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Les coulisses de ma tête - 4

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

Je vais vous raconter comment cette idée de me démaquiller en scène sur la chanson de Ginette Reno m’est venue.  Pour cela, il nous faut retourner dans les années « 80 », les flamboyantes années « 80 ».  Nous sommes en Belgique, à Bruxelles.  La troupe d’artistes qui se produisait avec moi dans ces années-là, « Les Hirondelles », rivalisait de popularité avec une autre troupe bruxelloise, « Les Black Follies ».  Cette dernière venait de créer une toute nouvelle revue avec un grand final « blanc » absolument magnifique.  Strass, plumes, paillettes, tout était au rendez-vous, une revue qui avait certainement coûté beaucoup d’argent.

Nous étions mes complices et moi pratiquement des débutants, il nous était impossible de lutter financièrement avec cette création.  Me voilà abattu, me demandant comment nous allions bien pouvoir nous mesurer à nos concurrents.  C’est précisément à ce moment-là que j’ai découvert la chanson de Ginette Reno. 

C’était lors d’un gala d’artistes transformistes amateurs.  Tous les garçons de la capitale belge qui avaient envie de faire du spectacle, mais dont ce n’était pas le métier, se donnaient rendez-vous sur scène une fois par an.  Un truc de fou, le gala du « Claridge ».  Imaginez une salle des fêtes totalement désuète remplie d’extravagants de tous les âges, de toutes les conditions, tous plus déments les uns que les autres.  Une ambiance incroyable de basse-cour en plein carnaval.  Pour ce spectacle, la pression montait déjà quelques mois avant la représentation.  En règle générale toutes ces « stars » se fournissaient chez « Hair Club » la seule boutique à l’époque dédiée entièrement au monde du music-hall.  Il était fréquent d’entendre un acteur de l’événement demander à Magda la patronne du magasin :

            -Dis-moi Magda, « un tel » combien de boas a-t-il commandé ?

Si Magda répondait : -Dix boas.

La starlette ripostait systématiquement : -Eh bien je vais en acheter vingt !

Garçon de café, facteur, employé de banque, ambulancier, ils étaient tous plus « folles » que nous les professionnels !  Certains dépensaient une fortune en costume, maquillage et perruques rien que pour cette soirée.  Le jour « J » ils venaient avec leur « fan club » et ça faisait des tablées saisissantes qui hurlaient à leurs passages.  On buvait de la bière, on mangeait des sandwiches au filet américain, le spectacle pouvait durer six heures !  C’était du délire.

La salle du Claridge

La salle du Claridge

Et c’est à cette occasion que j’ai vu un coiffeur exécuter en play-back la chanson, « J’ai besoin d’un ami » interprétée par une voix stupéfiante qui m’était totalement inconnue. J’ai immédiatement été séduit par cette interprète prodigieuse.  A l’issue de la représentation, j’ai rencontré le jeune homme et je lui ai demandé qui était cette chanteuse ?  Il m’a répondu : - C’est Diana Ross qui chante en français lors d’un gala à Amsterdam !

Mais bien sûr, prend-moi pour un con, pensais-je !  Le garçon n’était pas partageur…

Il en fallait davantage pour me décourager, j’ai très vite trouvé chez un disquaire spécialiste des imports étrangers, le 33 tour de cette chanteuse canadienne, Ginette Reno.

Les coulisses de ma tête - 4

A l’époque trouver une chanson inédite relevait du parcours du combattant, nous n’avions pas internet pour faire le travail.  Quelques jours plus tard j’étais donc en possession du fameux 33T comprenant dix chansons : Toi le poète, Berce-moi, J’ai besoin d’un ami, Quand nos corps se touchent, Oublie-moi, Tu es là, Je suis la femme, Quelle est la façon, Ça va mieux et enfin, Je ne suis qu’une chanson. Ce dernier titre m’a bouleversé, j’ai dû l’écouter vingt fois de suite.  Les larmes coulaient sur mes joues sans que je puisse me contrôler, comme si la chanson m’était destinée, comme un coup de foudre, comme une évidence. C’est à ce moment-là précisément, au milieu de mon salon de l’appartement que j’habitais à l’époque boulevard de la Cambre que l’idée m’est venue. J’ai vu ce que pourrait donner cette chanson si elle était interprétée à la fin du spectacle.  Je me suis vu me démaquiller et me changer en tenue de ville sur scène, devant le publique.  A la fin du morceau, comme il y a une grande reprise musicale, tous les artistes me rejoindraient, tous démaquillés. 

Ne pouvant rivaliser d’éclats et d’artifices avec « Les Black Follies », nos rivaux, je vais jouer exactement la carte inverse, un coup de poker en somme.  Voilà ce n’est pas plus compliqué que cela, ce numéro est probablement né pour palier à un manque de moyens, il n’y a pas vraiment de trait de génie là-dedans, j’ai peut-être juste eu la bonne idée au bon moment.

Le succès a été au rendez-vous, au-delà de mes espoirs je dois bien l’avouer.  Tous les soirs le public se levait pour nous applaudir pendant de longues minutes, et ça a duré des années.  A la création j’avais proposé à mes partenaires de terminer en jeans et tee-shirt, par la suite nous avons opté pour un peignoir. J’en ai eu de toutes les couleurs.

Les coulisses de ma tête - 4

C’était en 1980, alors vous comprendrez qu’aujourd’hui quand je vois des artistes faire exactement la même chose, les mêmes gestes en revendiquant l’idée, je souris encore discrètement. 

Il y a dans l’univers des spectacles transformistes professionnels des tas de numéros qui se ressemblent, des dizaines de « Sylvie Vartan », « Mylène Farmer », « Lady Gaga », mais tous les artistes qui interprètent ces personnages, en général, apportent une touche personnelle à leur interprétation et c’est parfait.

Des milliers de comédiens ont interprété du Molière, mais comme le disait parait-il Sacha Guitry :

            -Le texte est de Molière, les silences sont de moi !

Je peux affirmer n’avoir jamais copié un autre artiste, je pense même n’en avoir jamais eu l’idée.  Combien se sont ridiculisés en voulant plagier par exemple, Duduche de chez Michou et sa prodigieuse « Folle de Chaillot » ?

Un soir, lorsque j’étais en tournée, à l’issue d’une représentation des « Hirondelles » un jeune homme, qui avait manifestement envie d’être un artiste, est venu me voir pour me dire qu’il avait adoré notre final « démaquillé ».  L’effronté a ensuite ajouté qu’il faisait lui aussi du spectacle et qu’il allait faire la même chose !  Voyant que je changeais de tête, il a tenu à me rassurer :

            -Mais tu sais, je vais changer la couleur du peignoir à la fin, comme ça on ne pourra pas dire que j’ai copié ! Dans le métier, ce jeune homme qui n’en était pas à son coup d’essai, a hérité par la suite du surnom de « La photocopieuse », épatant, non ?  Ceci-dit, aujourd’hui en me remémorant cette scène je me dis que je me suis tourmenté pour pas grand-chose. Il ne m’avait quand même pas volé le brevet du vaccin contre la Covid 19 ! Ce jeune garçon dépourvu de créativité n’était probablement pas fait pour être un artiste, il s’est peut-être épanoui dans un autre domaine, je l’espère.  Il n’en reste pas moins vrai que je continue de penser que les vrais artistes n’envisagent jamais de copier, parfois ils adaptent, revisitent, mais ne copie pas.
Je me souviens par exemple du moment où Richard Flèche, une des étoiles de chez Michou dans les années 70, m’a téléphoné un soir pour me demander si ça ne me dérangeait pas qu’il fasse « Je ne suis qu’une chanson » !

Ce garçon avait un succès considérable avec son interprétation de la chanson de Charles Aznavour, « Comme ils disent » mais il avait je crois envie d’un peu de changement.

Comment refuser à « La Flèche » qui était en plus mon idole ?  Et puis refuser quoi ?  Cette chanson n’est pas à moi.  Cet artiste avait eu la courtoisie de m’en parler avant d’interpréter le même numéro que moi.  Basta, rien à dire, c’est la classe !  Venant de lui j’étais même honoré.  Qui plus est, il a exécuté ce numéro à sa façon, brillamment évidemment.

Richard Flèche

Richard Flèche

Ou encore la délicatesse de Jean-Louis, cet artiste marseillais remarquable qui interprète sur scène le personnage de « Zize ».  Je suis allé un soir l’applaudir au théâtre, à Paris.  Quelle belle performance et quelle surprise de le voir lui aussi se démaquiller à la fin de son One Man Show !  Cela m’a rappelé des bons souvenirs… Je ne le connaissais pas mais à l’issue de la représentation, je l’ai vu dans le hall du théâtre discuter avec des amis.  J’ai eu envie d’aller le saluer et lui dire combien ce que je venais de voir m’avait ému, troublé et plu évidemment.  Quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’il savait très bien qui j’étais. Il m’a confié qu’il était venu assister à mon spectacle quand il était très jeune et que ce sont justement des numéros comme « Je ne suis qu’une chanson » interprété par moi, qui lui avait donné envie de monter sur scène.  Eh bien tant mieux, il a tant de succès aujourd’hui.

Zize

Zize

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Les coulisses de ma tête - 3

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

Je vais commencer par vous expliquer pourquoi j’ai débuté ce récit par ce texte, « Regardez-moi ».  C’est le titre d’une chanson qui clôturait le spectacle auquel je participais lors de mes dernières apparitions professionnelles sur scène, elle est signé Dominique Philippeau.  Je considère cette création de Dominique comme un véritable cadeau de fin de carrière. Vous devez savoir que depuis 1980, à chaque fin de mes spectacles je me démaquillais sur scène et je quittais mon habit de lumière, devant le public.  Je ne sais combien de centaines de fois j’ai exécuté systématiquement cette pirouette. C’était comme un cruel retour à la réalité que j’imposai au public. 

Pendant trente ans, j’ai utilisé pour ce numéro la chanson interprétée par Ginette Reno : « Je ne suis qu’une chanson ».  Un texte et une mélodie magnifique servie par une interprétation magistrale.  Pour ceux qui ne connaissent pas, prenez immédiatement la direction de Deezer ou YouTube ! Cette chanson de Ginette Reno composée par Diane Juster, il faut quand-même le dire, m’a collé à la peau pendant toute ma carrière.  Pendant plus de trente ans elle a été ma signature, mais aussi magnifique soit-elle, mes dernières années de spectacle, je ne pouvais plus l’entendre.  Je ne supportais plus d’interpréter ce numéro !

 

 

Les coulisses de ma tête - 3

J’ai souvent essayé d’éviter ce final mais on me le réclamait, voire me l'imposait, toujours et toujours.  Chaque année nouvelle je disais à mes collaborateurs :

- Bon cette fois je ne fais plus « Je ne suis qu’une chanson » !  Mais toujours je faisais marche arrière, un peu lâchement.

Je me souviens que même des grands professionnels du spectacle comme Frédéric Richer, le patron de « la Garçonnière » de Genève ou même Jacky Alibert, le patron du célèbre « Flamenco » au Lavandou n’échappaient pas à la règle. Ces deux pontes du spectacle transformiste imposaient pourtant à tous les artistes qu’ils changent de numéro toutes les semaines ! Eh bien pas « Je ne suis qu’une chanson » ! Je devais exécuter ce numéro tout le temps où je me trouvais dans leurs établissements.

Je pensais pourtant avoir des arguments pour convaincre autour de moi. Je disais que la chanson avait vieilli (même si je ne le pensais pas).  Un peu diva capricieuse je disais aussi que je n’arrivais plus à être sincère tous les soirs ! Tu parles c’était des conneries. Je prétextais aussi souvent qu’aujourd’hui tout le monde faisait ce numéro de « Chez Michou » aux plus petites fêtes de village… ce n’est même plus original, mais rien n’y faisait.  Laurent Boiset, mon dernier collaborateur me disait « oui mais ça plait au public, les gens viennent et s’attendent à voir ce numéro, si tu ne le fais pas ils sont déçus ! » alors je cédais et je terminais toujours les spectacles par ce numéro. 

Les coulisses de ma tête - 3

Et c’est en 2011 que le compositeur Vendômois, Dominique Philippeau m’a proposé « Regardez-moi » pour remplacer « Je ne suis qu’une chanson ».  Je m’étais ouvert à lui autour d’un verre de champagne, un soir après le spectacle. J’adore ton numéro « Je ne suis qu’une chanson » m’avait-il dit.  Je lui ai répondu : oh non, pas toi… si tu savais comme je n’en peux plus de cette chanson !  Il m’a regardé très étonné et me dit, mais tu voudrais faire quoi pour la remplacer ? Je lui ai répondu, je ne sais pas, mais probablement quelque chose de plus personnel. Il me dit : Qu’est-ce que tu voudrais dire ? Quelles sont tes mots à toi ? J’ai griffonné quelques idées, quelques phrases.

Trois semaines plus tard, Dominique est venu un après-midi chez moi avec la maquette de sa composition.  J’ai inséré le CD dans le lecteur du salon et après 30 secondes d’audition, je savais qu’il venait de m’offrir une perle. Dominique avait écrit « Regardez-moi » en s’inspirant de ce que j’avais écrit mais surtout de ce qu’il avait vu et ressenti en m’observant sur scène.  Une création parfaite et sur mesure, comme par exemple cette phrase « A force de n’être qu’une chanson, j’en avais perdu la raison ! »Quel merveilleux cadeau !  J’avais décidé qu’après cette année 2011 je raccrocherai définitivement les talons aiguilles, je ne pouvais trouver plus belle sortie.  Merci à toi Dominique pour ton talent et ta sensibilité, merci à Nathalie Lacour pour son interprétation éclatante et merci à Laurent Boiset le réalisateur du projet pour avoir rendu tout cela possible.

 

Les coulisses de ma tête - 3

Je n’ai évidemment nullement la prétention d’avoir inventé cette fantaisie de fin de show.  Se démaquiller devant les spectateurs d’autres artistes l’avaient certainement déjà fait avant moi, mais pas sur cette chanson de Ginette Reno.  Bien des professionnels de mon époque vous le confirmeront je crois, c’est une création personnelle.  Aujourd’hui encore beaucoup d’artistes exécutent ce numéro « Je ne suis qu’une chanson » en revendiquant l’originalité de leur prestation. Lorsque j’étais jeune et professionnel et qu’un autre copiait mon numéro, j’étais fou de rage.  J’étais blessé et j’avais toujours envie de rétablir « ma » vérité, parfois même violemment.  Aujourd’hui, cela m’amuse et si autrefois j’étais furieux, maintenant je suis plutôt fier de cela.  Certains artistes sont entrés en relation avec moi après avoir entendu « Regardez-moi », ils veulent savoir comment se procurer la chanson. J’ai toujours répondu en leur envoyant le fichier MP3 en pièce jointe. La musique est faite pour être partagée, j’ai mis longtemps avant de le comprendre.

Et c’est ici que je me pose pour la première fois une des deux questions récurrentes de ce récit : « Est-ce que c’est grave ? »  Est-ce que c'est grave que beaucoup d'artistes encore aujourd'hui exécutent ce numéro en revendiquant l'originalité de leur prestation ? La réponse est évidemment, non. Je me dis, comment ai-je pu par le passé m’encombrer de sentiments négatifs aussi caricaturaux ?  Ce qui m’enrageait c’était qu’une personne utilise les idées d’une autre.  J’ai si souvent croisé des garçons qui n’avaient aucun sens de la création et qui se contentaient de copier ce que d’autres créaient.  Cela me mettait en colère et cela m'a valu bien des prises de bec et une réputation sulfurique.

Bien entendu « l’imitation » est à la base de ce métier de transformiste, soyons clair.  Lorsqu’un jeune homme imite une actrice ou une chanteuse cela ne veut pas dire qu’il n’est pas un créateur.  De mon temps (oh mon dieu j’ai dit ça !) des Bob Lockwood en Allemagne, les Duduche, Hortensia, Richard Flèche de chez Michou, Craig Russell ou même un Alain du « Coucou bar » à Bruxelles, étaient des experts.  Il en est de même pour la génération d’aujourd’hui avec des artistes comme Aharôn Van Eylen de Chez Michou, Loona Joans ou Zize de Marseille pour ne citer qu’eux.  Ces garçons sont passés maîtres dans l’art du transformisme, je les considère comme des merveilleux créateurs évidemment.

« La création », voilà, c’est probablement cela, qui fait la différence entre un artiste et un garçon qui se déguise en fille pour remuer les lèvres sur une chanson à la mode.  Alors, me suis-je trompé en ayant eu si peu de considération pour les artistes de « contrefaçons » ?  Non, sur ce point, je n’ai aucun regret.

J’aime cette pensée de Monsieur Sergio le plus légendaire des « Monsieur Loyal » :

-Artiste :

Quelqu'un qui entre en scène, ou en piste, et avant qu'il ne fasse ou dise quelque chose... il se passe quelque chose... !

Ça c’est dit !

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Les coulisses de ma tête - 2

Publié le par Adrien Lacassaigne

A l’heure où j’écris ces quelques pages, je viens juste de quitter mon job d’animateur radio à « Radio France » j’adore dire ça, « A Radio Fraaannnce » c’est d’un chic !  

Ces dernières années, j’ai animé des émissions de radio sur France Bleu.  Je suis un animateur « local », certes pas une star des médias mais j’ai quand même exercé un métier dont je suis fier et que bien des gens m’ont envié pendant 20 ans. Je me suis longtemps lève tous les matins à 3 heures pour aller travailler.  A « 3h ! » oui, c’est pour vous dire si j’avais hâte de voir arriver la retraite.  Car même s’il n’est pas politiquement correct de le dire, la dernière ligne droite de ma vie professionnelle fut longue. J’étais fatigué et désabusé.  Toute amélioration étant devenue impossible à cause, entre autres, de mon âge je ne voyais pas d’évolution possible.  Officiellement, personne ne vous le dira jamais, la D.R.H vous fera même croire que « l’âge », au contraire peut être un atout d’expérience ! Mais force de constater que le poste que vous briguiez et pour lequel vous aviez toutes les qualités vient d’être attribué à un jeune homme de vingt ans de moins que vous et qui n’avait aucune pratique !  Ceux qui me diront que c’est bien de vieillir sont des fourbes.  Je n’ai pas de problème avec mon âge, mais comme dit ma chère mère : On ne peut pas être et avoir été !  Il faut être lucide et ça passe forcément par quelques désillusions.  Le Général de Gaulle était honnête et avait tout compris : « La vieillesse est un naufrage ».  Mais avant que le bateau ne s’échoue ou soit mis en cale sèche, il y a quelques belles croisières à raconter.

Les coulisses de ma tête - 2

Commençons par ce métier de transformiste que j’ai exercé pendant près de 35 ans.  A part quelques initiés qui visualisent tout de suite le personnage coloré que j’ai pu incarner, les autres doivent se demander ce que cela peut bien vouloir dire exactement : transformiste.  Vous pourriez imaginer bien des choses curieuses.  Tous les mots se terminant en « iste » de nos jours étant souvent synonyme de coquin, voire de luxure : Echangiste, Nudiste, Sexiste, Fétichiste, Macroniste… J’aurais bien aimé ! Mais ce n’était que mon métier, celui qui m’a fait vivre et avec qui j’ai traversé les années 70, 80, 90, 2000 et même un peu de 2010 !

On m’a toujours posé beaucoup de questions sur ce job pas banal, je vais donc prendre le temps d’y répondre, du moins essayer. 

Aujourd’hui, je coule des jours heureux dans le jardin de la France où je me suis retiré fuyant tous contacts avec ce monde stupéfiant de la nuit que j’ai pourtant tellement aimé.  Je fais mon pain, j’entretiens mon jardin, je fais des confitures, du crochet.  Je me promène sur les bords de Loire.  Je câline mon chat devant des séries télé qui ne me font pas mal à la tête.  Je suis un homme très ordinaire qui a pourtant porté très longtemps de très jolis talons hauts.

Nous parlerons de mes années « spectacle ».  Je dis ce mot « spectacle », mot que j’aime passionnément et qui me correspond peut-être.  J’ai testé tant de disciplines : animateur de radio, comédien, artiste de cirque, acteur, chanteur, magicien, peintre, présentateur à la télévision, danseur, metteur en scène, brodeur, chorégraphe, transformiste…

Je pense avoir toujours été un petit garçon « spectacle ».

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Les coulisses de ma tête - 1

Publié le par Adrien Lacassaigne

Regardez-moi, en talons hauts le rouge aux lèvres, fille où garçon je vis mes rêves.

Regardez-moi, pour exister, me faire aimer je suis prêt à tous les excès.

Regardez-moi, pour ressembler à mes étoiles, c’est toute mon âme que je dévoile.

Regardez-moi, à force de n’être qu’une chanson j’en avais perdu la raison.

Ce soir je veux être ma vie, rire et pleurer comme j’ai envie, ne pas avoir à me cacher derrière des yeux trop maquillés.

Ce soir je veux être ma vie, rien qu’un instant, rien qu’une nuit, ne plus jouer la comédie, me faire aimer tel que je suis. Regardez-moi, en talons hauts le rouge aux lèvres, sans m’épargner je vis mes rêves.

Regardez-moi, pour un sourire ou une larme, sans hésiter j’offre mes charmes.

Regardez-moi, faire la chanteuse, triste ou frivole pour faire revivre mes idoles.

Regardez-moi, à trop jouer à faire semblant j’en oublie qui je suis vraiment.

Ce soir je veux être ma vie, rire et pleurer comme j’ai envie, ne pas avoir à me cacher derrière des yeux trop maquillés.

Ce soir je veux être ma vie, être accepté tel que je suis, Et sans regret je vous le dis je suis un garçon travesti.

Cela mérite quand même quelques explications, vous les aurez si vous tenez bon encore quelques pages.

Je suis un homme ordinaire, je m’appelle Adrien Lacassaigne-Vivier, c’est mon vrai nom, mais dans les années « 80 », lorsque je portais des talons aiguilles on m’appelait : « Bernard des Hirondelles ». J’étais un artiste à l’ambigüité adroitement apprivoisée, un travesti, une drag-queen, un artiste transformiste, comme vous voudrez…

Aujourd’hui je suis à la retraite, j’enfile encore de temps en temps une paire d’escarpins pour m’amuser avec des amis en proposant des spectacles de Music-hall dans les salles des fêtes de petits villages tourangeaux, mais très rarement. Un peu comme un vieux joueur de foot qui taperait la balle avec son petit-fils l’été sur la plage.  Mais attention, j’apporte toujours quand même beaucoup de soin au choix de mes souliers, il faut qu’ils soient assortis à ma tenue, parce que franchement une vielle folle mal chaussée, il n’y a rien de plus pathétique ! 

En vérité, je ne me montre plus en talons hauts qu’en photo, sur les réseaux sociaux. J’adore ça, le web regorge de créatures désopilantes. Mes scènes d’aujourd’hui sont Facebookiennes, Instagrameuses…

Nous vivons dans un monde où tout le monde s’exhibe allègrement parfois sans se rendre compte du ridicule de la situation, moi y compris.  Combien de fois ne me suis-je exclamé devant une photo publiée : Oh mon dieu, c’est affreux, c'est cruel ! Un cri spontané incontrôlable.  Je sais ce n’est pas sympa, mais vous découvrirez très vite en lisant ce qui va suivre que le qualificatif "sympa" n'est pas celui qui vient spontanément à l'esprit quand on parle de moi !

Tout cela pour revenir à la décision de coucher mes souvenirs sur le papier.  Deux choses m’y ont poussé.  La première, au moment de la retraite il y a un temps pénible, la constitution du « dossier ». Il faut réunir un maximum de feuilles de paie qui justifient les fameux « trimestres » cotisés. Une corvée qui m’a pris des semaines, mais qui en fin de compte m’a permis de retrouver pas mal de documents. Quelle ne fut pas ma surprise de me dire devant certains contrats : j’avais totalement oublié que j’avais fait cela ! C’est effrayant !

Seconde chose, je m’étais promis que lorsque j’aurais du temps, ce qui est maintenant le cas, je numériserais les centaines de photos qui traînent dans des cartons ou des albums défraîchis. Même constat, je me suis souvent exclamé devant un cliché, j’avais totalement oublié cela ! Pire, c’est qui cette personne avec moi sur la photo !!!

Les coulisses de ma tête - 1

Il était donc grand temps de mettre un peu d’ordre dans ma mémoire, je me suis dit je vais écrire !  Ecrire les souvenirs d’une vie passée, d’une vie relativement riche d’anecdotes incroyables.  Je dis « souvenirs » car le terme d’autobiographie est trop prétentieux, je le laisse aux « stars ».  Vous me direz, je ne suis ni célèbre, ni méritant, ni même "particulier" au point de consacrer un récit sur ma vie, je le sais, et pourtant me voilà devant mon ordinateur.

J’écris, matin, midi et soir. Les mots s’échappent, comme pour libérer un peu de places dans ma tête. J’éprouve du plaisir inouï à mettre noir sur blanc les images du passé. Vais-je tout dire, même les choses les plus sombres et inavouables ? Je ne sais pas.

Evidemment je me dis que cela ne va intéresser personne. Si j’avais un éditeur à mes côtés il me dirait : ça ne « marchera » pas !  Eh bien je m’en fou.  Faut-il vraiment être certain que les choses « marchent » pour les entreprendre ?  Je me suis posé une question : As-tu envie de raconter ce que tu as vécu ? La réponse est oui.  Alors, je me moque que ce livre « marche » ou pas.  Toute ma vie j’ai vécu comme un artiste, je crois sans me tromper que c’est dans cette catégorie que l’on va me ranger. Un artiste qui s’est beaucoup trompé, qui n’a pas toujours été très travailleur, qui a fait des mauvais choix.  Mais aussi un artiste qui a créé des petites choses, qui a connu un tout petit succès, qui vit confortablement, bref qui ne s’est pas trop mal débrouillé.  C’est certain s’il est bien un mot pour désigner ce que fut ma vie je pense que c’est bien celui d’artiste. Un artiste qui s’est laissé porter par la vie, qui a travaillé de son mieux, qui a souvent donné le maximum mais qui n’a jamais fait les choses « pour que ça marche » alors je ne vais pas commencer aujourd’hui. Celui qui calcule son investissement artistique en fonction d’une réussite évidente se trompe de combat. 

Houlala, ça sent la réflexion du vieux con, ça ! 

Rassurez-vous, je n’ai aucunement l’intention de donner des leçons comme le font si souvent aujourd'hui des vieux baladins qui s’accrochent à leur gloire passée.  Je déteste entendre à la radio ou à la télévision ces vieux chanteurs, acteurs où journalistes qui ont l’impression d’avoir tout vu, tout connu et qui donnent des leçons de vie à chaque interview qu’on veut bien encore leur consacrer.

J’ai simplement envie de faire part de mes expériences, de mes rencontres, de mes doutes avec juste ce constat de temps en temps : « Ici je me suis trompé » ou juste cette question de temps en temps : « Etais-ce si grave que cela ? »

Pourquoi ne devrait-il y avoir que les récits de vies des célébrités du monde des arts, du sport, de la politique ou autres intellectuels qui soient intéressants ?  Arrivé à un certain âge, tout le monde devrait se retourner sur son passé en se disant peut-être, tiens là je me suis trompé, j’ai fait une erreur, j’ai mal choisi…Et de cette façon peut-être éclairer les autres.  A mon sens, toutes les vies sont riches, et les récits de biens des inconnus pourraient être utiles à d’autres.  Il y a des enseignements à tirer de la vie d’une caissière de supermarché, du facteur, d’un garagiste et pourquoi pas d’un ancien artiste transformiste ?

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La nouvelle revue du Paradis Latin "L'oiseau Paradis"

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

La nouvelle revue du Paradis Latin "L'oiseau Paradis"

A ma sortie du Paradis Latin l’autre soir j’ai posté ceci : « Kamel Ouali n’est pas Jean-Marie Rivière » ce qui aurai pu laisser penser que je n’avais pas aimé le spectacle, c’est faux. Je précise donc ma pensée.

Je n’avais pas réservé une table au « Paradis » depuis 1990 et la revue « Viva Paradis », voilà donc près de 30 ans.

La salle n’a rien perdu de sa magie. J’ai adoré la chanteuse qui anime la soirée pendant le dîner, sa voix est divine, son répertoire est parfait. L’idée de faire participer les danseurs déguisés en animaux me semblait de bel augure.

La revue commence par l’apparition d’une danseuse vêtue d’un habit de « Napoléon » seule sur la scène elle se retrouve très vite nue ! Bon soit, et après… Après rien, un tableau s’enchaine. 48h après le spectacle j’ai totalement oublié à quoi ressemblait cette « ouverture ». Je suis pourtant extrême sensible à ce genre de détail. Je connais encore aujourd’hui par cœur les paroles de l’ouvertures de la revue « Paris Paradis » où « Champagne ». Première petite déception.

J’ai vu un beau spectacle certes, mais qui ressemblait davantage à une succession de chorégraphies, comme si j’étais devant l’émission de télévision « Danse avec les stars » ! Les danseurs sont parfaits, les chorégraphies sont parfaites, mais pourquoi n’ai-je pas décollé ?

C’est ici que reviens ma phrase « Kamel Ouali n’est pas Jean-Marie Rivière ».

Je ne suis absolument pas (enfin je l’espère) un adepte du « c’était mieux avant » mais il y a des codes à respecter si l’on veut créer une revue, et je ne suis pas certain qu’ils aient ici tous été honorés.

Parmi ces traditions, les attractions internationales que l’on insert dans la revue. Ici, rien à redire elles étaient parfaites.

La meneuse de revue : La Paradis Latin à misé sur le nom d’Iris Mittenaere, Miss Univers 2016. C’est un bon coup de communication, mais la dame n’était pas là. J’avais pourtant vérifié en réservant ma table, le calendrier de présence de la vedette, mais ce dernier ne devait pas être à jour… Pas de Miss et pas d’explication de l’établissement. J’ai donc découvert une meneuse de revue inconnue. Et c’est ici probablement la plus grosse erreur de Kamel Ouali. C’est danseuse n’avait aucun charisme, rien pour être à cette place. La pauvre est même tombée sur scène ! Ne peut-on lui offrir une « master class » avec Lisette Malidor où Herma Vos ?

Herma Vos

Herma Vos

Venons-en à la présentation, le Paradis Latin a misé sur une jeune femme se présentant comme « la directrice ». J’ai voulu y voir un signe de modernité. La jeune comédienne (humoriste probablement) qui interprète ce rôle a beaucoup de courage et de qualités, mais : ça ne marche pas ! Monsieur Sergio qui se repose en Corse, ne pourrait-il venir passer quelques jours à Paris, retrouver le Paradis et aider cette jeune femme à trouver « la vérité » du rôle qu’elle doit interpréter.

Sergio

Sergio

Il y a également un jeune chanteur formidable, dont le rôle dans la revue est mal défini. Il chante extraordinairement bien, j’ai entendu dire qu’il s’agissait d’un ex-candidat de la star Académy qui n’aurait pas réussi à faire une carrière… Cyril Cinélu. Monsieur Kamel Ouali, votre perle elle est là, et il semblerait que vous soyez passé à côté. Ce garçon est sous exploité.

Cyril Cinélu

Cyril Cinélu

Et enfin il y a l’esprit ! Cet esprit si particulier créé par Jean-Marie Rivière de l’Alcazar au Paradis Latin, la fête, la démesure, le rêve…Rien de tout cela dans la nouvelle revue « L’Oiseau Paradis ». Le Mapping vidéo est roi.

Les serveurs en salle sont majoritairement de beaux jeunes gens mais qui semblent s’ennuyer à mourir… Ils ont bien essayé de les faire un peu participer en les faisant monter sur scène avec quelques plumes… rien n’y a fait, ça tombe à plat. Monsieur Lucien et sa brigade c’est bien fini au Paradis.

Et le final ? Rien, idem, pas de souvenirs, pas de refrain entêtant. Un petit final blanc qui fait tchip !

Un mot sur les costumes, ils sont en général pas mal mais sans être époustouflants. Le final en particulier est d’une triste pauvreté.

Oui Kamel Ouali est un excellent chorégraphe, mais à mes yeux ce n’est pas un créateur de revues. J’ai passé une bonne soirée mais qui ne restera pas dans ma mémoire très longtemps. Herma Vos, Ursuline Carlson, Sergio, Jean-Marie… je pense à vous.

 

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Le garçon en talons hauts - 55

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

La fête fut je crois assez réussie, Vincent était content. Après le show, Richard Kalfa le propriétaire du lieu, amusé par ce qu’il venait de voir, nous proposa de présenter officiellement ce spectacle dans sa programmation.  Je n’en reviens pas, ça n’était absolument pas prévu, mais pourquoi pas en retravaillant un peu certains passages. David et Laurent sont eux aussi emballé par l’idée. En réalité je crois que, comme un gosse, je n’ai jamais su dire non lorsqu’on me propose de monter un spectacle.

Certes, je suis présentateur sur « La Cinquième » mais je suis tellement désenchanté par mes rapports avec la production que je ne me suis absolument pas préoccupé de leur réaction.  L’envie de me produire quelque temps sur la scène ce café-théâtre parisien a été plus forte que tout, et je ne l’ai jamais regretté.

 

Le garçon en talons hauts - 55

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Le garçon en talons hauts - 54

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

Pendant tout ce temps j’ai évidemment complètement ignoré mes activités de transformiste, je pensais avoir définitivement tourné la page ! C’était sans compter sur mon ami Vincent Ecrepont qui décida de privatiser le café-théâtre parisien « Le Movies » pour fêter ses 30 ans.  

Vincent étant un ami proche, je m’étais évidemment ouvert à lui de mon passé de travesti et c’est donc tout naturellement qu’il m’a demandé de monter « un petit spectacle » pour sa fête.  Moi qui pensais avoir définitivement tourné la page « talons aiguilles » me voilà rattrapé par mon destin. J’ai si souvent rangé mes robes en paillettes dans les malles et toujours je les ais ressorties. Evidemment à chaque fois il fallait les élargir un peu ! Pour répondre à Vincent, je n’ai pas hésité une seconde. Je me fou du qu’en dira-t-on à la production de l’émission de télévision que je présente. Je vais monter la petite revue de l’anniversaire de Vincent. Vont se joindre à moi Laurent et David, deux garçons adorables, deux comédiens avec qui je le sens, je vais bien délirer.

Le garçon en talons hauts - 54

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Le garçon en talons hauts - 53

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

Je pense avoir toujours fait mon travail sérieusement. Je me suis appliqué, je me suis plié à toutes les fantaisies du réalisateur et j’ai adoré cela. Mes années de cabaret m'ont bien aidées à me glisser dans la peau des dizaines de personnages interprétés dans cette série. Je me suis mis entièrement à la disposition de de cette émission. Comme toute l’équipe, j’espérais que le succès soit au rendez-vous. Ce fût le cas, nous devions au départ tourner 15 numéros de « L’œuf de Colomb », nous en avons réalisés je crois 80. De ce côté je n’ai rien à me reprocher, si ce n’est peut-être de n’avoir pas eu la curiosité de m’intéresser à la conception, la fabrication et la production.

Le garçon en talons hauts - 53

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Le garçon en talons hauts - 52

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

A cette époque-là, j’ignorais tout de l’univers de la télévision. Je ne sais pas pourquoi j’écris cette phrase au passé ? Au moment où j’écris ces lignes, je n’en connais pas d’avantage, et pour être franc, ça ne m’intéresse pas du tout. J’essayais juste de faire au mieux mon travail de présentateur, point barre !  

Je ne savais rien de l’impitoyable course à l’audience. J’étais une "vitrine" vivante, très peu responsable de mon sort.  Le talent est loin d’être la seule arme pour arriver à se faire une petite place dans la lucarne magique et il n’était même pas certain que j’en aie du talent.

Je suis animateur certes, et je vais être soumis aux mêmes lois que les autres.  Je suis dans la cour des grands et je vais apprendre très vite ce que cela veut dire. 

Dans les coulisses de l'Oeuf de Colomb avec Sylvie Pierre de La Cinquième, Philippe Briday le réalisateur et Nicole Philibert productrice.

Dans les coulisses de l'Oeuf de Colomb avec Sylvie Pierre de La Cinquième, Philippe Briday le réalisateur et Nicole Philibert productrice.

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Le garçon en talons hauts - 51

Publié le par Adrien Lacassaigne-Vivier

Mon égo va pourtant être mis à rude épreuve. Je n’ai pas vraiment conscience à cette époque-là d’être « égocentré » c’est un travail sur moi que je ne ferais que plus tard. 

 

Pour compenser le manque de louanges de l’équipe de production, je me réfugie dans la lecture de très bons articles de journaux qui paraissent sur moi.  Celui du journal “Le Monde” m’a particulièrement ému.  Je suis fier.  Il y a une nouvelle chaîne de Télévision qui naît, elle est présidée par Jean-Marie Cavada et moi maintenant je suis présentateur télé, comme Jean-Marie Cavada ! Bien évidemment !

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Je vais croiser lors d’une soirée organisée par le président dans les locaux privatisé du musée des arts forain, Elise Lucet. Elle vient à ma rencontre son verre à la main.

- Trinquons, j’aime beaucoup ce que vous faites dans l’œuf de Colomb !

- Merci c’est très gentil.

- De quelle école de journalisme sortez-vous ?

- Je ne suis pas journaliste.

- Oh !

Elle me dévisage un moment avec sourire…

- En tous cas vous êtes crédible !

Je suis crédible ! C’est évidemment pour elle un compliment, enfin je crois, mais cette réflexion me laisse pourtant un goût amer. Je suis « crédible » c’est un peu comme si elle voulait dire dans votre « déguisement » de journaliste on y croit !
Je suis évidemment un peu trop grisé par une pseudo célébrité naissante.  Très vite ma vie a beaucoup changé. Un chauffeur de la production venait me chercher à mon domicile pour m’emmener aux studios d’enregistrement. J’avais un agenda chargé de rendez-vous « shooting » pour les magazines, interview, manucure, essayages…

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Je suis arrivé par hasard un jour au BHV, au rayon des téléviseurs.  Sur tous les écrans en démonstration il y avait ma tête ! Un choc saisissant. J’ai très vite spontanément fait demi-tour pour que personne ne me remarque.

 

Un soir j’étais dans une pizzeria avec celui qui deviendra mon mari vingt ans plus tard, nous étions naturellement attablés en train de déguster une « Régina » lorsqu’un individu passa à côté de notre table pour se rendre aux toilettes. L’homme s’arrête à ma hauteur et me dit

- Salut, tu vas bien ?  

Moi, quelque peu étonné, je lui réponds un peu embarrassé

- Très bien merci…

Devant mon peu d’enthousiasme le garçon se vexe et me dit

- Ben quoi, on s’connait, non ?

- Je ne sais pas, peut-être, je ne me souviens pas très bien…

-Mais si j’te connais…

Je me risque à lui dire, pour en finir et éviter de manger une pizza froide

- Vous m’avez peut-être vu à la télévision…

Et lui

- C’est ça connard t’es Michel Drucker, pauvre con !

La patronne du restaurant est arrivée au bon moment pour demander à l’individu de ma laisser tranquille !  Je n’avais qu’une envie rentrer chez moi et me mettre à l’abris des regards.

Le garçon en talons hauts - 51

En voyage au Sénégal à peine arrivé à Dakar, un français en vacances s’est jeté sur moi pour critiquer fermement le contenu scientifique de mes émissions ! Un comble pour moi qui ne faisais que lire un prompteur !

 

Il y a eu des situations plus agréables comme ce 24 décembre à 19h. Je fais quelques courses de dernier moment pour fêter Noël. Je suis au Monoprix à Nation au rayon traiteur, il y a une file de 25 personnes devant moi. Quelle ne fut pas mon étonnement de voire une vendeuse quitter le comptoir et venir vers moi.

- J’aime beaucoup votre émission, dite-moi ce que vous voulez je vais vous servir tout de suite !

Un peu gêné, j’ai quand même accepté sa proposition ! Oui, je sais ce n’est pas bien…

 

Le garçon en talons hauts - 51

En 1995, je viens d’entrer dans ce petit cercle très fermé des présentateurs de la télévision, du moins je le crois. A cette époque il n’y avait pas toutes les chaînes de la TNT, cela voulait encore dire quelque chose, les places étaient rares.

 

Je recevais du courrier d’admirateurs.  Pratiquement que des garçons, cela m’inquiétait, avais-je une image de présentateur gay ?  Les Laurent Ruquier, Alex Taylor, Marc-Olivier Fogiel, Olivier Minne, Frédéric Lopez où Christophe Beaugrand n’avaient pas encore ouvert la route de la visibilité.  Je faisais assez attention en public à bien me comporter. 
Je n’étais pas intime avec la productrice vous l’avez compris, mais un jour je me suis quand même risqué à lui demander si ça se voyait à la télé, que j’étais…enfin vous voyez ce que je veux dire.  Et elle m’a répondu :

- Mais bien sûr, on t’a engagé avec tes qualités mais aussi avec tes petites particularités ! Ne change surtout rien, reste comme tu es. 

J’étais rassuré, je n’avais plus à composer, je pouvais un peu me laisser aller.  Tout est formidable. Je vais faire une belle carrière à la télévision pensais-je.

 

Un dimanche, je reçois même un coup de téléphone de Jean-Luc Delarue qui désire me rencontrer ! Consécration !

 

Dans le métro, dans la rue, partout les gens se retournaient sur mon passage pour me dévisager.  Je voulais donner une belle image de moi. En réalité cette image n’était pas naturelle, c’était une image travestie ! Décidément je tourne en rond. 

 

Curieusement, je touche du doigt cette « célébrité » tant convoitée secrètement par tellement de gens. Je croyais que tous les artistes voulaient cela, pourtant je suis souvent mal à l’aise, je ne sais quoi répondre aux personnes qui très affectueusement me marquent leur attention, la sensation est étrange.

 

A l’heure où j’écris ces lignes, des jeunes gens n’ont que cela pour ambition.  Les producteurs l’ont bien compris, ils leur offrent des émissions plus débiles les unes que les autres. Eux s’enrichissent et les jeunes écervelés croient devenir des stars. C’est pathétique, les exemples ne manquent pas…

 

En tous cas, moi, je ne suis pas à l’aise avec cela.  Je peux même vous dire que le côté « être reconnu dans la rue », je n’aime pas ça.  Les gens vous défigurent, vous ne savez pas ce qu’ils imaginent, c’est très désagréable.

Vous pensez-peut-être que si je pense cela de la célébrité, c’est parce que je suis frustré voire aigri de ne pas avoir réussi à rester « connu » très longtemps. Vous avez peut-être raison, où pas.  Mon mari, qui était déjà à mes côtés à cette époque, et qui n’est absolument pas quelqu’un de sensible à la notoriété, vous le confirmera, non je n’ai pas du tout aimé cette facette du métier.

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