Le garçon en talons hauts - 25

Publié le par Adrien Lacassaigne

En octobre 1988, Pascal et moi nous sommes donc installés dans un studio au 37, rue Condorcet dans le 9ème arrondissement de Paris.

Le garçon en talons hauts - 25

Ses importantes qualifications lui avaient permis de trouver rapidement un emploi. Moi, je n’ai même pas songé un seul moment à chercher du travail. Je jouais un nouveau rôle, « épouse modèle ». J’ai décoré l’appartement. Je préparais les repas pour que tout soit prêt lorsqu’il rentre. Le soir, il se mettait au piano pour me jouer quelques morceaux classiques qu’il affectionnait particulièrement. Nous étions en plein cliché, une romance de série « B ». Parfois, je luis proposais d’aller voir un spectacle mais le soir, il était fatigué par sa journée de travail. Il me disait :

-Vas-y toi, tu n’as pas besoin de moi…

C’est comme cela que j’ai découvert au Théâtre de Paris « Starmania », tout seul. J’ai adoré la création de Michel Berger et Luc Plamondon, cela m’a même un peu donné l’envie de remonter sur scène. Il y avait dans la distribution une chanteuse belge époustouflante, Maurane.

Mon amoureux s’était totalement investi dans sa nouvelle entreprise, moi je commençais à trouver le temps long. J’ai un moment imaginé retourner chez Michou, mais je me disais que le mari d’un ingénieur ne pouvait pas être transformiste ! Pauvre dinde !

Avec mon chien Caiüs dans notre studio de la rue Condorcet. Heureusement, il était à mes côtés.

Avec mon chien Caiüs dans notre studio de la rue Condorcet. Heureusement, il était à mes côtés.

Très vite Pascal s’est absenté les week-ends. Il me disait qu’il retournait chez ses parents à Neuilly. Il n’avait jamais été question de me présenter à la famille qui ignorait tout des préférences du fils parfait. La réalité était tout autre.
Mes dernières semaines de contrat avec « Les Hirondelles », j’étais au « Club 7 » à Cannes, je vous l’ai dit. Ce que j’ignorais c’est que pendant que j’étais sur scène, Pascal se faisait outrageusement draguer par les gigolos de la maison. Et apparemment, il a adoré ça. Il rattrapait le temps perdu par sa jeunesse extrêmement studieuse. Je n’ai rien vu venir.

Donc, en réalité mon bel amant prenait l’avion tous les week-ends pour aller retrouver son nouvel amoureux à Cannes !

J'ai aussi trouvé cette photo d'un garçon dans notre salle de bain. Plus de doute !

J'ai aussi trouvé cette photo d'un garçon dans notre salle de bain. Plus de doute !

Un jour, je suis rentré à notre studio, il y avait un mot à mon attention :

-Courage, la vie n’est pas finie. Tu peux aller plus loin dans ta carrière. Ta famille t’aime. Tes amis sont fidèles…et je ne suis pas très loin. Garde confiance en toi. J’ai honte. Pascal.

C’était clair, la romance était finie pour moi. J’ai pleuré des jours entiers. En même temps, je me disais, je le savais, c’était trop beau pour être vrai.

J’ai rassemblé mes affaires et suis parti retrouver mes frères de spectacle, Maxime et Philippe qui étaient en contrat à Genève. Au passage, en partant j’ai arraché les rideaux de la baie vitrée de notre salon. J’en ai fait une robe longue absolument divine. D’où cette réputation que j’avais de faires mes costumes dans de vieux rideaux !

Je n’ai plus jamais eu de nouvelles de Pascal jusqu’à ce jour de 1993. Je me changeais dans les vestiaires du « Gymnase Club Nation » à Paris, après ma séance de sport. Je sentais dans mon dos le regard appuyé d’un garçon. Je me suis retourné, c’était lui, c’était Pascal.
Nous avons échangé quelques banalités. Je le sentais un peu gêné, je n’ai pas insisté. Je l’ai observé quitter le club, il avait sur le dos un vieux loden vert. Je l’ai regardé partir sans broncher, il sortait définitivement de ma vie. Je vous avoue pourtant avoir fait une recherche sur Facebook pour essayer de le retrouver. Non pas pour entrer en relation avec lui et le mettre mal à l’aise. Je voulais simplement savoir ce qu’il était devenu. Il est probablement marié et père de famille. Ma recherche est restée veine. Mais si il devait tomber sur ces quelques pages qui lui son consacrées, je voudrais qu’il sache qu’il m’a rendu très heureux. Je lui dis merci. Vous connaissez la phrase un peu « cliché » du philosophe allemand Friedrich Nietzsche, «Tout ce qui ne tue pas rend plus fort». Ce fut le cas mon cher Pascal.

Aujourd’hui, je suis même capable de dire que cette phrase est extraite de l’essai « Le crépuscule des idoles » publié en 1888. Ca en jette, non ?

La romance avec Pascal n’a pas duré certes mais elle fut un élément déclencheur incontestable pour la suite de ma vie. A partir de ce moment-là, je vais m’intéresser à d’autres choses qu’à mon métier de transformiste.

Un gagne-pain que j’ai envie d’arrêter, ça c’est certain. Ceci dit, je gagne très bien ma vie en me déguisant en fille. Le job est confortable, sans peine, mon salaire équivaut à celui d’un jeune médecin ! Ca ne va pas faciliter ma décision.

Nous sommes, je vous le rappelle en 1988, mes adieux ont donc duré 25 ans ! Plus longtemps que ceux de Marcel Merkes et Paulette Merval ! (les plus jeunes iront sur Wikipédia pour découvrir qui ils sont !)

Serais-je un peu cabotin en plus ?

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