Samedi 26 juin 2010 6 26 /06 /Juin /2010 18:23

Je fus passablement courroucé lorsqu’il advint qu’un de mes amis m’énonçât avec le toupet habituel des gens qui profèrent des absurdités, qu’il jugeait la Gaypride, ou Marche des Fiertés, inutile voire contreproductive, tant celle-ci était provocante et désormais commerciale. Cet ami égaré prétendait que par ces temps si paisibles pour les homosexuels à Paris, cette manifestation parmi les plus nombreuses de France, avait perdu tout intérêt. J’en fus révulsé. Mais plutôt que m’asseoir et pleurer, j’entrepris de monter au front et de lui offrir un « update » fort nécessaire. Voici ce que je lui dis ce jour-là. Mon cher ami, commençais-je, la Marche des Fierté même si on l’a perdu de vue, est somme toute une histoire de baston. De castagne. Et si l’on y trouve autant de plumes plantée ou l’on sait c’est parce que sans répit, les hordes homophobes ont de tout temps trouvé amusant d’y voler. Dans ces plumes. La Gaypride c’est une claque bouddhique. Une réponse ferme, colorée et visible, mais non violente, à la somme d’agressions que les homosexuels subissent sous toutes les formes. C’est vrai qu’on n’y brûle ni ne casse rien. Faudrait-il le souhaiter pour que l’une des manifestations les plus importante du pays passe du statut « d’amusante » à celui de « okay, okay, on a compris, on va voter des lois pour vous calmer » ? En tout cas à ce jour, la Marche des Fiertés reste notre crochet du droit à la tibétaine, en réponse aux haines et aux violences que nous rencontrons souvent. Oui, la Gaypride était une affaire de castagne et quelques pays pas trop lointains nous en donnait l’illustration chaque année : en Russie, n’était-elle pas prohibée, commentaires injurieux du Maire de Moscou et de Petersbourg brochant sur le tout ? Les homosexuels russes, et de différents pays de l’Est, prenant leurs couilles à deux mains n’aillaient-ils pas au devant des skinheads-matraques-cailloux-œufs dans d’épiques bagarres sous l’œil distrait des policiers ? Quand eux-mêmes ne prenaient pas part au désastre… Il fallait rappeler au souvenir de mon ami que si l’on était 700.000 à Paris à danser de char en char, à quelques centaines de kilomètres, c’était de tout petits groupes de gays presque kamikazes qui jouaient leur vie pour hurler dans leur pays : « oui, nous existons, oui nous voulons aimer et vivre comme vous ! » La baston, c’est mythe fondateur de toutes les Marches des Fiertés du monde. Devant l’air hébété de mon ami, je sentis qu’il fallait que je développasse. Ignorant ! bramais-je. Stonewall en juin 1969, rue Christopher Street à New York, ça ne te dit rien ? A l’époque le simple rassemblement dans un bar d’homosexuels était interdit. Mais lassées des descentes de police et exaspérées par un Nième contrôle et l’arrestation menottée d’une copine travestie, des folles hystériques se jetèrent, glapissantes, sur les policiers et le fourgon, déclenchant ainsi trois jours d’émeutes sanglantes à New York. Ce fut l’acte fondateur de la conscience politique gay et la Marche des Fiertés fut désormais la célébration de l’anniversaire des émeutes du Stonewall. Les homosexuels avaient alors répondu à la violence par la violence, se faisant du même coup entendre de manière spectaculaire. Mon ami tirait une tronche oblique, manière particulière qu’il avait de me signifier qu’il n’était pas encore convaincu de l’utilité aujourd’hui d’une telle manifestation. Tremblant de fureur, je brandis alors mon Iphone, cliquotais frénétiquement, claviotais comme un possédé et lui mis sous le nez plusieurs articles de presse évoquant pour cette seule année, une montagne de guet-apens à Paris où des homosexuels comme lui et moi, en plein Marais se faisaient casser la gueule par des dizaines de sauvageons haineux. Je lui montrais les tortures abominables en province, les meurtres (brûlé vif dans sa voiture, crâne éclaté au marteau, couple enterré vivant, roué de coup etc), sans compter les milliers de cas de harcèlement au travail, en famille, à l’école. Je sentis bien à ce moment, que mon ami commençait à revenir à la raison. Mais l’on n’y était pas encore tout à fait. Je compris qu’à ce stade, je devais jouer la carte de l’emportement lyrique, ce que j’entrepris donc. Le rouge me monta aux joues lorsque je m’exclamais, la bave aux lèvres, qu’au sein même de la Marche des Fiertés, des casseurs trop heureux de pouvoir venir se déchaîner contre des homosexuels, venaient donner libre cours à leur rage criminelle. Lors de l’avant-dernière gaypride, on avait par exemple assisté à ce spectacle effarant de grappes de jeunes fonçant dans la foule des marcheurs, frappant, poussant, bousculant, tandis que les CRS s’ébranlaient à leur tour pour empêcher de nuire ces agresseurs. C’était dire à quel point on faisait peu de cas des homosexuels pour qu’à Paris aujourd’hui, on puise oser sans retenue aucune, venir se battre contre eux, au milieux d’eux, et aux yeux de tout le monde. Devant tant de brutalité physique et morale, résignés aussi à ne pas voir cette année 2010 venir l’égalité des droits tant espérée depuis des siècles, les organisateurs de la Marche des Fiertés s’étaient donc mis d’accord sur un mot d’ordre qui nous plongeait de nouveau dans les heures les plus noires de notre histoire : « Violences, discriminations : assez ! Liberté, égalité : partout et toujours ! » Toisant mon amis dans le blanc de son œil vitreux, j’ajoutais que si l’on en était revenu là, alors que le Président de la République en campagne promettait le « presque mariage » et autres confiseries, alors que le Portugal catholique et tradi était le 6ème pays d’Europe à légaliser le mariage homosexuel, si l’on en était revenu à devoir à nouveau faire front contre la stupide violence physique et la discrimination, et bien c’était aussi grâce à la contribution molle de gays pas corporates comme lui, qui avec leur mine aigre marquaient contre leur camp, laissant les homophobes agir et jugeant que leur répondre avec notre Marche était ringard. Puis, cédant à l’émotion, ingrédient indispensable de tout bon plaidoyer, je lui racontais comment la foule, presque un million d’hommes et de femmes, se couchait par terre, à même le sol, en silence pendant une minute en mémoire des morts du Sida, une autre de nos guerres. A l’appel de ce qu’Act Up avait appelé un « Die In » (mourir sur place). Ce silence épais, chargé de sens, tout le monde se taisant à l’unisson, allongé en communion avec nos morts. Soixante longues secondes. Puis le son puissant de la sirène traversant la couche d’air, déchirant le calme, la foule se relevant parfois les yeux rougis par l’émotion, les chars réarmant la musique techno et les cris des homos pour chasser la tristesse et marcher de plus belle. Piqué au vif, mon ami se redressa, fier à nouveau d’être gay, il couru louer un costume de centurion romain, mignone petite jupe rouge, et se déclara prêt à devenir le nouveau martyr de la cause gay sur le champ de bataille parisien. Il fallait croire que les homos n’étaient pas les plus mauvais à la guerre, puisqu’outre les quelques grands noms célèbres de vénérables et authentiques maréchaux homosexuels (Lyautey Galliéni, de Lattre de Tassigny), même dans la prude amérique, le président Obama travaillait à abroger la loi « don’t ask don’t tell » interdisant aux gays de servir dans l’armée. Les américains s’étaient en effet rendu compte qu’ils risquaient de se priver de leurs meilleurs éléments y compris chez les plus hauts gradés. On allait enfin laisser en paix faire la guerre, les tatas belliqueuses. Oui la gaypride c’était vraiment une histoire de baston. Mon ami et moi, heureux, nous levâmes d’une détente en direction de la Marche, fiévreux et enthousiastes, livrer une autre guerre à la bêtise crasse de l’humanité. Le 26 juin, par Jan Le Bris de Kerne.

 

Je publie ce texte de Jan et le remercie. rainbow-flag-2606.jpg

Par Costa du Centaure
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Lundi 14 juin 2010 1 14 /06 /Juin /2010 18:54

Je suis très honoré d’avoir été croqué par Michel Costiou. Cet artiste est peintre de l’instantanéité et du mouvement. Il travaille depuis 1985 sur toutes les formes d’expression de la danse, du cirque, du théâtre, de l’opéra, de la musique, du music hall et du spectacle en général. À partir de 1989, il réalise des reportages graphiques en direct, à l'encre de chine, sur des formats 50cm x 32,5cm.

 IMG_0772.JPG

Ce dessin a été réalisé pendant que je me produisais sur scène, il a eu trois minutes pour saisir le sens de mon travail et jamais je n’ai eu de si belle représentation d’un final démaquillé sur une chanson de Ginette Reno que j’interprète depuis 30 ans.

Michel Costiou a croqué de très grands sportifs et artistes toujours avec le souci de rendre vie au mouvement.  Lisette Malidor est en couverture de son livre « La Danse » aux éditions IDlivre.

Par Costa du Centaure
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Samedi 22 mai 2010 6 22 /05 /Mai /2010 06:55

C'est l'anniversaire d'Harvey Milk et c'est aujourd'hui à Tours "La Gay Pride". Je ne pense pas que les organisateurs aient pensé à cela mais le hasard fait parfois bien les choses.

gay-pride-tours-2010-affiche.jpg
Le mot d’ordre de l’année :

Marchons contre les homophobies d’Etats
Rassemblement place des Halles à 14h, départ de la marche à 15h. Itinéraire :

place des Halles - place Gaston Pailhou - rue Chanoineau - boulevard Béranger - place Jean Jaurès - rue Nationale - rue Colbert

Arrivée au château de Tours vers 17h, avec village associatif et animations DJ, restauration et buvette.

La soirée
Soirée officielle à partir de 23h, salle Paul Bert, quai Paul Bert. Entrée 10€, prévente sur le village associatif 8€.

 

J'ai personnellement aujourd'hui une autre raison de me réjouir...

Par Costa du Centaure
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Jeudi 20 mai 2010 4 20 /05 /Mai /2010 09:28

Je profite de mes vacances, j’ai assisté hier soir à une représentation de la pièce « Confidences à Allah » de Zaphia Azzeddine avec Alice Belaïdi, Molière 2010 « Révélation Féminine ».

Si vous croisez ce spectacle ne ratez pas l’occasion d’expérimenter un très bon moment de théâtre.

Le texte de Saphia Azzeddine, d’abord est d’une qualité rare. Un texte grave et léger à la fois, coloré et subtil.

Une mise en scène de Gérard Gelas, qui sous un aspect minimaliste est d’une efficacité redoutable.

Et bien entendu la comédienne Alice Belaïdi.

confidencesallahmpa-131.jpg

 

Après la première minute j’ai compris immédiatement que cette jeune femme était touchée par la grâce du théâtre.

masElle ne triche pas avec nos émotions. Elle est absolument parfaite. Pour un amateur comme moi, assister à une représentation d’Alice Belaïdi c’est un peu comme adhérer à une « master class » avec la sensation de vivre un moment unique et la désagréable certitude que jamais nous ne parviendrons à un tel niveau de jeu.

 

Je suis juste déçu qu’une telle pièce ne fasse l’objet que d’une seule représentation dans un tout petit théâtre de la périphérie de Tours. Ce spectacle mérite d’avantage, les responsables de la culture à Tours sont-ils en vacances eux aussi ?

Par Costa du Centaure
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Mardi 18 mai 2010 2 18 /05 /Mai /2010 09:21

Vu hier soir « Le Fil » le filme de Mehdi Ben Attia avec Claudia Cardinale, Antonin Stahly-Vishwanadan et Salim Kechiouche.

 

le-fil.jpg

De retour en Tunisie, après la mort de son père, Malik, la trentaine, doit à nouveau vivre chez sa mère. Il voudrait lui dire qu'il aime les hommes, mais il n'y arrive pas et s'enfonce dans ses mensonges. Lorsqu'il rencontre Bilal, tout devient possible : le jeune architecte, son amant et sa mère s'affranchissent des interdits pour embrasser pleinement la vie. Dans la chaleur de l'été tunisien, chacun va toucher du doigt le bonheur auquel il a longtemps aspiré. J’ai passé un moment agréable mais le film n’est pas vraiment un grand chef d’œuvre. La symbolique du « fil » est vraiment tirée par les cheveux. Tout est convenu, le scénario sans vraiment de surprises est très conventionnel. Claudia Cardinal a accepté de se laisser filmer sans être à son avantage, ou alors est-ce involontaire ? , Antonin Stahly-Vishwanadan est bon comédien, le rôle lui va bien mais sans plus, pas vraiment éclatant.

 

salim.jpg

 

Salim Kechiouche est évidemment magnifique, c’est un bel acteur mais sa descente de rein est assurément le plus joli souvenir que nous garderons de ce film. À la télévision, Salim tient le rôle principal de Brahim dans Fortunes, film de Stéphane Meunier tourné à Tours qui, après son succès sur Arte, donnera suite à une série de 8 épisodes de 52 minutes prochainement à la télévision.

Par Costa du Centaure
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