moi c’est merveilleux. Vous me faite penser à Robert Hirsh, qui lui, entre nous, joue à deux mètres au-dessus du sol !

Nous avons trinqué et bu à la santé du « Théâtre » !

Jean-Pierre Rochette mon partenaire était aux anges, moi aussi.

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