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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 16:52

Je suis impeccablement bien installé à Bormes, ma maison perchée parmi les mimosas est toute mignonne, j’ai des amis charmants et quelques flirts magnifiques. Le succès sur scène est au rendez-vous, pourtant, quelque chose me dit que je ne suis pas vraiment fait pour vivre indéfiniment dans cette région. Je n’ai plus l’accent belge depuis longtemps mais je n’aurai jamais la voix qui chante, je le sais. Mon avenir, celui qui me pose problème, n’est pas ici.

Je doute au quotidien. J’ai envie de changement, encore une fois ! Envie de grandir, peut-être de faire autre chose, mais quoi ? Je suis persuadé de ne pas être à la bonne place.

Le garçon en talons hauts - 40

Vivre en play-back toutes les nuits me pèse de plus en plus. Je désirerais ne plus me servir de la sensibilité des autres pour faire passer mes émotions. Ne pas être obligé d’être dans une autre peau que la mienne. L’image me vient de cette robe en paillette que je porte tous les soirs. Elle brille de mille feux sous les éclairages du spectacle. Sous la robe il y a une doublure, et même si cette dernière est de satin, c’est elle qui absorbe la transpiration, qui se souille de fond de teint. C’est elle qui va s’user, puis se déchirer. Et je la remplacerai par une autre doublure, le public n’y verra que du feu. Mais sous la doublure, il y a moi, plus fragile encore que du satin, plus souillé, fatigué et usé. Lorsque je vais craquer on me remplacera aussi.

J’ai trente-cinq ans et la sensation de ne pas être un artiste, mais juste un usurpateur.
Je lis dans un magazine qu’il y a un casting qui se prépare à Nice. Un réalisateur recherche un comédien pour un rôle de travesti. C’est trop beau, ce rôle est pour moi pensai-je.

Il y a quelques années, j’ai passé des auditions de théâtre mais jamais de casting de cinéma. Je me dis que cela ne doit pas être très différent, je vais me lancer. C’est peut-être enfin l’occasion de quitter le milieu de la nuit et les cabarets. Je compose le numéro de téléphone indiqué au bas de l’annonce. On me demande d’envoyer un CV et une photo de moi « en femme ». J’improvise et griffonne le premier, les photos de moi en travesti ne manquent pas…Le tout partira sous 48h.

Quelques jours plus tard je reçois un coup de téléphone, ma candidature est retenue, je suis convoqué au casting. Le rendez-vous est fixé dans un grand hôtel de Nice.

Le réalisateur Philippe Agrati est son assistant m’y retrouvent. Charmant jeune homme passionné de cinéma, il me parle de son film avant de me proposer de faire quelques essais, texte à la main.

Il n’y a pas de maquillage, pas d’éclairage, pas de costumes en paillette et surtout pas de public. Il est 11h du matin, je suis complètement déboussolé. Je me lance sans conviction. Je ne suis pas certain de comprendre ce qu’il attend de moi. Je sens très bien que tout ce que je fais n’a aucun sens. Une petite voix intérieure me disait « c’est mauvais…très mauvais ». Le réalisateur ne montre aucun signe d’enthousiasme, mais pas de déception non plus. Nous nous quitterons quelques heures plus tard avec le traditionnel : « on vous rappelle » ! Le soir je serai sur la scène de Flamenco, pas très fier de moi. Je me dis qu’en dehors de mes play-back, je ne suis probablement pas bon pour grand-chose. Je vais noyer ma déception dans une bonne cuite au vin blanc dont j’ai le secret !

Philippe Agrati et Emilio Benedetti

Philippe Agrati et Emilio Benedetti

Comme prévu le réalisateur m’a rappelé.

-Ecoutez, vous n’êtes pas vraiment le personnage que je recherche, mais vous m’avez surpris. J’ai envie de travailler avec vous. Je vous propose le rôle de Chris !

A ma grande surprise, il m’avait choisi ! Je me suis dit qu’il ne devait pas y avoir beaucoup d’autres postulants.

Je vais tourner mon premier film en Mars, il s’appelle “Le beau Marc se met nu, Chris le tue !” tout un programme.

Nous avons passés une semaine dans les célèbres studios de la Victorine à Nice, ce fut une expérience étonnante.

Le scénario du film était singulier. L’histoire se passe dans une chambre d’hôpital psychiatrique. Il y a un infirmier, un patient et moi, une créature sortie de je ne sais où dans un tailleur vert pomme…

Philippe Agrati et moi sur le tournage.

Philippe Agrati et moi sur le tournage.

Je tourne entre autre une scène effrayante où j’introduis les lames d’un couteau électrique de cuisine dans la bouche d’un garçon avant d’appuyer sur le bouton « ON »! J’ai retrouvé ce partenaire il y a peu sur Facebook. Emilio Benedetti est un homme magnifique, devenu un grand maquilleur parisien.

Emilio juste après la scène du couteau de cuisine !

Emilio juste après la scène du couteau de cuisine !

Ni lui, ni moi n’avons été nommé aux Césars du cinéma français! Le film n’aura pas le succès escompté par le réalisateur. Il me reste la casette vidéo.

Je ne deviendrai pas une vedette de cinéma cette année. Je retourne à mes jupons et reprends le chemin du “Flamenco”.

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Published by Adrien Lacassaigne-Vivier
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