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4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 14:02

Dans une revue professionnelle destinée aux gens de spectacle, j’ai trouvé l’annonce d’un stage organisé par “France 3” pour sensibiliser les comédiens de théâtre aux techniques du cinéma et de la télévision. Le nombre de places pour cette formation était limité à 10 prétendants. Après avoir harcelé pendant des semaines la personne qui sélectionnait les candidats, je suis retenu pour la session : "Comédiens et Caméras".

Du 7 au 18 juin 1993, nous allons travailler avec le réalisateur, Charles Dubois. Je suis littéralement tombé sous le charme de cet homme étonnant. Il était d’une beauté saisissante, sa voix était douce et chaleureuse, son regard malicieux. Charles ne vivait que pour le cinéma, tout en lui respirait l’art et l’intelligence. Il avait à mes yeux toutes les qualités. Je devais bien entendu en tomber amoureux sans jamais lui en souffler mot !

Etait-il gay ou pas ? De toute manière, draguer et mettre dans mon lit un hétéro ne m’a jamais pausé de problème. Toutes mes années de cabaret m’avaient permis d’acquérir une technique bien rodée. Je ne voulais toutefois pas passer aux yeux de Charles pour le « PD » de base en chasse du premier beau mâle venu. La dignité s’impose davantage le jour que la nuit.

Charles ne s’est jamais livré sur sa vie privée ce qui ne m’a pas empêché d’entretenir avec lui une relation de confiance et de qualité.

En écrivant ces lignes, j’ai fait une petite recherche sur « Google » pour voir ce qu’il était devenu. Je suis tombé sur un article de presse disant qu’il s’était installé avec sa femme en Normandie ! Oups !

Charles Dubois

Charles Dubois

Durant cette période, je vais réellement apprendre énormément de choses. Rigueur, technique et professionnalisme sont au menu de cette semaine de travail, tout ce qui me manquait cruellement.

Si tous les réalisateurs avaient été comme Charles Dubois, ma « carrière » aurait certainement été très différente. Il fait partie de ces hommes pour qui l’on a envie de donner le meilleur de soi.

J’aurais même pu m’installer en Normandie !

J’ai en cette année 1993 un peu la sensation d’avoir pris le virage qui me semblait nécessaire à ma survie.

Parmi les autres stagiaires présents, il y a un garçon charmant qui m’intrigue, un peu sans que je comprenne vraiment pourquoi. Nos univers semblent à l’opposé l’un de l’autre, il s’appelle Vincent Ecrepont.

Vincent Ecrepont dans les années 90

Vincent Ecrepont dans les années 90

Il est sérieux, attentif, appliqué. C’est un comédien déterminé à approfondir son art. Il a du talent, c’est peut-être aussi pour cela que je l’ai tout de suite aimé.

Je n’ai jamais su résister aux charmes de ceux et celles que je trouve brillants. C’est un de mes gros défauts, je le sais. En revanche, il m’a toujours été impossible de me lier d’amitié avec un être que je trouve médiocre dans le domaine qu’il s’est choisi. Parfois je me dis : bon ok, il est nul, mais il est gentil, fais un effort Adrien !

Non, impossible, je n’ai jamais réussi à m’attacher à un individu qui ne m’épate pas, c’est encore le cas aujourd’hui. Dans ma vie, je respecte tout le monde sans distinction. Je peux aider, tendre la main et avoir de la compassion pour mes semblables, mais être « ami », pour moi reste un grand mystère. Je suis un handicapé de ce côté-là!

Vincent Ecrepont 2016 - Copyright : Joseph CAPRIO

Vincent Ecrepont 2016 - Copyright : Joseph CAPRIO

Pour en revenir à Vincent Ecrepont, nous allons nourrir une grande affection l’un pour l’autre. Vincent travaille, le texte, le mot, l’émotion, le silence… Aujourd’hui, nous nous sommes un peu perdus de vue, mais je le suis discrètement sur Facebook. Il fait un travail magnifique au sein de sa compagnie « A Vrai Dire », je suis admiratif.

Même si je ne comprends pas tout, il faut bien l’avouer !

Je me souviens d’un soir à Beauvais. Vincent m’avait invité à la première d’une de ces créations au théâtre municipal de la ville. Après la représentation, il y eut un petit souper organisé par les élus pour l’équipe de la pièce. Je me suis retrouvé assis à côté du directeur du théâtre qui me dit pour engager poliment la conversation :

-Comment avez-vous trouvé le spectacle ?

Je devais m’être désaltéré avec quelques coupes de champagne en attendant le repas et je lui réponds tout net :

-C’est magnifique, c’est très bien évidemment, mais tout cela manque cruellement de danseuses, de plumes de paillettes !

Cet « intellectuel de gauche », qui n’avait probablement jamais vu une revue de sa vie, m’a regardé médusé ne sachant que répondre ! Vincent qui était assis en face de nous, c'est empressé d’intervenir :

-Adrien a une vision « panoramique » du théâtre !

Prétextant une urgence, le directeur a changé de place. Vincent a beaucoup ri, preuve indéniable de son intelligence. Mais je n’ai plus jamais été invité à une première.

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Published by Adrien Lacassaigne-Vivier
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