Le garçon en talons hauts - 29

Publié le par Adrien Lacassaigne

Avant de rejoindre le Var, je rentre en Belgique. Je le devais, je l’avais promis à Marraine Renée. Même si elle aurait préféré que je reste à ses côtés, elle se dit heureuse pour moi. Pour me le prouver, elle va même m’offrir une nouvelle voiture. Pour fêter ce contrat, je vais la choisir à l’image de cette nouvelle ère. Un 4x4 “Suzuki Samouraï”, rouge vif. L’hiver, je vais me régaler à la neige et l’été je vais crâner en décapotable sur la côte. A moi les aventures, le succès et la belle vie. Adieu les bonnes résolutions, les livres, le théâtre et le sport !

Le garçon en talons hauts - 29

Je suis super excité, comme un gosse. J’aime beaucoup l’idée de me retrouver dans une nouvelle équipe et de relever ce nouveau challenge.

Maxine, avec “Les Particules” tournera quelques mois, mais la sauce ne prendra pas. Je n’ai pas d’explication.

Il intègrera ensuite la troupe des « New Sensation » créée par Marisa Aleen. Le spectacle sera grandiose, ils auront un immense succès bien mérité.

Philippe s’associera lui à ma grande surprise aux «Aristomens». Je dis à ma grande surprise car nous avions croisé cette troupe à nos débuts à Aix-en Provence. Ils avaient pour particularité de « s’inspirer » fortement des autres artistes, dont nos numéros. Philippe leur en voulait beaucoup, au point de menacer de casser la figure du leader s’il le croisait. Eh bien me croirez-vous, comble des hasards de la vie, c’est cette même troupe qu’il a choisi d’intégrer. Et c’est avec ce leader qu’il vit depuis maintenant plus de vingt cinq ans !

C’est un choix que je n’ai jamais compris, dont nous n’avons jamais parlé. Une issue qui a sonné l’irrémédiable différend entre Philippe et moi.
1989, c’est donc l’année de ma première saison au “Flamenco”. C’est certainement la période la plus festive de ma carrière de transformiste. J’avais raté « Le Boa » parce que j’étais trop jeune. J’ai loupé « Michou » à cause d’un coup de tête. J’étais bien décidé à ne pas manquer cette étape.

Au terme d’un voyage d’environs douze heures, je passe enfin le panneau « Le Lavandou ». Je trouve très facilement l’immeuble, face à la mer.

La devanture du Flamenco avec la troupe "Les New Sensation" Jacky Alibert et Dolly Doll.

La devanture du Flamenco avec la troupe "Les New Sensation" Jacky Alibert et Dolly Doll.

Ce jour-là, le rendez-vous était fixé à 16h. J’arrive, toutes les portes étaient ouvertes, plusieurs personnes faisaient un grand ménage. J’ai descendu pour la première fois les marches qui menaient au cœur du Flamenco. C’est toujours très curieux une discothèque à la lumière du jour. Le personnel mettait tout en place pour l’ouverture de la saison prévue dans quinze jours. Mon arrivée avait été annoncée par Jacky, j’étais le petit nouveau de la saison. Je sentais le poids des regards qui se posaient sur moi. C’est donc lui le fameux « Bernard » ! (C’était encore mon prénom à l’époque).

C’est Léo qui m’a accueilli le premier. Ah « Léo », le DJ du Flam à l’hétérosexualité affirmée. Un beau gosse à l’accent chantant qui n’hésitait pas à jouer le jeu de l’ambigüité quand il le fallait. Il était la depuis très longtemps, il en avait vu passer des artistes. J’ai très vite compris qu’il serait un allié incontournable pour la saison que j’allais commencer. Léo dirigeait l’équipe des Bébé Boys ! Car au Flamenco, les serveurs venaient grossir la troupe des artistes le temps du spectacle. Cela en faisait un artiste à part entière.

Léo en compagnie de Michael Jones et moi.

Léo en compagnie de Michael Jones et moi.

J’ai timidement salué toutes les personnes présentes, ensuite je me suis rendu sur la piste de danse. Cet endroit qui devenait la scène à 1h du matin. J’ai savouré cet instant, comme aurait pu le faire un athlète au milieu du stade vide, avant la compétition.

Sur place, je retrouve Lisa avec qui je venais de travailler à Courchevel. Je suis rassuré de l’entendre me dire :

-Ma « Poupette » tu es la…

Nous allons partager le logement que le Flamenco met à disposition de ses artistes, une petite maison à Bormes-les-Mimosas. Lisa est gentille et ce n’est pas péjoratif. Tous les artistes qui ont croisé sa route vous le diront. Pour se fâcher avec, elle il faut vraiment le vouloir. Elle a de belles idées de créations et aussi des doigts en or pour réaliser ses costumes. C’est la colocataire idéale. Sauf peut-être quand elle invite une équipe entière de rugby à la maison. « LOL », diraient les jeunes d’aujourd’hui.

Lisa et moi.

Lisa et moi.

Je rencontre ensuite Joël Evans. C’est un ancien coiffeur reconverti dans le spectacle. Un garçon discret, extrêmement doué en maquillage. Il me fait une curieuse impression. Il n’a pas le physique de l’emploi. Il a plutôt le look d’un prof d’université. Je me suis demandé quel genre de numéro il pouvait bien faire.

Joel Evans et moi en compagnie d'un jeune client du Flamenco.

Joel Evans et moi en compagnie d'un jeune client du Flamenco.

Et, enfin Joy est arrivée. C’est l’une des deux « jumelles » Genevoises. J’en avais déjà entendu parler. Mireille Dumas dans une de ses émissions de télévision s’était intéressée à l’histoire de ces deux jeunes garçons « jumeaux » qui sont devenus tous les deux des transsexuels. Joy avait débuté le cabaret à 16 ans, sa beauté n’avait d’égal que son ambition, c’était une bête de scène.

Joy et moi.

Joy et moi.

Il ne manquait plus que la vedette, Agath. Il est arrivé très en retard en bougonnant. Il en était à sa dix-septième saison, ce rendez-vous ne l’impressionnait guère. Je m’attendais à rencontrer une star, une diva, une sorte de Zaza Nappoli ! Quelle ne fut pas ma surprise de voir arriver un monsieur tout simple, en short et avec des Tongs. Il était accompagné d’un vieux chien qui le suivait péniblement. C’était un cocker appelé Nava. A la main un sac en plastique avec à l’intérieur disait-il, un « nouveau costume » pour le spectacle ! Il m’a d’abord ignoré. Après quelques instants, Léo nous a présentés et il a dit :

-Ben je sais qui c’est hein ! Quand même…Pauvre Léo !

Il est alors venu m’embrasser comme si on se connaissait depuis des années. J’étais un peu désorienté. Il était loin de l’image terrifiante que l’on m’avait fait de lui. Un homme en réalité très ordinaire qui était juste un peu pénible lorsqu’il avait chargé en apéro. Il n’y avait dans ce cas que Jacky Alibert qui pouvait le contrôler.

-Oh « maman » tu arrêtes maintenant !

Disait-il, menaçant.

Agath avec Alexandre, le fils de Richard Flèche.

Agath avec Alexandre, le fils de Richard Flèche.

Quand il avait bu, Agath pouvait être d’une mauvaise foi incroyable. Je me souviens de ce jeune artiste qui est venu quelques semaines travailler au Flamenco. Son imitation de Mickael Jackson était absolument parfaite, rien à redire. Il avait beaucoup de succès, mais allez savoir pourquoi, il n’a pas vraiment réussi à s’intégrer dans l’équipe. Un soir, il était aux environs de minuit 45, le spectacle allait bientôt débuter. Mickael Jackson était prêt, maquillé, habillé, il était assis à côté de moi dans la loge. Dix minutes avant le spectacle, on voit notre Agath arriver bien chaud ! Il va directement s’assoir à sa place en ronchonnant comme très souvent. A un moment, on le voit se lever comme une furie et venir se planter derrière la chaise du« Roi de la Pop ». Il lui crie dans les oreilles :

-Mickael Jackson… Mickael Jackson… personne sait qui c’est Mickael Jackson… personne monsieur ! On me l’a dit dans les bars. C’est qui le nouveau là, c’est qui qu’il imite ? Personne le connait Mickael Jackson…

Et, il est retourné à sa place en ronchonnant de plus belle. Nous étions tous morts de rire. Sauf le principal intéressé évidemment !

Agath, il fallait le prendre comme il était, imprévisible et d’une mauvaise foi à toute épreuve. Mais la plupart du temps, il était absolument charmant. C’était le genre d’artiste qui n’était pas vraiment beau sur scène. Il s’en foutait bien d’ailleurs. Il n’avait pas de jolis costumes, c’était le moindre de ses soucis. Il n’avait pas non plus de « grands » numéros. Sa présentation du spectacle en direct était souvent très élémentaire. Mais alors pourquoi était-il là depuis le commencement me direz-vous et avec autant de succès ?

Joel Evans, Joy, Lisa, Agath et moi avec nos amis Chantal et Max Dandine et leur fils Mathias. (Restaurant l'Escoundudo)

Joel Evans, Joy, Lisa, Agath et moi avec nos amis Chantal et Max Dandine et leur fils Mathias. (Restaurant l'Escoundudo)

Son talent était ailleurs. Il avait créé « un personnage » et ça c’est fort. C’est d’autant plus difficile que lorsque l’on joue cette carte, il faut pratiquement la jouer 24h su 24 ! Pierre Karpof était « Agath »partout, tout le temps. Prisonnier de sa création, qu’il soit à la plage, dans la rue, dans les bars, au restaurant et tout naturellement sur scène, la nuit. J’ose à peine imaginer ce qu’a été sa vie privée. J’ai beaucoup aimé travailler avec Agath. J’ai beaucoup de respect pour lui.

Agath et moi.

Agath et moi.

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chantal 15/08/2014 19:26

merci de penser a nous cette photo me laisse tellement de souvenir pleins de bonnes choses tu as tellement bien su te reconvertir grand respect a toi