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La nouvelle revue du Paradis Latin "L'oiseau Paradis"

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

La nouvelle revue du Paradis Latin "L'oiseau Paradis"

A ma sortie du Paradis Latin l’autre soir j’ai posté ceci : « Kamel Ouali n’est pas Jean-Marie Rivière » ce qui aurai pu laisser penser que je n’avais pas aimé le spectacle, c’est faux. Je précise donc ma pensée.

Je n’avais pas réservé une table au « Paradis » depuis 1990 et la revue « Viva Paradis », voilà donc près de 30 ans.

La salle n’a rien perdu de sa magie. J’ai adoré la chanteuse qui anime la soirée pendant le dîner, sa voix est divine, son répertoire est parfait. L’idée de faire participer les danseurs déguisés en animaux me semblait de bel augure.

La revue commence par l’apparition d’une danseuse vêtue d’un habit de « Napoléon » seule sur la scène elle se retrouve très vite nue ! Bon soit, et après… Après rien, un tableau s’enchaine. 48h après le spectacle j’ai totalement oublié à quoi ressemblait cette « ouverture ». Je suis pourtant extrême sensible à ce genre de détail. Je connais encore aujourd’hui par cœur les paroles de l’ouvertures de la revue « Paris Paradis » où « Champagne ». Première petite déception.

J’ai vu un beau spectacle certes, mais qui ressemblait davantage à une succession de chorégraphies, comme si j’étais devant l’émission de télévision « Danse avec les stars » ! Les danseurs sont parfaits, les chorégraphies sont parfaites, mais pourquoi n’ai-je pas décollé ?

C’est ici que reviens ma phrase « Kamel Ouali n’est pas Jean-Marie Rivière ».

Je ne suis absolument pas (enfin je l’espère) un adepte du « c’était mieux avant » mais il y a des codes à respecter si l’on veut créer une revue, et je ne suis pas certain qu’ils aient ici tous été honorés.

Parmi ces traditions, les attractions internationales que l’on insert dans la revue. Ici, rien à redire elles étaient parfaites.

La meneuse de revue : La Paradis Latin à misé sur le nom d’Iris Mittenaere, Miss Univers 2016. C’est un bon coup de communication, mais la dame n’était pas là. J’avais pourtant vérifié en réservant ma table, le calendrier de présence de la vedette, mais ce dernier ne devait pas être à jour… Pas de Miss et pas d’explication de l’établissement. J’ai donc découvert une meneuse de revue inconnue. Et c’est ici probablement la plus grosse erreur de Kamel Ouali. C’est danseuse n’avait aucun charisme, rien pour être à cette place. La pauvre est même tombée sur scène ! Ne peut-on lui offrir une « master class » avec Lisette Malidor où Herma Vos ?

Herma Vos

Herma Vos

Venons-en à la présentation, le Paradis Latin a misé sur une jeune femme se présentant comme « la directrice ». J’ai voulu y voir un signe de modernité. La jeune comédienne (humoriste probablement) qui interprète ce rôle a beaucoup de courage et de qualités, mais : ça ne marche pas ! Monsieur Sergio qui se repose en Corse, ne pourrait-il venir passer quelques jours à Paris, retrouver le Paradis et aider cette jeune femme à trouver « la vérité » du rôle qu’elle doit interpréter.

Sergio

Sergio

Il y a également un jeune chanteur formidable, dont le rôle dans la revue est mal défini. Il chante extraordinairement bien, j’ai entendu dire qu’il s’agissait d’un ex-candidat de la star Académy qui n’aurait pas réussi à faire une carrière… Cyril Cinélu. Monsieur Kamel Ouali, votre perle elle est là, et il semblerait que vous soyez passé à côté. Ce garçon est sous exploité.

Cyril Cinélu

Cyril Cinélu

Et enfin il y a l’esprit ! Cet esprit si particulier créé par Jean-Marie Rivière de l’Alcazar au Paradis Latin, la fête, la démesure, le rêve…Rien de tout cela dans la nouvelle revue « L’Oiseau Paradis ». Le Mapping vidéo est roi.

Les serveurs en salle sont majoritairement de beaux jeunes gens mais qui semblent s’ennuyer à mourir… Ils ont bien essayé de les faire un peu participer en les faisant monter sur scène avec quelques plumes… rien n’y a fait, ça tombe à plat. Monsieur Lucien et sa brigade c’est bien fini au Paradis.

Et le final ? Rien, idem, pas de souvenirs, pas de refrain entêtant. Un petit final blanc qui fait tchip !

Un mot sur les costumes, ils sont en général pas mal mais sans être époustouflants. Le final en particulier est d’une triste pauvreté.

Oui Kamel Ouali est un excellent chorégraphe, mais à mes yeux ce n’est pas un créateur de revues. J’ai passé une bonne soirée mais qui ne restera pas dans ma mémoire très longtemps. Herma Vos, Ursuline Carlson, Sergio, Jean-Marie… je pense à vous.

 

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Le garçon en talons hauts - 55

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

La fête fut je crois assez réussie, Vincent était content. Après le show, Richard Kalfa le propriétaire du lieu, amusé par ce qu’il venait de voir, nous proposa de présenter officiellement ce spectacle dans sa programmation.  Je n’en reviens pas, ça n’était absolument pas prévu, mais pourquoi pas en retravaillant un peu certains passages. David et Laurent sont eux aussi emballé par l’idée. En réalité je crois que, comme un gosse, je n’ai jamais su dire non lorsqu’on me propose de monter un spectacle.

Certes, je suis présentateur sur « La Cinquième » mais je suis tellement désenchanté par mes rapports avec la production que je ne me suis absolument pas préoccupé de leur réaction.  L’envie de me produire quelque temps sur la scène ce café-théâtre parisien a été plus forte que tout, et je ne l’ai jamais regretté.

 

Le garçon en talons hauts - 55

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Le garçon en talons hauts - 54

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

Pendant tout ce temps j’ai évidemment complètement ignoré mes activités de transformiste, je pensais avoir définitivement tourné la page ! C’était sans compter sur mon ami Vincent Ecrepont qui décida de privatiser le café-théâtre parisien « Le Movies » pour fêter ses 30 ans.  

Vincent étant un ami proche, je m’étais évidemment ouvert à lui de mon passé de travesti et c’est donc tout naturellement qu’il m’a demandé de monter « un petit spectacle » pour sa fête.  Moi qui pensais avoir définitivement tourné la page « talons aiguilles » me voilà rattrapé par mon destin. J’ai si souvent rangé mes robes en paillettes dans les malles et toujours je les ais ressorties. Evidemment à chaque fois il fallait les élargir un peu ! Pour répondre à Vincent, je n’ai pas hésité une seconde. Je me fou du qu’en dira-t-on à la production de l’émission de télévision que je présente. Je vais monter la petite revue de l’anniversaire de Vincent. Vont se joindre à moi Laurent et David, deux garçons adorables, deux comédiens avec qui je le sens, je vais bien délirer.

Le garçon en talons hauts - 54

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Le garçon en talons hauts - 53

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

Je pense avoir toujours fait mon travail sérieusement. Je me suis appliqué, je me suis plié à toutes les fantaisies du réalisateur et j’ai adoré cela. Mes années de cabaret m'ont bien aidées à me glisser dans la peau des dizaines de personnages interprétés dans cette série. Je me suis mis entièrement à la disposition de de cette émission. Comme toute l’équipe, j’espérais que le succès soit au rendez-vous. Ce fût le cas, nous devions au départ tourner 15 numéros de « L’œuf de Colomb », nous en avons réalisés je crois 80. De ce côté je n’ai rien à me reprocher, si ce n’est peut-être de n’avoir pas eu la curiosité de m’intéresser à la conception, la fabrication et la production.

Le garçon en talons hauts - 53

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Le garçon en talons hauts - 52

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

A cette époque-là, j’ignorais tout de l’univers de la télévision. Je ne sais pas pourquoi j’écris cette phrase au passé ? Au moment où j’écris ces lignes, je n’en connais pas d’avantage, et pour être franc, ça ne m’intéresse pas du tout. J’essayais juste de faire au mieux mon travail de présentateur, point barre !  

Je ne savais rien de l’impitoyable course à l’audience. J’étais une "vitrine" vivante, très peu responsable de mon sort.  Le talent est loin d’être la seule arme pour arriver à se faire une petite place dans la lucarne magique et il n’était même pas certain que j’en aie du talent.

Je suis animateur certes, et je vais être soumis aux mêmes lois que les autres.  Je suis dans la cour des grands et je vais apprendre très vite ce que cela veut dire. 

Dans les coulisses de l'Oeuf de Colomb avec Sylvie Pierre de La Cinquième, Philippe Briday le réalisateur et Nicole Philibert productrice.

Dans les coulisses de l'Oeuf de Colomb avec Sylvie Pierre de La Cinquième, Philippe Briday le réalisateur et Nicole Philibert productrice.

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Le garçon en talons hauts - 51

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

Mon égo va pourtant être mis à rude épreuve. Je n’ai pas vraiment conscience à cette époque-là d’être « égocentré » c’est un travail sur moi que je ne ferais que plus tard. 

 

Pour compenser le manque de louanges de l’équipe de production, je me réfugie dans la lecture de très bons articles de journaux qui paraissent sur moi.  Celui du journal “Le Monde” m’a particulièrement ému.  Je suis fier.  Il y a une nouvelle chaîne de Télévision qui naît, elle est présidée par Jean-Marie Cavada et moi maintenant je suis présentateur télé, comme Jean-Marie Cavada ! Bien évidemment !

Le garçon en talons hauts - 51

Je vais croiser lors d’une soirée organisée par le président dans les locaux privatisé du musée des arts forain, Elise Lucet. Elle vient à ma rencontre son verre à la main.

- Trinquons, j’aime beaucoup ce que vous faites dans l’œuf de Colomb !

- Merci c’est très gentil.

- De quelle école de journalisme sortez-vous ?

- Je ne suis pas journaliste.

- Oh !

Elle me dévisage un moment avec sourire…

- En tous cas vous êtes crédible !

Je suis crédible ! C’est évidemment pour elle un compliment, enfin je crois, mais cette réflexion me laisse pourtant un goût amer. Je suis « crédible » c’est un peu comme si elle voulait dire dans votre « déguisement » de journaliste on y croit !
Je suis évidemment un peu trop grisé par une pseudo célébrité naissante.  Très vite ma vie a beaucoup changé. Un chauffeur de la production venait me chercher à mon domicile pour m’emmener aux studios d’enregistrement. J’avais un agenda chargé de rendez-vous « shooting » pour les magazines, interview, manucure, essayages…

Le garçon en talons hauts - 51

Je suis arrivé par hasard un jour au BHV, au rayon des téléviseurs.  Sur tous les écrans en démonstration il y avait ma tête ! Un choc saisissant. J’ai très vite spontanément fait demi-tour pour que personne ne me remarque.

 

Un soir j’étais dans une pizzeria avec celui qui deviendra mon mari vingt ans plus tard, nous étions naturellement attablés en train de déguster une « Régina » lorsqu’un individu passa à côté de notre table pour se rendre aux toilettes. L’homme s’arrête à ma hauteur et me dit

- Salut, tu vas bien ?  

Moi, quelque peu étonné, je lui réponds un peu embarrassé

- Très bien merci…

Devant mon peu d’enthousiasme le garçon se vexe et me dit

- Ben quoi, on s’connait, non ?

- Je ne sais pas, peut-être, je ne me souviens pas très bien…

-Mais si j’te connais…

Je me risque à lui dire, pour en finir et éviter de manger une pizza froide

- Vous m’avez peut-être vu à la télévision…

Et lui

- C’est ça connard t’es Michel Drucker, pauvre con !

La patronne du restaurant est arrivée au bon moment pour demander à l’individu de ma laisser tranquille !  Je n’avais qu’une envie rentrer chez moi et me mettre à l’abris des regards.

Le garçon en talons hauts - 51

En voyage au Sénégal à peine arrivé à Dakar, un français en vacances s’est jeté sur moi pour critiquer fermement le contenu scientifique de mes émissions ! Un comble pour moi qui ne faisais que lire un prompteur !

 

Il y a eu des situations plus agréables comme ce 24 décembre à 19h. Je fais quelques courses de dernier moment pour fêter Noël. Je suis au Monoprix à Nation au rayon traiteur, il y a une file de 25 personnes devant moi. Quelle ne fut pas mon étonnement de voire une vendeuse quitter le comptoir et venir vers moi.

- J’aime beaucoup votre émission, dite-moi ce que vous voulez je vais vous servir tout de suite !

Un peu gêné, j’ai quand même accepté sa proposition ! Oui, je sais ce n’est pas bien…

 

Le garçon en talons hauts - 51

En 1995, je viens d’entrer dans ce petit cercle très fermé des présentateurs de la télévision, du moins je le crois. A cette époque il n’y avait pas toutes les chaînes de la TNT, cela voulait encore dire quelque chose, les places étaient rares.

 

Je recevais du courrier d’admirateurs.  Pratiquement que des garçons, cela m’inquiétait, avais-je une image de présentateur gay ?  Les Laurent Ruquier, Alex Taylor, Marc-Olivier Fogiel, Olivier Minne, Frédéric Lopez où Christophe Beaugrand n’avaient pas encore ouvert la route de la visibilité.  Je faisais assez attention en public à bien me comporter. 
Je n’étais pas intime avec la productrice vous l’avez compris, mais un jour je me suis quand même risqué à lui demander si ça se voyait à la télé, que j’étais…enfin vous voyez ce que je veux dire.  Et elle m’a répondu :

- Mais bien sûr, on t’a engagé avec tes qualités mais aussi avec tes petites particularités ! Ne change surtout rien, reste comme tu es. 

J’étais rassuré, je n’avais plus à composer, je pouvais un peu me laisser aller.  Tout est formidable. Je vais faire une belle carrière à la télévision pensais-je.

 

Un dimanche, je reçois même un coup de téléphone de Jean-Luc Delarue qui désire me rencontrer ! Consécration !

 

Dans le métro, dans la rue, partout les gens se retournaient sur mon passage pour me dévisager.  Je voulais donner une belle image de moi. En réalité cette image n’était pas naturelle, c’était une image travestie ! Décidément je tourne en rond. 

 

Curieusement, je touche du doigt cette « célébrité » tant convoitée secrètement par tellement de gens. Je croyais que tous les artistes voulaient cela, pourtant je suis souvent mal à l’aise, je ne sais quoi répondre aux personnes qui très affectueusement me marquent leur attention, la sensation est étrange.

 

A l’heure où j’écris ces lignes, des jeunes gens n’ont que cela pour ambition.  Les producteurs l’ont bien compris, ils leur offrent des émissions plus débiles les unes que les autres. Eux s’enrichissent et les jeunes écervelés croient devenir des stars. C’est pathétique, les exemples ne manquent pas…

 

En tous cas, moi, je ne suis pas à l’aise avec cela.  Je peux même vous dire que le côté « être reconnu dans la rue », je n’aime pas ça.  Les gens vous défigurent, vous ne savez pas ce qu’ils imaginent, c’est très désagréable.

Vous pensez-peut-être que si je pense cela de la célébrité, c’est parce que je suis frustré voire aigri de ne pas avoir réussi à rester « connu » très longtemps. Vous avez peut-être raison, où pas.  Mon mari, qui était déjà à mes côtés à cette époque, et qui n’est absolument pas quelqu’un de sensible à la notoriété, vous le confirmera, non je n’ai pas du tout aimé cette facette du métier.

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Le garçon en talons hauts - 50

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

Premier jour de production, il est 7h 30 du matin quand je débarque au studio pour me faire maquiller.  Tournage prévu à 9h.  Une heure trente pour me passer un peu de poudre sur le visage je trouve cela excessif, moi qui avait l’habitude il n’y a pas si longtemps de me transformer totalement en vingt minutes ! Soit, je ne pose pas de question.  Les émissions ont pour thèmes, la bicyclette et la machine à laver.  La production m’avait fait parvenir les textes peu de temps avant le tournage, en me précisant que ces derniers pouvaient changer à tout moment ! J’étais vraiment dans mes petits souliers bien moins à l’aise que sur mes talons hauts ! Je n’avais pas de prompteur, je craignais à tout moment d’avoir des trous de mémoire. J’avais un trac fou.  Je n’étais pas habitué à cet environnement, j’avais peur de tout.

Le réalisateur s’est montré remarquable, il savait que c’était mon premier tournage télé et pour ne pas me déstabiliser, il a tourné toutes les séquences dans l’ordre.

Normalement on respecte une chronologie pratique, c’était bien plus difficile pour lui et pour son équipe technique de faire ainsi, mais il l’a fait.  Il y avait de grandes tensions dans le studio.  Les gens de “La Cinquième” en visite sur le plateau découvraient ce nouveau concept et ce nouveau présentateur.  Ils portaient un regard sur mon travail, je le sentais à chaque seconde, j’avais tellement peur de ne pas être à la hauteur.  J’étais prévenu, la production modifiait parfois les textes au dernier moment, par téléphone.  Nous avons terminé à quatre heures du matin ! Jusqu’au bout je suis resté concentré, essayant de faire de mon mieux.

Cela m’a valu la considération de l’équipe qui voyait en moi un gentil garçon plutôt doué pour l’exercice.

Le garçon en talons hauts - 50

J’espérais que ce succès attirerait vers moi l’amitié de la productrice exécutive, Nicole P.  C’était une grande femme assez élégante, cheveux courts, une intellectuelle à l’aspect très sévère.  Elle et le réalisateur, étaient les deux éléments moteurs et fondamentaux de cette émission.  Je n’étais à l’aise ni avec l’un ni avec l’autre parce qu’ils étaient si différents des gens avec qui j’avais eu l’habitude de travailler antérieurement.

J’avais grand besoin de leur estime, je ne l’ai jamais eue.

 

Leurs méthodes et agissements allaient à l’opposé de ce que j’aime comme ambiance de travail.  Pourtant cela ne nous a pas empêché de tourner quatre-vingts émissions, alors qu’il en était prévu quinze.  Ces deux personnes ne m’ont pas traité comme la petite vedette que j’espérais devenir.  Ils me considéraient parfois avec moins d’égards qu’ils n’en avaient pour un sixième assistant.  Ils me faisaient comprendre que le pouvoir c’était eux.  La productrice m’a dit un jour :

            - Quand on est une vitrine, on se comporte en vitrine !

Mon égo en à pris un coup ce jours-là.

 

Eh bien malgré tout je leur suis infiniment reconnaissant de ces deux années de télévision.  Ils m’ont offert tant de belles sensations.

 

Je sortais de ces journées de tournage épuisé mais tellement heureux.  Seul dans la rue en rentrant chez moi je regardais les étoiles, les yeux mouillés.  Papa se cache derrière l’une d’elle, me vois-tu ? Es-tu enfin fier de moi ?  J’ai toujours pensé que je n’étais certainement pas le fils dont on aime vanter les mérites et les actions.  Nous avions si peu de points communs papa et moi par rapport à mon frère qui adore les voitures, les courses, la mécanique.

Qui aurait eu envie d’un fils transformiste ?

Mais là je ne l’étais plus, j'étais présentateur à la télévision.

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Le garçon en talons hauts - 49

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

À peine deux jours après la dernière représentation des pièces de Pirandello, en novembre, exactement le jour de l’arrivée du Beaujolais nouveau, mon agent, Bernard Borie m’envoi sur un casting.  On recherche un présentateur pour une émission de télévision destinée à être diffusée sur une nouvelle chaîne dite du savoir et de la connaissance : “La Cinquième”.

Le garçon en talons hauts - 49

J’ai appris bien plus tard qu’en réalité je me suis retrouvé à ce casting par hasard.  La productrice s’était trompée de numéro de téléphone dans son répertoire des “agents artistiques”.  Elle avait appelé le mien en sautant une ligne.  Un peu confuse, elle lui avait parlé de ce casting.        

-Ecoutes, si tu as dans ton agence un comédien qui pourrait correspondre à ce que nous cherchons, tu me l’envoie.

Sans cette erreur je n’aurais probablement eu aucune chance de figurer parmi les candidats.  Sont en lisse, des présentateurs confirmés déjà connus, et même le concepteur du projet.  C’est pour vous dire si j’y suis allé sans y croire.  Mais comme tous les artistes, même dans la pire situation, il y a toujours une petite partie de nous qui nous souffle : On ne sait jamais...

Je me retrouve donc vers 10h30 le matin sur les Champs Elysées avec un trac fou.  Mon agent m’a recommandé de m’habiller de façon originale.  J’avais mis une chemise très colorée, vert, bleu, rouge et en plus je porte des bretelles, un clown !  Ce jour là, le beaujolais nouveau est arrivé ! Je n’y tiens plus, pour me donner du courage j’entre dans le premier bistrot que je croise et je descends à toute vitesse deux verres de rouge.

11 h, me voici au siège de “Télé Images” grande maison de production célèbre pour ses feuilletons “MAGUY”, “MARC et SOPHIE” etc.

Je suis reçu par une assistante agréable qui me prie de m’asseoir et d’attendre.  J’essaie d’avoir l’air le plus détaché possible et surtout de faire oublier mon haleine « gros rouge ».  Défile alors devant moi, un grand nombre de personnes et à chaque fois je me demande qui sont ces gens ? Ils me dévisagent en silence, je le sens bien.

Je devrai partir, ma place n’est pas ici, ils se sont trompés en m’appelant, je me suis trompé en venant pensais-je.  Trop tard, comme chez le dentiste, au moment où vous avez envie de partir parce que vous n’avez plus mal, une assistante vous prie d’entrer.  Je me retrouve dans une petite pièce éclairée par une banale lampe halogène.  Il y a pour tout matériel un petit caméscope sur un pied.  Je suis très déçu, pour une si grande maison de production je m’attendais à mieux.  Arrive alors le réalisateur de l’émission, Philippe Briday, un sphinx, cigare aux lèvres un homme difficile à cerner.

J’avais dû préparer mon intervention.  Il fallait que je parle pendant quatorze minutes de « l’ampoule électrique ».

On me donne quelques indications et on me prie de m’exécuter.

Et me voilà assis derrière un petit bureau :

            - Mesdames, messieurs, bonjour je vais vous parler aujourd’hui de L’Ampoule Électrique...

 

Et je suis parti.

 

Je m’étais acheté pour faire un petit effet chez un marchand de farces et attrapes une ampoule qui s’allume toute seule dans la main.  Très mauvaise idée, je tremblais tellement que cela soulignait encore d’avantage mon trac.

 

J’ai fait des jeux de mots redoutables, du genre :

            - Mais je n’en suis pas une..., une lumière !

Le garçon en talons hauts - 49

Je leur ai parlé de tout, de la fameuse panne d’électricité de New York qui fit tant de bébés.  De Marlène Dietrich qui réglait-elle même ses projecteurs.  Du petit halo de lumière qui habillait Edith Piaf à l’Olympia.  Et Les Champs Elysées à l’approche de Noël, que serait la plus belle avenue du monde sans toutes ces petites ampoules ? Pour parler, j’ai parlé mais ils n’ont rien appris sur l’ampoule électrique.  A chaque fois que j’abordais un problème technique je disais :

            - ça sera le sujet d’une prochaine émission. 

Eh bien me croirez-vous, c’est ainsi que j’ai été choisi. 

Il parait même qu’après mon passage, la productrice exécutive de l’émission aurait dit :

            - C’est lui et personne d’autre sinon je ne produis pas l’émission.  

Après le casting il y a l’attente du verdict.

            - Il en reste trois et vous êtes dans les trois.

            - Il en reste deux et vous êtes dans les deux...

Et le…

            - Normalement c’est toi !

 

Il a fallu que Jean-Marie Cavada, le président et fondateur de cette nouvelle chaine de télévision accepte ma candidature.  

Il m’a fallu aussi rencontrer la redoutable PDG de “Télé Images” Simone Harari.  Il m’avait été dit que, de toutes manières, toute personne n’étant pas « Énarque » n’avait aucun crédit à ses yeux.  Vous savez maintenant d’où je viens, avouez qu’il y avait de quoi être terrorisé.

L'équipe de production de l'émission L'Oeuf de Colomb et moi.

L'équipe de production de l'émission L'Oeuf de Colomb et moi.

Eh bien absolument pas, je l’ai rencontrée deux fois, deux fois elle fut absolument adorable.  Il est certain que cette femme est une tornade parfois difficile à suivre mais jamais avec moi elle n’a été blessante.  Elle m’a posé quelques questions sur mes motivations, je lui ai répondu franchement et après quelques temps elle m’a dit :

            - Bienvenu dans la maison.

Plus tard elle m’a régulièrement envoyé de très gentils petits mots me félicitant pour mon travail, je les ai gardés.

 

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Le garçon en talons hauts - 48

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

En 1994, on me propose de jouer dans deux pièces en un acte de Luigi Pirandello : Cédrats de Sicile et l’Etau si ma mémoire est bonne. C’est Christophe Donné, un jeune metteur en scène qui a cette idée. Ce n’est pas mon répertoire habituel, j’aurais dû refuser, mais le metteur en scène est très joli garçon, je me dis pourquoi pas… Je me lance dans l’aventure aux côtés de Sotira Dhima, Martine Delachaume et Geneviève Brasset.

Il fallait absolument jouer tout en sobriété, pas vraiment mon habitude ! J’étais comment dire… « désolant » dans cette interprétation.

C’est une de mes particularités, quand je suis mauvais, je le sais.

Malheureusement, je ne pouvais rien y faire, je n’arrivais pas à corriger mon jeu. De soir en soir, je me trouvais de plus en plus lamentable.

J’étais à cette époque « volontaire » de l’association « AIDE / Paris îles de France ». Quelle idée ai-je eu d’inviter Pierre Lascoumes qui en était le président d’assister à une représentation. Je trouvais cet homme admirable et brillant, je n’avais qu’une envie devenir son ami. Il était passionné de théâtre et voilà qu’il allait assister au massacre de l’œuvre d’un prix Nobel de littérature. J’ai cru mourir de honte quand j’ai su qu’il était dans la salle. Nous avons soupé tous les deux après le spectacle, il a eu la courtoisie de parler de toute autre chose, et cela ne nous a pas empêché de devenir des amis.

Pierre Lascoumes et moi.

Pierre Lascoumes et moi.

Au lendemain de la dernière représentation, je me suis rasé la tête histoire de tourner la page. Tondu !

J’ai beaucoup de mal à supporter l’échec, c’était un peu comme m’infliger une punition.

Christophe Donné, le metteur en scène doit avoir regretté longtemps de m’avoir choisi. Je n’étais vraiment pas à la hauteur de ses espoirs, mais il a eu la délicatesse de ne jamais m’en parler.

Je tire de nouveau un rapide constat. Je ne suis bon que dans l’excès, la démesure et la caricature.

Et s’il en était de même pour le théâtre que pour le cinéma ? Je suis probablement un mauvais comédien.

Si en réalité je n’avais de compétence que sur des hauts-talons ?

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Le garçon en talons hauts - 47

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

Dans une revue professionnelle destinée aux gens de spectacle, j’ai trouvé l’annonce d’un stage organisé par “France 3” pour sensibiliser les comédiens de théâtre aux techniques du cinéma et de la télévision. Le nombre de places pour cette formation était limité à 10 prétendants. Après avoir harcelé pendant des semaines la personne qui sélectionnait les candidats, je suis retenu pour la session : "Comédiens et Caméras".

Du 7 au 18 juin 1993, nous allons travailler avec le réalisateur, Charles Dubois. Je suis littéralement tombé sous le charme de cet homme étonnant. Il était d’une beauté saisissante, sa voix était douce et chaleureuse, son regard malicieux. Charles ne vivait que pour le cinéma, tout en lui respirait l’art et l’intelligence. Il avait à mes yeux toutes les qualités. Je devais bien entendu en tomber amoureux sans jamais lui en souffler mot !

Etait-il gay ou pas ? De toute manière, draguer et mettre dans mon lit un hétéro ne m’a jamais pausé de problème. Toutes mes années de cabaret m’avaient permis d’acquérir une technique bien rodée. Je ne voulais toutefois pas passer aux yeux de Charles pour le « PD » de base en chasse du premier beau mâle venu. La dignité s’impose davantage le jour que la nuit.

Charles ne s’est jamais livré sur sa vie privée ce qui ne m’a pas empêché d’entretenir avec lui une relation de confiance et de qualité.

En écrivant ces lignes, j’ai fait une petite recherche sur « Google » pour voir ce qu’il était devenu. Je suis tombé sur un article de presse disant qu’il s’était installé avec sa femme en Normandie ! Oups !

Charles Dubois

Charles Dubois

Durant cette période, je vais réellement apprendre énormément de choses. Rigueur, technique et professionnalisme sont au menu de cette semaine de travail, tout ce qui me manquait cruellement.

Si tous les réalisateurs avaient été comme Charles Dubois, ma « carrière » aurait certainement été très différente. Il fait partie de ces hommes pour qui l’on a envie de donner le meilleur de soi.

J’aurais même pu m’installer en Normandie !

J’ai en cette année 1993 un peu la sensation d’avoir pris le virage qui me semblait nécessaire à ma survie.

Parmi les autres stagiaires présents, il y a un garçon charmant qui m’intrigue, un peu sans que je comprenne vraiment pourquoi. Nos univers semblent à l’opposé l’un de l’autre, il s’appelle Vincent Ecrepont.

Vincent Ecrepont dans les années 90

Vincent Ecrepont dans les années 90

Il est sérieux, attentif, appliqué. C’est un comédien déterminé à approfondir son art. Il a du talent, c’est peut-être aussi pour cela que je l’ai tout de suite aimé.

Je n’ai jamais su résister aux charmes de ceux et celles que je trouve brillants. C’est un de mes gros défauts, je le sais. En revanche, il m’a toujours été impossible de me lier d’amitié avec un être que je trouve médiocre dans le domaine qu’il s’est choisi. Parfois je me dis : bon ok, il est nul, mais il est gentil, fais un effort Adrien !

Non, impossible, je n’ai jamais réussi à m’attacher à un individu qui ne m’épate pas, c’est encore le cas aujourd’hui. Dans ma vie, je respecte tout le monde sans distinction. Je peux aider, tendre la main et avoir de la compassion pour mes semblables, mais être « ami », pour moi reste un grand mystère. Je suis un handicapé de ce côté-là!

Vincent Ecrepont 2016 - Copyright : Joseph CAPRIO

Vincent Ecrepont 2016 - Copyright : Joseph CAPRIO

Pour en revenir à Vincent Ecrepont, nous allons nourrir une grande affection l’un pour l’autre. Vincent travaille, le texte, le mot, l’émotion, le silence… Aujourd’hui, nous nous sommes un peu perdus de vue, mais je le suis discrètement sur Facebook. Il fait un travail magnifique au sein de sa compagnie « A Vrai Dire », je suis admiratif.

Même si je ne comprends pas tout, il faut bien l’avouer !

Je me souviens d’un soir à Beauvais. Vincent m’avait invité à la première d’une de ces créations au théâtre municipal de la ville. Après la représentation, il y eut un petit souper organisé par les élus pour l’équipe de la pièce. Je me suis retrouvé assis à côté du directeur du théâtre qui me dit pour engager poliment la conversation :

-Comment avez-vous trouvé le spectacle ?

Je devais m’être désaltéré avec quelques coupes de champagne en attendant le repas et je lui réponds tout net :

-C’est magnifique, c’est très bien évidemment, mais tout cela manque cruellement de danseuses, de plumes de paillettes !

Cet « intellectuel de gauche », qui n’avait probablement jamais vu une revue de sa vie, m’a regardé médusé ne sachant que répondre ! Vincent qui était assis en face de nous, c'est empressé d’intervenir :

-Adrien a une vision « panoramique » du théâtre !

Prétextant une urgence, le directeur a changé de place. Vincent a beaucoup ri, preuve indéniable de son intelligence. Mais je n’ai plus jamais été invité à une première.

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