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Le garçon en talons hauts - Chapitre 8

Publié le par Adrien Lacassaigne

1974.  Depuis toujours ma famille prend ses quartiers d’été en Corse mais cette année, fini l’île de beauté, les vacances familiales se passeront au Cap d’Agde.  C’est une nouvelle destination très à la mode cette année là.  Un Cap d’Agde, je le précise, qui n’était pas encore une capitale libertine.  Parmi les amis de mes parents, que nous retrouvons sur place, il y avait un couple de messieurs, Robert et Jean-Marie.  Ils étaient fourreurs à Paris et habitaient un coquet pavillon bourgeois en proche banlieue.  Ils n’étaient pas discrets lorsqu’ils se promenaient avec leurs deux magnifiques grands chiens, un lévrier afghan et un danois.  Je vous parle de ces messieurs car vous allez bientôt comprendre leur rôle dans ma découverte de l’univers des transformistes.  Qui plus est, des années plus tard lorsque j’ai vécu pour la première fois en couple, nous avons mon compagnon et moi adopté un lévrier afghan et un danois, les parisiens m’avaient apparemment inspiré.  L’été au Cap d’Agde, nous vivions au rythme de la plage, des apéritifs, des bons restaurants, et des boîtes de nuit.  Le club le plus branché s’appelle “Le Boa” au château de Maraval.  Mes parents et leurs amis y vont régulièrement mais sans « les jeunes », donc sans moi.  Dans cette discothèque, vers une heure du matin, ils présentaient un spectacle.  En me racontant sa soirée, papa me dit qu’il y avait une superbe fille blonde, une allemande, qui interprétait dans le show un très joli numéro visuel avec des voiles blancs.  Mes parents savent que j’aime l’univers du spectacle, ils m’invitent à les accompagner la prochaine fois qu’ils iront danser.

 

            - Tu devrais aimer, me dit mon père !

 

Le grand soir arrive, telle l’ado gracieux que je suis, je m’habille tout de blanc pour mettre mon bronzage d’été en évidence.  J’ai une allure à la « Patrick Juvet », c’est d’ailleurs le grand succès de cet été : « Où sont les femmes ? ».
Le Boa était un haut lieu de la vie nocturne avec des spectacles à vous couper le souffle.  C'était une boîte à la clientèle bigarrée, homo, hétéros, et « les autres ».

 

A mon arrivée je découvre la créature décrite par mon père sur le pas de la porte.  La sœur cadette de Marlène Dietrich !  Elle est parfaite, la plus féminine de toutes les femmes de notre entourage mais quelque chose me dit que cette dame a une particularité qui a dû échapper à papa.

Elle est mystérieuse, très grande, très généreuse, et puis il y a cette coiffure si blonde, si parfaite.  On la croirait sortie tout droit du magazine « Ciné Revue ».

Et c’est à cet instant que j’entends une personne qui se trouve à mes côtés, glisser à son voisin, dans le creux de l’oreille, comme une révélation scandaleuse et frivole :

 

            - C’est un homme !

 

Je viens de rencontrer le premier travesti de ma vie, c’est fascinant!  Elle s’appelle “Ronny Rolls”.

Papa avait raison sur un point, elle faisait un magnifique numéro avec des voiles blancs.

 

Ronny Rolls AKFront

 

Le hasard a voulu que des années plus tard, j’ai été engagé au “Club 7” à Cannes à ses côtés.  Au premier soir de notre contrat, un peu intimidé, je lui déclare mon admiration.  Je lui raconte ma soirée au « Boa » il y a plus de dix ans avec mes parents.  A l’époque lui dis-je, vous faisiez un numéro époustouflant avec des voiles blancs.  Qu’elle ne fut pas ma surprise de l’entendre me répondre quelque peu piquée:

 

            - Mais je le fais toujours chéri, je le fais ce soir d’ailleurs !
J’ai passé d’excellents moments avec cette artiste exquise qui fut ma première révélation.  Sur scène c’était une grande professionnelle, la nuit elle était une vraie reine, elle a gagné des fortunes paraît-il.  En revanche, la journée elle était méconnaissable, il y avait vraiment deux personnages en un.

 

Aufmacher

Photo : Ronny Rolls 2014.

 

Pour en revenir au Cap d’Agde et au “Boa” en réalité le show présenté était un spectacle de transformistes, vous l’aviez peut-être compris.  A l’époque, on disait encore « spectacle de travestis », ensuite on a aussi dit « Drag Queen », aujourd’hui « de transformistes », et demain ?

 

J’étais fasciné par ces premiers artistes si étranges que je rencontrais, ils s’appelaient : Sabrina de L’Alcazar de Paris, Al Palace, Brandy Alexander, Claudia Benz, Clef...des noms qui sonnaient comme mystère, excentricité, magie.

 

En journée j’avais repéré l’endroit, éloigné de la foule où ils venaient à la plage.  J’allais souvent les observer discrètement en faisant semblant de me promener le long de la mer.  J’en faisais de même le soir devant les terrasses des bars où ils prenaient l’apéro, dans les restos où ils dinaient.  En faisant semblant de rien, pour qu’ils ne me remarquent pas, j’examinais leurs moindres gestes.

 

C’était troublant de considérer durant la journée ces drôles d’oiseaux déplumés hors de leur nid.  Ils m’intriguaient mais sans vraiment savoir pourquoi.

 

Si j’avais su à ce moment précis qu’un jour, je ferais moi aussi partie de cette volière.  J’ai eu la chance de travailler avec presque tous, plus tard.  Mais je ne leur ai jamais raconté ça.
Durant les années qui suivirent, je suis très souvent retourné au « Boa ».  Il m’est même arrivé de faire l’aller-retour Belgique/Cap d’Agde, rien que pour y voir le spectacle.  Ils avaient des idées incroyables, ils étaient en avance sur leur temps.  Ils étaient les enfants de Jean-Marie Rivière.

 

Mon grand regret est de n’avoir jamais travaillé au « Boa » en tant qu’artiste à part entière, j’y ai juste gagné un concours « d’Amateurs » avec mes amis Sophie, Philippe et Pinky.  Une soirée « tremplin » comme on disait à l’époque.

 

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Photo : Sur la scène du Boa, Philippe, Sophie, Pinky et moi.

 

 

J’étais troublé par ces artistes du « Boa » mais en même temps, je redoutais l’approche des gens comme Sabrina de l’Alcazar qui dirigeait le spectacle.  Dans ces années-là, j’étais un peu timoré, eux ils étaient d’une extravagance redoutable.  Ils fumaient pétard sur pétard, moi, je n’avais jamais touché un joint, j’avais peur de passer pour un effarouché.  A l’époque, je m’écrasais devant les grandes-gueules.  Mais quel concentration de talent, prenez Sabrina, des artistes comme elle, j’en ai croisés très peu.  Je n’ai pas le culot de prétendre avoir été un de ses amis, je n’ai peut-être échangé que quelques phrases avec elle.  D’ailleurs dois-je dire elle ou lui ?  Sabrina avait eu plusieurs vies.  Je me souviens des numéros et des tableaux extraordinaires que cet artiste créait, c'était époustouflant !

 

Je sais qu’il est décédé, j’espère que les transformistes d’aujourd’hui n’oublieront jamais son nom.
La jolie Marie-France, elle aussi de l’Alcazar faisait souvent partie de la distribution.  Il y avait aussi une autre jeune diva « Clef » qui plus tard choisira de s’appeler « France Stratton ».  Elle est d’une beauté, d’une intelligence et d’une gentillesse infinie.  Lorsque certain de mes amis peu versés dans le milieu me disent qu’ils reconnaissent toujours une femme « différente », je leur montre des photos de « France » et là ils me traitent de menteur.

 

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Photo : France Stratton.

 

 

« Al Palace » était un transformiste un peu différent des autres, je ne l’ai, par exemple, jamais vu en femme.  La particularité de ses numéros venait de là.  Il avait peut-être les plus beaux yeux maquillés qu’il m’ait été donné de croiser dans ces années-là.  Il se choisissait des numéros singuliers comme la chanson de Lou Reed, "Walk on the wild side", des performances audacieuses !  Si je me souviens bien, son prénom était Serge, un garçon discret, presque timide dans la vie.  Même s’il est venu de temps en temps chez moi à la maison lorsque j’habitais Bruxelles, nous n’avons pas beaucoup échangé, je le regrette.  Il était tellement en avance sur moi, mais trop souvent sous l’emprise de cette « fumée d’amour » qui faisait que toute communication était impossible avec ceux qui ne fumaient pas.  En écrivant ces lignes je décide de faire une petite recherche sur Google le concernant, eh bien je n'ai rien trouvé, absolument rien, pas un article, pas une photo.  Mon ami Raphaël, qui est la mémoire de notre métier et dont je vous parlerai plus tard, m’a confirmé qu’il était décédé tragiquement et qu’il reposait au Maroc.  L’emprunte numérique d’Al Palace est pratiquement inexistante, ces quelques lignes étaient donc essentielles.

Monsieur « Al Palace » était un prince.

 

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Photo : Serge, alias Al Palace.


Le Boa, l’été était un endroit captivant, mais avec le recul aujourd’hui je me rends compte d’une autre réalité.  Tous ces artistes travaillaient pour beaucoup avec Jean-Marie Rivière à L’Alcazar de Paris.  Ils avaient probablement trouvé là une façon de passer à bon compte des vacances sur la côte, une sorte de congés payés non négligeables. 

Ils ont été mes premières découvertes du monde des transformistes, ils m’ont fasciné.  Je dois avouer que j’ai eu de la chance de découvrir ce métier à travers eux, ils étaient probablement ce qui se faisait de mieux à l’époque.

 

Ce n’est pourtant pas lors de ces premières vacances au Cap d’Agde avec ma famille que j’ai décidé de devenir transformiste.  C’était impossible pour moi d’imaginer faire partie de cette corporation.  Il n’y avait aucun débutants dans leur équipe, personne à qui demander un conseil, ils étaient tous tellement parfaits et talentueux.  Parfois même, ils donnaient l’impression d’être conscient de leur éclat et s’efforçaient de préserver leur personnalité.  Etaient-ils timides au point de ne pas assumer véritablement leurs différences ou avaient-ils compris qu’ils n’avaient rien à partager avec les gens ordinaires ?  Je ne sais pas, mais toujours est-il que je n’aurais jamais osé les aborder.  C’est un peu comme si aujourd’hui une gamine croisait Lady Gaga et lui demandait :

            -Dis-moi Gaga, comment on devient une chanteuse comme toi ?

 

Mais alors quand suis-je devenu transformiste ?  Patience, nous y arrivons.

 

Quittons l’Hérault pour revenir en Belgique.

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Le garçon en talons hauts - Chapitre 7

Publié le par Adrien Lacassaigne

En 1974, j’ai l’âge de toutes les espérances, tous les désirs, toutes les fausses évidences aussi.

 

Vous l’aurez noté, je n’ai toujours pas enfilé une robe.

 

Ah si, je vous l’ai dit, petit, très petit vers les quatre ou cinq ans je me déguisais avec tous les bouts de tissus qui trainaient.  Une nappe devenait automatiquement autour de ma taille une robe espagnole et une serviette de table se changeait vite en turban sur ma tête, façon « Garbo », c’était plus fort que moi.  Mais ces jeux d’enfants, qui n’inquiétaient du reste personne, ont cessé vers mes huit ou neuf ans.  Dans le Nord de la France et en Belgique, les hommes se déguisent facilement en femmes pour « Mardi Gras », je ne faisais pas exception à la règle.  Vers quinze ans, j’avais enfilé une robe de nuit pour le carnaval et coiffé de la perruque de ma mère, j’avais remporté le premier prix du concours de déguisement !  (Oui, en 1970 ma mère avait une perruque ! C’était la mode parait-il !). 

Beaucoup de garçons changeaient de sexe le temps de la cavalcade, il n’y avait donc rien d’exceptionnel à cela, du moins rien qui puisse éveiller des soupçons d’ambigüité !  Je ne connaissais rien de l’univers des transformistes de spectacle, personne autour de moi n’y connaissait rien.  Même le mot m’était étranger.  Pourtant dans la capitale belge, depuis 1969, rue des Princes, sur le coté du Théâtre de la Monnaie, un certain Guy Finnet, lui aussi originaire de Charleroi sévissait déjà avec grand talent sous le pseudonyme de la « Grande Zoa ».


Lorsque j’étais étudiant à Bruxelles, l’important c’était de danser et de flirter dans les boîtes disco à la mode, d’écouter Gloria Gaynor, Donna Summer, Barry White...  Quelqu’un m’aurait proposé une soirée dans un « Cabaret », j’aurais certainement trouvé ça totalement désuet.  Je découvrais la vie la nuit, l’alcool et le sexe ! 

Je passais mon temps à tester mes pouvoirs de séduction, à charmer un maximum de monde.  C’était mon divertissement quotidien, je partais à la chasse aux histoires.  La rue était devenue ma nouvelle scène.  Je vivais chaque aventure comme une expérience théâtrale ou cinématographique.  Je ne m’intéressais pas aux garçons ordinaires de mon âge, non, il me fallait des scénarios extraordinaires.

 

Comme cette liaison avec ce jeune réalisateur de cinéma déjà très en vogue.  Vous vous imaginez peut-être qu’un rôle à la clef d’une de ses productions devait me séduire, eh bien pas du tout.  Jamais je n’y ai pensé.  Ce qui me plaisait c’est qu’il était marié à une actrice magnifique.  Je vivais en plein « Feydeau ».

 

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 Photo : Celle-ci fut prise par lequel réalisateur.

 

 

Ou encore ce séduisant inspecteur de police judiciaire, j’adorais passer mes bras autours de sa taille et sentir son arme de service dissimulée sous son blouson.  Je vivais en plein « James Bond ».

 

Plus tard avec monsieur le Ministre, je m’imaginais plutôt dans la distribution du film : « Des Hommes d’Influence ».

 

Jamais je ne tombais amoureux, ce sentiment n’étais pas au programme, j’entrais dans la peau de divers personnages, je vivais des situations insolites, je traversais des univers improbables. 
Me suis-je trompé ?

On pourrait penser que oui, il n’en est rien.

 

Cette période de ma vie m’en a tant appris sur la nature humaine que ce fut une précieuse leçon.  Je me perdais peut-être dans des vies imaginaires mais je découvrais de quoi les hommes étaient capables.  J’apprenais certains codes, ceux du pouvoir, du mensonge et de la frustration.  Rien ne m’intéressait d’avantage que de vivre une autre vie que la mienne.  C’est à ce moment que j’aurais pu prendre conscience que cet attirance pour les métamorphoses me menait droit vers l’hôpital psychiatrique ou vers une carrière d’acteur.  Hélas, je ne pensais pas une seconde à l’avenir, mais qui y pense à dix-huit ans ? 

 

Je mettais toute mon énergie à vivre des situations loufoques et parfois même dangereuses.  Décider par exemple de passer la nuit sur un banc public dans un square et me réveiller au petit matin dans le lit d’un étudiant en médecine…

 

Je m’éloigne de tout ce qui est banal.  Sensation de vide, d’ennuie, d’incompréhension.  Mes prestations sur scène se sont estompées petit à petit évidemment. 
Mon père me présente un jour une amie à lui, elle est comédienne.  Pour notre petite ville de Charleroi, c’est une excentrique.  Cette femme, Monique Daubresse, elle s’intéresse à moi.  Elle me trouve original et surtout elle a une idée derrière la tête.  Sa troupe de théâtre manque cruellement de jeunes recrues, elle me propose de les rejoindre. 

 

Mes études d’architecte ne m’intéressent pas du tout et mon copain de classe, le beau Christian roucoule dans les bras d’une jolie luxembourgeoise.  Monique va réussir à me convaincre.  Je quitte Bruxelles à regrets mais c’est pour retrouver l’odeur des planches et cette fois sans être obligé de me farcir des heures de « plié - tendu » à la barre des studios de danse.

 

Je vous dois la vérité, à cette époque-là, ce n’était ni une révélation, ni une vocation pour moi, le théâtre.  J’aimais le lieu, la scène, les coulisses, les loges mais je me souciais peu de l’art.  Vous m’auriez fait jouer n’importe quoi tant que j’étais sur scène.

 

Dans mon esprit je deviens comédien!  Pardonnez-moi Jean-Baptiste !

 

Me suis-je trompé ?  Peut-être pas.

Je dois donc mes premières belles émotions de théâtre à Monique et à la troupe des « Comédiens du Rail », (la troupe du chemin de fer Belge !).  Mon premier rôle fut celui du fils dans « Le Don D’Adèle », la pièce de Barillet et Grédy.  Je n’avais jamais suivi de cours d’art dramatique mais je ne ratais jamais les représentations des pièces à succès lors des tournées « Karsenty ».  Les plus grands comédiens du moment débarquaient à Charleroi au théâtre de L’Eldorado, le temps d’une soirée.  Par chance mes parents avaient un abonnement et ils m’emmenaient avec eux.  J’adorais ces soirées, les femmes s’habillaient en robes longues comme pour une première à l’Opéra.  Le spectacle était dans la salle et sur scène où nous applaudissions les dernières créations parisiennes.  J’y ai vu Claude Riche, Jean Le Poulain, Marthe Mercadier, Jacques Charon, Robert Manuel, Maria Pacôme, Jean Piat et Robert Hirsch bien entendu.  Sans le savoir ils étaient mes premiers professeurs, je ne ratais rien de leur jeu, j’enregistrais leurs moindres gestes.  Et c’est tout naturellement que je reproduisais cela dans « Le Don d’Adèle ».

 

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 Photo : Les comédiens du Rail - Le Don d'Adèle. Mise en scène André Ackerman. Chantal Barbier (en noir sur la photo jouait Adèle) je suis au centre, à mes côtés Monique Daubresse (en rouge).

 

 

Une chose m’empêche quand même de garder un bon souvenir de cette période et de Monique.  Elle était la maîtresse de mon père et je les rendais tous les deux responsables de l’effondrement de ma cellule familiale.  Et si elle s’était servie de moi pour se rapprocher encore d’avantage de lui ?  Cette question m’a longtemps troublé.

 

Me suis-je trompé ?

 

Je crois que oui, il ne faut pas mélanger les affaires de cœur de mes parents et mes propres émotions.  J’aime profondément ma mère et j’ai du respect pour la mémoire de mon père mais Monique Daubresse a été une personne marquante pour moi, le nier serait injuste.
Dans mon esprit, je le sais maintenant ma vie est sur scène.  Je vais enchainer les pièces de théâtre et je vais même continuer à danser un peu.  Je ne collabore évidemment plus avec le ballet Royal de Wallonie.  J’ai quitté les cours de danse et je suis techniquement d’un niveau beaucoup trop faible.  Mais je suis toujours danseur au Palais des Beaux-arts.  Il y avait une autre compagnie, les artistes qui se produisaient dans les opérettes, je vais les rejoindre. 

 

operette.jpgPhoto : Dans le foyer du Palais des Beaux-Arts de Charleroi

 

Je monte également des tas de spectacles avec des amis, dans le cadre par exemple d’une maison des jeunes et de la culture, la « M.J.T ». 

 

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 Photo : A la M.J.T avec Françoise Vigneron et Enrico Césari (de dos malheureusement)

 

Eden-avant-centre-culturel-regional.jpgPhoto : Salle de l'Eden (avant qu'elle ne devienne Centre Culturel de Charleroi). Avec Dominique Courbot.

 

J’avais de toute évidence des facilités, un certain don pour le spectacle, mais j’étais d’une insouciance rare.  Je passai d’un projet à un autre sans jamais prendre le temps de parfaire ma technique, de peaufiner mes interprétations. 

Je suis persuadé que mon heure de gloire sonnera forcément un jour, c’est indiscutable !  Et voilà de nouveau la question récurrente : me suis- trompé ?

 

Oh que oui, je n’ai absolument pas pris conscience qu’il fallait travailler beaucoup pour servir son art, quel qu’il soit.  Je n’ai pas été suffisamment entier, honnête et travailleur et je n’ai malheureusement croisé personne sur ma route pour me le faire remarquer !  Ces années-là, j’ai gaspillé mes dons futilement et irréversiblement.

 

Je crois que si aujourd’hui je croisais le garçon que j’étais à l’époque, je n’aurais pas vraiment de sympathie pour lui.

 

Je ne suis toujours pas transformiste.

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Le garçon en talons hauts - Chapitre 6

Publié le par Adrien Lacassaigne

Je devais avoir environ 14 ans lorsque je me suis inscrit au Conservatoire Royal de danse classique de Charleroi en Belgique.  Durant des semaines je suis passé et repassé devant cet austère bâtiment situé juste derrière le Palais de justice de la ville.  Un jour, j’ai pris mon courage à deux mains et, j’ai franchi les portes de l’école.  Les couloirs étaient remplis de gamines en « justeaucorps » roses qui me dévisageaient avec dédain, comme si je m’étais introduit dans le vestiaire réservé aux filles.  J’ai bien failli m’enfuir en courant, ces petits monstres me faisaient peur.  C’est à ce moment qu’une femme d’un certain âge m’a demandé très aimablement ce que je voulais.  J’ai bien entendu bredouillé quelques banalités avant de lui demander si le conservatoire était aussi ouvert aux garçons.  Si vous aviez vu le sourire de la dame !

Il y avait si peu d’adolescents mâles intéressés par cet art que m’on intégration fut presque immédiate.  Je me suis donc retrouvé deux à trois fois par semaine en cours de danse classique.  Au début je trouvais ça ennuyeux et humiliant car j’étais entouré de fillettes entre 6 et 8 ans.  J’ai pas mal bossé et très vite rattrapé mon retard.  Après une année, j’étais avec les filles de mon âge.  Etre élève-danseur au conservatoire avait pour avantage de participer aux spectacles du Palais des Beaux arts.  C’était un magnifique théâtre, siège du Ballet Royal de Wallonie, une grande compagnie dirigée par Anna Vos, une maîtresse femme.

Je ferai ma première apparition sur une grande scène dans le tableau dit « la chasse » du célèbre ballet « Gisèle » d’Adolphe Adam.  Les danseurs étoiles sont Ménia Martinez et Paolo Bortoluzi, moi je suis figurant, je ne l’oublierai jamais.
C’est incroyable de se retrouver sur cette immense scène, je suis oppressé, angoissé, un truc bizarre s’empare de moi, je ne sais pas encore que c’est le trac.  Je sens bien que ma place est là sur ces deux cents mètres carrés de planches, face à ces mille huit cents fauteuils rouges.  Je sens que ma vie est ici, au théâtre, c’est une évidence.

 

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Photo : La salle du Palais des Beaux Arts de Charleroi.

 

Les immenses coulisses grouillent de danseuses, de danseurs, de musiciens, d’habilleuses…

Les tutus, les guêtres de laine multicolores, les chaussons traînent partout.  Les gens de ma génération peuvent imaginer le feuilleton télévisé d’Odette Joyeux « L’Age heureux » qui faisait découvrir aux téléspectateurs les coulisses et l’ambiance de l'Opéra de Paris avec ses petits rats si particuliers.

Eh bien c’était tout à fait la même chose sans la vue sur les toits de Paris

 

Je suis chez moi lorsque je suis dans un théâtre. 

 

Toutefois, quelques temps après mes premiers pas sur scène, j’estime que les salaires des figurants sont trop minces.  Je vais le faire remarquer à la directrice et refuser de participer au spectacle à ce tarif-là.

Vous vous rendez compte, j’ai à peine 15 ans.  Si vous aviez vu sa tête !  Eh bien c’est incroyable mais j’ai obtenu une augmentation pour tous les figurants! Je ne suis pourtant devenu syndicaliste qu’à 50 ans !

 

Je le confesse, j'ai toujours été très pointilleux sur mes cachets d’artistes.  Jusqu’à mon dernier gala j’ai toujours refusé d’être mal payé.  Ou alors je me produis gratuitement pour faire plaisir à des amis ou soutenir une cause, là oui.
Je pense qu’en 1970, j’avais déjà compris certaines choses importantes du métier.  Tous mes sens sont en émoi lorsque je suis sur scène mais être danseur classique signifie, je le sais, une vie de sacrifices pour un salaire de misère, à moins d’être soliste ou étoile, et je sais déjà que je n’ai ni les qualités ni la volonté pour cela.  Ce sont des choses que l’on sent.

 

Je continue à suivre les cours de danse du conservatoire parce que cela me permet de rester dans la compagnie et de participer aux représentations, mais je sais déjà que je ne serai jamais un grand danseur.

En revanche, j’ai remarqué que mes yeux canailles et mes longs cheveux blonds plaisent beaucoup.  Dans les années qui suivront, mon aisance et mon grand sourire me permettront d’être constamment distribué dans des rôles de premier plan.  Le public ne regarde pas mes pieds mais ma tête, c’était important de comprendre ça.

 

Je pense avoir senti très jeune comment captiver un public.

 

En fin d’année scolaire du Conservatoire Royal de danse, il fallait se présenter à un concours et je détestais cela.  Pour moi ce n’était pas du spectacle mais de la compétition et je savais que je n’étais pas bon.  J’avais beau faire un grand sourire au jury, une pirouette ratée reste une pirouette ratée !  Le jour de l’examen, il a fallu qu’un de mes professeurs vienne me chercher à la maison pour être certain que je me présente à l’épreuve.  Pour une fois qu’ils avaient un garçon à présenter ils n’allaient pas risquer de le perdre.

 

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 Photo : Défilé de fin d'année du Conservatoire sur la scène du Palais Des Beaux-Arts de Charleroi. Je suis le seul garçon au centre!

 

 

 

Parallèlement à la danse classique, je continue des études traditionnelles mais sans éclat et sans passion.  Je suis élève à l’Athénée Royale de Charleroi.

 

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Photo : En 1972 à l'Athénée Royale de Charleroi. Je suis l'avant dernier à droite sur la photo. Amusant, à côté de moi se trouve mon ami d'enfance, Pierre Bolle. Il est aujourd'hui directeur du Palais des Beaux-Arts de Charleroi !

 


Je repense aux deux questions essentielles de ce livre.  Etait-ce si grave de vivre ces années d’études traditionnelles sans passion ? Me suis-je trompé ?

 

La réponse est oui.

 

On devrait mettre de la passion dans tout.  Je faisais un peu d’étude, un peu de danse, un peu de spectacle…

Je crois qu’il aurait été préférable de canaliser mon énergie sur un seul projet.  Me concentrer et me donner les moyens de progresser dans un domaine ou dans un autre plutôt que de rester moyen en tout. 

 

Sans vouloir rendre responsable qui que ce soit de mes échecs, j’ai peut-être manqué dans ces années-là d’un bon coach.  Une personne pour me dire :

            -C’est bien, fonce, vas-y, bosse mon garçon, crois-en toi !

 

Un autre défi me passe par la tête, je vais me présenter à l’examen d’entrée de l’Académie Royale des Beaux-arts de Bruxelles.

 

Une folie, car franchement je ne suis pas plus doué qu’un autre en dessin.  Je suis un jeune homme rêveur et un peu fantasque et j’imagine que je vais suivre le même chemin que le peintre René Magritte.  Il a étudié à l’Athénée de Charleroi comme moi.  En 1916 il intègre l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles, s’en suivra le succès !

 

L’épreuve d’admission dans cette école est assez compliquée.  Après avoir envoyé une lettre de motivation, si vous êtes présélectionné, vous êtes convoqué pour des tests artistiques.  Il faut alors réaliser deux dessins, une nature morte imposée et un dessin libre.
Les locaux de cette institution prestigieuse sont étonnants, de grandes salles poussiéreuses pleines de chevalets et de statues en tous genres qui servent de modèles aux dessinateurs en herbe ou qui auraient pu servir de décors au tournage du film de Ron Howard, le « Da Vinci Code ».  Je suis vraiment très intimidé. 

 

Sur des centaines de postulants, une vingtaine seront retenus.  Incroyable, je suis admis en section architecture ! En toute modestie je pense que le nouveau « Magritte » c’est moi.  L’art me va bien pensais-je, mais Bruxelles la capitale aussi !

 

Je serai pendant deux ans un élève de l’Académie Royale des Beaux-Arts médiocre, il faut bien le reconnaitre.  Je n’ai absolument pas conscience de la chance que j’ai d’être dans cette école et pire, je n’ai absolument pas envie de devenir architecte !

 

Me suis-je trompé ? : oui, et sans commentaire.

 

Je fais tous les jours la navette en train entre Charleroi et Bruxelles, je sens que ma vie change.  Je me suis éloigné de ma famille, des cours de danse et de la scène.  Pour me consacrer à mes études ?  Absolument pas, elles ne m’intéressent pas.  Je suis en pleine mutation : « ADOLESCENT » quelle période affreuse !

 

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Je sens bien que je suis différent des autres, mais pourquoi, comment ?  Je me cherche, vous l’aurez compris.  En 1972 très franchement « le spectacle » est devenu la dernière de mes préoccupations.  Ce qui m’intéresse c’est ce sentiment étrange qui nait en moi.  Pourquoi suis-je si troublé par exemple lorsque je regarde Christian A, mon camarade de classe ?  Il était d’une beauté sauvage incroyable, l’archétype de l’artiste.  Il ressemblait à Julien Clerc dans « Hair ».
Et lui que pense-t-il de moi ?

 

Ce n’est plus l’odeur du théâtre qui m’attire mais l’appel de la chair !

Un jour, Christian me propose de venir passer la soirée chez lui et d’y rester pour la nuit !  Imaginez tout ce qui a pu se passer dans la tête de l’ado que j’étais !

 

Je voulais absolument passer du temps avec lui.  J’ai dû ruser auprès de mes parents pour qu’ils me laissent découcher.  J’ai inventé que j’allais assister à un concert et qu’il n’y avait plus de train entre Bruxelles et Charleroi après minuit pour rentrer.  Un copain de classe se propose de m’héberger, le tour était joué…

 

J’avais, comment dire, vraiment « mal au ventre » lorsque je regardais Christian.  L’expression est idiote, je sais, mais c’était vraiment ça.  Alors imaginer mon état, en me retrouvant au lit à ses côtés !

 

Ce fut effrayant et céleste. 

 

Je viens de découvrir l’amour, celui qui bouleverse, qui illumine et qui fait mal.  Et maintenant je suis fixé, je suis différent !

 

Me suis-je trompé en passant la nuit avec Christian ?

Oh que non !

 

Etais-ce si grave de mentir à mes parents ?

Mais non, il faut mentir à ses parents pour grandir, pour apprendre et se tromper.

 

En 1972, Véronique Sanson chante « Amoureuse », moi aussi.

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Le garçon en talons hauts - Chapitre 5

Publié le par Adrien Lacassaigne

Ma sortie de scène, voilà c’est fait, mais il y a bien eu une entrée me direz-vous ?

Je n’ai évidemment pas la date précise de mon premier numéro de transformiste, ce n’est pas le genre de chose que l’on note dans un agenda.  Et puis comment savoir à quel moment je suis devenu transformiste ?

 

A 4 ans peut-être, alors que je métamorphosais instinctivement la nappe de la salle à manger de la maison familiale en somptueuse robe de princesse ?

 

Ou alors à 14 ans lorsque je participe à un concours de déguisement pour le carnaval et que je remporte le premier prix déguisé en fille ?

 

A moins que ça ne soit en 1978 lorsque j’imite Liza Minnelli pour des amis dans mon studio parisien le soir?

 

Je ne sais pas.

 

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Photo : En 1978 "Liza" pour les copains à Paris.  Je vais probablement regretter d'avoir publié cette photo !

 

Chacun, à sa guise en lisant ce qui va suivre définira à quel moment tout a basculé !

 

C’est très souvent que des jeunes gens plein d’ardeur et empressés de brûler les planches m’ont demandé comment devenir transformiste?  Il ne m’a jamais été possible de leur répondre.  Tous les professionnels que j’ai croisés se sont révélés dans ce métier de façons très différentes les unes des autres.  Je peux juste vous raconter la manière dont moi j’en suis arrivé là.  Comment, d’un garçon timide et réservé, on devient cette « créature parfois forte en gueule ».
C’est un métier que j’ai exercé pendant près de 35 ans.  J’ai bien dit « métier » car s’en fut un à part entière pour moi.  Nous ne sommes pas très nombreux à avoir embrassé cette carrière de façon professionnelle.  En France, chaque génération doit compter sur une centaine d’artistes, pas plus.  L’avantage c’est qu’en règle générale tous le monde se connait.  J’ai bien dit par « génération » car ayant quitté ce milieu depuis bien longtemps, il me serait impossible de vous dire qui sont les étoiles du moment.  J’ai bien lu quelques nom sur le web comme : Loona Joans ou Meryl J Ryse mais je ne les connais que par  photos.  Ils sont magnifiques d’ailleurs et osent des choses qui ne me seraient jamais passées par la tête.

 

Ceci-dit pendant « mes années » j’ai croisé suffisamment de beaux artistes que pour vous les présenter aussi, mes « collègues » :  Ceux qui m’ont marqués, ceux que j’ai admirés, ceux qui ne sont hélas plus là.

 

Un vrai métier, je l’admets, dont j’ai parfois eu honte aussi, mais un métier qui m’a nourri, je lui dois bien un petit livre.

 


Alors un transformiste, c’est quoi au juste ?

 

Imaginez-vous répondre à un officier d’état civil qui vous demande:

 

- Quel est votre métier?

 

Et vous de répondre:

 

- Transformiste.

 

Oups ! Vous comprendrez très vite qu’à ses yeux, ça ne veut absolument rien dire.  Il vaut encore mieux dire « intermittent du spectacle », vous éviterez les explications laborieuses, et pourtant dieu sait si je déteste cette appellation « d’intermittent du spectacle »!

 

Si vous êtes face à un fonctionnaire un peu urbain, vous risquez dans le meilleur des cas que l’on vous dise :

- Ah oui, transformiste comme Arturo Braghetti !

 

Vous me direz, il y a pire comme comparaison.  Arthuro est exceptionnel, c’est une vedette.  Il a utilisé l’art du travestissement et de la magie pour créer un spectacle unique au monde.  Ce n’est pas mon cas, mais bon, on peut dire :

 

- Oui, c’est ça comme Arthuro Braghetti !

 

On vous regarde curieusement mais au moins vous avez la paix.
Tenez par exemple, lorsque j’étais professionnel et que je me retrouvais dans une soirée où personne ne savait ce que je faisais, pour éviter les explications laborieuses aux curieux qui me posait la question, très souvent je répondais :

 

            - Je suis ingénieur en agronomie tropicale !

 

J’avais lu ça à la fin d’un article dans un journal scientifique posé sur la table de la salle d’attente d’un médecin, ça calme !

 

Et si vraiment, ils voulaient des détails, je répondais :

 

            - Je m’occupe des plantations de kiwis dans le Var !

 

Le job était tellement improbable que l’on passait systématiquement à un autre sujet de conversation.

 

Si parfois je répondais la vérité, alors là je passais à coup sur pour l’attraction de service et j’avais inévitablement droit à un truc du genre :

 

            - Fais-nous une imitation !

 

Ou alors, il y avait toujours une femme un peu enivrée pour me dire :

 

            - Tu devrais maquiller mon mari « en femme ».

 

Elle se retournait vers le pauvre bougre :

 

            -Hein mon chéri, il pourrait te maquiller un soir…


Pauvre sotte.  L’homme me souriait timidement, cela voulait tout dire, et le mari en question finirait à coup sur dans mon lit !  Car oui, le sexe est indissociable de ce métier « fantasme » !  Vous ne pouvez vous imaginer l’attraction que nous avons sur les garçons lorsque nous sommes, nous les transformistes, en tenues de travail !

Et je ne vous parle pas des gays, oh que non !  Si je devais comptabiliser et vous raconter mes flirts durant mes années « cabaret », il me faudrait écrire un autre livre!  Je devrais en plus dépenser toutes mes économies en frais d’avocat tant j’aurais de procès sur les bras !

 

Revenons au spectacle, comment devient-on transformiste ?  Franchement, je n’en sais rien !  Mais alors comment avez-vous appris ce métier me direz-vous ?  Je pense qu’il ne s’apprend pas.  Il se transmet des uns aux autres, comme un métier artisanal, c’est aussi pour cela que j’ai eu envie de partager mes petites histoires avec vous, pour rendre hommage aux anciens qui m’ont inspiré et pour que les jeunes se souviennent.

 

Et j’en ai croisé du monde en plus de 35 ans de cabaret.  C’est vrai que dans le tas, il y a eu beaucoup de garçons qui s’habillaient en filles pour « faire du spectacle » comme ils disaient.  Ceux-là j’ai oublié leurs noms.  Mais, il y a aussi ces vrais artistes épatants, ceux qui ont une âme de créateur et qui m’ont fait vibrer et dont personne ne parle jamais.  Sauf Mireille Dumas de temps en temps.

Alors si le métier ne s’apprend pas comment me suis-je retrouvé sur la scène de chez « Michou » ?

 

Numeriser0003.jpgPhoto : En 1985, "Sue Ellen" chez Michou.

 

Avant d'exécuter mon premier playback avec un costume de scène digne de ce nom, il a bien fallu prendre son envol!
Rien ne me prédisposait à une carrière d’artiste car il n’y en avait pas dans la famille.  Et encore moins de transformiste, vous pensez !  Mes premiers pas sur scène remontent à l’enfance, je devais avoir une dizaine d’année.  Je faisais mes études à Thuin en Belgique.  J’étais interne à « L’Institut Notre Dame » !  Oh mon Dieu, je n’y avais pas pensé, voilà le premier signe !

 

Comme dans toutes institutions de ce genre il y avait un « spectacle de fin d’année » avec les élèves.  L’organisation de l’événement était confiée aux plus grands de l’atelier Théâtre, dont certains avaient remarqué que lorsque je répétais avec les garçons de ma classe, rien ne me faisait peur, j’étais sur scène comme un poisson dans l’eau.  Du coup ils m’ont confié d’autres rôles, j’étais de toutes les distributions !  Avec les petits, j’interprétais Nicolas et Pimprenelle de la série “Bonne nuit les petits” j’étais Nicolas, pas question de me mettre une robe !   Avec les grands, j’incarnais Sherlock Holmes, coiffé de la « Deerstalker », cette typique casquette de chasse à double visière, la loupe à l’œil et la pipe au bec !

Mon rôle consistait à traverser lentement et silencieusement la scène comme si je cherchais l’indice qui permettrait de résoudre l’énigme policière de la pièce !

Pendant mon passage, le public riait beaucoup de voir ce détective privé “bonzaï”, mais moi qui m’investissais à fond dans mon personnage et qui pensais lui ressembler formidablement, j’étais terrifié par ces rires que je ne comprenais pas !  Après le spectacle, j’avais disparu, on me chercha longtemps.  J’avais trouvé refuge sous la scène, caché dans le noir, où je pleurais honteux d’avoir fait rire.  Je n’avais pas compris que ce qui venait de m’arriver deviendrait plus tard une de mes plus grandes joies d’adulte, amuser un public.

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