Le garçon en talons hauts - 19

Publié le par Adrien Lacassaigne

Les mois d’Octobre et Novembre 1987 en Hongrie resteront pour moi les temps forts de cette tournée de transformistes. Tout avait commencé à Montélimar, nous nous produisions dans une discothèque dont le nom m’a échappé. Mr Andrieu, un célèbre imprésario dans le milieu du music-hall parisien étais venu nous voir, je ne sais sur quelle recommandation. Il a aimé le spectacle. A l’issue de ce dernier, il est immédiatement venu à notre rencontre en coulisses. Il avait besoin de transformistes pour une grande revue appelée “Bonsoir Paris” qui représenterait la France en Hongrie. A ces mots : « représenter La France » tous mes sens étaient déjà en éveil. Mes partenaires étaient plus réservés, moi j’étais déjà à Budapest !

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Comme je vous l’ai dit, j’avais monté un numéro de magie, “La malle des Indes”. Et comme je l’avais espéré, ce numéro nous distinguait des autres troupes. C’est lui qui nous a ouvert les portes de « l’international ».

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Monsieur Andrieux voulait aussi un numéro comique parodiant une vedette de la chanson française connue dans le monde entier. Nous avons choisi comme tête de turc, Mireille Mathieu. J’avais imaginé trois « Mireille » habillées de bleu, blanc, rouge dont l’une serait en patin à roulettes. Rien de bien imaginatif, je le reconnais volontiers.

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Il était aussi dit que Maxine ferait son numéro de charme sur la chanson de “Cabaret”. Histoire d’en mettre plein la vue aux Hongrois qui, c’est certain n’en reviendraient pas de voir cette femme magnifique n’être en réalité qu’un homme.

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L’impresario semblait être à deux doigts de nous signer le contrat, le suspens était à son comble quand il nous demanda :

-L’un d’entre vous imite Edith Piaf ?
Consternation dans la loge et surprise quand, sûr de moi je réponds :

-Oui moi bien sûr !!!

Je ne doute de rien, mes partenaires sont consternés.

-Alors ok le contrat est signé.

Dit-il.

Si vous aviez vu la tête que faisait Pinky, Maxine et Philippe lorsque j’ai répondu oui ! Bien entendu, il ne m’était jamais venu à l’idée d’imiter Edith Piaf, ça ne faisait pas partie de mon répertoire, je n’avais assurément pas la tête de l’emploi. Il me restait deux mois pour y arriver. Je n’étais pas vraiment inquiet ou alors totalement inconscient. Je pensais, un cirque c’est grand, le premier spectateur sera au moins à dix mètres de moi, si je ne ressemble pas vraiment à Edith, ce n’est pas si grave. De toute façon le contrat est signé ! Sur un coup d’audace comme souvent dans ce métier, certes, mais il est signé.

L’un des membres de la troupe, Pinky, effrayé par cet épisode préfère ne pas nous suivre, il quitte “Les Hirondelles” pour entamer une carrière en soliste. Je suis profondément attristé par son départ mais l’excitation du moment prendra le dessus sur l’émotion de l’envol de Pinky vers d’autres aventures.

Nous avons pourtant failli ne pas partir en Hongrie. Non pas que le spectacle ne soit pas prêt mais c’est à ce moment là que Philippe a pris la décision de rompre avec moi.
Nous venions de terminer un moi de contrat dans la cité du nougat. Nous allions rentrer à Charleroi en Belgique pour préparer le spectacle destiné à la Hongrie. Le dernier soir, nous avons comme toujours chargé le camion avec les costumes et les décors et au moment de prendre la route Philippe me dit :

-Je ne rentre pas avec toi !

Le ciel m’est tombé sur la tête. Je n’aurais jamais imaginé que ce moment arrive un jour. Depuis notre rencontre en février 1978, ma famille avait totalement adopté Philippe. Malheureusement presque dix ans ont passé et à mes yeux aussi il était devenu un membre de la famille, plus qu’un amant. Sauf qu’apparemment lui ne voyait pas les choses ainsi. Il avait besoin d’amour charnel que je ne lui apportais plus depuis longtemps. Je me disais toujours, il a des aventures soit, mais il ne me quittera pas, il est de ma famille. J’avais évidemment tort. Il avait récemment rencontré à Aix en Provence un jeune et joli garçon. A notre dernier soir de contrat à Montélimar, Philippe avait décidé d’aller le rejoindre pour passer quelques jours avec lui avant d’entamer nos répétitions pour le cirque d’hiver de Budapest. Comble du hasard, le jeune homme s’appelle lui aussi Bernard. (À cette époque je n’avais pas encore changé de prénom, c’était aussi le mien !) Je suis comme anesthésié ! Maxime ne conduisait pas, il n’avait pas le permis. J’ai donc fait la route tout seul, Montélimar / Charleroi comme hypnotisé par ce que je venais d’apprendre.

Philippe me quitte ! Maxime me dit :

-Tu devais bien te douter que cela arriverait un jour. Vous vous disputez souvent, vous n’êtes plus un couple depuis longtemps !
Et moi de répondre :

-Oui mais il me quitte tu te rends compte ? Qu’est ce que je vais devenir ?

Maxime qui avait la tête sur les épaules me dit :

-C’est peut-être mieux comme ça, non ?

Moi, de lui répondre :

-Pourquoi tu dis ça ?

Maxine :

-Vous vous rendez malheureux, tous les deux. Vous auriez du rompre il y a longtemps. Vous vous aimez comme des frères plus comme des amants du coup ni l’un ni l’autre ne veut faire de peine à l’autre. Vous vous mentez, vous vous trompez, vous entretenez une fausse relation.

Max avait raison, car même le jeune Bernard que Philippe partait rejoindre à Aix-en-Provence était passé dans mon lit !

Une fois rentré à Charleroi, il a fallu apprendre la nouvelle aux miens. Ils avaient tous désignés Philippe comme le troisième fils de la famille, ce fut un choc pour eux. Même mon grand-père Maurice ce vieux bourru me disait à chaque fois qu’il me voyait :

-Où est Philippe ?

A l’heure où tant de jeunes ont du mal à faire accepter leur homosexualité à leur famille, moi j’avais du mal à leur faire accepter ma séparation !

J’ai un temps envisagé de rompre le contrat pour Budapest, heureusement que Maxine était là pour me raisonner. Maxine a aussi réussi à convaincre Philippe de nous suivre et il est donc venu nous rejoindre deux semaines avant le départ pour la Hongrie. Nos rapports étaient tendus, je le sentais hésitant. Son jeune amoureux lui envoyait de nombreuses lettres enflammées, (il n’y avait pas de téléphone portable à l’époque) cela m’inquiétait. Nous logions à Charleroi dans l’immeuble de mon père, j’avais donc demandé à papa de subtiliser les courriers. Dans un premier temps, il a refusé de se prêter au jeu. Je lui ai expliqué que le nouvel amoureux de Philippe lui demandait de ne pas partir en Hongrie avec nous (j’ai un peu exagéré). Notre avenir professionnel était à deux doigts de s’effondrer. Si Philippe ne partait pas avec nous, le contrat serait annulé. Papa a fini par accepter de me remettre les lettres. Vous vous demandez évidemment si je les ai lues. Il serait noble de vous répondre, non évidemment. En réalité je n’en ai aucun souvenir, j’en ai peut-être lue une où deux. Les ai-je rendues à Philippe par la suite ? Je ne sais plus.

Evidemment ça n’a pas été facile de continuer à travailler avec Philippe, mais je n’arrivais pas vraiment à lui en vouloir. L’important c’était qu’il soit là.

Nous voilà donc partis tous les trois pour Budapest par le train. Nous avons un compartiment avec quatre couchettes. Le voyage est long, mais il passe vite, nous sommes tout excités par ce qui nous attend. Pour faire passer le temps nous donnons un dernier coup aux nouveaux costumes de scène que nous avions confectionnés pour l’occasion. A cette époque, je pailletais encore mes tenues à la main, paillettes et perles, une à une… Arrivés à la gare de Budapest, un bus nous attendait pour nous conduire au cirque d’hivers.

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C’était un véhicule qui semblait d’un autre temps. Bien que n’ayant, à l’époque aucune conscience politique, c’est pour moi le premier choc avec le régime communiste de la Hongrie. Je pensais que ce genre d’autocar n’existait qu’au cinéma dans les films des années « 50 ».

Moi qui ne m’intéressais à rien d’autre qu’à mes spectacles, je pense que c’est la première fois que j’ai ouvert les yeux sur le monde dans lequel je vivais.

Au cirque, nous découvrons nos chambres qui sont situées à l’arrière du bâtiment. En réalité il s’agit de « chambre-loge » car la pièce est divisée en deux parties, la première réservée aux costumes de scène et aux tables de maquillage, la seconde à un espace chambre avec deux petits lits et une salle de bain. Maxime sera seul dans une chambre, Philippe par habitude sans doute, partagera la mienne. A peine les valises posées, le producteur vient me voir et me demande de me préparer pour mon numéro de “Piaf”. La télévision Hongroise souhaite filmer un extrait du spectacle en avant-première pour les infos télévisées du soir. Consternation, panique, effroi...

-Je vous attends dans 15 minutes sur la piste.

Me dit-il.

Je n’étais pas certain qu’après ma prestation, on ne nous remette pas subito presto dans le premier train pour Paris.

Le trac était tel que je me suis dit, je n’ai pas d’autres solutions que de gagner la partie. Soutenu par Maxine et Philippe je me suis mis à ma table de maquillage pour me dessiner le visage de la môme. La tension était palpable, nous ne parlions pas. A peine de temps en temps un :

-ça va aller ?

Oui, il le faut. Je dois être Edith Piaf !

Vingt minutes plus tard, me voilà prêt, je m’habille, la fameuse petite robe noire. Je sors de la loge pour rejoindre la piste, mes jambes tremblent un peu. Je suis le premier interprète que le personnel du cirque va voir en tenue. Les autres artistes de la troupe m’observent, épaté par le maquillage, ça me rassure un peu. Juste avant d’entrer dans la lumière, je me rends compte que quelque chose ne va pas, il me manque un truc autours du cou ! Ma chaine avec ma croix. Vite, il me faut remonter dans la loge mais c’est à ce moment que l’on me réclame sur la piste, je n’ai pas le temps d’y retourner.

Troublé, je me retourne, Maxine était derrière moi, mon bijou à la main ! Il avait remarqué l’accessoire indispensable à l’imitation d’Edith Piaf oublié sur ma table à maquillage et s’était empressé de me rejoindre. Il m’a mis la chaine autours du coup sans un mot mais avec tellement d’énergie que je lisais dans ses yeux. « Vas-y montre leur ce que tu sais faire ».

Le producteur et le réalisateur de télévision me demandent de me mettre en place. Je respire un grand coup, je me concentre et je me laisse aller. Un peu comme si je mettais mon corps et mon esprit à la disposition d’Edith Piaf pour qu’elle revienne un peu parmi nous. C’est fou et prétentieux, je sais mais c’est comme ça que j’ai fait, sans me poser de questions.

- Non, rien de rien, non je ne regrette rien, ni le bien qu'on m'a fais, ni le mal, tout ça m'est bien égal…

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A la fin de mon numéro, il y a eu un grand silence, quelques secondes qui ont duré des minutes pour moi. Et puis, toutes les personnes présentes autours de la piste se sont mises à applaudir. Ceux qui étaient assis se sont levés, les techniciens, le personnel du cirque, les autres artistes qui étaient venus assister à l’enregistrement de la séquence, tous. Je m’étais véritablement laissé habiter par le personnage de “Piaf”, et dès le premier jour, j’ai fait un joli succès et ça a marché tous les soirs.

Il se passera la même chose des années plus tard lorsque j’imiterai Jacques Brel. C’est un truc impossible à vous expliquer. D’ailleurs je dois bien vous l’avouer, je n’ai jamais véritablement travaillé ces personnages sur vidéo ou avec un metteur en scène. Je me suis juste laissé aller par mon instinct et même si physiquement ce n’était pas toujours très ressemblant, l’interprétation était au rendez-vous, comme protégé par eux. J’ai toujours été sauvé par cette magie !

Monsieur Andrieux, l’impresario est venu me féliciter et me dit :

-Vous n’aviez jamais imité Edith Piaf avant ce jour n’est ce pas ?

Moi, pas très rassuré :

-Pas vraiment…

Lui :

-C’est bien ce que je pensais, vous êtes un sacré personnage !

Mon numéro a fait sensation au journal télévisé du soir et la presse le lendemain ne parlait que de ça : « Edith Piaf est sur la scène du Cirque d’Hiver de Budapest » !

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Durant ces deux mois en Hongrie, le rythme de travail était soutenu, deux représentations par jour, six jours sur sept. La revue était bien montée. De belles attractions internationales et une jolie compagnie de danseurs et danseuses. A l’intérieur du cirque, l’ambiance entre les artistes était chaleureuse et familiale.

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Parfois après le spectacle, il nous arrivait de dîner tous ensemble dans le foyer. L’atmosphère était décontractée. Autour de quelques mets improvisés, la meneuse de revue Elsa Manet et son accordéoniste chantaient et plaisantaient.

Les danseurs argentins jouaient aux échecs entourés de vingt girls plus charmantes les unes que les autres. Thierry et Sandrine Bouglione étaient du spectacle. Ils présentaient cette année-là un numéro de grande illusion agrémenté par la présence de leur tigre en liberté. Le soir à nos côtés, ils jouaient avec leurs bébés panthères, c’était incroyable.

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Nous devions parfois préparer le repas entre deux représentations. Je devais cuisiner maquillé et en costume ! Maxine goûte la sauce...

Nous devions parfois préparer le repas entre deux représentations. Je devais cuisiner maquillé et en costume ! Maxine goûte la sauce...

J'ai d’ailleurs gardé très souvent ces félins dans ma chambre, réalisant ainsi mon rêve d’approcher de près des fauves. Thierry et Sandrine m’avaient expliqué que les artistes qui travaillent avec des félins les gardaient très souvent avec eux durant les premiers mois de leur vie. Sampion Bouglione, leur fils avait à peine un an. Avec l’enfant si petit, il était dangereux de garder les petites panthères dans leur chambre. Comme ma pièce était voisine de la leur, j’ai joué le baby sitter de panthères pendant le séjour, pour mon plus grand bonheur.

Non ce ne sont pas des chats, mais bien des panthères !

Non ce ne sont pas des chats, mais bien des panthères !

J’étais aux anges car j’ai toujours été fasciné et attiré par les félins. Thierry et Sandrine m’ont aussi permis de faire connaissance avec leur tigre, adulte cette fois.

Quelle émotion !

C’était une obligation car j’entrais en piste juste après eux. Dans le noir des coulisses, je croisais deux fois par jour de très près le tigre qui les accompagnait dans leur numéro. Il fallait que la bête s’habitue à mon odeur.

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Le petit Sampion Bouglione a fêté ses un an au cirque. Nous lui avons offert deux lions en peluche. Haut comme trois pommes il fixait ses animaux et leur donnait des ordres en les montrant sévèrement du doigt. Nous étions certains qu’il deviendrait dompteur comme papa. En réalité il s’est illustré avec énormément de talent dans un tout autre domaine, le jonglage et les claquettes.

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Nous avions très peu de temps pour jouer les touristes mais j’ai quand même visité un peu la ville, en taxi (ils roulaient comme des fous) ou en métro (quatre lignes).

La partie au-dessus du Danube est charmante, en revanche l’autre rive avait été plus touchée par les restrictions communistes au pouvoir depuis 1956. J’ai découvert leurs fameux grands établissements de cures thermales à l’architecture souvent rococo. Des endroits plein de surprises. Nous avons bien entendu dîné dans quelques restaurants au son des illustres violons tziganes. Lorsque toute la compagnie des artistes décidait de sortir, on réservait souvent tous le resto rien que pour nous. Les propriétaires étaient ravis de la recette ! Nous avions parfois un mal fou à commander une viande « saignante ». Le chef nous proposait de le rejoindre en cuisine pour lui monter comment cuire notre viande. Moi qui ne là mange que « bleue », je provoquais souvent l’incompréhension voire le dégoût des cuisiniers.

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J’étais très impressionné et passablement agacé par la présence constante de la police, et par la pauvreté évidente dans les rues. Je ne comprenais pas cette soumission d’un peuple à un système. Heureusement, ils s’en sont sortis.
Nous avions trouvé le seul endroit où les gays Hongrois se retrouvaient le soir dans la clandestinité. C’était un établissement du centre ville. Une pâtisserie durant la journée et qui la nuit tombée fermait ses tentures et devenait un bar pour garçons. C’était folklorique ! Nous y venions de temps en temps. Notre arrivée ne passait pas inaperçue, tant par nos tenues vestimentaires (Maxine et son renard gris jeté négligemment sur l’épaule par exemple) tant par notre facilité à offrir à boire à toute l’assistance. Quand nous franchissions le pas de la porte, une vieille farfelue au piano dans le fond de la salle se mettait à jouer des airs français en guise d’hymne de salutations aux vedettes du cirque. Nous avions eu nos photos dans tous les magazines locaux, ça aide ! Nous étions, il est vrai un peu grisés par cette popularité, mais nous avions quand même conscience de la disproportion indécente entre nos salaires et ce que les Hongrois gagnaient. J’étais gêné de cet état de faits, mais que faire si ce n’est jouer les princes aux grands cœurs et offrir des tournées générales ? Un soir, j’ai croisé une vieille dame qui vendait des fleurs dans la rue pour se faire quelques « forint ». A mon passage, elle m’interpelle et bien que ne parlant pas le Hongrois, je devine qu’elle me dit que ce bouquet ferait plaisir à une jolie fille… Un bouquet qui soit dit en passant avait certainement été cueilli à la sauvette dans un jardin municipal ! Je lui ai acheté le bouquet et juste après lui avoir donné son argent, je le lui ai offert en l’embrassant sur les deux joues.

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De nombreux gays Hongrois avaient dépensé des fortunes pour venir revoir plusieurs fois notre spectacle. Je pense qu’ils aimaient notre travail mais qu’ils étaient surtout impressionnés par la façon d’affirmer notre différence au grand jour. Chose qui ne leur était pas permise.
Certains garçons essayaient de soudoyer les ouvreuses du cirque pour qu’elles nous fassent parvenir des petits mots nous fixant quelques rendez-vous ou quelques invitations. Nous en avons d’ailleurs accepté quelques unes, ne serait-ce que pour goûter le vrai goulash.

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Il n’y avait au sein de ce spectacle ni rivalité ni tension, c’était un vrai bonheur de travailler ainsi. Nous avions du succès, les autres artistes étaient formidables. J’avais la sensation que la troupe des Hirondelles avait franchi une nouvelle étape. Philippe était charmant avec moi, j’ai même cru à un moment que nous aurions retrouvé notre complicité perdue.

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C’est donc le cœur gros, après deux mois que nous avons repris le train pour Paris. Je venais de vivre une belle aventure. Humainement et professionnellement j’en sortirai grandi

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Presque trente ans plus tard, au moment où j’écris ces ligne et après avoir croisé pas mal d’artistes dans ma vie je fais un constat. Les comédiens sont souvent des charmants cabotins. Les acteurs se révèlent parfois capricieux. Les danseurs, souvent ne se sentent bien qu’entre eux. Les gens de télévision, trop suffisants, les musiciens, quelquefois particuliers. Les transformistes sont fréquemment impénétrables. Les gens de cirque sont authentiques. Ils sont « artistes » au sens majestueux du terme, ils sont mes préférés.

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serrurier paris 17 24/07/2014 08:14

Je vous vante pour votre article. c'est un vrai charge d'écriture. Développez