Le Garçon aux talons hauts - 20

Publié le par Adrien Lacassaigne

En tournée, tous les artistes vous le diront, on passe sans transition d’un extrême à l’autre. C’est une formidable école ! Ce début 1988, ne va pas déroger à la règle. « Les Hirondelles » sont de retour en France, précisément à Toulouse. Après la grande piste du cirque d’hiver de Budapest, nous nous retrouvons sur la toute petite scène, de « La Mendigote » et du « Grand Méchant Loup ». Cet établissement situé Place Arnaud Bernard, est à la fois une discothèque et un restaurant spectacle. Un endroit formidablement attachant dirigé par Jean-Marc, un jeune musicien.

Dans un même temps, le cirque “AMAR” s’est installé non loin de là. Très vite, certains de ses artistes ayant entendu parler de notre spectacle sont venus nous voir. Jacky, un des membres de l’illustre famille Gruss a été le premier à venir vers nous. Bien que son papa Philippe et sa maman Mireille présentent un numéro de chevaux (comme il se doit dans cette famille), il avait lui choisi la magie, ce qui a du aider à notre rapprochement. Après trois soirs, nous avions l’impression de nous connaitre depuis toujours. Un peu comme si nous aussi, « Les Hirondelles » faisions partie d’une grande dynastie du cirque ! Cela confirmait ce que je pensais depuis mon retour de Budapest, les circassiens sont épatants.

Jacky Gruss

Jacky Gruss

Cette année-là, le spectacle du Cirque Amar était présenté par un tout jeune et séduisant Monsieur Loyal, Patrice Roche. Lui aussi allait souvent venir nous retrouver le soir. Nous en avons passé des nuits blanches tous ensemble. Patrice était si beau qu’il nous a même un peu tourné la tête. Je dis « nous » non pas pour me là jouer « Delon » mais simplement parce qu’il plaisait à tous les membres de la troupe, c’était un charmeur. C’est évidemment encore Philippe qui a eu la chance de passer un peu plus de temps avec lui. Plus les soirs passaient plus ils étaient nombreux à venir nous applaudir.

Patrice Roche.

Patrice Roche.

Jacky Gruss avait même réussi à convaincre ses parents Mireille et Philippe de venir assister à notre spectacle. Les après-midi, c’est nous qui étions conviés à leurs représentations. Magda et Litho un couple de danseurs argentins nous invitaient à prendre le café dans leur caravane. Nous avions de longues conversations sur « le spectacle » en général, j’adorais ça. Ce qui était formidable c’était la façon dont ces gens nous avaient acceptés à leurs côtés. Que cela soit les Bouglione, les Gruss et tous les autres, ils nous considéraient comme des artistes à part entière. Je veux dire par là que le genre « transformiste » en règle générale n’était jamais pris au sérieux par les professionnels du spectacle. Les travestis c’est le trou du cul du show business, entendait-on souvent. Juste après, il y à la rue, le tapin ! Nous avions l’habitude de ces réflexions. Non, eux ils nous ouvraient les bras, nous accueillaient au sein de leur famille du spectacle et du voyage. Ils ne faisaient aucune différence entre le travail d’un dompteur, d’un acrobate, d’un clown et le notre. Ils m’ont donné une formidable leçon de vie, d’humilité et d’espoir.

Philippe, Maxine et moi sur la scène de "La Mendigotte" de Toulouse.

Philippe, Maxine et moi sur la scène de "La Mendigotte" de Toulouse.

J’ai retrouvé Jacky et Mireille Gruss sa maman en Touraine bien des années plus tard. Ils étaient toujours aussi charmants.

En 2009, Litho le danseur argentin est passé à Tours, nous sommes tombés dans les bras l’un de l’autre. J’étais un peu fier je l’avoue lorsque je l’entendais dire à ses nouveaux partenaires que « Les Hirondelles » était la meilleure troupe de transformistes qu’il ait jamais rencontrés.

J’ai aussi retrouvé Sandrine et Thierry Bouglione grâce à internet.

Patrice Roche quand à lui est toujours aussi charmant en 2014 sur la photo de son profil Facebook.

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