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21 août 2016 7 21 /08 /août /2016 12:43

En 1994, on me propose de jouer dans deux pièces en un acte de Luigi Pirandello : Cédrats de Sicile et l’Etau si ma mémoire est bonne. C’est Christophe Donné, un jeune metteur en scène qui a cette idée. Ce n’est pas mon répertoire habituel, j’aurais dû refuser, mais le metteur en scène est très joli garçon, je me dis pourquoi pas… Je me lance dans l’aventure aux côtés de Sotira Dhima, Martine Delachaume et Geneviève Brasset.

Il fallait absolument jouer tout en sobriété, pas vraiment mon habitude ! J’étais comment dire… « désolant » dans cette interprétation.

C’est une de mes particularités, quand je suis mauvais, je le sais.

Malheureusement, je ne pouvais rien y faire, je n’arrivais pas à corriger mon jeu. De soir en soir, je me trouvais de plus en plus lamentable.

J’étais à cette époque « volontaire » de l’association « AIDE / Paris îles de France ». Quelle idée ai-je eu d’inviter Pierre Lascoumes qui en était le président d’assister à une représentation. Je trouvais cet homme admirable et brillant, je n’avais qu’une envie devenir son ami. Il était passionné de théâtre et voilà qu’il allait assister au massacre de l’œuvre d’un prix Nobel de littérature. J’ai cru mourir de honte quand j’ai su qu’il était dans la salle. Nous avons soupé tous les deux après le spectacle, il a eu la courtoisie de parler de toute autre chose, et cela ne nous a pas empêché de devenir des amis.

Pierre Lascoumes et moi.

Pierre Lascoumes et moi.

Au lendemain de la dernière représentation, je me suis rasé la tête histoire de tourner la page. Tondu !

J’ai beaucoup de mal à supporter l’échec, c’était un peu comme m’infliger une punition.

Christophe Donné, le metteur en scène doit avoir regretté longtemps de m’avoir choisi. Je n’étais vraiment pas à la hauteur de ses espoirs, mais il a eu la délicatesse de ne jamais m’en parler.

Je tire de nouveau un rapide constat. Je ne suis bon que dans l’excès, la démesure et la caricature.

Et s’il en était de même pour le théâtre que pour le cinéma ? Je suis probablement un mauvais comédien.

Si en réalité je n’avais de compétence que sur des hauts-talons ?

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4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 14:02

Dans une revue professionnelle destinée aux gens de spectacle, j’ai trouvé l’annonce d’un stage organisé par “France 3” pour sensibiliser les comédiens de théâtre aux techniques du cinéma et de la télévision. Le nombre de places pour cette formation était limité à 10 prétendants. Après avoir harcelé pendant des semaines la personne qui sélectionnait les candidats, je suis retenu pour la session : "Comédiens et Caméras".

Du 7 au 18 juin 1993, nous allons travailler avec le réalisateur, Charles Dubois. Je suis littéralement tombé sous le charme de cet homme étonnant. Il était d’une beauté saisissante, sa voix était douce et chaleureuse, son regard malicieux. Charles ne vivait que pour le cinéma, tout en lui respirait l’art et l’intelligence. Il avait à mes yeux toutes les qualités. Je devais bien entendu en tomber amoureux sans jamais lui en souffler mot !

Etait-il gay ou pas ? De toute manière, draguer et mettre dans mon lit un hétéro ne m’a jamais pausé de problème. Toutes mes années de cabaret m’avaient permis d’acquérir une technique bien rodée. Je ne voulais toutefois pas passer aux yeux de Charles pour le « PD » de base en chasse du premier beau mâle venu. La dignité s’impose davantage le jour que la nuit.

Charles ne s’est jamais livré sur sa vie privée ce qui ne m’a pas empêché d’entretenir avec lui une relation de confiance et de qualité.

En écrivant ces lignes, j’ai fait une petite recherche sur « Google » pour voir ce qu’il était devenu. Je suis tombé sur un article de presse disant qu’il s’était installé avec sa femme en Normandie ! Oups !

Charles Dubois

Charles Dubois

Durant cette période, je vais réellement apprendre énormément de choses. Rigueur, technique et professionnalisme sont au menu de cette semaine de travail, tout ce qui me manquait cruellement.

Si tous les réalisateurs avaient été comme Charles Dubois, ma « carrière » aurait certainement été très différente. Il fait partie de ces hommes pour qui l’on a envie de donner le meilleur de soi.

J’aurais même pu m’installer en Normandie !

J’ai en cette année 1993 un peu la sensation d’avoir pris le virage qui me semblait nécessaire à ma survie.

Parmi les autres stagiaires présents, il y a un garçon charmant qui m’intrigue, un peu sans que je comprenne vraiment pourquoi. Nos univers semblent à l’opposé l’un de l’autre, il s’appelle Vincent Ecrepont.

Vincent Ecrepont dans les années 90

Vincent Ecrepont dans les années 90

Il est sérieux, attentif, appliqué. C’est un comédien déterminé à approfondir son art. Il a du talent, c’est peut-être aussi pour cela que je l’ai tout de suite aimé.

Je n’ai jamais su résister aux charmes de ceux et celles que je trouve brillants. C’est un de mes gros défauts, je le sais. En revanche, il m’a toujours été impossible de me lier d’amitié avec un être que je trouve médiocre dans le domaine qu’il s’est choisi. Parfois je me dis : bon ok, il est nul, mais il est gentil, fais un effort Adrien !

Non, impossible, je n’ai jamais réussi à m’attacher à un individu qui ne m’épate pas, c’est encore le cas aujourd’hui. Dans ma vie, je respecte tout le monde sans distinction. Je peux aider, tendre la main et avoir de la compassion pour mes semblables, mais être « ami », pour moi reste un grand mystère. Je suis un handicapé de ce côté-là!

Vincent Ecrepont 2016 - Copyright : Joseph CAPRIO

Vincent Ecrepont 2016 - Copyright : Joseph CAPRIO

Pour en revenir à Vincent Ecrepont, nous allons nourrir une grande affection l’un pour l’autre. Vincent travaille, le texte, le mot, l’émotion, le silence… Aujourd’hui, nous nous sommes un peu perdus de vue, mais je le suis discrètement sur Facebook. Il fait un travail magnifique au sein de sa compagnie « A Vrai Dire », je suis admiratif.

Même si je ne comprends pas tout, il faut bien l’avouer !

Je me souviens d’un soir à Beauvais. Vincent m’avait invité à la première d’une de ces créations au théâtre municipal de la ville. Après la représentation, il y eut un petit souper organisé par les élus pour l’équipe de la pièce. Je me suis retrouvé assis à côté du directeur du théâtre qui me dit pour engager poliment la conversation :

-Comment avez-vous trouvé le spectacle ?

Je devais m’être désaltéré avec quelques coupes de champagne en attendant le repas et je lui réponds tout net :

-C’est magnifique, c’est très bien évidemment, mais tout cela manque cruellement de danseuses, de plumes de paillettes !

Cet « intellectuel de gauche », qui n’avait probablement jamais vu une revue de sa vie, m’a regardé médusé ne sachant que répondre ! Vincent qui était assis en face de nous, c'est empressé d’intervenir :

-Adrien a une vision « panoramique » du théâtre !

Prétextant une urgence, le directeur a changé de place. Vincent a beaucoup ri, preuve indéniable de son intelligence. Mais je n’ai plus jamais été invité à une première.

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2 août 2016 2 02 /08 /août /2016 14:40

J’ai un petit don pour le spectacle, c’est incontestable, en témoigne mon succès d’antan sur mes talons hauts. Je ne voulais pourtant absolument pas passer le reste de ma vie en bas résilles ! Envisager un autre métier, il n’en était pas question, je ne sais rien faire. Le cinéma, on oublie, pensais-je, revenons aux fondamentaux, le théâtre.

Comme j’ai toujours eu beaucoup de chance, il faut bien l’avouer, je me suis très vite retrouvé sur les planches.

On m’a proposé de remplacer un des rôles principaux dans une pièce de théâtre au titre improbable : “Tu es gentil, tu laisses Marie-Madeleine en dehors de tout ça!” d'Olivier. Yeni et David Basant.

Le garçon en talons hauts - 46

Ces deux hommes d’affaires étaient amis dans la vie et avaient pour point commun l’amour du théâtre. Ils s’étaient donc écrit une pièce rien que pour eux et avaient loué le Grand Théâtre d'Edgar pour la jouer ! (Quand on dit que l’argent ne fait pas tout, il aide quand même un peu). Après quelques semaines de représentation, ils devaient retourner à leurs affaires et voulaient passer la main.

Mon ami Jean-Pierre Rochette (encore lui) était sur le coup. Il m’appelle un matin et me dit :

-Ma poule, amène-toi vite au Grand Théâtre d’Edgar, on fait une lecture…

Une heure plus tard j’étais sur la scène, texte à la main !

À la première répétition le directeur Alain Mallet est intervenu très rapidement. Il me trouve trop… comment dire : « typé » ! C’était une façon polie évidemment de dire qu’il me trouvait trop « délicat » pour le rôle. Il fallait bien que cela arrive un jour.

Il me remercie évidemment d’être venu si vite, mais m’oriente sans réserve vers la porte de sortie. Très déçu, troublé et humilié j’enfile mon blouson sans broncher. Je laisse tomber sans discuter, comme je l’avais déjà fait, il y a quelques années devant Robert Hossein pour Notre Dame de Paris.

C’était sans compter la détermination de mon ami Jean-Pierre Rochette. Il s’adresse à Alain Mallet sans détour.

-Non, attendez !

Adrien est un super comédien, je le connais depuis longtemps. Il suffit de lui indiquer ce que vous voulez, je suis certain qu’il va y arriver. Je l’ai vu jouer quantité de choses très différentes !

Je suis déjà devant la porte de sortie. Il est de ces instants suspendus où votre destin se joue sans comprendre ni maîtriser ce qui se passe. Jean-Pierre me dit :

-Adrien, reviens !

Alain Mallet ne dit plus rien. Jean-Pierre a une autorité naturelle qui m’épate, un culot qui m’éblouit. Je reviens sur mes pas. Le directeur du théâtre consent à une seconde lecture. Je sais ce qu’il me reste à faire… « Gabin qui descend de sa locomotive dans LA BETE HUMAINE… » dixit Albin dans « La Cage Aux Folles !

Jean-Pierre me souffle à l’oreille :

-Je sais que tu vas y arriver, on reprend !

Nous avons joué toute la scène sans être interrompu. À la fin, Alain Mallet nous a demandés à le rejoindre dans son bureau. Il voulait fixer le montant de nos cachets et la durée des représentations. Pas un commentaire sur ma façon de jouer le personnage !

Je sentais bien que je n’étais pas sa tasse de thé. Il devait se dire que de toute manière les auteurs ayant déjà payé la réservation de la salle, que cette dernière soit pleine où vide, lui, ne perdrait pas d’argent. Alors engager un comédien qui ne lui plaisait pas ne lui posait pas trop de problèmes. Il avait probablement mieux à faire de sa journée que de me trouver un remplaçant. En sortant de son bureau Alain Mallet m’a quand même dit sur le ton de la plaisanterie « bien entendu » : à la moindre « folie, je te remplace.

J’ai eu quatre jours pour apprendre le texte. On m’avait remis une cassette vidéo de la pièce filmée pour assimiler la mise en scène. Un marathon, mais mon premier rôle dans un grand théâtre parisien, était à la clef. J’étais comme un enfant le premier mercredi où j’ai trouvé mon nom dans le “Pariscope”, le journal des spectacles parisiens.

De gauche à droite :Isabelle Charraix, moi, Martha Nil et Jean-Pierre Rochette.

De gauche à droite :Isabelle Charraix, moi, Martha Nil et Jean-Pierre Rochette.

Les débuts furent laborieux, je ne savais jamais si j’allais garder le rôle ou être remplacé. Finalement, après une semaine de représentations, j’ai reçu un bouquet de fleurs d’Alain Mallet pour me remercier et me féliciter pour le résultat.

Je m’étais approprié le personnage, je n’étais pas vraiment celui qu’avaient imaginé les auteurs, mais ils m’ont laissé faire. Le public riait, c’était l’essentiel.

Tout dans la sobriété !

Tout dans la sobriété !

J’en faisais beaucoup une fois encore, ce qui avait poussé un comédien de la Comédie Française qui était venu assister à une représentation, à dire de moi :

- Ce type joue à dix centimètres au-dessus du sol !

J’ai pris cela pour une impitoyable analyse. Le hasard a voulu que je sois assis à sa table lors du souper après le spectacle dans la brasserie qui faisait face au théâtre. Je ne me suis pas démonté et je lui ai dit :

-J’ai entendu ce que vous disiez tout à l’heure. Je joue si mal que cela ?

- Mais pas du tout jouer au-dessus du sol pour moi c’est merveilleux. Vous me faite penser à Robert Hirsh, qui lui, entre nous, joue à deux mètres au-dessus du sol !

Nous avons trinqué et bu à la santé du « Théâtre » !

Jean-Pierre Rochette mon partenaire était aux anges, moi aussi.

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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 14:45

Je me suis retrouvé plus tard dans la série télévisée « Fortitude » réalisée par Waris Hussein avec Michael York et Richard Anconina, une grosse production. Là encore, officiellement je suis engagé comme figurant, mais avec « supplément de texte » !

Le garçon en talons hauts - 45

Je viens de comprendre la combine des producteurs. Il revient moins cher de payer un figurant et de lui donner un petit supplément pour le texte, plutôt que d’engager un comédien ! Ben voyons, vous connaissez mon discours sur les salaires, vous imaginez bien que je devais être fumasse ! Et en plus, dans ce cas de figure, vous n’apparaissez pas au générique. Je ne garde pas un bon souvenir de cette fiction. Le réalisateur était nerveux, capricieux et prétentieux, une caricature de cinéma justement !

Avec la star, Michael York il y allait de « mon cher Michael » par-ci, « mon cher Michael » par-là évidemment.

Avec Richard Anconina il baissait déjà d’un ton, c’était : Richard s’il te plait ceci, Richard cela…

Alors vous imaginez avec moi !

Michael York

Michael York

Je jouais le rôle d’un officier nazi. J’avais une scène avec Messieurs York et Anconina, une scène courte mais où il y avait beaucoup de tension, une scène décisive où tout se jouait sur les regards. Nous avons, comme très souvent au cinéma, refait beaucoup de prises. Le metteur en scène était de plus en plus nerveux. A chaque fois que nous reprenions il s’adressait à moi avec un dédain inimaginable, genre : « toi là-bas »…

Après plusieurs reprises Richard Anconina vient vers moi et me demande discrètement quel est mon prénom. Nous n’avions pas été présentés.

17ème prise, le metteur en scène toujours de plus en plus arrogant me crie :

- Toi là-bas, en place !

Et là, Richard Anconina s’est adressé à lui en lui disant :

- Waris, ce comédien s’appelle Adrien !

Il y eut un long silence.

Et Michael York d’enchérir en venant me saluer :

- Oh quel joli prénom vous avez !

Histoire de détendre l’atmosphère, le réalisateur dit :

Très bien, si Messieurs Mickael, Richard et Adrien veulent bien se mettre en place, nous allons pouvoir reprendre…

Mickael m’a regardé en souriant et Richard m’a fait un clin d’œil…

A ce moment précis, je me foutais bien de la mauvaise humeur de Waris. Je savourais l’instant présent. Mickael York, le partenaire de Lisa Minnelli dans Cabaret, me faisait un sourire, à moi tout seul ! Je suis Sally Bowles ! Petit bonheur…

Le garçon en talons hauts - 45

Ce tournage fut un véritable supplice, est-ce pour cela que ce fut pratiquement mon dernier ? Je ne voulais plus subir ce genre d’humiliation. L’arrogance des responsables de castings m’étaient insupportables. Je ne me suis plus jamais présenté à un seul rendez-vous. Adieu ma carrière, pourtant j’aurais adoré ça, mais il semblait évident que je n’avais pas les qualités nécessaires, il fallait me faire une raison.

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27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 12:57

Et je vais ainsi pendant des mois enchainer les figurations et les petits rôles. Avec Claude Zidi et Patrick Bruel, avec Roman Polanski et Sigourney Weaver et avec Roger Vadim.

Il faut que je vous raconte ça, « ma » rencontre avec Vadim !

Je me présentais avec mes photos en fin de matinée au domicile d’une « casting directrice ». Cette dernière n’était pas de très bonne humeur. (Ces dames ne sont jamais de bonne humeur). Elle préparait une distribution pour le prochain film de Roger Vadim avec Marie-Christine Barrault bien entendu et le magnifique acteur Italien Andréa Occhipinti.

Pendant mon entretien, elle eut plusieurs fois Roger au téléphone. Elle devait lui faire parvenir des photos d’acteurs avant midi, car ce dernier s’envolait début d’après-midi pour New York.

Elle n’avait pas le temps et ne savait comment s’y prendre. (Ces dames n’ont jamais le temps). C’est alors que j’ai osé un coup de poker.

-Ecoutez, j’ai entendu votre conversation, mon scooter est en bas, je n’ai rien à faire. Si vous voulez je peux apporter votre enveloppe de photos à monsieur Vadim.

Elle m’a regardé sans rien dire. Elle a rappelé immédiatement Vadim pour lui dire :

-Roger, j’ai la solution, mon ami …

Elle jette un œil sur mon CV pour lire mon prénom…

-Adrien va t’apporter les photos dans la demi-heure !

Elle me donne une adresse, me voilà parti. Le cœur battant sur mon scooter, je me rends aux abords des jardins des Tuileries, à la résidence privée de Roger Vadim. Ce dernier me reçoit en robe de chambre, très, très aimable, s’excusant même de me recevoir dans cette tenue. Je lui apporte les photos attendues et lui glisse discrètement que moi aussi je suis comédien.

-Cela vous ennuie si j’ajoute ma photo à celles que vous propose votre directrice de casting ?

-Non, bien entendu, donnez-là moi.

Il me regarde, hésite un moment et me dit :

- Vous verrez ce n’est pas un grand rôle mais nous tournons dans mon chalet, aux Arcs, l’endroit est merveilleux. Marie-Christine Barrault nous rejoint, elle aussi en tenue décontractée. Très aimable elle me propose un petit café et me demande :

Roger Vadim devant son chalet avec Andrea Occhipinti et Laetitla Legrix.

Roger Vadim devant son chalet avec Andrea Occhipinti et Laetitla Legrix.

-Vous aimez la montagne ?

-Oui, bien entendu.

J’aurais de toute manière répondu « oui » à n’importe quoi. Avec Marie-Christine Barrault j’étais prêt à aimer les volcans, la forêt vierge et le désert s’il l’avait fallu. Je venais de décrocher un rôle dans le prochain téléfilm de Roger Vadim de la façon la plus audacieuse et incroyable qui soit. En sortant de chez lui j’étais fou de joie.

Je m’imaginais être la nouvelle Bardot! Toujours si simple... Roger Vadim était un homme exceptionnel. Mon ami Jean-Pierre Rochette a lui aussi été engagé et nous avons tourné ce film : « Amour Fou ».

Dans Amour Fou.

Dans Amour Fou.

Le garçon en talons hauts - 44
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20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 14:27

Depuis que je suis revenu à Paris, j’ai la sensation de vivre comme une fille de mauvaise vie qui postule sur un emploi de nurse dans une grande famille bourgeoise ! Au quotidien, je cache mon passé de transformiste à mon entourage. Comme si mon histoire d’antan représentait un danger. Allez savoir pourquoi ?

Comme tous les comédiens inconnus, je cours les castings à la recherche d’un petit rôle, voire d’un grand, on ne sait jamais! Au cinéma, mon premier tournage fut avec Nicole Garcia. Je n’étais que figurant mais j’avais trouvé le moyen d’attirer son attention et cela me permettait de passer des petits moments privilégiés avec elle dans sa loge.

Ensuite j’ai été engagé dans une série policière “Le Juge Rive”. Je joue le rôle d’un CRS qui se fait abattre à bout portant par des terroristes. La personne qui m’engage me précise qu’il y aura un peu de texte et une cascade. De quoi me paralyser ! Olivier, mon ami coiffeur me fait une fois encore la tête de l’emploi. J’ai bien le look « CRS », mais j’ai peur que des gestes ambigus me trahissent. Peur de n’être pas crédible et que le réalisateur se dise : -Qu’est ce que c’est que cette folle ?

Le jour du tournage, je suis dans le décor, assis à une table. Monsieur Julienne, le cascadeur, m’a installé le détonateur qui déclenche le coup de feu que je vais recevoir. Je suis prêt, concentré, mort de trac en attendant le mot “Action”.

C’est à cet instant que l’assistant du réalisateur fonce sur moi et me dit finement à l’oreille:

-Alors tu n’imites pas Mylène Farmer aujourd’hui ?

J'ai commencé à imiter Mylène Farmer en 1986.

J'ai commencé à imiter Mylène Farmer en 1986.

J’ai cru mourir de honte.

Qu’est-ce qui m’avait trahi ? Comment pouvait-il savoir ? Impossible de lui poser la question, la caméra tourne.

A la fin de la prise je suis immédiatement allé le voir.

-Pourquoi m’avez-vous parlé de Mylène Farmer tout à l’heure ?

-Parce que j’adore quand tu imites Mylène !

-Mais… Je ne comprends pas !

-Je n’étais pas certain, mais quand tu as fais des essais de micro tout à l’heure, j’ai reconnu ta voix !

-Comment ?

-Je viens tous les étés en vacances au Lavandou, et je passe mes soirées au Flamenco. J’adore cet endroit.

J’étais démasqué mais en même temps heureux d’avoir un allié dans ce monde qui m’était alors totalement étranger.

Et ce ne fut pas le seul complice...

Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir parmi les autres « CRS » un « collègue transformiste » lui aussi en pleine reconversion. Le monde est petit !

Du coup, les jours suivants de tournage ont été beaucoup plus décontractés, voire franchement délirants. Je me souviens que pendant les pauses (et elles sont longues au cinéma) nous restions, mon nouveau copain et moi, tous les deux en uniformes. On s’éloignaient légèrement du lieu de tournage pour se raconter nos histoires de talons aiguilles.
Nous nous sommes très vite rendus compte de l’effet que pouvait avoir l’uniforme sur notre entourage, hors caméra ! Certains automobilistes nous regardaient inquiets, mais nous avions aussi noté que certains garçons nous considéraient ostensiblement pour d’autres raisons !

Nous restions impassibles, l’air patibulaire. Nous fixions ces petits insolents et sans un sourire, nous portions notre main à la hauteur de notre braguette pour nous tâter le paquet !

Si vous aviez vu leurs têtes ! Ils n’en revenaient pas de se faire entreprendre par deux « CRS ». A un moment, un responsable de la production s’étant rendu compte de notre petit manège, nous a demandé de rester dans le « camion-loge » pendant les pauses.

Mylène "Désenchantée" au Flamenco

Mylène "Désenchantée" au Flamenco

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13 mars 2016 7 13 /03 /mars /2016 19:49

À Paris, je retrouve Olivier, un ami coiffeur croisé à Courchevel et au Lavandou. C’est lui qui va décider de ma nouvelle coupe de cheveux. Je les avais toujours portés très longs parce que j’étais complexé par mes grandes oreilles. Je me souviens de Patrick Juvet avec qui je dinais un soir à Genève. (J’avais la même coupe de cheveux que lui). A un moment, un peu fatigué peut-être, je me suis passé les mains dans les cheveux pour les tirer vers l’arrière. Il m’a regardé et n’a pu s’empêcher de s’écrier :

-Whaow tes oreilles !

Il fallait changer de tête, au diable les complexes, j’aurais une coupe à la brosse. Etrangement depuis ce jours-là plus personne ne m’a parlé de mes grandes oreilles. Je n’ai plus jamais dîné avec Patrick Juvet !

Fini les cheveux longs.

Fini les cheveux longs.

Je m’installe dans un tout petit studio que j’ai acheté au 7 de la place de la nation dans le 11ème arrondissement. Je suis certes propriétaire mais je n’ai pas vraiment beaucoup d’économies. La vie à Paris est chère, il va vite falloir que je gagne de l’argent.

Le garçon en talons hauts - 42

J’avais envie de reprendre des cours d’art dramatique, histoire de voir où j’en étais après toutes ces années à chanter en play-back. Je voulais aussi m’inscrire au « Gymnase Club » pour enfin prendre soin de moi et faire du sport.

Alors, je me suis dit, je fais comment ?

Un choix s’est imposé rapidement. Je vais retourner les week-ends au Flamenco, me donner en spectacle histoire de gagner ma vie et vivre la semaine à Paris.
Nous sommes en 1992, j’ai hâte de reprendre contact avec mes amis de la promotion “78”, du cours de théâtre Jacques Fontan. Je retrouve avec joie Juliette Degenne, ma copine du stage de danse d’Aix-en-Provence (chapitre 9). Elle a le rôle principal d’une pièce qui se joue au Théâtre Michel, “Darling Chérie”. Je vais aller l’embrasser à l’issue d’une représentation, elle semble heureuse de me revoir mais n’a pas beaucoup de temps à me consacrer, elle travaille beaucoup.

Changement de look!

Changement de look!

J’ai aussi retrouvé mon ami Jean-Pierre Rochette. Il m’invite à la première d’un spectacle qu’il s’apprête à jouer à Torcy, une pièce sur Jean Cocteau. Après la représentation, il y a eu un petit cocktail dans le hall du théâtre. Jean-Pierre et moi échangions nos impressions sur la pièce, un verre de champagne à la main, lorsque le metteur en scène, Jean-Paul Quéret nous a rejoint. Jean-Pierre lui dit :

-Je te présente Adrien, il est comédien, nous étions ensemble au cours « Fontan ».

J’étais si heureux d’entendre enfin quelqu’un me présenter comme « comédien ».

Jean-Paul Quéret m’a dévisagé avec un simple sourire. Que s’est-il passé à ce moment là ? Il m’a regardé dans les yeux et me dit :

-Ecoute, je vais monter très vite « Le Malade Imaginaire » il me faut un assistant à la mise en scène, cela te dirait de travailler avec moi ? Tu pourrais peut-être aussi jouer le petit rôle de monsieur Purgon !

-Oui, bien entendu!

Incroyable, quelle chance, je ne suis à Paris que depuis quelques jours. Et voilà, je vais rejouer, enfin ! Jean-Pierre Rochette fera lui aussi partie de cette distribution.

Vous devez vous dire que c’est curieux. Vous pensez que j’ai probablement oublié de vous dire deux où trois choses des plus croustillantes !

Je suis depuis très peu de temps à Paris et on me propose déjà du travail !

Le metteur en scène avait peut-être une petite idée derrière la tête, j’avais deviné qu’il était gay même si il ne l’assumait pas vraiment. Je vais être très clair, je n’ai pas couché avec Jean-Paul Quéret. Ca c’est dit.

C’est flagrant, j’ai eu beaucoup de chance, c’est tout.

Et à propos de ma vie amoureuse, où devrais-je dire « sexuelle », je vais vite me rendre compte que s’il était facile de me faire un petit coup presque tous les soirs quand j’étais transformiste, il n’en sera plus de même à partir d’aujourd’hui. L’ambiguité fascine, pas le théâtre apparemment.

Ma grande angoisse était : suis-je encore capable de mémoriser un texte ? Celui de Monsieur Purgon n’est pas très long mais les mots sont particuliers, tous ceux qui ont joué ce rôle vous le diront :

-Et je veux qu'avant qu'il soit quatre jours vous deveniez dans un état incurable. Que vous tombiez dans la bradypepsie. De la bradypepsie dans la dyspepsie. De la dyspepsie dans l'apepsie. De l'apepsie dans la lienterie. De la lienterie dans la dysenterie. De la dysenterie dans l'hydropisie. Et de l'hydropisie dans la privation de la vie, où vous aura conduit votre folie !

Le metteur en scène m’avait dit :

-Après ta grande tirade, à ta sortie de scène, si tu as été bon, le public doit applaudir.
Ce fut le cas à chacune des représentations. Je vais avoir énormément de plaisir à interpréter monsieur Purgon.

Dans Géronte, ici avec Frédéric Jacquot et le comédien qui jouait Scapin.

Dans Géronte, ici avec Frédéric Jacquot et le comédien qui jouait Scapin.

Ce fut le cas à chacune des représentations. Je vais avoir énormément de plaisir à interpréter monsieur Purgon.

A peine un mois après mon départ du Flamenco, j’avais rejoins « La Compagnie Française » la troupe créée par Jean-Paul Quéret. Je m’y sentais bien et cela m’a poussé à travailler davantage. J’adore l’atmosphère des théâtres, le parfum des théâtres ! J’ai repris peu à peu confiance en moi.

Je me suis inscrit au cours d’art dramatique « Raymond Girard » rue Vavin dans le sixième arrondissement de Paris. Une école qui vit passer tant de grands acteurs; de Jean-Paul Belmondo à Christophe Malavoy. L’ambiance y est plus guindée, plus bourgeoise qu’en 1978 chez Jacques Fontan, mais l’enseignement est de grande qualité. Bien qu’étant beaucoup plus âgé que les autres élèves, je n’échappe pas à la règle de l’audition. Je vais choisir une fable de la Fontaine, Le Corbeau et le Renard. C’est très traditionnel mais je ne voulais pas prendre de risques. En revanche, je suis épaté par le talent et l’audace d’un jeune garçon qui se présente presque en même temps que moi. Il avait choisi, lui le texte d’une chanson de Renaud, pas vraiment académique pour l’endroit. Sébastien Bihi, un comédien remarquable, faisait ses débuts dans un métier qu’il ne quittera plus.

J’ai surtout besoin de pratiquer, de jouer et c’est ce que va me proposer un des professeurs du cours, Frédéric Jacquot. Il va monter “Les Fourberies de Scapin” et me proposer le rôle de Géronte.

Ce n’est pas de mon âge, mais les compositions me vont bien, il s’en est rendu compte. Avec d’autres élèves, dont Lina aujourd’hui son épouse, nous partirons en tournée.
C’était fantastique, je mettais en application mes années d’apprentissage du maquillage au cabaret, je me faisais « une tête ». J’essayais de jouer plus sobrement, mais parfois lorsque le public était apathique, Frédéric me disait :

-Vas-y, fais-toi plaisir, lâche-toi !

C’était pour moi comme un défit. Au diable Stanivlasky, vive Robert Hirsch ! J’en faisais des tonnes mais le succès était assuré.

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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 14:10

Pour cette nouvelle saison, je persuade Jacky Alibert, le patron, d’engager mes compatriotes Marisa Allen et Maxine de Villeneuve qui ont monté une troupe étonnante appelée « Les New Sensations ». J’avais très envie de me retrouver avec mes amis du nord.

Les New Sensations au Flamenco.

Les New Sensations au Flamenco.

Car il faut bien le dire, je commence à trouver le temps long au Lavandou. L’été c’est évidemment un endroit stupéfiant mais l’hiver… Vous n’avez pas idée de la sensation d’abandon que l’on peu ressentir lorsqu’on se promène seul à 21h parmi les venelles de Bormes-les-Mimosas en novembre !

Je me traîne, même le désir de monter des nouveaux numéros m’a quitté. Je suis au bout du rouleau, je n’ai plus envie d’être ce transformiste qui s’entend toujours dire :

- Mais qu’est ce que tu fais ici, tu devrais faire autre chose, tu as tellement de talent !

Je réponds inlassablement :

- Si j’avais du talent, cela se saurait, merde !

Avec Marisa Allen au Flamenco

Avec Marisa Allen au Flamenco

J’ai les nerfs à vif, je suis agressif. Le vrai problème c’est que je n’aime plus ce que je fais, je n’aime plus rien.

Est-ce grave ? Oui évidemment, très grave.

Travailler ! C’est un mot qui n’a de sens pour moi que s’il est conjugué avec passion, sinon, nous besognons, nous peinons et nous nous éteignons insensiblement.

Depuis ma plus tendre enfance je n’ai fait que cela, vadrouiller avec mon amour de la scène. C’est une chance inouïe, je le sais maintenant.
J’ai encore aujourd’hui, en 2016, autours de moi, des gens qui n’ont pas goût à leur travail. Je les observe, ils sont nerveux, tristes et ils sont malheureux. Je suis toujours parti avant d’en arriver là.

Le changement c’est maintenant, qu’il disait « l’autre » ! Dans la formule, il n’a pas tout a fait tort.

Avec Maxine de Villeneuve au Flamenco.

Avec Maxine de Villeneuve au Flamenco.

Nous sommes en août 1991. Je suis un après-midi, à la plage des salins d’Hyères. Bronzette et drague au poppers dans les fourrés, comme à chaque fois dans ce genre d’endroit.Je vais rencontrer un adorable petit brun aux yeux verts comme le canal St Martin un après-midi d’automne. Il s’appelle Thierry, un styliste modéliste tourangeau en vacances dans la région. C’est amusant car dans mon envie de tout changer, je me suis inscrit à des cours par correspondance pour devenir moi aussi styliste modéliste. Voilà un sujet de conversation qui va me permettre de garder le contact avec le jeune homme. Moi qui me suis imposé comme règle de ne jamais sympathiser avec mes petits coups de l’après-midi, je vais faire une exception et l’inviter à diner. J’interprète immédiatement cette rencontre comme un signal du destin.

Plage des Salins d'Hyères avec Thierry.

Plage des Salins d'Hyères avec Thierry.

Il était très différent des garçons que je fréquentais à l’époque, plutôt « tisane » que whisky coca !

Nous ne nous sommes plus quittés, mais les vacances terminées, il devait rentrer à Paris, son travail l’attendait.

Ah, “Paris” : deuxième signe.

Il me propose de l’y rejoindre. Voilà l’élément qui manquait pour me décider à tourner une page.

Je vais retrouver Thierry à Paris.

Je vais retourner vivre à Paris.

Thierry au Flamenco avec Dolly Doll.

Thierry au Flamenco avec Dolly Doll.

Apprenant que j’allais quitter le Flamenco, Marisa et Maxine, mes amis belges, me proposent de venir les rejoindre et de faire partie moi aussi de cette merveilleuse troupe des “New Sensation”. La proposition est séduisante, je me laisse tenter un très court temps. Leur travail correspond à ce que j’aime, à mes valeurs. Pourtant, je ne vais faire qu’un seul spectacle avec eux et à l’issue de ce dernier je vais leur annoncer que j’arrête. Je ne veux plus être transformiste. Maxime a été déçu, mais il me connaissait très bien et savait qu’il ne servait à rien d’insister.

Je dois vivre à Paris. Je crois qu’il n’y a que là-bas que je vais pouvoir me réinventer. Je m’étais laissé séduire par les sirènes de la nuit et par la vie facile, il fallait réagir avant de sombrer définitivement. Je gagnais très bien ma vie mais l’argent me filait entre les doigts. Je ne construisais rien. J’étais à la dérive, j’avais honte de moi. Je n’assumais plus du tout d’être un travesti.

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Published by Adrien Lacassaigne
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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 16:52

Je suis impeccablement bien installé à Bormes, ma maison perchée parmi les mimosas est toute mignonne, j’ai des amis charmants et quelques flirts magnifiques. Le succès sur scène est au rendez-vous, pourtant, quelque chose me dit que je ne suis pas vraiment fait pour vivre indéfiniment dans cette région. Je n’ai plus l’accent belge depuis longtemps mais je n’aurai jamais la voix qui chante, je le sais. Mon avenir, celui qui me pose problème, n’est pas ici.

Je doute au quotidien. J’ai envie de changement, encore une fois ! Envie de grandir, peut-être de faire autre chose, mais quoi ? Je suis persuadé de ne pas être à la bonne place.

Le garçon en talons hauts - 40

Vivre en play-back toutes les nuits me pèse de plus en plus. Je désirerais ne plus me servir de la sensibilité des autres pour faire passer mes émotions. Ne pas être obligé d’être dans une autre peau que la mienne. L’image me vient de cette robe en paillette que je porte tous les soirs. Elle brille de mille feux sous les éclairages du spectacle. Sous la robe il y a une doublure, et même si cette dernière est de satin, c’est elle qui absorbe la transpiration, qui se souille de fond de teint. C’est elle qui va s’user, puis se déchirer. Et je la remplacerai par une autre doublure, le public n’y verra que du feu. Mais sous la doublure, il y a moi, plus fragile encore que du satin, plus souillé, fatigué et usé. Lorsque je vais craquer on me remplacera aussi.

J’ai trente-cinq ans et la sensation de ne pas être un artiste, mais juste un usurpateur.
Je lis dans un magazine qu’il y a un casting qui se prépare à Nice. Un réalisateur recherche un comédien pour un rôle de travesti. C’est trop beau, ce rôle est pour moi pensai-je.

Il y a quelques années, j’ai passé des auditions de théâtre mais jamais de casting de cinéma. Je me dis que cela ne doit pas être très différent, je vais me lancer. C’est peut-être enfin l’occasion de quitter le milieu de la nuit et les cabarets. Je compose le numéro de téléphone indiqué au bas de l’annonce. On me demande d’envoyer un CV et une photo de moi « en femme ». J’improvise et griffonne le premier, les photos de moi en travesti ne manquent pas…Le tout partira sous 48h.

Quelques jours plus tard je reçois un coup de téléphone, ma candidature est retenue, je suis convoqué au casting. Le rendez-vous est fixé dans un grand hôtel de Nice.

Le réalisateur Philippe Agrati est son assistant m’y retrouvent. Charmant jeune homme passionné de cinéma, il me parle de son film avant de me proposer de faire quelques essais, texte à la main.

Il n’y a pas de maquillage, pas d’éclairage, pas de costumes en paillette et surtout pas de public. Il est 11h du matin, je suis complètement déboussolé. Je me lance sans conviction. Je ne suis pas certain de comprendre ce qu’il attend de moi. Je sens très bien que tout ce que je fais n’a aucun sens. Une petite voix intérieure me disait « c’est mauvais…très mauvais ». Le réalisateur ne montre aucun signe d’enthousiasme, mais pas de déception non plus. Nous nous quitterons quelques heures plus tard avec le traditionnel : « on vous rappelle » ! Le soir je serai sur la scène de Flamenco, pas très fier de moi. Je me dis qu’en dehors de mes play-back, je ne suis probablement pas bon pour grand-chose. Je vais noyer ma déception dans une bonne cuite au vin blanc dont j’ai le secret !

Philippe Agrati et Emilio Benedetti

Philippe Agrati et Emilio Benedetti

Comme prévu le réalisateur m’a rappelé.

-Ecoutez, vous n’êtes pas vraiment le personnage que je recherche, mais vous m’avez surpris. J’ai envie de travailler avec vous. Je vous propose le rôle de Chris !

A ma grande surprise, il m’avait choisi ! Je me suis dit qu’il ne devait pas y avoir beaucoup d’autres postulants.

Je vais tourner mon premier film en Mars, il s’appelle “Le beau Marc se met nu, Chris le tue !” tout un programme.

Nous avons passés une semaine dans les célèbres studios de la Victorine à Nice, ce fut une expérience étonnante.

Le scénario du film était singulier. L’histoire se passe dans une chambre d’hôpital psychiatrique. Il y a un infirmier, un patient et moi, une créature sortie de je ne sais où dans un tailleur vert pomme…

Philippe Agrati et moi sur le tournage.

Philippe Agrati et moi sur le tournage.

Je tourne entre autre une scène effrayante où j’introduis les lames d’un couteau électrique de cuisine dans la bouche d’un garçon avant d’appuyer sur le bouton « ON »! J’ai retrouvé ce partenaire il y a peu sur Facebook. Emilio Benedetti est un homme magnifique, devenu un grand maquilleur parisien.

Emilio juste après la scène du couteau de cuisine !

Emilio juste après la scène du couteau de cuisine !

Ni lui, ni moi n’avons été nommé aux Césars du cinéma français! Le film n’aura pas le succès escompté par le réalisateur. Il me reste la casette vidéo.

Je ne deviendrai pas une vedette de cinéma cette année. Je retourne à mes jupons et reprends le chemin du “Flamenco”.

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Published by Adrien Lacassaigne-Vivier
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21 février 2016 7 21 /02 /février /2016 07:55

Après le suicide de mon père, les gendarmes avaient saisi le fusil avec lequel il avait mis fin à ses jours. Une fois l’enquête terminée, ils avaient laissé quelques mots sur le répondeur téléphonique de la maison disant que l’on pouvait venir récupérer les affaires de Monsieur René Lacassaigne. C’est moi qui ai trouvé le message, je n’ai rien dit à la famille, j’y suis allé. Dans le plus grand secret, depuis ce jour-là, le fusil de papa ne me quittait plus. Une idée probablement absurde, bien entendu.

Comble de l’horreur, j’avais aussi gardé de mon père, la chemise tachée de son sang, et un peu de ses cendres. Le tout précieusement rangé dans un sac qui ne me quittait presque jamais. Figurez-vous qu’un soir, près de Courchevel, je me suis garé sur le parking d’un supermarché, le temps d’y faire quelques courses, à peine quinze minutes. Lorsque je suis revenu, ma voiture avait été ouverte, mon sac avait été volé ! Là je me suis dit, OK les souvenirs de papa, ça suffit, basta, on tourne la page !

Je me suis donc débarrassé du fusil, comme me l’avait demandé la dite « Monette ».

Après tous ces signes, vous devez imaginer que je suis absolument convaincu de l’existence d’un dialogue entre le monde des défunts et celui des vivants. Je devrais croire en « quelque chose »… Eh bien pas vraiment.

Quand ces phénomènes me sont arrivés, j’y ai cru dur comme fer, sans réfléchir. Mais aujourd’hui ?

Il me semble que durant les années où j’étais artiste transformiste, j’étais beaucoup plus à l’écoute de ces pratiques spirituelles. Peut-être avais-je à ce moment-là une sensibilité plus délicate et plus intuitive. Aujourd’hui, ces perceptions m’ont abandonné.

Le garçon en talons hauts - 39

J’ai pourtant eu le plaisir de croiser la route de Patricia Darré, une collègue de France Bleu, connue internationalement pour ses dons de médium. Elle dit avoir été en relation avec des personnages historiques comme Napoléon Bonaparte ou Jeanne d'Arc. Des célébrités comme Bernard Werber, Mireille Darc où Sheila vous en diront le plus grand bien. Elle est l’auteur de : Un souffle vers l'éternité, Les lumières de l'invisible où encore L'Invisible et la science aux éditions Michel Lafon. Patricia n’est ni une sorcière, ni une folle. J’ai passé du temps à ses côtés, croyez moi, elle est brillante, drôle et totalement équilibrée. Ma rencontre avec cette spécialiste du genre aurait du me conforter dans l’idée d’un dialogue possible avec nos défunts. Mais malgré cela je n’arrive plus à y croire.

Je me dis aussi, pourquoi elle et pas nous ? Pourquoi certains auraient-ils ce don de dialogue avec les défunts et pas nous simple mortel ? Et, si dialogue il y a avec là haut, pourquoi toutes cette misère sur la terre ? N’y a-t-il pas un Ghandi, Luther King où Mandela pour nous guider ? Qu’attendent-ils pour discuter avec les médiums et nous orienter vers un monde meilleur ?

A vrais dire, je suis un peu comme Saint Thomas. Je n’ai jamais cru en un dieu, je n’ai pas la foi… Je ne crois pas en toutes ces choses comme le Reiki, le Shiatsu, le Feng-Shui…Toutes ces pratiques qui se monnaient auprès de pratiquants mystiques sensés nous soulager des maux contemporains de notre société à la dérive.

Papa est venu me dire au revoir dans mon sommeil. Monette s’est exprimée à travers la main de Claire, soit.

Je n’ai pas d’explications à ces événements que j’ai vécus, ces choses me dépassent.

Mon intime conviction aujourd’hui est qu’il n’y a probablement rien après la mort. Pas de paradis, pas d’enfer, pas de retrouvailles et c’est peut-être pas plus mal.

Je m’efforce simplement de mon vivant, à être un homme meilleur jour après jour.

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Published by Adrien Lacassaigne
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