Le garçon en talons hauts - 24

Publié le par Adrien Lacassaigne

Les heures, les jours, les semaines se sont soudainement mises à passer très vite. « Le Piano Blanc » allait enfin ouvrir ses portes. Diner de gala en grande pompe avec pour invitée d’honneur Mademoiselle Jane Russell.

Jane Russell avec nous sur la scène du Piano Blanc.
Jane Russell avec nous sur la scène du Piano Blanc.

Jane Russell avec nous sur la scène du Piano Blanc.

« Les Hirondelles » ne seraient pas seules en scène. Le propriétaire nous avait annoncé la venue de trois autres artistes. C’est Maxime qui m’a révélé la nouvelle :

-Tu sais nous allons travailler avec Gribouille et Audrey Carelle.

Très bien, je connaissais le travail de ces deux-là, c’était d’excellent professionnels. Parfait !

-Et qui est le troisième ?

Demandais-je à Maxime. Il y eu comme un malaise…

Mon partenaire connaissait ma période « Michou » et toutes les anecdotes qui s’y rapportaient. Parmi elles, mon supposé flirt avec le compagnon de la star de la maison en tournée au Japon. Ce dernier, ayant appris la nouvelle à son retour, avait décidé de me faire la peau !

-C’est Richard Flèche, le troisième ! Tu vois qui c’est ?

Me dit maxime.

Je crois avoir changé de couleur ! Comment oublier celui-là même qui m’avait donné envie de faire ce métier. J’espérais juste qu’il avait oublié cette histoire de flirt avec son « boy-friend » et cette furieuse envie de me casser la figure.

Nous avions rendez-vous au « Piano Blanc » un après-midi pour la mise en place de l’ordre de passage du spectacle. En arrivant sur le parking, j’ai aperçu par les fenêtres, les artistes assis autours d’une table, ils nous attendaient. Maxime et Philippe sont arrivés les premiers. J’ai prétexté un truc bidon pour arriver bon dernier, retardant ainsi le plus tard possible ma rencontre avec Richard Flèche. Je n’en menais pas large, je peux vous l’assurer. Arrivé près de l’endroit où les artistes étaient installés, j’ai fait un tour de table pour les saluer. C’est le patron de l’endroit qui faisait les présentations. Arrivé à la hauteur de Richard, je lui ai tendu la main. Le patron lui dit :

-Richard vous connaissez bien entendu le créateur de la troupe des Hirondelles ?

Richard flèche m’a regardé fixement avant de répondre sur un ton qui n’appartient qu’à lui :

-Je sais très bien qui il est !

Il m’a tendu la main et nous nous sommes salués cordialement. Ouf, le poing dans la figure ce n’est pas pour tout de suite, pensais-je.

Richard Flèche en coulisses

Richard Flèche en coulisses

Richard Flèche

Richard Flèche

Dans la loge, je m’étais installé pas très loin de lui pour l’observer discrètement. Cet artiste me fascinait, il était à la fois, arrogant et éclatant. J’adorais aller en coulisses l’observer pendant ses numéros. Pour moi, il était une légende, je n’en revenais pas de travailler sur la même scène que lui. L’ambiance était décontractée alors un soir, nous avons fini par mettre sur le tapis la fameuse histoire du flirt avec son compagnon. J’avais l’impression qu’en réalité cela l’amusait plus qu’autre chose.
Richard entretenait volontiers sa réputation diabolique, mais il n’en était pas moins un être délicieux. Il suffisait de se donner la peine de le découvrir.

Je lui ai dit :

-Nous n’allons quand même pas nous battre pour si peu ! Qui plus est, tu viens de subir une intervention chirurgicale importante aux mâchoires. Ca serait ballot de se prendre un coup de poing, non ?

« Balle au centre » !

Mon maître venait de comprendre que j’avais tout appris de lui.

Richard et Danny vivent aujourd’hui des jours paisibles à Bormes les Mimosas. Ils sont grands-pères. Parfois dans ma campagne tourangelle, lorsque j’ai le blues de ces années là, je me verrais bien me prendre une bonne cuite au champagne avec Richard. Nous dirions des horreurs sur le monde qui nous entoure comme nous savions si bien le faire en ce temps là.

Les artistes du Piano Blanc.

Les artistes du Piano Blanc.

L’été 1988 se termine, mon ingénieur en informatique doit trouver du travail. Pascal projette de rentrer sur Paris. Pour lui c’était évident, j’allais le suivre. J’en avais très envie mais, il y avait un « Mais ». A chaque fois qu’il parlait de notre installation je lui disais que j’allais y réfléchir.

Fin d’été, « Les Hirondelles » sont au « club 7 » à Cannes. Nous nous y produisons souvent depuis le début de notre tournée, c’est un endroit fort sympathique.

Sur la scène du "7" à Cannes.

Sur la scène du "7" à Cannes.

Un soir, je suis arrivé dans la loge pour me préparer. Maxime et Philippe était déjà là, ils se maquillaient en silence. J’ai immédiatement senti qu’il se passait quelque chose, mais quoi ?

-Tout va bien ?

Leur demandais-je. Pas de réponse !

Après un moment, n’y tenant plus, Maxine se retourne vers moi, me regarde fixement et me dit :

-Tu aurais quand même pu nous l’annoncer toi-même !

Dit-il glacial. Je lui ai répondu :

-Vous annoncer quoi ?

Maxime :

-Que tu nous quittais pour monter vivre à Paris avec Pascal !

Eh merde ! Pascal sans le vouloir avait parlé de notre future installation à Paris. Un peu lâchement cela m’arrangeait. Il avait pris la décision que je n’arrivais pas à prendre. Il avait annoncé la chose aux Hirondelles ce qui m’aurait été extrêmement douloureux. Philippe n’a rien dit comme d’habitude. Maxime, lui était extrêmement déçu, je le sais. Il ne pensait pas au spectacle, un artiste comme lui retrouverait du travail immédiatement, c’est certain. Il a vécu cet épisode comme une trahison amicale. Il avait raison, j’ai été nul sur ce coup-là.

Maxime était furieux mais en réalité il me comprenait. Il y a quelques temps, il était tombé fou amoureux lui aussi. C’était d’un jeune chef de cuisine à Aix-en Provence. Il s’appelait aussi Olivier, nous l’avions surnommé « Toto ». Le jeune homme était hétérosexuel mais il fréquentait le club dans lequel nous nous produisions, ça n’avait rien d’exceptionnel. Un soir il a demandé à me parler.

-J’ai besoin de tes conseils. Je ne sais pas comment m’y prendre, je ne suis jamais sorti avec un garçon. Comment faire pour plaire à Maxine ?

Je lui ai répondu :

-Ne fait rien, tu lui plais déjà.

Quelques jours plus tard, Maxime est venu me voir pour me dire :

-Ecoute, j’ai envie de passer du temps avec Olivier, rien que lui et moi. Nous allons partir deux mois en Thaïlande. Tu vas pouvoir te débrouiller pour le spectacle ?

Evidemment que nous allions nous débrouiller. Comme lui refuser cela ? Je ne l’avais jamais vu aussi heureux.

A leur retour de Bangkok, Maxine n’a pas eu besoin de mettre un terme à sa carrière, lui. Les parents de son amoureux ont exercé une telle pression sur leur fils que ce dernier a disparu sans un mot, sans une explication. Maxime en a beaucoup souffert et en souvenir de cette événement, il m’a dit :

-Si tu es certain que cette histoire avec Pascal en vaut la peine, vas-y fonce. Philippe et moi on va se débrouiller.

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