Le garçon en talons hauts - 28

Publié le par Adrien Lacassaigne

Et c’est justement là, à Courchevel, que je vais rencontrer Jacky Alibert, le dirigeant du cabaret « Le Flamenco » au Lavandou. Cet établissement était très connu dans le milieu des transformistes. Beaucoup de grands artistes y étaient passés. L’endroit est situé sur le front de mer, plus exactement avenue du Général Georges Bouvet. Il y a un piano-bar avec une grande terrasse « vue sur mer » au rez de chaussée. La discothèque se trouve au sous-sol. Le restaurant « Les Enfants Terribles » au premier étage.

La proximité avec Saint-Tropez en faisait un haut lieu des nuits festives de l’été sur la côte d’azur. La diversité de la clientèle rendait cet endroit unique et magique. Une nuit au Flamenco, c’était le souvenir assuré d’une fête accomplie.

Jacky Alibert et moi.

Jacky Alibert et moi.

Pour les artistes qui y étaient engagés, c’était un très bon contrat. La direction proposait cinq à six mois de travail l’été sur la côte d’Azur et trois à quatre mois de saison d’hiver à Megève.

Ne se produire que dans deux établissements sur l’année était un luxe. Cela voulait dire, pouvoir s’installer, avoir un appartement, un chez-soi. L’idée était séduisante.

En revanche, Jacky Alibert était très exigeant. Il fallait que le spectacle change tous les jeudis, soit environs 25 spectacles différents à présenter. C’était beaucoup de travail. Autre bémol, au « Flamenco », il y avait un présentateur qui sévissait depuis vingt ans et dont il fallait « se méfier » parait-il, un certain Agathe. Mais les présentateurs qu’il faut craindre, on m’avait déjà fait le coup à Genève avec Lou Scarol. Je ne suis plus un débutant, cela ne m’effraie absolument plus. J’ai moi-même parait-il à cette époque là une réputation singulière.

Jacky est venu voir le spectacle du Saint Nicolas et à l’issue de ce dernier, il m’a invité à prendre un verre.

-Ca te dirait de venir faire une saison au Flamenco ?

Je n’ai pas hésité longtemps. C’est une bonne maison, je le sais alors je suis heureux de répondre :

-Oui, évidemment.

-Alors je t’attends fin mai au Lavandou.

Nous n’avons pas parlé de prix, pas signé de contrat, la parole de Jacky était une garantie absolue. Il m’avouera un jour que ça faisait un moment qu’il pensait à m’engager, mais il ne pouvait pas prendre les autres Hirondelles. Il n’engageait pas de troupe. Il me voulait depuis qu’il m’avait vu dans ma parodie de “La Belle et la Bête”. Un numéro qui l’avait beaucoup fait rire. En matière de spectacle, Jacky était fan des tableaux et des montages.

La Belle et la bête.  Philippe et moi.

La Belle et la bête. Philippe et moi.

Grâce à une multitude d’extraits sonores, ce numéro tournait en dérision l’histoire de ces deux personnages. C’est cela qu’on appelait des « montages ». Cela voulait dire que l’on collait bout à bout des petits morceaux de bandes tous différents les uns des autres. C’était en général des bouts de chansons où de sketchs. J’ai passé des heures devant mon « Revox » à travailler sur ces créations, c’était laborieux. Un petit millimètre de bande mal coupé, c’était une gaffe irrémédiable. D’où mon état de colère contre ceux qui se contentaient de copier les montages des autres en récupérant de ci de là quelques cassettes oubliées, ou volées.
J’avais créé ce sketch au début de la tournée des « Hirondelles », ce numéro avait un certain succès. Jean Marais en personne en avait entendu parler. Il est venu nous applaudir à Cannes.

Ce qui me donne l’occasion de me la péter un peu en vous parlant de cet acteur. Il avait 75 ans lorsque nous l’avons rencontré mais il était encore très bel homme. Il avait énormément de classe et heureusement pour moi, il n’était pas dénué d’un profond sens de l’humour. Dans ce sketch, Philippe avait le rôle de la bête, moi celui de Josette Day. J’étais « La Belle », une maitresse femme qui humiliait la bête parce qu’elle n’avait pas mangé toute sa purée Mousseline ! Nous étions au « Club 7 » à Cannes, l’endroit étant petit, pendant mon numéro, j’entendais le rire si particulier de Jean Marais dans la salle. C’était un peu comme si ce dernier participait lui aussi à cette parodie, avec la bénédiction de son mentor. Il a eu une façon toute simple de me remercier pour ce clin d’œil au film de Cocteau. Pendant le spectacle il m’a dessiné et il est venu ensuite m’offrir le dessin dans les loges.

J’ai mon portrait signé Jean Marais. Ca le fait, non ?

A l'époque mon nom de scène était B'Verly! Oui, je sais c'est ballot!

A l'époque mon nom de scène était B'Verly! Oui, je sais c'est ballot!

Grâce à ce numéro, j’entrais donc dans l’équipe du « Flamenco ». Je mettrais un terme à ma carrière de transformiste un peu plus tard.

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