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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 19:49

À Paris, je retrouve Olivier, un ami coiffeur croisé à Courchevel et au Lavandou. C’est lui qui va décider de ma nouvelle coupe de cheveux. Je les avais toujours portés très longs parce que j’étais complexé par mes grandes oreilles. Je me souviens de Patrick Juvet avec qui je dinais un soir à Genève. (J’avais la même coupe de cheveux que lui). A un moment, un peu fatigué peut-être, je me suis passé les mains dans les cheveux pour les tirer vers l’arrière. Il m’a regardé et n’a pu s’empêcher de s’écrier :

-Whaow tes oreilles !

Il fallait changer de tête, au diable les complexes, j’aurais une coupe à la brosse. Etrangement depuis ce jours-là plus personne ne m’a parlé de mes grandes oreilles. Je n’ai plus jamais dîné avec Patrick Juvet !

Fini les cheveux longs.

Fini les cheveux longs.

Je m’installe dans un tout petit studio que j’ai acheté au 7 de la place de la nation dans le 11ème arrondissement. Je suis certes propriétaire mais je n’ai pas vraiment beaucoup d’économies. La vie à Paris est chère, il va vite falloir que je gagne de l’argent.

Le garçon en talons hauts - 42

J’avais envie de reprendre des cours d’art dramatique, histoire de voir où j’en étais après toutes ces années à chanter en play-back. Je voulais aussi m’inscrire au « Gymnase Club » pour enfin prendre soin de moi et faire du sport.

Alors, je me suis dit, je fais comment ?

Un choix s’est imposé rapidement. Je vais retourner les week-ends au Flamenco, me donner en spectacle histoire de gagner ma vie et vivre la semaine à Paris.
Nous sommes en 1992, j’ai hâte de reprendre contact avec mes amis de la promotion “78”, du cours de théâtre Jacques Fontan. Je retrouve avec joie Juliette Degenne, ma copine du stage de danse d’Aix-en-Provence (chapitre 9). Elle a le rôle principal d’une pièce qui se joue au Théâtre Michel, “Darling Chérie”. Je vais aller l’embrasser à l’issue d’une représentation, elle semble heureuse de me revoir mais n’a pas beaucoup de temps à me consacrer, elle travaille beaucoup.

Changement de look!

Changement de look!

J’ai aussi retrouvé mon ami Jean-Pierre Rochette. Il m’invite à la première d’un spectacle qu’il s’apprête à jouer à Torcy, une pièce sur Jean Cocteau. Après la représentation, il y a eu un petit cocktail dans le hall du théâtre. Jean-Pierre et moi échangions nos impressions sur la pièce, un verre de champagne à la main, lorsque le metteur en scène, Jean-Paul Quéret nous a rejoint. Jean-Pierre lui dit :

-Je te présente Adrien, il est comédien, nous étions ensemble au cours « Fontan ».

J’étais si heureux d’entendre enfin quelqu’un me présenter comme « comédien ».

Jean-Paul Quéret m’a dévisagé avec un simple sourire. Que s’est-il passé à ce moment là ? Il m’a regardé dans les yeux et me dit :

-Ecoute, je vais monter très vite « Le Malade Imaginaire » il me faut un assistant à la mise en scène, cela te dirait de travailler avec moi ? Tu pourrais peut-être aussi jouer le petit rôle de monsieur Purgon !

-Oui, bien entendu!

Incroyable, quelle chance, je ne suis à Paris que depuis quelques jours. Et voilà, je vais rejouer, enfin ! Jean-Pierre Rochette fera lui aussi partie de cette distribution.

Vous devez vous dire que c’est curieux. Vous pensez que j’ai probablement oublié de vous dire deux où trois choses des plus croustillantes !

Je suis depuis très peu de temps à Paris et on me propose déjà du travail !

Le metteur en scène avait peut-être une petite idée derrière la tête, j’avais deviné qu’il était gay même si il ne l’assumait pas vraiment. Je vais être très clair, je n’ai pas couché avec Jean-Paul Quéret. Ca c’est dit.

C’est flagrant, j’ai eu beaucoup de chance, c’est tout.

Et à propos de ma vie amoureuse, où devrais-je dire « sexuelle », je vais vite me rendre compte que s’il était facile de me faire un petit coup presque tous les soirs quand j’étais transformiste, il n’en sera plus de même à partir d’aujourd’hui. L’ambiguité fascine, pas le théâtre apparemment.

Ma grande angoisse était : suis-je encore capable de mémoriser un texte ? Celui de Monsieur Purgon n’est pas très long mais les mots sont particuliers, tous ceux qui ont joué ce rôle vous le diront :

-Et je veux qu'avant qu'il soit quatre jours vous deveniez dans un état incurable. Que vous tombiez dans la bradypepsie. De la bradypepsie dans la dyspepsie. De la dyspepsie dans l'apepsie. De l'apepsie dans la lienterie. De la lienterie dans la dysenterie. De la dysenterie dans l'hydropisie. Et de l'hydropisie dans la privation de la vie, où vous aura conduit votre folie !

Le metteur en scène m’avait dit :

-Après ta grande tirade, à ta sortie de scène, si tu as été bon, le public doit applaudir.
Ce fut le cas à chacune des représentations. Je vais avoir énormément de plaisir à interpréter monsieur Purgon.

Dans Géronte, ici avec Frédéric Jacquot et le comédien qui jouait Scapin.

Dans Géronte, ici avec Frédéric Jacquot et le comédien qui jouait Scapin.

Ce fut le cas à chacune des représentations. Je vais avoir énormément de plaisir à interpréter monsieur Purgon.

A peine un mois après mon départ du Flamenco, j’avais rejoins « La Compagnie Française » la troupe créée par Jean-Paul Quéret. Je m’y sentais bien et cela m’a poussé à travailler davantage. J’adore l’atmosphère des théâtres, le parfum des théâtres ! J’ai repris peu à peu confiance en moi.

Je me suis inscrit au cours d’art dramatique « Raymond Girard » rue Vavin dans le sixième arrondissement de Paris. Une école qui vit passer tant de grands acteurs; de Jean-Paul Belmondo à Christophe Malavoy. L’ambiance y est plus guindée, plus bourgeoise qu’en 1978 chez Jacques Fontan, mais l’enseignement est de grande qualité. Bien qu’étant beaucoup plus âgé que les autres élèves, je n’échappe pas à la règle de l’audition. Je vais choisir une fable de la Fontaine, Le Corbeau et le Renard. C’est très traditionnel mais je ne voulais pas prendre de risques. En revanche, je suis épaté par le talent et l’audace d’un jeune garçon qui se présente presque en même temps que moi. Il avait choisi, lui le texte d’une chanson de Renaud, pas vraiment académique pour l’endroit. Sébastien Bihi, un comédien remarquable, faisait ses débuts dans un métier qu’il ne quittera plus.

J’ai surtout besoin de pratiquer, de jouer et c’est ce que va me proposer un des professeurs du cours, Frédéric Jacquot. Il va monter “Les Fourberies de Scapin” et me proposer le rôle de Géronte.

Ce n’est pas de mon âge, mais les compositions me vont bien, il s’en est rendu compte. Avec d’autres élèves, dont Lina aujourd’hui son épouse, nous partirons en tournée.
C’était fantastique, je mettais en application mes années d’apprentissage du maquillage au cabaret, je me faisais « une tête ». J’essayais de jouer plus sobrement, mais parfois lorsque le public était apathique, Frédéric me disait :

-Vas-y, fais-toi plaisir, lâche-toi !

C’était pour moi comme un défit. Au diable Stanivlasky, vive Robert Hirsch ! J’en faisais des tonnes mais le succès était assuré.

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Published by Adrien Lacassaigne
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