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Le garçon en talons hauts - 35

Publié le par Adrien Lacassaigne

Me revoici à Courchevel, une station que je connais bien et que j’affectionne particulièrement. Cinq autres artistes m’accompagnent. C’est presque des vacances car la saison d’hiver est beaucoup moins dense en créations artistiques. Nous montons à la neige avec les numéros que nous avons créés l’été au Lavandou. La clientèle était totalement différente. Je vais vivre les quatre mois qui vont suivre comme une douce convalescence, sans que personne ne sache ce qu’il venait de se passer à l’hôpital d’Hyères. J’ai traversé une nouvelle période d’insouciance frivole. Les bonnes résolutions que j’avais prises de me cultiver un peu sont tombées à l’eau. Je me grise de nouveau !

L’ambiance à Courchevel est aussi chaleureuse qu’au Lavandou, nous vivions un peu comme une grande famille. Je me produis de nouveau au « Saint Nicolas », c’est le seul établissement dans le genre de la station. La direction sera assurée cette année par Joseph Gueenen, un vrai personnage de la nuit.

Agath, Lisa, Gungala, Joseph et moi.

Agath, Lisa, Gungala, Joseph et moi.

Il est Hollandais, beau gosse et sagittaire comme moi. Même si nos caractères nous opposent parfois je l’apprécie bien, nous allons faire du bon travail. Il fait partie de ces patrons qui aiment les artistes transformistes, s’essayant même parfois à faire le show lui-même.

Joseph & moi.

Joseph & moi.

Nous sommes logés dans un appartement à l’entrée du bourg, c’était l’auberge Espagnole. Je pourrais vous parler de nos spectacles, mais franchement il n’y a rien de bien extraordinaire à raconter. Pour nous c’était la routine. Levés vers 13h où 14h, ski, restaurants et vers minuit nous arrivions dans la loge pour nous maquiller. Nous présentions notre show pendant une heure trente et c’est après que les choses sérieuses commençaient ! Les aventures extra-spectacle étaient encore plus nombreuses et insolites l’hiver que l’été.
La station de Courchevel est petite et isolée. C’est un village, tout se sait, nous sommes connus partout, ça nous valait des péripéties peu communes. Et me voilà reparti avec mes histoires coquines. J’avais décidé, je sais de ne vous parler que de spectacle et non de mes frasques amoureuses, mais c’est aussi ça le job de transformiste, tu vis parfois des trucs de dingue ! Et puis l’hiver, à la neige, à 1850 mètres d’altitude, il n’y a pas grand-chose à faire. Je ne suis pas un bon skieur…

Pierre a pourtant tout essayé pour me faire faire des progrès, mais nous étions plus souvent à "La Bergerie" que sur les pistes !Pierre a pourtant tout essayé pour me faire faire des progrès, mais nous étions plus souvent à "La Bergerie" que sur les pistes !
Pierre a pourtant tout essayé pour me faire faire des progrès, mais nous étions plus souvent à "La Bergerie" que sur les pistes !

Pierre a pourtant tout essayé pour me faire faire des progrès, mais nous étions plus souvent à "La Bergerie" que sur les pistes !

Ce jeune parisien par exemple était très riche, propriétaire d’une grosse boîte de nuit. Ce garçon donc était en vacances avec sa petite amie et sa mère. Le soir, les dames fatiguées par leur journée de ski restaient à l’hôtel pendant que lui faisait la fête avec un copain. Quand il arrivait au “St Nicolas” il commandait tous les soirs plusieurs bouteilles d’alcool, à la grande joie bien entendu de Joseph le directeur. Ce client fantasmait sur moi quand j’imitais Mylène Farmer. Oui, en 1990 j’imitais encore Mylène Farmer !

Le garçon en talons hauts - 35
Le garçon en talons hauts - 35

Cela me valait d’avoir tous les soirs mon couvert à ses côtés au restaurant de nuit, sous la boîte. Il y avait quand même une condition, il fallait que je sois en « Mylène Farmer » ! Heureusement le roux me va bien !

Lorsque le jeune homme en question avait un peu bu, il me serrait contre lui, et se permettait même une proximité plus qu’ambigüe. Cette dernière ne me dérangeait absolument pas, au contraire… Il était le genre d’homme qui plait beaucoup aux femmes. Beau gosse, grand, baraqué, champion de France de boxe française, pas « une soyeuse » quoi!
Remarquant notre manège, une fille d’une autre table, jalouse peut-être, dit assez fort à son copain:

- Tu vois bien qu’il est pédé, il est avec un travelo !

Qu’est-ce qu’elle n’avait pas dit! L’alcool aidant la réflexion fut suivie d’une bagarre générale digne des plus grands westerns américains.

-Quoi, répète ce que tu as dis connasse…

-Je t’emmerde « PD », va te faire sucer par ton travelo…

En boîte à Courchevel, en maillot! L'extravagance, j'ai donné !

En boîte à Courchevel, en maillot! L'extravagance, j'ai donné !

Je vous passe les détails et autres expressions fleuries. Les petits amis des filles s’en sont mêlés, d’autres clients se sont levés, bref ce fut un carnage ! La direction, les serveurs et le videur sont évidemment intervenus pour calmer tout ce petit monde. Ils m’ont formellement ordonné de dégager au plus vite puisque j’étais l’objet du conflit. Je me suis donc réfugié avec mon boxeur dans ma loge. Il saignait du nez, je l’ai soigné comme je pouvais avec mes cotons de maquillage. Un instant, j’ai cru être la môme Piaf avec son Cerdan.

L’autre rencontre troublante était photographe. Le jeune homme passait tous les soirs faire des photos souvenirs des clients de la boite. Cela se fait souvent en station. Il était très joli garçon avec un charme redoutable. Il avait une petite amie, une très grande fille, très belle dont le prénom m’échappe bien entendu.

Au départ nos rapports étaient cordiaux, sans plus. Il passait souvent nous faire un petit coucou dans les loges avant de tirer le portrait des touristes en goguette. De temps en temps, il faisait quelques photos du spectacle et nous les offrait volontiers. Un type très sympa. Un soir il est venu me rejoindre alors que j’étais au bar.

-Puis-je t’offrir un verre ?

Je ne dis jamais non !

Au bar du St Nicolas.

Au bar du St Nicolas.

Et là, il me dit qu’il aime beaucoup mon travail, que j’étais formidable… et patati et patata

Je connais le refrain par cœur, ceci dit, je suis plutôt flatté. Je prie quand même intérieurement pour qu’il ne me demande pas : « Cela fait combien de temps que tu fais du spectacle ? Comment as-tu débuté ? Etc. »…Toujours les mêmes questions auxquelles je n’ai plus envie de répondre. Au lieu de cela il me dit :

-Je fête mon anniversaire la semaine prochaine, tu accepterais une invitation ?

Je suis étonné, je me méfie. Il fait peut-être partie de ces gens qui t’invitent juste pour faire bien dans le décor. Mais il est tellement craquant que je dis oui. De toute manière pensais-je dans deux jours il aura oublié sa proposition!

Nous nous sommes revus presque tous les soirs de la semaine, il me faisait juste un petit signe de la main en croisant mon regard ! C’est bon pensais-je l’anniversaire est oublié !

Le vendredi suivant, il est 20h, je suis seul dans ma chambre on frappe à la porte. Je vais ouvrir, c’est lui.

-Bonsoir, je viens te chercher…tu te souviens…ma soirée d’anniversaire !

-Oh, oui bien sur, euh…écoute je ne suis pas certain que cela soit une bonne idée, je n’ai pas très envie de sortir.

-Mais si tu ne viens pas, la fête est foutue !

-Tu exagère un peu là, non ?

-Je me faisais une joie de passer ma soirée d’anniversaire en ta compagnie.

J’étais réellement ennuyé.

-Ecoute, je ne suis même pas douché ! Je pensais que tu avais dis cela comme ça…Je ne vais pas venir, va retrouver tes amis ils doivent s’impatienter !

-Il n’y a pas d’amis.

-Comment cela ?

-J’ai réservé une table juste pour toi et moi.

-Ah bon ?! Et ta copine ?

-Nous nous sommes un peu disputés, elle est partie quelques jours à Genève. S’il te plait, viens avec moi.

Dans ces conditions vous comprendrez que je n’avais pas le choix.

-Bon, OK. Je passe sous la douche et j’arrive.

-Rejoins-moi à « La Pomme de Pin », je commande l’apéritif.

J’étais complètement bouleversé par la situation. Je vais dîner en tête à tête avec ce garçon magnifique dans un superbe restaurant. Quelle aventure.

La soirée fut véritablement délicieuse. Ce garçon avait un charisme fou, un savoir-vivre et une élégance rare. Sa conversation était agréable, brillante, séduisante. Hélas, telle la « Cendrillon » moyenne, à minuit il a fallu que je le quitte pour rejoindre ma loge et me transformer en créature pour le spectacle.

-Merci pour cette soirée, j’ai passé un moment formidable.

Me dit-il !

Je n’en revenais pas, j’étais vraiment très heureux de la soirée que je venais de passer. Il n’y avait aucune ambiguïté dans le comportement du jeune homme. Pas une allusion, pas un geste déplacé. Juste un jeune hétéro bien dans sa tête qui avait eu envie de partager cette soirée avec moi.

Vers 3h du matin, à la fin de mon spectacle, je l’ai retrouvé au bar, il était entouré de quelques amis qui lui faisaient la fête. Quand il m’a aperçu, il a levé son verre dans ma direction en me faisant discrètement un petit clin d’œil.

Comme tous les soirs j’ai passé une partie de la nuit à discuter de table en table avec des clients si fiers de s’afficher un instant à mes côtés.

Vers 5h du matin, je m’apprêtais à rentrer lorsque le beau photographe s’est approché.

-Tu pourrais me raccompagner chez moi ?

-Oui bien entendu, allons-y.

Je n’ai rien d’autre à faire, c’est sur ma route. Arrivé chez lui il me propose de monter prendre un dernier verre, classique. Je trouve cela normal et sympa.

Arrivé dans son studio il ouvre une bouteille de champagne et verse deux coupes. Ensuite, il s’éclipse

-Tu m’excuse un instant…

Il a pris la direction de la salle de bain ! Après un moment il me rejoint. Il s’est déshabillé, il semble avoir pris une douche. Il a juste une serviette blanche autour de la taille. Oh mon dieu quel spectacle pensais-je. Il était absolument parfait. S’en suit un vaudeville que même les scénaristes de « Plus Belle La Vie » n’auraient pas osé imaginer.

Il s’allonge sur le lit et m’invite à l’y rejoindre.

-Viens, à quoi allons-nous porter un toast ?

Je m’approche avec ma coupe telle l’ingénue moyenne qui n’a pas tout compris. Je n’ai pas le temps de répondre, il m’enlève mon verre. Il m’attrape par la main et m’attire vers lui. Me regarde droit dans les yeux et sans rien dire pose ses lèvres sur les miennes. S’en suit un baiser ardent que je ne suis pas prêt d’oublier! Je ne comprends plus rien, je n’avais rien vu venir. Pendant plusieurs années nous nous sommes régulièrement revus, à Courchevel, au Lavandou, loin d'ici.

Le garçon en talons hauts - 35
Le garçon en talons hauts - 35

Il m’appelait et me disait, tu es libre, on dîne ensemble ce soir ? Je n’ai jamais refusé. Nous aimions faire des très bons restaurants, et toujours le repas se terminait par un baiser tendre et fougueux. Entre temps, il retrouvait ses nombreuses conquêtes féminines. Il me gardait je pense une petite place dans sa vie et cela me suffisait. Ah, mes hétéros ! J’ai toujours su que je n’avais rien à attendre de ces aventures masculines qui avaient un petit faible pour moi de temps en temps. Cela m’est arrivé si souvent, je repense à eux en souriant, je pourrais écrire un livre entier sur le sujet « Les hétéros avec qui j’ai couché ! » Aujourd’hui, souvent ils m’évitent, évidemment. Nous avons vieilli, nos folles soirées se sont évaporées et ont laissé place à des vies souvent très ordinaires. Ils sont papa, parfois même grand-père. Même sur Facebook, ils sont frileux à mon égard. Vous imaginez leurs épouses tombant sur mon profil.

-Qui est ce monsieur, tu ne m’en as jamais parlé ?

Et eux de répondre :

-Ah lui, c’est Adrien un type avec qui j’ai couché de temps en temps quand j’étais jeune !

C’est aussi cela le métier de transformiste, affronter l’ambigüité des regards et des sentiments au quotidien.

Je crois qu’un homme qui vous aime lorsque vous êtes déguisé en femme ne sera pas forcément le compagnon idéal. Et celui qui vous aime en garçon ne verra pas toujours d’un bon œil que vous vous chaussiez vos talons hauts le soir pour travailler. Il va craindre pour sa réputation, sa virilité. Il y a aussi ceux qui sortent avec vous et qui rêvent secrètement d’être à votre place. Petit à petit ils se transforment, c’est étrange. Ce n’est vraiment pas évident de vivre une relation équilibrée dans cette situation. Mes anciens collègues vous le confirmeront je crois.

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Le garçon en talons hauts - 34

Publié le par Adrien Lacassaigne

Au début des années « 90 », je suis donc installé confortablement à Bormes-les-Mimosas. Au Flamenco, où je travaille, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Je me laisse porter par le flux de la vie avec toutefois, il faut bien le dire, un goût d’insatisfaction. J’ai de temps à autres des flashs de lucidité où là, j’ai comme la sensation de me noyer petit à petit. A l’issue d’une soirée trop arrosée à Saint-Tropez, je vais prendre une décision.

Final Flamenco - 1989

Final Flamenco - 1989

Nous sommes fin octobre, je suis en virée avec des amis, nous faisons la fête au « Papagayo ». A un moment très avancé de la nuit, je vais être submergé par une singulière émotion. J’en ai marre de danser, marre de boire, marre de tout. Je me dirige vers la sortie pour prendre un peu l’air. J’ai envie de marcher. Vers la droite, c’est le quai Gabriel Péri, il y a des fêtards en goguette devant chez Sénéquier, je vais prendre à gauche. Je me dirige vers les parkings qui sont à l’entrée de la commune. L’endroit est désert à cette heure et surtout en cette période de l’année. J’avance sans but, je m’éloigne de la fête. Je me retourne un instant, personne ne me suit. Mes amis ne se sont pas aperçus de ma disparition. La route est libre. Inconscient des 35 Km qui me séparent de chez moi, je rentre à pied à Bormes-les-Mimosas. Me voilà sur la route de Cogolin, les jambes comme téléguidée et la tête en vrac. Je suis perdu dans un tourbillon de pensées négatives, une sinistre randonnée.

Le garçon en talons hauts - 34

Je ne sais pas quelle heure il est quand j’ouvre les yeux. Je ne reconnais rien autour de moi. Je suis complètement dans les vapes, j’ai à peine la force de me poser la question, où suis-je ? La réponse ne va pas tarder. Une infirmière entre dans la chambre et me dit sans ménagement :

-Ah, vous êtes réveillé !
Je suis sans voix, qui est-elle et qu’est-ce que je fais ici ? C’est le trou noir total. L’infirmière me demande :

-Comment allez-vous ?

Je lui réponds difficilement :

-J’ai mal à la gorge et là…

Je lui montre ma poitrine.

-C’est normal, c’est le lavage d’estomac.

Elle me regarde avec un petit sourire et me lance avec malice :

-Vous faites moins « le malin » que lorsque vous êtes sur scène hein ! Reposez, vous.

L’infirmière sort de ma chambre, je cherche à me souvenir mais rien ne vient. Un lavage d’estomac pour quelques whiskys de trop, je me dis qu’ils y vont fort ! Après m’être endormi de nouveau quelques heures, je retrouve l’infirmière à mes côtés. Elle me regarde avec compassion et me dit :

-Ce n’est pas bien de faire cela vous savez, vous nous avez fait peur.

-Je suis désolé, je ne me souviens pas. Où suis-je ? Que s’est-il passé ?

- Vous êtes à l’hôpital d’Hyères. Vous avez fait une bêtise. Les pompiers vous ont trouvé chez vous dans un coma très avancé.

"Désanchantée", au Flamenco !

"Désanchantée", au Flamenco !

Je suis totalement bouleversé par ce qu’elle me dit, je ne trouve pas les mots.

-Il ne faudra pas recommencer, j’aime bien venir vous voir au Flamenco !

Me lance la dame en blanc. Je lui réponds :

-Je sais, j’ai beaucoup trop bu…

-Vous avez surtout absorbé une dose déraisonnable et dangereuse de benzodiazépines!

Merde alors ! Emporté par le tourbillon de la déprime, pour la seconde fois, j’avais essayé d’en finir. J’avais vidé mon tube de Rohypnol !

Petit à petit les images reviennent, Saint-Tropez, la route…Et puis plus rien, le désert.

Que s’est-il passé entre ma sortie de la discothèque Tropézienne et cette chambre de l’hôpital d’Hyères ? Il faudra écouter les uns et les autres pour essayer de reconstruire le puzzle de la soirée. Mes amis me diront qu’ils ne m’ont pas vu partir. Un autre me dira qu’il m’a trouvé sur la route. J’errais comme une âme en peine. Avec sa voiture, il m’aurait déposé chez moi. Un ami me dira que je lui ai téléphoné dans la nuit, mes propos étaient incohérents, inquiet, il a prévenu une amie. Elle, elle a alerté les pompiers. Cela s’est probablement passé de cette façon. Dans tous les cas, je suis vivant, dans un état pitoyable, mais vivant. Le contraste est saisissant entre l’artiste arrogant qui brille tous les soirs sur scène et ce pauvre type si seul, si lâche et si fatigué. Où sont passés mes rêves de Comédie Française ?

Le garçon en talons hauts - 34

Il va falloir sortir de l’hôpital très vite. La « TS » d’un travelo alcoolique n’intéresse pas grand monde. Je ne verrai ni médecin, ni psychologue. On me fait comprendre que l’on a besoin du lit pour un vrai malade !

Je n’ai pas voulu prévenir ma famille en Belgique et encore moins mes collègues artistes. Dans mon esprit l’incident est clos.

J’ai eu de la chance. Des gens que je ne connaissais pas il y a un an, se sont occupés de moi comme si j’étais un membre de leur famille. Chantal et Jean-Paul, pour ne citer qu’eux, ont tout fait pour me redonné goût à la vie. Ils ont joué les psys à leurs façons. Quoi de mieux pour remettre un vieux cabot comme moi sur les railles que de lui dire sans cesse qu’il est un artiste extraordinaire ? Je n’avais pas d’autre alternative que de les croire !

Je n’ai pas pris au sérieux cet épisode dramatique, j’ai mis cela sur le dos de l’alcool. J’ai très vite oublié cet incident pour me remettre au travail.

De toutes manières, il fallait que je me prépare pour la saison d’hiver.

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Le garçon en talons hauts - 33

Publié le par Adrien Lacassaigne

Evidemment en me souvenant de cet épisode et en le couchant sur le papier vingt cinq ans plus tard, l’incident me semble terrible. Mais à l’époque je ne me rendais absolument pas compte, j’étais comme anesthésié par la vie que je menais. J’étais incapable d’éprouver un sentiment amoureux réel. A l’exception de l’euphorie hystérique que je perpétrais le soir sur scène, dans la vie je n’éprouvais ni grande joie ni immense peine.

Par la suite, un autre petit jeune homme m’a fait un brin de cour. Il était serveur saisonnier à l’hôtel de « La Calanque » au Lavandou. Vous noterez que j’ai beaucoup donné de ma personne pour détendre le personnel hôtelier après leurs longues journées de travail !

Quand je dis qu’il me faisait un brin de cour, il serait plus juste de dire qu’il se cherchait !

Stéphane venait d’avoir 18 ans…

Si j’en parle c’est pour vous raconter cette indiscrétion rigolote. Un soir, il me dit :

-Je vais me coucher, quand tu auras fini le spectacle si tu veux venir me voir, n’hésite pas, je laisse la fenêtre de ma chambre ouverte, c’est la quatrième en partant de la gauche.

Le personnel de cet hôtel était logé à un entre sol. Ils étaient deux par chambres. Les petites fenêtres de leurs pièces donnaient directement sur les jardins de l’établissement, au niveau des parterres de fleurs.

Vers quatre heures du matin, après avoir réduit copieusement les réserves du bar du Flamenco, je me suis dis, pourquoi ne pas rejoindre mon mignon avant d’aller me coucher ?
Je me suis dirigé vers l’hôtel. Je suis entré par les jardins qui étaient encore plongés dans l’obscurité. J’ai trouvé les fameuses fenêtres, je les ai comptées jusqu’au moment où je suis tombé sur la quatrième qui était en effet entre-ouverte ! Je me suis infiltré à l’intérieur de la pièce avant de me glisser dans le noir, sous les draps du petit gars qui semblait m’attendre ! S’en est suivi un gros câlin, quoi qu’un peu rapide vu mon état ! Je m’apprêtais à me rhabiller et à rentrer chez moi. Tout semblait normal si ce n’est le regard soudain du garçon avec qui je venais de m’étreindre. Il me dit discrètement :

-Tu venais voir Stéphane ? C’est le lit d’à côté, il dort !

OUPS !

Le garçon en talons hauts - 33

Ces histoires m’amènent à me poser de nouveaux les deux questions essentielles de ce livre. Me suis-je trompé ? Etait-ce si grave que cela ?

De coucher avec un garçon différent tous les soirs…vous trouvez cela grave ? Pas moi et franchement si c’était à refaire, je n’hésiterais pas une seconde. Jeune, j’en ai vécu de superbes parties de jambes en l’air et je ne regrette absolument rien n’en déplaise aux béni-oui-oui coincés d’où vous savez.

En revanche, en dehors de l’aspect sexuel, me suis-je trompé en vivant de la sorte ? La réponse me semble : Oui.
Il m’a fallu du temps pour comprendre ce qui n’allait pas chez moi. Je me risque à une analyse qui vaut ce qu’elle vaut.

Tous les soirs, je prenais le micro pour faire ce que l’on appelle dans notre jargon de métier « le direct ». Dans un spectacle transformiste, très souvent après une ouverture collégiale, il y a généralement un artiste qui prend le micro pour discuter un peu avec le public. C’est un exercice périlleux, souvent un bras de fer avec les spectateurs qui ne souffrent pas la moindre faiblesse de la part de celui qui est en charge de cette performance.

Lorsque j’ai débuté la tournée avec les Hirondelles, je me souviens de notre premier soir dans une discothèque gay. Un des serveurs m’avait dit :

-Ils adoraient l’ancien présentateur, tu vas morfler ma grande !

Lorsque j’ai empoigné mon micro après l’ouverture, je me suis adressé sans détours au public en leur disant :

-Bien, il parait que mon prédécesseur était formidable… Je vais donc forcément être très mauvais, alors je vous propose que l’on ne perde pas de temps. Allez-y insultez-moi tout de suite ! Lâchez-vous dès les premières minutes, cela va vous faire du bien…Vous pouvez crier: « A poils travelot » etc.! Je vous écoute…

Je me suis tu et j’ai attendu. Inutile de vous dire que je n’en menais pas large. Rien, rien n’est venu à l’exception de quelques rires. Certains ont même applaudi ! Je me suis dit, c’est gagné. Maintenant il fallait que je leur en donne pour leur argent. Ma « réputation » était en marche.
Ce que le public voulait c’était que je sois percutant, incisif, et même avouons-le un peu méchant avec celui que je désignerai comme ma tête de turc ! J’avais il faut bien le dire certaines facilités dans le domaine. Tous les soirs, les spectateurs attendaient de moi que je dise des horreurs. Le texte n’étais pas écrit, c’était de l’improvisation totale. Je prenais la première personne qui attirait mon attention et je lui disais les pires choses, ensuite je passais au suivant. Abrité derrière mon micro, la nuit, la méchanceté était devenue une seconde nature. Le public riait aux éclats de cette pauvre fille à qui je faisais remarquer devant tout le monde qu’elle avait les cheveux très gras…La perfidie au micro était ma spécialité, je suis même devenu un expert en la matière. C’est d’autant plus moche qu’il ne faut aucun talent pour cela, c’est donné à tous le monde d’observer et de commenter sans tabou ce que l’on voit. « Tu es mal habillée ! C’est quoi ces fringues ? Des vieux rideaux ? », « Tu sens mauvais de la bouche coco ! », « C’est une fille où un garçon ça ? » Je me demande encore aujourd’hui comment je ne me suis jamais pris une gifle ou un coup de poing dans la gueule en direct ?

Il faut dire que le micro est une arme redoutable !

Le garçon en talons hauts - 33

Alors après quelques années, je n’ai plus fait la différence entre la nuit et le jour. J’étais tous le temps à l’affut du bon mot, de la réplique qui tue. Je donnais mon avis sur tout et sur tout le monde, peu importe que j’ai tort ou raison, peu importe que cela blesse gratuitement mon sujet. Plus ça faisait mal plus j’étais fier de ma réplique ! Le personnage sordide que j’étais devenu, était aussi mon fond de commerce. Je n’avais même pas conscience de faire du mal, c’était mon travail, et j’étais très bien payé pour cela. J’aurai trouvé ma place dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale !

Comme le disait Martin Luther King ; « Pour se faire des ennemis, pas la peine de déclarer la guerre, il suffit juste de dire ce que l’on pense… »

Des « ennemis », j’en ai eus plus que de raison

Très jeune, j’étais un garçon réservé, très timide. Les transformistes de grand talent que j’ai rencontrés m’ont appris l’audace, l’insolence et l’évasion. C’est à eux que je dois ma liberté d’esprit.

Je dis toujours ce que je pense, mais aujourd’hui seulement si on me demande mon avis et toujours en respectant mon interlocuteur.

Ce n’est pas facile tous les jours, les gens ont tellement envie d’entendre ce qu’ils veulent entendre. Tenez par exemple, je déteste qu’un artiste me demande à l’issue d’un spectacle :

-Alors, tu as aimé ?

Si c’est oui pas de problème, et en général il n’a même pas le temps de me le demander. Mais si je n’ai pas aimé, il ne m’est pas possible de mentir, je dois m’en sortir avec une pirouette qui ne le blesse pas. De grâce amis artistes, ne demandez-jamais après un spectacle, à qui que ce soit si votre prestation a plu. Laissez venir à vous les louanges sans prendre vos spectateurs en otage !

Etre honnête et ne pas être méchant c’est devenu une équation quotidienne, presque un réflexe chez moi aujourd’hui. Le monde n’a pas besoin de fourberies gratuites en plus de son lot d’horreurs quotidiennes qu’il nous livre.
Je n’ai de leçon a donner à personne. Les gens s’en fouttent de ce que je pense et ils ont bien raison. Pourquoi vouloir à tous prix dire à cette amie qui semble si heureuse de poster sur Facebook des photos d’elle si jeune et si épanouie… Ma chérie, tu devrais arrêter la chirurgie esthétique. Je le pense bien entendu, mais si elle se trouve belle comme cela, qui suis-je pour donner mon avis. Elle ne m’a rien demandé !

Ce n’est pas à moi à rappeler à cet homme qui se répand en déclarations enflammées envers son épouse via Facebook, qu’il la trompe à tout vas avec des hommes très jeunes ! Je ferme ma gueule !

Bien entendu, cela m’agace toujours un peu quand les gens trichent, trompent et mentent autours de moi, mais je me calme très vite. Ce que font les autres de leurs vies ne me regarde pas. En revanche, si vous me demandez mon avis dans l’intimité, je refuse depuis des années de jouer au jeu de l’hypocrisie, vous êtes prévenus.

Improvisation au micro avec Maxine de Villeneuve.

Improvisation au micro avec Maxine de Villeneuve.

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Pauvre Pascale...

Publié le par Adrien Lacassaigne

Je voudrais quand même dire à Pascale Clark, qu’entre le métier de journaliste qu’elle ne semble plus exercer et celui de « DJ » qu’elle a choisi, il existe le métier « d’animateur radio » ! N’en déplaise à cette dame nous sommes très nombreux à exercer ce métier à Radio France. Parfois même dans des conditions bien plus délicates et avec autant d’efficacité ! Nous ne pleurnichons pas pour autant après une « carte de presse ».

Pauvre Pascale...

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