Le garçon en talons hauts - 38

Publié le par Adrien Lacassaigne

J’étais installé depuis quelques mois dans le village lorsqu’une jeune femme, en passant par l’intermédiaire de mon amie Chantal, a demandé à me rencontrer.

-Ecoute, me dit Chantal, elle veut juste te parler quelques instants, dis-moi quand je peux te la présenter.

-Chantal, je connais ces filles qui viennent me voir en spectacle. Elles s’amourachent des personnages que j’interprète et elles s’imaginent tomber amoureuse…

-Non ce n’est pas cela, elle sait que tu préfères les garçons.

-Mais souvent ce genre de filles s’imagine que leur amour sera plus fort et qu’elles me feront changer, que jusqu’à présent je n’ai pas rencontré la fille qu’il me fallait…

-Fais-moi confiance, elle n’est pas comme les autres. Elle a un truc à te dire, c’est important.

-Eh bien qu’elle vienne un soir au Flamenco et nous prendrons un verre après le spectacle.

-Non, elle doit te rencontrer en privé.

-Chantal, arrête tu me fous la trouille là. C’est quoi ce plan ?

-Bon écoute, ici tout le monde la connait. Elle est « spéciale ».

-Quoi spéciale, cela devrait me rassurer ?

-Elle fait de l’écriture automatique !

-Qu’est-ce que c’est que ce truc ?

-Elle est médium si tu préfères, elle communique avec les défunts !

Je ne suis pas porté sur ces choses-là, mais Chantal fut suffisamment convaincante, j’ai accepté de rencontrer Claire.
C’était un après-midi, elle est arrivée vers 15 heures. Je m’attendais à me retrouver face à une sorcière mystique. Je fus déstabilisé par la fraîcheur et la jeunesse de cette jeune femme. Je n’étais pas très à l’aise il faut bien le dire. Elle m’a expliqué qu’elle avait un don. Qu’elle ne l’avait pas souhaité, que cela lui était tombé dessus quand elle était petite. Elle avait eu des flashs et un jour sa main s’est mise à écrire des choses qu’elle ne contrôlait pas ! Elle m’a aussi rassuré cela ne me couterait pas un centime, elle ne monnayait pas ses services.

-Je devais vous rencontrer car « on » me l’a demandé.

Me dit-elle.

-Mais qui vous a demandé cela ?

J’avais beau être plus que septique ma curiosité était piquée au vif. C’est qui « on » ?

-Je ne sais pas, nous verrons bien.

Après avoir bu un café, Claire a sorti un bloc de papier de son sac. Elle a pris un stylo et m’a dit qu’elle allait se concentrer pour recevoir mon message.

-Ne soyez pas surpris de ce que vous allez voir. Ma main ne va pas quitter la feuille, les lettres et les mots seront tous collés. Ma main est en quelque sorte à la disposition de celui qui veut communiquer avec vous, moi je ne contrôle rien.

Je me suis tu et nous avons attendu.

Il ne s’est pas passé cinq minutes avant que la main de Claire se mette à écrire. Quand je dis « écrire » j’exagère, je devrais plutôt dire « griffonner ».

C’était vraiment très impressionnant, j’ai même ressenti comme un frisson qui me parcourait le corps. Mais que disaient ces mots, quel était le message ?

Claire a ouvert les yeux et s’est mise à vouloir déchiffrer son texte. On aurait dit un gribouillage d’un enfant qui a de sérieux problèmes.

-C’est votre écriture, lui demandais-je ?

Pour me répondre elle prit une autre feuille et écrit d’une plume impeccable « Non, ceci est mon écriture ! »

Elle s’est penchée sur la feuille et manifestement elle avait beaucoup de mal à déchiffrer le message.

-On dirait que tous les mots ne sont pas en français, où alors peut-être en vieux français. Regardez.

Me dit-elle

Moi je n’ai pas été long à deviner.

-C’est du wallon !

-Du quoi ?

-Le wallon, c’est un dialecte belge. Chez moi, à Charleroi on parle le wallon.

C’est donc moi qui ai déchiffré le message. Il se résumait ainsi : il faut que je me débarrasse tout de suite de ce que j’ai dans la penderie de ma chambre !

-Drôle de message !

Me dit Claire. Je devinais la déception dans sa voix.

-Tout cela pour vous demander de renouveler votre garde-robe ! Ils prennent soin de votre look là-haut !

Contrairement à elle, ce message m’avait bouleversé et j’avais apparemment du mal à le cacher.

-Ca va ? Vous savez il y a pire comme message, parfois, j’ai du annoncer des choses beaucoup plus graves.

-Mais qui vous a dit cela pour moi ?

-Je ne sais pas mais nous pouvons essayer de demander.

Claire repris le stylo, reposa sa main sur la feuille et se mit de nouveau à la disposition du messager. La réponse fut presque immédiate : « Monette » !

Monette

Monette

-Vous connaissez, une « Monette » ?

-Non cela ne me dit rien.

-Ce n’est pas très important, cette Monette est peut-être tout simplement une personne qui vous veut du bien.

-Et vous croyez que l’on a autre chose à me dire ?

-Je ne sais pas, je vais voir…

Elle reprit le stylo. Mais là rien, plus rien.

-Non, je crois que l’on a plus rien à vous dire, c’est fini. Je suis désolée d’avoir insisté ainsi pour vous rencontrer, je pensais que le message serait plus important que cela. La dernière fois que j’ai pratiqué l’écriture c’était pour empêcher un pyromane de mettre le feu à la montagne !

-Je comprends, mais vous savez pour moi ce que vous venez de me dire est très important.

-Vraiment ?

J’ai deviné évidemment qu’elle se moquait de moi.

-Bon, je vais vous laisser. Au fait, bravo pour vos spectacles, j’aime beaucoup ce que vous faites.

-Merci, c’est gentil

-Eh bien, il ne vous reste plus qu’à faire les boutiques pour remplir votre placard de nouvelles tenues!

Claire m’embrassa et me laissa.

J’étais véritablement bouleversé par ce qu’elle venait de me dire. Je me demandais qui était cette Monette ? Je pris la décision d’appeler ma mère en Belgique. Maman est assez portée sur la chose, je n’aurais aucun mal à lui raconter ce que je venais de vivre.

-Maman, je viens de croiser une médium qui m’a parlé d’une Monette, tu connais ce prénom ?

Ma mère a hésité avant de me répondre.

-Tu as dis « Monette » ?

-Oui c’est cela, mais on ne connait personne de ce nom-là dans la famille.

-Si.

Me dit ma mère.

-Mais qui ?

-Ma maman ! Je ne l’ai pas connue, tu le sais elle est morte en me mettant au monde, mais je sais que tout le monde l’appelait « Monette »

-Merde alors !

-Et que t’as dit cette femme médium à propos de Monette ?

-Rien de spécial, juste que tout allait bien…

Je ne voulais pas parler de ce que contenait le message à ma mère.

-Eh bien quelle émotion, cela faisait si longtemps que je n’avais pas entendu ce petit nom de « Monette »

-Il faut que je te laisse, maman. J’ai une répétition dans peu de temps, je t’embrasse.

Cela faisait beaucoup de bouleversements en si peu de temps !

Je suis allé dans ma chambre en pensant très fort à Monette ma grand-mère. J’avais vu quelques photos d’elle, elle était très jolie. Petit garçon, je me souviens de ce portrait d’elle avec son mari et sa fille ainée, ma tante Olga. Elle avait l’air d’une Reine. Pourquoi elle ?

Ma grand-mère "Monette" avec mon grand-père et ma tante Olga.

Ma grand-mère "Monette" avec mon grand-père et ma tante Olga.

J’ai ouvert ma penderie, j’ai poussé les vêtements pour atteindre le fond. J’étais le seul à savoir ce qui s’y cachait.

J’ai empoigné la crosse du fusil de mon père, celui-là même qui lui avait ôté la vie.

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