Léonard de Vinci repose dans la chapelle du château Royal d’Amboise. Cette même chapelle se trouvant à proximité des affreux gradins qui prennent place tous les étés dans le parc du château pour
que les touristes puissent assister deux fois dans la semaine et ce depuis 35 ans aux représentations du spectacle « A la cour du Roy François ». Pauvre Léonard ! Au départ l’idée de
faire vivre la cour du château l’été est plutôt une bonne idée, mais depuis 35 ans ces mêmes amateurs ne se sont apparemment jamais remis en question, ils se font plaisir ! Le spectacle est long,
ennuyeux, à n’y rien comprendre. Un spectacle qui est à mon avis amené à disparaître, sauf si un metteur en scène rigoureux et professionnel reprenait les choses en main. (Bonne chance à lui, on
imagine aisément les susceptibilités cabotines des figurants qui participent au divertissement depuis tant d’années…)
Pauvre Léonard et voilà maintenant que ta dernière demeure se lance aussi dans le spectacle, Le Clos Lucé !
J’étais hier soir à la première de « Sur les pas de Léonard », enfin je suis resté 45 minutes, c’était au delà de mes forces.
Le spectacle était programmé pour 21h30, à mon arrivée à 21h15 ma première réflexion a été de me dire que rien ne semblait prêt mais que tout le monde s’en foutait. Des « acteurs »
déambulaient dans le public en costume pour aller saluer les voisins, les amis, fumer une cigarette… Certain essayaient les micros avec des « Oh ben j’sais pas quoi dire moi… » poussé à
fond… l’autre dame en coulisses qui avait oublié que son micro était branché et qui racontait n’importe quoi avec sa copine…Enfin du grand bazar mais relativement amusent en réalité, pas très
grave…
Ca me donne le temps de parcourir le programme qui m’a été remis à l’entrée. 26 comédiens, 100 figurants, 40 techniciens pour 21 tableaux, whaow…ça va donner.
Je note hélas en découvrant la distribution que personne ne joue le rôle de Salaï, l’amant en titre de Léonard, celui à qui il lèguera « La Joconde ». Ni aucun acteur pour le rôle du jeune Francesco que Léonard rencontre alors que ce dernier n’a que 16 ans. Je comprends très vite que la production à tiré un trait sur la vie intime de Léonard, comme si nous n’étions pas à même de comprendre que ce dernier âgé de 24 ans comparait le 9 avril 1476, accusé de « sodomie active » sur la personne de Jacopo Saltarelli, 17 ans. L’acte d’accusation semble indiquer qu’il s’agit d’un viol collectif. Selon la loi en vigueur, les trois participants à ce viol risquent le bûcher. Mais ça on n’en parle pas…
La vie et l’œuvre de Léonard prouvent à l’évidence le goût de l’artiste pour le corps masculin. Tous ses assistants sont d’une grande beauté, et, dans sa peinture, les visages d’hommes sont androgynes (Saint Jean-Baptiste), et les visages de femmes sont masculins (La Joconde). Alors, lorsqu’on a la prétention de nous présenter un spectacle qui retrace la vie de Léonard de Vinci et qu’on néglige cela, ça m’inquiète !
Salaï.
21h25 le spectacle débute, en avance, c’est rare.
Immédiatement au premier tableau on se rend compte que la créatrice, Monique Potel-Deriez n’a pas une seconde pensé au public en concevant son divertissement. Les quelques 200 personnes autour de moi ne voient rien. Dès les premières minutes le public s’est plein. Cette dame s’est servie de ce lieu magnifique qu’est Le Clos Lucé en imaginant des scènes par-ci par-là mais pas un instant elle ne s’est mise à la place du public, c’était catastrophique ! Je vous passe les illustrations sonores qui tombent en panne, les mauvais play-back des figurants, le désordre le plus total, le public ne savait plus ou aller, j’ai profité d’une porte ouverte sur l’extérieur pour m’enfuir de ce naufrage !
Ce qui me met en colère ce n’est pas que ce spectacle soit mauvais, il n'est pas le seul...Mais je rage contre ces décideurs qui ont confiance en ce genre d’aventure jusqu'à y investir beaucoup
d’argent alors que tant d’intermittents du spectacle crèvent !
Le spectacle c’est un métier ça s’apprend, il y a des écoles. Il y a des règles à respecter, des techniques à apprendre, un respect à avoir vis-à-vis du public. A force de médiocrité ces
divertissements historiques tueront le genre et c’est toute l’industrie touristique d’une région qui en souffrira.
Pauvre Léonard toi qui étais un génie te voilà représenté par des gens sans compétence et ils ne sont même pas mignons ! J’espère au moi que ça te fait rire…
Heureusement il y a Le Louvres.

