Le garçon en talons hauts - 50

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

Premier jour de production, il est 7h 30 du matin quand je débarque au studio pour me faire maquiller.  Tournage prévu à 9h.  Une heure trente pour me passer un peu de poudre sur le visage je trouve cela excessif, moi qui avait l’habitude il n’y a pas si longtemps de me transformer totalement en vingt minutes ! Soit, je ne pose pas de question.  Les émissions ont pour thèmes, la bicyclette et la machine à laver.  La production m’avait fait parvenir les textes peu de temps avant le tournage, en me précisant que ces derniers pouvaient changer à tout moment ! J’étais vraiment dans mes petits souliers bien moins à l’aise que sur mes talons hauts ! Je n’avais pas de prompteur, je craignais à tout moment d’avoir des trous de mémoire. J’avais un trac fou.  Je n’étais pas habitué à cet environnement, j’avais peur de tout.

Le réalisateur s’est montré remarquable, il savait que c’était mon premier tournage télé et pour ne pas me déstabiliser, il a tourné toutes les séquences dans l’ordre.

Normalement on respecte une chronologie pratique, c’était bien plus difficile pour lui et pour son équipe technique de faire ainsi, mais il l’a fait.  Il y avait de grandes tensions dans le studio.  Les gens de “La Cinquième” en visite sur le plateau découvraient ce nouveau concept et ce nouveau présentateur.  Ils portaient un regard sur mon travail, je le sentais à chaque seconde, j’avais tellement peur de ne pas être à la hauteur.  J’étais prévenu, la production modifiait parfois les textes au dernier moment, par téléphone.  Nous avons terminé à quatre heures du matin ! Jusqu’au bout je suis resté concentré, essayant de faire de mon mieux.

Cela m’a valu la considération de l’équipe qui voyait en moi un gentil garçon plutôt doué pour l’exercice.

Le garçon en talons hauts - 50

J’espérais que ce succès attirerait vers moi l’amitié de la productrice exécutive, Nicole P.  C’était une grande femme assez élégante, cheveux courts, une intellectuelle à l’aspect très sévère.  Elle et le réalisateur, étaient les deux éléments moteurs et fondamentaux de cette émission.  Je n’étais à l’aise ni avec l’un ni avec l’autre parce qu’ils étaient si différents des gens avec qui j’avais eu l’habitude de travailler antérieurement.

J’avais grand besoin de leur estime, je ne l’ai jamais eue.

 

Leurs méthodes et agissements allaient à l’opposé de ce que j’aime comme ambiance de travail.  Pourtant cela ne nous a pas empêché de tourner quatre-vingts émissions, alors qu’il en était prévu quinze.  Ces deux personnes ne m’ont pas traité comme la petite vedette que j’espérais devenir.  Ils me considéraient parfois avec moins d’égards qu’ils n’en avaient pour un sixième assistant.  Ils me faisaient comprendre que le pouvoir c’était eux.  La productrice m’a dit un jour :

            - Quand on est une vitrine, on se comporte en vitrine !

Mon égo en à pris un coup ce jours-là.

 

Eh bien malgré tout je leur suis infiniment reconnaissant de ces deux années de télévision.  Ils m’ont offert tant de belles sensations.

 

Je sortais de ces journées de tournage épuisé mais tellement heureux.  Seul dans la rue en rentrant chez moi je regardais les étoiles, les yeux mouillés.  Papa se cache derrière l’une d’elle, me vois-tu ? Es-tu enfin fier de moi ?  J’ai toujours pensé que je n’étais certainement pas le fils dont on aime vanter les mérites et les actions.  Nous avions si peu de points communs papa et moi par rapport à mon frère qui adore les voitures, les courses, la mécanique.

Qui aurait eu envie d’un fils transformiste ?

Mais là je ne l’étais plus, j'étais présentateur à la télévision.

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