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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 14:40

J’ai un petit don pour le spectacle, c’est incontestable, en témoigne mon succès d’antan sur mes talons hauts. Je ne voulais pourtant absolument pas passer le reste de ma vie en bas résilles ! Envisager un autre métier, il n’en était pas question, je ne sais rien faire. Le cinéma, on oublie, pensais-je, revenons aux fondamentaux, le théâtre.

Comme j’ai toujours eu beaucoup de chance, il faut bien l’avouer, je me suis très vite retrouvé sur les planches.

On m’a proposé de remplacer un des rôles principaux dans une pièce de théâtre au titre improbable : “Tu es gentil, tu laisses Marie-Madeleine en dehors de tout ça!” d'Olivier. Yeni et David Basant.

Le garçon en talons hauts - 46

Ces deux hommes d’affaires étaient amis dans la vie et avaient pour point commun l’amour du théâtre. Ils s’étaient donc écrit une pièce rien que pour eux et avaient loué le Grand Théâtre d'Edgar pour la jouer ! (Quand on dit que l’argent ne fait pas tout, il aide quand même un peu). Après quelques semaines de représentation, ils devaient retourner à leurs affaires et voulaient passer la main.

Mon ami Jean-Pierre Rochette (encore lui) était sur le coup. Il m’appelle un matin et me dit :

-Ma poule, amène-toi vite au Grand Théâtre d’Edgar, on fait une lecture…

Une heure plus tard j’étais sur la scène, texte à la main !

À la première répétition le directeur Alain Mallet est intervenu très rapidement. Il me trouve trop… comment dire : « typé » ! C’était une façon polie évidemment de dire qu’il me trouvait trop « délicat » pour le rôle. Il fallait bien que cela arrive un jour.

Il me remercie évidemment d’être venu si vite, mais m’oriente sans réserve vers la porte de sortie. Très déçu, troublé et humilié j’enfile mon blouson sans broncher. Je laisse tomber sans discuter, comme je l’avais déjà fait, il y a quelques années devant Robert Hossein pour Notre Dame de Paris.

C’était sans compter la détermination de mon ami Jean-Pierre Rochette. Il s’adresse à Alain Mallet sans détour.

-Non, attendez !

Adrien est un super comédien, je le connais depuis longtemps. Il suffit de lui indiquer ce que vous voulez, je suis certain qu’il va y arriver. Je l’ai vu jouer quantité de choses très différentes !

Je suis déjà devant la porte de sortie. Il est de ces instants suspendus où votre destin se joue sans comprendre ni maîtriser ce qui se passe. Jean-Pierre me dit :

-Adrien, reviens !

Alain Mallet ne dit plus rien. Jean-Pierre a une autorité naturelle qui m’épate, un culot qui m’éblouit. Je reviens sur mes pas. Le directeur du théâtre consent à une seconde lecture. Je sais ce qu’il me reste à faire… « Gabin qui descend de sa locomotive dans LA BETE HUMAINE… » dixit Albin dans « La Cage Aux Folles !

Jean-Pierre me souffle à l’oreille :

-Je sais que tu vas y arriver, on reprend !

Nous avons joué toute la scène sans être interrompu. À la fin, Alain Mallet nous a demandés à le rejoindre dans son bureau. Il voulait fixer le montant de nos cachets et la durée des représentations. Pas un commentaire sur ma façon de jouer le personnage !

Je sentais bien que je n’étais pas sa tasse de thé. Il devait se dire que de toute manière les auteurs ayant déjà payé la réservation de la salle, que cette dernière soit pleine où vide, lui, ne perdrait pas d’argent. Alors engager un comédien qui ne lui plaisait pas ne lui posait pas trop de problèmes. Il avait probablement mieux à faire de sa journée que de me trouver un remplaçant. En sortant de son bureau Alain Mallet m’a quand même dit sur le ton de la plaisanterie « bien entendu » : à la moindre « folie, je te remplace.

J’ai eu quatre jours pour apprendre le texte. On m’avait remis une cassette vidéo de la pièce filmée pour assimiler la mise en scène. Un marathon, mais mon premier rôle dans un grand théâtre parisien, était à la clef. J’étais comme un enfant le premier mercredi où j’ai trouvé mon nom dans le “Pariscope”, le journal des spectacles parisiens.

De gauche à droite :Isabelle Charraix, moi, Martha Nil et Jean-Pierre Rochette.

De gauche à droite :Isabelle Charraix, moi, Martha Nil et Jean-Pierre Rochette.

Les débuts furent laborieux, je ne savais jamais si j’allais garder le rôle ou être remplacé. Finalement, après une semaine de représentations, j’ai reçu un bouquet de fleurs d’Alain Mallet pour me remercier et me féliciter pour le résultat.

Je m’étais approprié le personnage, je n’étais pas vraiment celui qu’avaient imaginé les auteurs, mais ils m’ont laissé faire. Le public riait, c’était l’essentiel.

Tout dans la sobriété !

Tout dans la sobriété !

J’en faisais beaucoup une fois encore, ce qui avait poussé un comédien de la Comédie Française qui était venu assister à une représentation, à dire de moi :

- Ce type joue à dix centimètres au-dessus du sol !

J’ai pris cela pour une impitoyable analyse. Le hasard a voulu que je sois assis à sa table lors du souper après le spectacle dans la brasserie qui faisait face au théâtre. Je ne me suis pas démonté et je lui ai dit :

-J’ai entendu ce que vous disiez tout à l’heure. Je joue si mal que cela ?

- Mais pas du tout jouer au-dessus du sol pour moi c’est merveilleux. Vous me faite penser à Robert Hirsh, qui lui, entre nous, joue à deux mètres au-dessus du sol !

Nous avons trinqué et bu à la santé du « Théâtre » !

Jean-Pierre Rochette mon partenaire était aux anges, moi aussi.

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Published by Adrien Lacassaigne-Vivier
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