Le garçon en talons hauts - 31

Publié le par Adrien Lacassaigne

Cette année 1989 n’a pas dérogé à la règle, le show du Flamenco fut un énorme succès.

Tous les mercredis soirs après le spectacle, les artistes se réunissaient dans la loge. Chacun devait proposer des nouveaux numéros et ensemble nous définissions l’ordre de passage pour la semaine qui allait suivre. Il fallait ensuite qu’un volontaire aille proposer la nouvelle production à Jacky, le patron. En général, ce dernier se trouvait sur la terrasse du rez-de-chaussée de la boîte, face à la mer. Il faisait don de sa présence à la table de quelques clients ou amis privilégiés. Il fallait trouver le bon moment pour lui glisser « la liste ». Les anciens le connaissaient bien et savaient en l’observant depuis le bar, que parfois il valait mieux attendre un peu… Une fois qu’il avait la liste sous les yeux, Jacky là regardait sans parler, cela pouvait durer quelques minutes, des minutes qui dans ce cas précis pouvaient sembler très longues… Il prenait ensuite un stylo et très calmement mais fermement il barrait les noms de certains numéros. Ensuite, il tendait la liste à celui qui était venu là lui présenter sans parler, parfois même sans le regarder. Il était très rare que cette dernière soit validée entièrement du premier coup. Il ne fallait pas discuter, il n’y avait pas discussions. L’artiste qui s’était acquitté de cette mission redescendait dans la loge où les autres l’attendait et lui disaient :

-Alors, on fait quoi ?

-Toi, c’est bon. Toi il ne veut pas de ce numéro, tu dois changer. Ah et toi Adrien, il veut que tu gardes ton numéro « Je ne suis qu’une chanson » toute la saison.

Et voilà, la fascination de la chanson interprétée par Ginette Reno avait de nouveau opéré.

Le garçon en talons hauts - 31

Les jours, les semaines, les mois même qui ont suivi n’ont été rythmé que par les spectacles, les dîners et la plage. Une vie que je croyais magnifique et terrible ! Des années que j’ai traversées avec une insouciance totalement irresponsable, ne serais-ce que vis-à-vis de moi-même. Je ne me suis intéressé à rien, c’était le vide intellectuel absolu autour de moi. J’étais comme lobotomisé par le feu des projecteurs de la nuit et les rayons du soleil la journée. J’ouvrais les yeux vers midi et après avoir pris une douche et bu un petit café, je partais rejoindre des amis à la plage. Bien souvent il s’agissait du « Layet » un coin situé sur la route entre Le Lavandou et Le Canadel. A cet endroit, il y avait une plage bien entendu mais aussi un cabanon tenu par Jo et Mireille où l’on dégustait des langoustes incroyables.

Vers 14h les touristes commençaient à quitter leurs tables pour retrouver leurs serviettes de plage. Pour moi c’était l’heure du premier rosé avec mes « copines ».

Le "Layet" avec Eddy, Richard Flèche, Gilles (La Lune) et Danny.

Le "Layet" avec Eddy, Richard Flèche, Gilles (La Lune) et Danny.

Tout l’après-midi nous buvions, nous mangions, et nous faisions des galipettes dans les fourrés bondés de touristes en quête d’aventures. Je rentrais chez moi vers 19h me mettre au lit. Le réveil sonnait vers 22h et là il fallait se préparer sérieusement. La nuit, nous ouvrait les bras, les choses sérieuses allaient commencer. La tournée des bars, des restaurants, la loge et enfin vers 1h du matin, le spectacle.

Autours de moi, le mur de Berlin est tombé, le prix Nobel de la paix est attribué au Dalaï-lama, l'ouragan Hugo s'est abattu sur la Guadeloupe il y a eu 23 morts et Bernard-Marie Koltès est mort. Je ne sais rien de tout cela, je ne regarde pas la télévision, je n’écoute pas la radio, je ne lis pas les journaux. Je dors, je mange, je bois, je me travestis, je danse, je fais du play-back, je baise et c’est tout.

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