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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 14:10

Pour cette nouvelle saison, je persuade Jacky Alibert, le patron, d’engager mes compatriotes Marisa Allen et Maxine de Villeneuve qui ont monté une troupe étonnante appelée « Les New Sensations ». J’avais très envie de me retrouver avec mes amis du nord.

Les New Sensations au Flamenco.

Les New Sensations au Flamenco.

Car il faut bien le dire, je commence à trouver le temps long au Lavandou. L’été c’est évidemment un endroit stupéfiant mais l’hiver… Vous n’avez pas idée de la sensation d’abandon que l’on peu ressentir lorsqu’on se promène seul à 21h parmi les venelles de Bormes-les-Mimosas en novembre !

Je me traîne, même le désir de monter des nouveaux numéros m’a quitté. Je suis au bout du rouleau, je n’ai plus envie d’être ce transformiste qui s’entend toujours dire :

- Mais qu’est ce que tu fais ici, tu devrais faire autre chose, tu as tellement de talent !

Je réponds inlassablement :

- Si j’avais du talent, cela se saurait, merde !

Avec Marisa Allen au Flamenco

Avec Marisa Allen au Flamenco

J’ai les nerfs à vif, je suis agressif. Le vrai problème c’est que je n’aime plus ce que je fais, je n’aime plus rien.

Est-ce grave ? Oui évidemment, très grave.

Travailler ! C’est un mot qui n’a de sens pour moi que s’il est conjugué avec passion, sinon, nous besognons, nous peinons et nous nous éteignons insensiblement.

Depuis ma plus tendre enfance je n’ai fait que cela, vadrouiller avec mon amour de la scène. C’est une chance inouïe, je le sais maintenant.
J’ai encore aujourd’hui, en 2016, autours de moi, des gens qui n’ont pas goût à leur travail. Je les observe, ils sont nerveux, tristes et ils sont malheureux. Je suis toujours parti avant d’en arriver là.

Le changement c’est maintenant, qu’il disait « l’autre » ! Dans la formule, il n’a pas tout a fait tort.

Avec Maxine de Villeneuve au Flamenco.

Avec Maxine de Villeneuve au Flamenco.

Nous sommes en août 1991. Je suis un après-midi, à la plage des salins d’Hyères. Bronzette et drague au poppers dans les fourrés, comme à chaque fois dans ce genre d’endroit.Je vais rencontrer un adorable petit brun aux yeux verts comme le canal St Martin un après-midi d’automne. Il s’appelle Thierry, un styliste modéliste tourangeau en vacances dans la région. C’est amusant car dans mon envie de tout changer, je me suis inscrit à des cours par correspondance pour devenir moi aussi styliste modéliste. Voilà un sujet de conversation qui va me permettre de garder le contact avec le jeune homme. Moi qui me suis imposé comme règle de ne jamais sympathiser avec mes petits coups de l’après-midi, je vais faire une exception et l’inviter à diner. J’interprète immédiatement cette rencontre comme un signal du destin.

Plage des Salins d'Hyères avec Thierry.

Plage des Salins d'Hyères avec Thierry.

Il était très différent des garçons que je fréquentais à l’époque, plutôt « tisane » que whisky coca !

Nous ne nous sommes plus quittés, mais les vacances terminées, il devait rentrer à Paris, son travail l’attendait.

Ah, “Paris” : deuxième signe.

Il me propose de l’y rejoindre. Voilà l’élément qui manquait pour me décider à tourner une page.

Je vais retrouver Thierry à Paris.

Je vais retourner vivre à Paris.

Thierry au Flamenco avec Dolly Doll.

Thierry au Flamenco avec Dolly Doll.

Apprenant que j’allais quitter le Flamenco, Marisa et Maxine, mes amis belges, me proposent de venir les rejoindre et de faire partie moi aussi de cette merveilleuse troupe des “New Sensation”. La proposition est séduisante, je me laisse tenter un très court temps. Leur travail correspond à ce que j’aime, à mes valeurs. Pourtant, je ne vais faire qu’un seul spectacle avec eux et à l’issue de ce dernier je vais leur annoncer que j’arrête. Je ne veux plus être transformiste. Maxime a été déçu, mais il me connaissait très bien et savait qu’il ne servait à rien d’insister.

Je dois vivre à Paris. Je crois qu’il n’y a que là-bas que je vais pouvoir me réinventer. Je m’étais laissé séduire par les sirènes de la nuit et par la vie facile, il fallait réagir avant de sombrer définitivement. Je gagnais très bien ma vie mais l’argent me filait entre les doigts. Je ne construisais rien. J’étais à la dérive, j’avais honte de moi. Je n’assumais plus du tout d’être un travesti.

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Published by Adrien Lacassaigne
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