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Le garçon en talons hauts - 44

Publié le par Adrien Lacassaigne

Et je vais ainsi pendant des mois enchainer les figurations et les petits rôles. Avec Claude Zidi et Patrick Bruel, avec Roman Polanski et Sigourney Weaver et avec Roger Vadim.

Il faut que je vous raconte ça, « ma » rencontre avec Vadim !

Je me présentais avec mes photos en fin de matinée au domicile d’une « casting directrice ». Cette dernière n’était pas de très bonne humeur. (Ces dames ne sont jamais de bonne humeur). Elle préparait une distribution pour le prochain film de Roger Vadim avec Marie-Christine Barrault bien entendu et le magnifique acteur Italien Andréa Occhipinti.

Pendant mon entretien, elle eut plusieurs fois Roger au téléphone. Elle devait lui faire parvenir des photos d’acteurs avant midi, car ce dernier s’envolait début d’après-midi pour New York.

Elle n’avait pas le temps et ne savait comment s’y prendre. (Ces dames n’ont jamais le temps). C’est alors que j’ai osé un coup de poker.

-Ecoutez, j’ai entendu votre conversation, mon scooter est en bas, je n’ai rien à faire. Si vous voulez je peux apporter votre enveloppe de photos à monsieur Vadim.

Elle m’a regardé sans rien dire. Elle a rappelé immédiatement Vadim pour lui dire :

-Roger, j’ai la solution, mon ami …

Elle jette un œil sur mon CV pour lire mon prénom…

-Adrien va t’apporter les photos dans la demi-heure !

Elle me donne une adresse, me voilà parti. Le cœur battant sur mon scooter, je me rends aux abords des jardins des Tuileries, à la résidence privée de Roger Vadim. Ce dernier me reçoit en robe de chambre, très, très aimable, s’excusant même de me recevoir dans cette tenue. Je lui apporte les photos attendues et lui glisse discrètement que moi aussi je suis comédien.

-Cela vous ennuie si j’ajoute ma photo à celles que vous propose votre directrice de casting ?

-Non, bien entendu, donnez-là moi.

Il me regarde, hésite un moment et me dit :

- Vous verrez ce n’est pas un grand rôle mais nous tournons dans mon chalet, aux Arcs, l’endroit est merveilleux. Marie-Christine Barrault nous rejoint, elle aussi en tenue décontractée. Très aimable elle me propose un petit café et me demande :

Roger Vadim devant son chalet avec Andrea Occhipinti et Laetitla Legrix.

Roger Vadim devant son chalet avec Andrea Occhipinti et Laetitla Legrix.

-Vous aimez la montagne ?

-Oui, bien entendu.

J’aurais de toute manière répondu « oui » à n’importe quoi. Avec Marie-Christine Barrault j’étais prêt à aimer les volcans, la forêt vierge et le désert s’il l’avait fallu. Je venais de décrocher un rôle dans le prochain téléfilm de Roger Vadim de la façon la plus audacieuse et incroyable qui soit. En sortant de chez lui j’étais fou de joie.

Je m’imaginais être la nouvelle Bardot! Toujours si simple... Roger Vadim était un homme exceptionnel. Mon ami Jean-Pierre Rochette a lui aussi été engagé et nous avons tourné ce film : « Amour Fou ».

Dans Amour Fou.

Dans Amour Fou.

Le garçon en talons hauts - 44

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Le garçon en talons hauts - 43

Publié le par Adrien Lacassaigne

Depuis que je suis revenu à Paris, j’ai la sensation de vivre comme une fille de mauvaise vie qui postule sur un emploi de nurse dans une grande famille bourgeoise ! Au quotidien, je cache mon passé de transformiste à mon entourage. Comme si mon histoire d’antan représentait un danger. Allez savoir pourquoi ?

Comme tous les comédiens inconnus, je cours les castings à la recherche d’un petit rôle, voire d’un grand, on ne sait jamais! Au cinéma, mon premier tournage fut avec Nicole Garcia. Je n’étais que figurant mais j’avais trouvé le moyen d’attirer son attention et cela me permettait de passer des petits moments privilégiés avec elle dans sa loge.

Ensuite j’ai été engagé dans une série policière “Le Juge Rive”. Je joue le rôle d’un CRS qui se fait abattre à bout portant par des terroristes. La personne qui m’engage me précise qu’il y aura un peu de texte et une cascade. De quoi me paralyser ! Olivier, mon ami coiffeur me fait une fois encore la tête de l’emploi. J’ai bien le look « CRS », mais j’ai peur que des gestes ambigus me trahissent. Peur de n’être pas crédible et que le réalisateur se dise : -Qu’est ce que c’est que cette folle ?

Le jour du tournage, je suis dans le décor, assis à une table. Monsieur Julienne, le cascadeur, m’a installé le détonateur qui déclenche le coup de feu que je vais recevoir. Je suis prêt, concentré, mort de trac en attendant le mot “Action”.

C’est à cet instant que l’assistant du réalisateur fonce sur moi et me dit finement à l’oreille:

-Alors tu n’imites pas Mylène Farmer aujourd’hui ?

J'ai commencé à imiter Mylène Farmer en 1986.

J'ai commencé à imiter Mylène Farmer en 1986.

J’ai cru mourir de honte.

Qu’est-ce qui m’avait trahi ? Comment pouvait-il savoir ? Impossible de lui poser la question, la caméra tourne.

A la fin de la prise je suis immédiatement allé le voir.

-Pourquoi m’avez-vous parlé de Mylène Farmer tout à l’heure ?

-Parce que j’adore quand tu imites Mylène !

-Mais… Je ne comprends pas !

-Je n’étais pas certain, mais quand tu as fais des essais de micro tout à l’heure, j’ai reconnu ta voix !

-Comment ?

-Je viens tous les étés en vacances au Lavandou, et je passe mes soirées au Flamenco. J’adore cet endroit.

J’étais démasqué mais en même temps heureux d’avoir un allié dans ce monde qui m’était alors totalement étranger.

Et ce ne fut pas le seul complice...

Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir parmi les autres « CRS » un « collègue transformiste » lui aussi en pleine reconversion. Le monde est petit !

Du coup, les jours suivants de tournage ont été beaucoup plus décontractés, voire franchement délirants. Je me souviens que pendant les pauses (et elles sont longues au cinéma) nous restions, mon nouveau copain et moi, tous les deux en uniformes. On s’éloignaient légèrement du lieu de tournage pour se raconter nos histoires de talons aiguilles.
Nous nous sommes très vite rendus compte de l’effet que pouvait avoir l’uniforme sur notre entourage, hors caméra ! Certains automobilistes nous regardaient inquiets, mais nous avions aussi noté que certains garçons nous considéraient ostensiblement pour d’autres raisons !

Nous restions impassibles, l’air patibulaire. Nous fixions ces petits insolents et sans un sourire, nous portions notre main à la hauteur de notre braguette pour nous tâter le paquet !

Si vous aviez vu leurs têtes ! Ils n’en revenaient pas de se faire entreprendre par deux « CRS ». A un moment, un responsable de la production s’étant rendu compte de notre petit manège, nous a demandé de rester dans le « camion-loge » pendant les pauses.

Mylène "Désenchantée" au Flamenco

Mylène "Désenchantée" au Flamenco

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Le garçon en talons hauts - 42

Publié le par Adrien Lacassaigne

À Paris, je retrouve Olivier, un ami coiffeur croisé à Courchevel et au Lavandou. C’est lui qui va décider de ma nouvelle coupe de cheveux. Je les avais toujours portés très longs parce que j’étais complexé par mes grandes oreilles. Je me souviens de Patrick Juvet avec qui je dinais un soir à Genève. (J’avais la même coupe de cheveux que lui). A un moment, un peu fatigué peut-être, je me suis passé les mains dans les cheveux pour les tirer vers l’arrière. Il m’a regardé et n’a pu s’empêcher de s’écrier :

-Whaow tes oreilles !

Il fallait changer de tête, au diable les complexes, j’aurais une coupe à la brosse. Etrangement depuis ce jours-là plus personne ne m’a parlé de mes grandes oreilles. Je n’ai plus jamais dîné avec Patrick Juvet !

Fini les cheveux longs.

Fini les cheveux longs.

Je m’installe dans un tout petit studio que j’ai acheté au 7 de la place de la nation dans le 11ème arrondissement. Je suis certes propriétaire mais je n’ai pas vraiment beaucoup d’économies. La vie à Paris est chère, il va vite falloir que je gagne de l’argent.

Le garçon en talons hauts - 42

J’avais envie de reprendre des cours d’art dramatique, histoire de voir où j’en étais après toutes ces années à chanter en play-back. Je voulais aussi m’inscrire au « Gymnase Club » pour enfin prendre soin de moi et faire du sport.

Alors, je me suis dit, je fais comment ?

Un choix s’est imposé rapidement. Je vais retourner les week-ends au Flamenco, me donner en spectacle histoire de gagner ma vie et vivre la semaine à Paris.
Nous sommes en 1992, j’ai hâte de reprendre contact avec mes amis de la promotion “78”, du cours de théâtre Jacques Fontan. Je retrouve avec joie Juliette Degenne, ma copine du stage de danse d’Aix-en-Provence (chapitre 9). Elle a le rôle principal d’une pièce qui se joue au Théâtre Michel, “Darling Chérie”. Je vais aller l’embrasser à l’issue d’une représentation, elle semble heureuse de me revoir mais n’a pas beaucoup de temps à me consacrer, elle travaille beaucoup.

Changement de look!

Changement de look!

J’ai aussi retrouvé mon ami Jean-Pierre Rochette. Il m’invite à la première d’un spectacle qu’il s’apprête à jouer à Torcy, une pièce sur Jean Cocteau. Après la représentation, il y a eu un petit cocktail dans le hall du théâtre. Jean-Pierre et moi échangions nos impressions sur la pièce, un verre de champagne à la main, lorsque le metteur en scène, Jean-Paul Quéret nous a rejoint. Jean-Pierre lui dit :

-Je te présente Adrien, il est comédien, nous étions ensemble au cours « Fontan ».

J’étais si heureux d’entendre enfin quelqu’un me présenter comme « comédien ».

Jean-Paul Quéret m’a dévisagé avec un simple sourire. Que s’est-il passé à ce moment là ? Il m’a regardé dans les yeux et me dit :

-Ecoute, je vais monter très vite « Le Malade Imaginaire » il me faut un assistant à la mise en scène, cela te dirait de travailler avec moi ? Tu pourrais peut-être aussi jouer le petit rôle de monsieur Purgon !

-Oui, bien entendu!

Incroyable, quelle chance, je ne suis à Paris que depuis quelques jours. Et voilà, je vais rejouer, enfin ! Jean-Pierre Rochette fera lui aussi partie de cette distribution.

Vous devez vous dire que c’est curieux. Vous pensez que j’ai probablement oublié de vous dire deux où trois choses des plus croustillantes !

Je suis depuis très peu de temps à Paris et on me propose déjà du travail !

Le metteur en scène avait peut-être une petite idée derrière la tête, j’avais deviné qu’il était gay même si il ne l’assumait pas vraiment. Je vais être très clair, je n’ai pas couché avec Jean-Paul Quéret. Ca c’est dit.

C’est flagrant, j’ai eu beaucoup de chance, c’est tout.

Et à propos de ma vie amoureuse, où devrais-je dire « sexuelle », je vais vite me rendre compte que s’il était facile de me faire un petit coup presque tous les soirs quand j’étais transformiste, il n’en sera plus de même à partir d’aujourd’hui. L’ambiguité fascine, pas le théâtre apparemment.

Ma grande angoisse était : suis-je encore capable de mémoriser un texte ? Celui de Monsieur Purgon n’est pas très long mais les mots sont particuliers, tous ceux qui ont joué ce rôle vous le diront :

-Et je veux qu'avant qu'il soit quatre jours vous deveniez dans un état incurable. Que vous tombiez dans la bradypepsie. De la bradypepsie dans la dyspepsie. De la dyspepsie dans l'apepsie. De l'apepsie dans la lienterie. De la lienterie dans la dysenterie. De la dysenterie dans l'hydropisie. Et de l'hydropisie dans la privation de la vie, où vous aura conduit votre folie !

Le metteur en scène m’avait dit :

-Après ta grande tirade, à ta sortie de scène, si tu as été bon, le public doit applaudir.
Ce fut le cas à chacune des représentations. Je vais avoir énormément de plaisir à interpréter monsieur Purgon.

Dans Géronte, ici avec Frédéric Jacquot et le comédien qui jouait Scapin.

Dans Géronte, ici avec Frédéric Jacquot et le comédien qui jouait Scapin.

Ce fut le cas à chacune des représentations. Je vais avoir énormément de plaisir à interpréter monsieur Purgon.

A peine un mois après mon départ du Flamenco, j’avais rejoins « La Compagnie Française » la troupe créée par Jean-Paul Quéret. Je m’y sentais bien et cela m’a poussé à travailler davantage. J’adore l’atmosphère des théâtres, le parfum des théâtres ! J’ai repris peu à peu confiance en moi.

Je me suis inscrit au cours d’art dramatique « Raymond Girard » rue Vavin dans le sixième arrondissement de Paris. Une école qui vit passer tant de grands acteurs; de Jean-Paul Belmondo à Christophe Malavoy. L’ambiance y est plus guindée, plus bourgeoise qu’en 1978 chez Jacques Fontan, mais l’enseignement est de grande qualité. Bien qu’étant beaucoup plus âgé que les autres élèves, je n’échappe pas à la règle de l’audition. Je vais choisir une fable de la Fontaine, Le Corbeau et le Renard. C’est très traditionnel mais je ne voulais pas prendre de risques. En revanche, je suis épaté par le talent et l’audace d’un jeune garçon qui se présente presque en même temps que moi. Il avait choisi, lui le texte d’une chanson de Renaud, pas vraiment académique pour l’endroit. Sébastien Bihi, un comédien remarquable, faisait ses débuts dans un métier qu’il ne quittera plus.

J’ai surtout besoin de pratiquer, de jouer et c’est ce que va me proposer un des professeurs du cours, Frédéric Jacquot. Il va monter “Les Fourberies de Scapin” et me proposer le rôle de Géronte.

Ce n’est pas de mon âge, mais les compositions me vont bien, il s’en est rendu compte. Avec d’autres élèves, dont Lina aujourd’hui son épouse, nous partirons en tournée.
C’était fantastique, je mettais en application mes années d’apprentissage du maquillage au cabaret, je me faisais « une tête ». J’essayais de jouer plus sobrement, mais parfois lorsque le public était apathique, Frédéric me disait :

-Vas-y, fais-toi plaisir, lâche-toi !

C’était pour moi comme un défit. Au diable Stanivlasky, vive Robert Hirsch ! J’en faisais des tonnes mais le succès était assuré.

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Le garçon en talons hauts - 41

Publié le par Adrien Lacassaigne

Pour cette nouvelle saison, je persuade Jacky Alibert, le patron, d’engager mes compatriotes Marisa Allen et Maxine de Villeneuve qui ont monté une troupe étonnante appelée « Les New Sensations ». J’avais très envie de me retrouver avec mes amis du nord.

Les New Sensations au Flamenco.

Les New Sensations au Flamenco.

Car il faut bien le dire, je commence à trouver le temps long au Lavandou. L’été c’est évidemment un endroit stupéfiant mais l’hiver… Vous n’avez pas idée de la sensation d’abandon que l’on peu ressentir lorsqu’on se promène seul à 21h parmi les venelles de Bormes-les-Mimosas en novembre !

Je me traîne, même le désir de monter des nouveaux numéros m’a quitté. Je suis au bout du rouleau, je n’ai plus envie d’être ce transformiste qui s’entend toujours dire :

- Mais qu’est ce que tu fais ici, tu devrais faire autre chose, tu as tellement de talent !

Je réponds inlassablement :

- Si j’avais du talent, cela se saurait, merde !

Avec Marisa Allen au Flamenco

Avec Marisa Allen au Flamenco

J’ai les nerfs à vif, je suis agressif. Le vrai problème c’est que je n’aime plus ce que je fais, je n’aime plus rien.

Est-ce grave ? Oui évidemment, très grave.

Travailler ! C’est un mot qui n’a de sens pour moi que s’il est conjugué avec passion, sinon, nous besognons, nous peinons et nous nous éteignons insensiblement.

Depuis ma plus tendre enfance je n’ai fait que cela, vadrouiller avec mon amour de la scène. C’est une chance inouïe, je le sais maintenant.
J’ai encore aujourd’hui, en 2016, autours de moi, des gens qui n’ont pas goût à leur travail. Je les observe, ils sont nerveux, tristes et ils sont malheureux. Je suis toujours parti avant d’en arriver là.

Le changement c’est maintenant, qu’il disait « l’autre » ! Dans la formule, il n’a pas tout a fait tort.

Avec Maxine de Villeneuve au Flamenco.

Avec Maxine de Villeneuve au Flamenco.

Nous sommes en août 1991. Je suis un après-midi, à la plage des salins d’Hyères. Bronzette et drague au poppers dans les fourrés, comme à chaque fois dans ce genre d’endroit.Je vais rencontrer un adorable petit brun aux yeux verts comme le canal St Martin un après-midi d’automne. Il s’appelle Thierry, un styliste modéliste tourangeau en vacances dans la région. C’est amusant car dans mon envie de tout changer, je me suis inscrit à des cours par correspondance pour devenir moi aussi styliste modéliste. Voilà un sujet de conversation qui va me permettre de garder le contact avec le jeune homme. Moi qui me suis imposé comme règle de ne jamais sympathiser avec mes petits coups de l’après-midi, je vais faire une exception et l’inviter à diner. J’interprète immédiatement cette rencontre comme un signal du destin.

Plage des Salins d'Hyères avec Thierry.

Plage des Salins d'Hyères avec Thierry.

Il était très différent des garçons que je fréquentais à l’époque, plutôt « tisane » que whisky coca !

Nous ne nous sommes plus quittés, mais les vacances terminées, il devait rentrer à Paris, son travail l’attendait.

Ah, “Paris” : deuxième signe.

Il me propose de l’y rejoindre. Voilà l’élément qui manquait pour me décider à tourner une page.

Je vais retrouver Thierry à Paris.

Je vais retourner vivre à Paris.

Thierry au Flamenco avec Dolly Doll.

Thierry au Flamenco avec Dolly Doll.

Apprenant que j’allais quitter le Flamenco, Marisa et Maxine, mes amis belges, me proposent de venir les rejoindre et de faire partie moi aussi de cette merveilleuse troupe des “New Sensation”. La proposition est séduisante, je me laisse tenter un très court temps. Leur travail correspond à ce que j’aime, à mes valeurs. Pourtant, je ne vais faire qu’un seul spectacle avec eux et à l’issue de ce dernier je vais leur annoncer que j’arrête. Je ne veux plus être transformiste. Maxime a été déçu, mais il me connaissait très bien et savait qu’il ne servait à rien d’insister.

Je dois vivre à Paris. Je crois qu’il n’y a que là-bas que je vais pouvoir me réinventer. Je m’étais laissé séduire par les sirènes de la nuit et par la vie facile, il fallait réagir avant de sombrer définitivement. Je gagnais très bien ma vie mais l’argent me filait entre les doigts. Je ne construisais rien. J’étais à la dérive, j’avais honte de moi. Je n’assumais plus du tout d’être un travesti.

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