Le garçon en talons hauts - 51

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

Mon égo va pourtant être mis à rude épreuve. Je n’ai pas vraiment conscience à cette époque-là d’être « égocentré » c’est un travail sur moi que je ne ferais que plus tard. 

 

Pour compenser le manque de louanges de l’équipe de production, je me réfugie dans la lecture de très bons articles de journaux qui paraissent sur moi.  Celui du journal “Le Monde” m’a particulièrement ému.  Je suis fier.  Il y a une nouvelle chaîne de Télévision qui naît, elle est présidée par Jean-Marie Cavada et moi maintenant je suis présentateur télé, comme Jean-Marie Cavada ! Bien évidemment !

Le garçon en talons hauts - 51

Je vais croiser lors d’une soirée organisée par le président dans les locaux privatisé du musée des arts forain, Elise Lucet. Elle vient à ma rencontre son verre à la main.

- Trinquons, j’aime beaucoup ce que vous faites dans l’œuf de Colomb !

- Merci c’est très gentil.

- De quelle école de journalisme sortez-vous ?

- Je ne suis pas journaliste.

- Oh !

Elle me dévisage un moment avec sourire…

- En tous cas vous êtes crédible !

Je suis crédible ! C’est évidemment pour elle un compliment, enfin je crois, mais cette réflexion me laisse pourtant un goût amer. Je suis « crédible » c’est un peu comme si elle voulait dire dans votre « déguisement » de journaliste on y croit !
Je suis évidemment un peu trop grisé par une pseudo célébrité naissante.  Très vite ma vie a beaucoup changé. Un chauffeur de la production venait me chercher à mon domicile pour m’emmener aux studios d’enregistrement. J’avais un agenda chargé de rendez-vous « shooting » pour les magazines, interview, manucure, essayages…

Le garçon en talons hauts - 51

Je suis arrivé par hasard un jour au BHV, au rayon des téléviseurs.  Sur tous les écrans en démonstration il y avait ma tête ! Un choc saisissant. J’ai très vite spontanément fait demi-tour pour que personne ne me remarque.

 

Un soir j’étais dans une pizzeria avec celui qui deviendra mon mari vingt ans plus tard, nous étions naturellement attablés en train de déguster une « Régina » lorsqu’un individu passa à côté de notre table pour se rendre aux toilettes. L’homme s’arrête à ma hauteur et me dit

- Salut, tu vas bien ?  

Moi, quelque peu étonné, je lui réponds un peu embarrassé

- Très bien merci…

Devant mon peu d’enthousiasme le garçon se vexe et me dit

- Ben quoi, on s’connait, non ?

- Je ne sais pas, peut-être, je ne me souviens pas très bien…

-Mais si j’te connais…

Je me risque à lui dire, pour en finir et éviter de manger une pizza froide

- Vous m’avez peut-être vu à la télévision…

Et lui

- C’est ça connard t’es Michel Drucker, pauvre con !

La patronne du restaurant est arrivée au bon moment pour demander à l’individu de ma laisser tranquille !  Je n’avais qu’une envie rentrer chez moi et me mettre à l’abris des regards.

Le garçon en talons hauts - 51

En voyage au Sénégal à peine arrivé à Dakar, un français en vacances s’est jeté sur moi pour critiquer fermement le contenu scientifique de mes émissions ! Un comble pour moi qui ne faisais que lire un prompteur !

 

Il y a eu des situations plus agréables comme ce 24 décembre à 19h. Je fais quelques courses de dernier moment pour fêter Noël. Je suis au Monoprix à Nation au rayon traiteur, il y a une file de 25 personnes devant moi. Quelle ne fut pas mon étonnement de voire une vendeuse quitter le comptoir et venir vers moi.

- J’aime beaucoup votre émission, dite-moi ce que vous voulez je vais vous servir tout de suite !

Un peu gêné, j’ai quand même accepté sa proposition ! Oui, je sais ce n’est pas bien…

 

Le garçon en talons hauts - 51

En 1995, je viens d’entrer dans ce petit cercle très fermé des présentateurs de la télévision, du moins je le crois. A cette époque il n’y avait pas toutes les chaînes de la TNT, cela voulait encore dire quelque chose, les places étaient rares.

 

Je recevais du courrier d’admirateurs.  Pratiquement que des garçons, cela m’inquiétait, avais-je une image de présentateur gay ?  Les Laurent Ruquier, Alex Taylor, Marc-Olivier Fogiel, Olivier Minne, Frédéric Lopez où Christophe Beaugrand n’avaient pas encore ouvert la route de la visibilité.  Je faisais assez attention en public à bien me comporter. 
Je n’étais pas intime avec la productrice vous l’avez compris, mais un jour je me suis quand même risqué à lui demander si ça se voyait à la télé, que j’étais…enfin vous voyez ce que je veux dire.  Et elle m’a répondu :

- Mais bien sûr, on t’a engagé avec tes qualités mais aussi avec tes petites particularités ! Ne change surtout rien, reste comme tu es. 

J’étais rassuré, je n’avais plus à composer, je pouvais un peu me laisser aller.  Tout est formidable. Je vais faire une belle carrière à la télévision pensais-je.

 

Un dimanche, je reçois même un coup de téléphone de Jean-Luc Delarue qui désire me rencontrer ! Consécration !

 

Dans le métro, dans la rue, partout les gens se retournaient sur mon passage pour me dévisager.  Je voulais donner une belle image de moi. En réalité cette image n’était pas naturelle, c’était une image travestie ! Décidément je tourne en rond. 

 

Curieusement, je touche du doigt cette « célébrité » tant convoitée secrètement par tellement de gens. Je croyais que tous les artistes voulaient cela, pourtant je suis souvent mal à l’aise, je ne sais quoi répondre aux personnes qui très affectueusement me marquent leur attention, la sensation est étrange.

 

A l’heure où j’écris ces lignes, des jeunes gens n’ont que cela pour ambition.  Les producteurs l’ont bien compris, ils leur offrent des émissions plus débiles les unes que les autres. Eux s’enrichissent et les jeunes écervelés croient devenir des stars. C’est pathétique, les exemples ne manquent pas…

 

En tous cas, moi, je ne suis pas à l’aise avec cela.  Je peux même vous dire que le côté « être reconnu dans la rue », je n’aime pas ça.  Les gens vous défigurent, vous ne savez pas ce qu’ils imaginent, c’est très désagréable.

Vous pensez-peut-être que si je pense cela de la célébrité, c’est parce que je suis frustré voire aigri de ne pas avoir réussi à rester « connu » très longtemps. Vous avez peut-être raison, où pas.  Mon mari, qui était déjà à mes côtés à cette époque, et qui n’est absolument pas quelqu’un de sensible à la notoriété, vous le confirmera, non je n’ai pas du tout aimé cette facette du métier.

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