Le garçon en talons hauts - 30

Publié le par Adrien Lacassaigne

Petit à petit, je découvre l’esprit si singulier du Flamenco. Je pourrai dire sans exagérer la « famille du Flamenco ». Il y avait officiellement deux patrons, Jacky Alibert et André Darouze, mais la personnalité de Jacky l’emportait sur celle de son associé, c’était lui « Le grand Manitou ». C’était un homme intimidant même si au premier abord il semblait un peu précieux, les restes peut-être d’une très courte carrière de coiffeur... Il affectionnait particulièrement les blousons de cuir « Jean-Claude Jitrois », nous aurions pu en déduire un peu hâtivement une certaine ambigüité. Qui plus est, il était le parrain d’un escadron de folles… Mais non, Jacky était un hétéro pur et dur. Il était toujours extrêmement joyeux et courtois, mais il savait en imposer quand il le fallait ! C’est lui qui décidait de tout, donc forcément du spectacle. Il était très exigeant mais nous savions une chose, il adorait ses artistes. Il n’était pas vraiment du genre démonstratif, mais si par hasard, un client, même un « très bon client », nous manquait de respect, il était reconduit à la sortie sans autre forme de procès !

Mai 1989, nous nous sommes rapidement mis au travail, nous avons tous ensemble imaginé le premier spectacle de cette nouvelle ère.  Cet événement marquait l’ouverture officielle de la saison touristique du Lavandou.  Tous les commerçants et les personnalités de la ville étaient présents.  C’était un soir important, il fallait frapper fort tout de suite.  Il y avait comme une superstition autour de cette soirée, c’était un peu comme si la réussite de la saison touristique de toute la station balnéaire dépendait du succès de celle-ci.  Cette année-là, bicentenaire de la révolution française oblige, nous avions choisi de proposer une ouverture sur ce thème évidemment, du bleu, du blanc et du rouge.

Le garçon en talons hauts - 30
Le garçon en talons hauts - 30
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Au Flamenco, pour composer un spectacle, il y avait bien entendu, les numéros solos proposés par les différents artistes engagés. En moyenne deux passages par soirée. Mais il y avait aussi les fameux « tableaux » tant appréciés par Jacky. Nous pouvions en créer de nouveaux mais il tenait à ses incontournables ! Un tableau sur « Les putes du bois de Boulogne », un autre sur « Les infirmières », un troisième qui mettait en scène les amours de ; « Sylvie Vartan, Johnny Halliday et Nathalie Baye », etc. Le patron aimait lorsqu’il y avait beaucoup de monde sur scène et surtout « un décor »!

Le garçon en talons hauts - 30
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L’ouverture était donc aux couleurs du drapeau national. Pour le final, nous n’avions pas d’idée et comme souvent dans ces cas là, nous avons choisi une couleur. Jean-Marie Rivière en son temps avait donné le ton, lui c’était souvent le blanc. Ce n’est probablement pas un hasard si je me risque à une comparaison entre les deux hommes. Jacky et Jean-Marie faisaient tous deux partie de la race des seigneurs de la nuit, une dynastie, je crois aujourd’hui disparue. Cette année-la donc au Flamenco, nous serions très « Stendhal » où « Jeanne Mas » selon les références de chacun ! Nous avons décidé de créer un final Rouge et Noir. C’est aussi un classique.

Le garçon en talons hauts - 30
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J’avais proposé à Jacky de faire mon éternel numéro : « Je ne suis qu’une chanson » après le final. J’étais le petit nouveau qui devait faire ses preuves, je savais qu’il fallait que je marque les esprits tout de suite.

Le garçon en talons hauts - 30

Nous avions trois semaines pour répéter et créer les décors. Des journées intenses, où tout le monde travaillait d’arrache-pied. Il y avait ce parfum de peinture fraîche dans l’atmosphère, le bar se remplissait d’alcools divers et variés, Léo créait la bande son, les nouveaux costumes arrivaient, nous répétions nos chorégraphies… Le Flamenco se transformait en véritable fourmilière jusqu’au grand soir.

Ce dernier arrivé, il flottait dans l’air comme une ambiance de gala. Tapis rouge et tenues de soirée, les notables étaient à la fête. Il était une tradition depuis 1972. A une heure du matin, Léo envoyait la chanson de Michel Fugain :

-Attention mesdames et messieurs dans un instant ça va commencer…

Le garçon en talons hauts - 30

Pendant ces trois minutes qui précédaient le spectacle, on s’agitait dans tous les sens en coulisses. Il fallait fermer les rideaux et placer les décors. Les serveurs n’avaient que ce temps très court pour se poudrer le nez et enfiler leurs costumes de scène.

Aujourd’hui encore, je ne peux entendre cette chanson sans me remémorer ces instants magnifiques. Et, je suis certains que beaucoup d’artistes ayant travaillé au Flamenco comme moi, pensent la même chose.

A cet instant, je réalise à quel point je suis fier de faire partie de cette équipe. Je songe à ceux qui avaient marqué l’endroit depuis dix sept ans. Ils avaient presque tous leur photo quelque part. Quand on était nouveau, comme moi, on ne pouvait ignorer que sur cette scène avaient triomphé des fortes personnalités. En 1972, il y eut d’abord Agath, Paola Romano et Rita Patchwork. Ensuite tous ceux qui ont fait de cet établissement ce qu’il est devenu. Adam, Alexandra de St Tropez, Ambre, Belinda Anderson, Brandy Alexander, Claudia Benz, Cungala, Dan Duchet, Danny, Deborah Corry, Dolly Doll, Dyona Loor, Euriale, France, Galia, Gil D’Argent, Joy, Lily Bartock, Lisa, Richard Flèche, Roro et Stella. En 1989, leur énergie, comme un tsunami, nous poussait vers le succès. J’étais fier de leur succéder. C’est à eux que j’ai pensés en débutant ma première saison au Flamenco. Il ne faut jamais oublier ceux qui nous ont ouvert la route.

A ce moment-là, je me suis rendu compte que j’avais intégré la délirante volière ! Je mène la même vie que ces artistes que j’observais en cachette lorsque j’étais adolescent, en vacances au Cap d’Agde, il n’y a pourtant pas si longtemps.

Je ne le sais évidemment pas à l’époque mais au Flamenco, je suis à l’apogée de ma carrière de transformiste professionnel. La dégringolade est amorcée.

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Ricky 23/08/2015 15:30

Merci pour tous ses bons souvenirs de la belle époque... Je n'oublierai jamais les soirées passées dans ce club... Mon préféré LEO.... qu'est il devenu??? Et ce générique de Fugain qui annonçait le spectacle... pffff.. Merci d'avoir ouvert votre coeur.

Ricky 23/08/2015 14:45

Bonjour Adrien... 1H30 pour dévorer vos pages... mais surtout merci pour m'avoir replongé à la fin des années 80, Le Flamenco, la boîte des "comment dit on en 2 lettres???" LOL. Pour moi, le Hyérois que j'étais, cette discothèque était magique...Seul endroit où nous pouvions voir un spectacle de cabaret en plus d'une nuit à danser... Mon préféré, c'était Léo le DJ, l'hétéro parfaitement intégré à la bande..Agath',grrrr fallait pas être trop près de la scène, sinon on n'avait droit à une plaisanterie sur nos chemises ou chaussures... grillé pour le reste de la soirée.. Je ne me souviens pas de vous, mais merci encore pour toutes ces photos de ce club mythique, photos que l'on pouvait voir en descendant les escaliers du club....Merci pour pour avoir ouvert votre univers.... Au fond de moi toujours réver de paillettes et le monde de la nuit..... Salut l'artiste !!!!

Pom 13/02/2015 22:36

Bonjour,

J'aurais voulu savoir si vous aviez bien connu Gil d'argent?
Il était de ma famille et je regrette de ne pas l'avoir mieux connu.

Merci d'avance de votre réponse.

Adrien Lacassaigne 14/02/2015 08:12

Je n'ai personnellement pas connu Gil, mais certains de mes amis ont travaillés avec lui. Désolé de ne pourvoir vous aider d'avantage. En revanche je connais bien des artistes qui l'ont approché, je peux vous les renseigner.

Marie-Claude 10/02/2015 20:31

Ce sont des moments inoubliables, ils m'ont permis de me découvrir, de rire , de sourire mais de me rendre compte que la vie est courte , qu'il faut en profiter . Merci à toi Adrien qui m'a fait découvrir par ton merveilleux spectacle : Ginette Réno et cette chanson, je ne suis qu'une chanson..............Merci du fond du coeur .